TITRE IV
Bes mimsires et de la responsabilité.
Art. 38. Tous les actes du gouvernement doives^
élrfr eantresignés par un ministre ayant département.
Art 39. Les ministres sont responsables des actes du goavemement , signés par eux , ainsi que de Fexécation des lois.
Art. 4p. Ils peuvent être accusés par b ebambre des représentans , et sont jugés par celle des pairs.
Art» 4>^- Tout ministre , tout commandant d'armée de terre et de mer, peut être accusé par la ebambre d«s représentans , et jugé par la chambre des pairs , pour avoir compromis la sdreté ou l!faonneur de la na* tien.
Art 4^. La chambre des pain , en ce cas , exerce, soit pour oaractériser le déli| , soit pour infliger la peine, un pouvoir discrétionnaire.
Art. l^^. Avant de prononcer la mise en accusation d^un ministre , la chambre des représentans doit déclarer, qu'il y a lieu a examiner la proposition d'ac- . cnsation,
Art 44* Cîette déclaration ne peut se faire qu^après ft rapport d'une commission de 60 membres tirés au sort. Cette commission ne fait son rapport que dix I ours au plus tôt après sa nomination.
Art. 45. Quand la chambre a déclaré qu'il y a lieu, à l'examen, elle peut appeler le ministre dans son sein , pour lui demander des explications. Cet appel ne peut avoir lieu que dix jours après le rapport de la commissbn.
Art. 46. Dans tout autre cas , (es minîistres ayant département ne peuvent être appelés ni mandés par les chambres.
Art 47* Lorsque la chambre des représentans a déi^laré qu'il y a lieu à examen contre un ministre, U
est formé une nouvelle commission de 60 mcmbres^^ tirés aa sort comme la première ; et il est fait par cette commission un nouveau rapport sur la mise en accusation. Cette commission ne fait son rapport que dix jours après sa nomination.
. Art. 4.8. La mise en accusation ne peut être prononcée ique dix joars après la lecture et la distribir tiôn du rapport.
Art. 4.9. L'accusation étant prononcée , la chambre deii rcpréscntans nomme ckiq commiçisaires pris dans son sein , pour poursuivre Taccusation devant la chambre des pairs.
Art. 5o. L'article jS do titre 8 de l'acte constitutionnel du a a frimaire an 8 , portant que les agens en, gouvernement be peuvent être pcfursuivS^ ()u'ei^ vert» d'une décision du conseil d'état » sera modifié par une loi.
TITRE V. Du pouvoir judiciaire^
Art. 5i. L'Empereur nomme tous les juges. Ils sent inamovibles et à vie , dès Tinstani de leur nomina-* tion ; sauf la nomination des juges de paix et de com^ inerce , qui aura lieu comme par- le passé.
Les juges actuels , nommés par l'Empereur 9 apx termes dn sénatus-consulte du la octobre 1807^ ,et qu il jugera conv^enable de conserver , recevront des provisions à vie 9 avant le i.'^ janvier prochain.
Art. Sa. L'institution du jury est maintenue.
Art. 53. Les débats en matière criminelle sont publics.
Art. 54.. Les délits militaires , seuls 9 sont du res^^ sort des tribunaux militaires.
hëmoires. 57
Art. 55. Tons les autres délits , même ceux commis par les militaires, sont de la compétence des tribunaux civils.
Art. 56. Tous les crimes et délits qui étaient attribués à la haule cour impériale , et dont le jugement n'est pas réservé par le présent acte à la thambre des pairs 9 seront portés devant les tributiaux ordinaires.
Art, 57. L'Empereur a le droit de faire grâce même en matière correctionnelle , el d'accorder des amnisties.
Art. 58. Les interprétations de lois demandées par la cour de cassation , -seront données dans la forme d'une loi.
TITRE Vi; •Drotts des ciidy'ens.
Art. 59. Les Français sont égaux devant la loi, soit pour les contributions aux impôts et charge^ publics , soit pour l'admission aux emplois civils et mi* litaîres.
Art. 60. Nul ne peut, sous aucun prétexte, être dis* trait des juges qui lui sont assignés par la loi.
Art 61. Nul ne peut être poursuivi , arrêté , détenu^ ni exilé, que dans les cas prévus par la loi , et suivant les formes prescrites. *
Art. 62. La liberté des cultes est garantie à tous.
Art. 63. Toutes les propriétés possédées, ou acquises en vertu des lois , et toutes les créances sur Tétat, sont inviolables.
Art. 64. Tout citoyen a le droit d'imprimer et de publier ses pensées , en les' signant , sans aucune cen-« sure, préalable , sauf la responsabilité légale , après la
58 MÉMOI&ES.
publication , par jugement par jurés, quand m^me il n'y aurait lieu qu'à l'application d'une peine correctionnelle.
Art. 65. Le droit de pétition^est assuré k tous les citoyens. Toute pétition est individuelle. Ces pétitions peuvent êti*è adressées , soit au gouvernement , soit aux deux chambres : néanmoins ces dernières mêmes doivent porter l'intitulé : à Sa Majesté l'Empereur. Elles seront présentées aux chambres , sous la garantie d'un membre qui recommande la pétition. Elles sont lues publiquement ; et si la chambre les prend en considération, elles sont portées àTËiaperenr par le président.
Art. 66. Aucune place , aueune partie du territoire ne peut être déclarée en état de siège, que dans le cas d'invasion d^ la part d'une force étrangère, ou de troubles civils.
Dans îe premier cas , la déclaration est Caite par un acte du gouvernement.
Dans le second cas, elle ne peut l'être que par la îoi. Toutefois , si , le cas arrivant , les chambres ne sont pas assemblées , l'acte du gouvernement déclarant l'état de siège , doit être converti en une proposition de loi dans les quinze premiers jours de la réunion des chambres.
Art. 67. Le peuple Français déclare en outre que , dan& la délégation qu'il a faite et qu'il tait de ses pouvoirs , il n'^a pas entendu et n'entend pas donner le droit de proposer le rétablissement des Bourbons , ou d'aucun prince de celte famille sur le trône , même en cas d'extinction de la dynastie impériale , ni le droit de rétablir soit Tancienne noblesse féodale , soit
HÉMoiass. 59
les droits féodaux et seigoeariaux, soit les dimes , soit aucun culte privilégié et dominant ; ni la faculté de porter aucune atteinte à Pirrévocabilité de la vente des domaines nationaux ; il interdit formellement au gouvernement , aux chambres , et aux citoyens | toute proposition à cet égard.
Donné à Paris , le aa avril 181 5.
Signé i NAPOLÉON.
Par TEmpereur, Le ministre secrétaire déUA ,
Signé : Le duc de BASSA^fO.
Cet acte additionnel ne répondit point à 1 attente générale.
On avait espéré recevoir de Napoléon une constitution neuve ^affranchie des vices et des abus des constitutions précédentes; et Ton fut surpris, affligé, mécontent, quand on vit, par le préambule même de lacté additionne]^ qu'il n'était qu'une modulation des anciennes constitutions et des sénatus-consultes et autres actes qui régissaient l'empire.
Quelle confiance, s'écriait-on , peut inspirer une semblable production? quelle garantie peut-elle offrir à la nation ? iie sait-on pas que c'est à l'aide de ces sénatus-consultes que Napoléon s'est joué de nos lois les plus saintes? €t puisqu'^ils sont maintenus et confirmés , ne
6o UÊMOIRES*
pourra- t-il pas s'en servir, comme il le fît autrefois , pour interpréter à sa guise son acte additionnel ^ pour le dénaturer et le rendre illusoire?
Il eût été à désirer, sans doute» que Facte additionnel n'eût point rappelé le nom et emprunté le secours de tous les actes sénatoriaux , devenus à tant de titres l'objet de la risée et du mépris pul;>Iic ; mais cda n'éta^ point possible (i). Ils étaient la base de nos institutions, et l'on n'aurait pu les proscrire en masse « sans arrêter la marche de l'admiois^ tration et intervertir de fond en comble l'ordre établi.
La crainte que Napoléon pût les remettre en vigueur , n'était d'ailleurs fondée que sur de vaines suppositions. Les dispositions oppressives d()s sénatus-consultes se trouvaient annulées , de fait et de droit ^ par les principes que consacraient l'acte additionnel; et Napoléon , par le pouvoir immense dont il avs^it investi les chambres , par la responsabilité à laquelle il avait dévoué ses agens et ses ministres, par les garanties inviolables qu'il avait données à la liberté des opinions et des indivi-
(i) Malgré la charte et les lois rendues chaque )our , on est encore ohligc' dé revenir iournellement aux règles établies par ranciènne législation.du sénat.
MÉfiCOIRES. 61
dus , s'était mis dans Timpuissance d'accroître son autorité ou d'en abuser. Le moindre effort aurait trahi ses intentions secrètes, et mille ifoix se seraient élevées pour lui dire : Nous qui sommes autant que vous ^ nous vous avons fait notre roi, à condition que vous garderiez nos lois : sinon, non {\)*
Le rétablissement de la chambre des pairs»
importée d'Angleterre par les Bourbons , excita non moins vivement le mécontentement public.
Il était certain, en effet, que les privilèges et la jurisdiction particulière dont jouissaient exclusivement les pairs, constituaient une vio^ latioa manifeste des lois de l'égalité, et que l'hérédité de la pairie était une infraction for* melle à l'égale admission de tous les Français aux charges de l'état.
Aussi, les amis de la liberté et de l'égalité reprochèrent-ils avec raison à Napoléon d'avoir trahi ses promesses, et de leur avoir donné , au lieu d'une constitution basée sur les principes d'égalité et de liberté qu'il avait solennellement professés, un acte informe plus
(i) Paroles bien connues des Cortès d* Aragon aux roîs d*£spagne lors de leur couronnent ent*.
6â MÉMOIRES.
favorable que la charte et que toutes les COhÈ^ titutions précédentes ^ à la noblesse et à gesi institutions.
Mais Napoléon^ en promettant aux Français une constitution qu'on pourrait appeler répvr tlicaine ^ avait plutôt suivi les inspirations de la politique du moment, que consulté les in^ térêls de la France. Rendu à lui-même ^ devait-il s'attacher rigoureusement à la lettre de ses promesses , ou les interpréter seulement comme un engagement de donner â la France une constitution libérale, aussi parfaite que! possible ?
La réponse ne peut être douteuse é Or> le témoignage des plus savans publi-cistes, rexpérience faite par TAhgle terre pendant cent vingt-cinq années ^ lui avait démontré que le gouvernement le mieux approprié aux habitudes^ aux mœurs et aux rapports sociaux d'une grande nation; celui qui offre le plus de gages de bonheur et de stabilité; celui enfin qui sait le mieux concilier les libertés politiqiies avec la force nécessaire au chef de letat, était évidemment le gouvernement monarchique représentatif. Il était donc du devoir de Napoléon , comme législateur et commesouverain paternel; de donner la préférence â ce mode de gouvernement.
Ce point accordé ( et il est incontestable } ^ il faUait nécessairement que Napoléon établit une chambre des pairs héréditaire et privilégiée ; car il ne peut exister de monarchie représentative sans une chambre haute, ou des pairs : comme il ne peut exister de chambre des pairs sans privilège et sans hérédité.
'^ Le r^roche d'avoir introduit cette institu« lion .dans notre organisation politique, ne pouvait donc être adressé à Napoléon que par des gens de mauvaise foi , ou par des hommes bons patriotes sans doute ^ mais qui^à leur insu, mettaient, leurs répugnances ou leurs passions à la place du bien^tre public.
Le rétablissement d'une chambre intermé-»
diaire ne les aurait peut-être point blessés aussi vivement, si Ton avait eu le soin de lui donner un nom moins entaché de souvenirs féodaux^ mais la révolution avait épuisé la nomencla-^ ture des magistratures publiques. L'Empereur, d'ailleurs^ trouva que ce titre était le seul qui pût remplir sa haute destination. Peut-être , encore^ fut-il bien aise, comme Louis XVIII avait eu ses pairs ^ d'avoir aussi les siens.
Une troisième accusation pesait sur Napo* léon. Il nous avait promis , disait-on ^ comme une conséquence naturelle de cette vérité fon* damentale , ie prànc est fait pour la nation^
64 HÈHOIRËd.
et non la nation pour le trône , que nos dé^ pûtes réunis au Champ de Mai donneraient à la France , concurremment avec lui , une constitution conforme aux intérêts et aux volontés nationales ; et par un odieux manque de foi , il nous octroie un acte additfonnel à la manière de Louis XVIII, et nous force de l'adopter dans son ensemble, sans nous permettre d en rejeter les parties qui peuvent blesser nos droits les plus cfaers et les plus sacrés.
Napoléon avait proclamé, il est vrai, le i" mars, que cette constitution serait l'ouvrage de la nation; mais, depuis celte époque , les circonstances étaient changées. Il importait à la conservation de la paix intérieure et aux rapports de Napoléon avec ks étrangers , ifue l'état fût promptement constitué , et que l'Europe trouvât, dans les lois nouvelles , les sauvegardes qu'elle pouvait désirer contre Tambi-lion et le despotisme de l'Empereur, et peut^ être aussi contre le rétablissement de la république.
Pour accomplir textuellement la parole de Napoléon , il aurait fallu que les collèges électoraux donnassent des cahiers, comme en 1789, à leurs députés. La réunion de ces collèges , la rédaction raisonnée de leurs cahiers , le choix des commissaires , leur arrivée à Paris ^ la
MJÉMOIAËS. 65
distribution du travail, la préparation ^ lexamen et la discussion. des bases de la constitu-^ tionv les conférences contradictoires avec les délégués de TEmpereur « etc. etc. , auraient absorbé un tems incalculable , et laissé la France dans un état d'anarchie qui aurait ôté les moyens et la possibilité de (aire la paix ou la jguerre avec les étrangers.
Ainsi donc ( et loin de blâmer rÉoipereur d avoir dérogé momentanément à cette partie de ses promesses ), on devait au contraire lui savoir gré de s'être démis volontaircnleilt de la dictature dont les cii^coiistances l'avaient re^ vêtu , et d'avoir placé la liberté publique sous la protection des lois. S'il n'eût point été dé tarine foi , s'il n'avait point été disposé sirtrcèrement à rendre au peuple ses droits et à renfermer les siens dans de justes limites , il ne se serait point empressé de publier l'acte additionnel ; il aurait gagné du tems , dans l'esppir que la victoire ou la paix /en cônsoli* dant le sceptre dans ses mains , lui permet-^ trait de dicter des lois au lieu de s'y sdumettréi
On reprochait enfin à l'acte additionnel d'avoir rétabli les confiscations abolies par là Charte.
La plupatt des côtiseiilers d'état et déi ministres, et M. de Bassano plus spécialement ,
Ta lU 5
6ê kEMôiafeg*.
s'élevèrent avec force contre cette disposition renouTclée de nos lois révolulionnaires. Mais l'Empereur regardait la confiscation des biens^ comme le moyen le plus efficace de contenir les royalistes ; et il persista opiniâtrement à ne {)oint s en dessaisir^ sauf à y renoncer^ lorsque les circonstances le permettraient.
En résumé , lacté additionnel n'était point sans taches; mais ces t£^ches», faciles à faire disparaître, n'altéraient en rien la beauté et la bonté de ses bases« Il reconnaissait le prin** cipe de la souveraineté du peuple. Il assurait, aux trois pouvoirs de l'élat^ la force et Tindé* pendance nécessaires pour que leur action fût libre et efficace. L'indépendance des repxé«sentans était garantie par leur nombre et le mod^ de leur élection. L'indépendance des pairs , par lliérédité. L'indépendance du souverain^ par le veta impérial , et l'heureuse combinaison de» deux autres pouvoirs qui lui servaient mutuellement de sauve-garde. Les libertés publique» solidement fondées , étaient dotées libéralement de toute» les concessions accordées par la Charte, et de toutes celles réclamées depuis. Le jugement par jurés des délits de la presse protégeait et assurait la liberté des opinions. Il préservait les écrivains patriotes de la colère du prince et de la com-
iCEHOIRES. 69
j^laisanice die ses agens. Il leur assurait même l'impunité , toutes les fois que leurs écrits seraient eu harmonie avec les vœux ou les sentimens secrets de la nation^ La liberté individuelle était garantie non- seulement par les anciennes lois et rinamovibilité des juges > mais aussi par deux dispositions nouvelles: Tune, Id responsabilité des ministk^cs; l'autre^ l'abolition prochaîne de l'inviolabilité dont les fonctionnaires de toutes classes avaient été revêtus par la constitution de l'an VIII, et ^près die, par le gouvernement royal. Elle Tétait encore pair la barrière insurmontable opposée à l'abus tbï droit d'exil , par la réduction dans ses limites naturelles de la jurisdic-^ tion des (commissions militaires, et par là restrîctfon du pouvoir de déclaiper en état de *îége une pnrtion quelconque du territoire :
pouvoir jusiju'alors arbitraire , et à l'aide du*^ quel le souverain suspendait à son gré l'em-» pire de la constitution, et mettait^ de fait,' les citoyens hors la loi. L'acte additioiinel, enfin > par les obstacles qu'il apportait aux usurpations du pouvoilr suprême, et les garanties sans nombre qu'il assurait à là nation , afiêr-^ missait sur des fondemens inébranlables les Ubertés politiques et. particulières: et cepeu'*
6^ I1EMOIKE9;
danty par la plus bizarre des contradictions » il fut considéré comme Yœ^iwre du despoHêfhef et fit perdre à Napoléon sa popularité.
Les écrivains les plus renoinmés par leur»
lumières et leur patriotisme, prirent la défense de Napoléon ; mais ils eurent beau citer Delolme, Blackstone^ Montesquieu, et démontrer que jamais aucun état hiodeme^ aucune ré^' publique il avait possédé des lois aussi bienfaisantes , aussi libérales , leur éloquence et leur érudition furent sans succès^ Les contempteurs de l'acte additionnel, sourds à la voix de la raison , ne voulaient le juger que d'après son titre ; et comme ce titré leur déplaisait et les inquiétait , ils persistèrent à dénigrer l'ouvrage et à le condamner^ comme on le dit vulgairement, sur l'éUqiiette du sac^
Napoléon, loin de prévoir ce funeste résultat, s'était persuadé au contraire qu'on lui saurait gré d'avoir accompli si promptement et si généreusement, les espérances de la nation ; et^ il avait préparé de sa main une longue proclamation aux Français , dans laquelle il se félicitait. sincèrement avec eux du bonheur dont la France allait jouir sous l'empire de ses nouvelles lois, *
Cette proclamation , on le devine facile-
iKieol, n'eut point de suite (i) : elle fut remplacée par un décret de convocatioa des col-; léges électoraux, dans lequel Napoléon^ averti i^es rumeurs publiques, a'excusa sur k gravité des circonstances , d ai^oir abrégé les, formes qu'il avait promis de suivre pour la rédaction de lacté constitutionnel, et annonça que cet acte , contenant en lui-même le pria* cipe de toute^ amélioration 9 pourrait être modifié conformément . aux vœux de la nation.
Aux termes de ce décret, les collège^ électoraux étaient appelés à nammer les membre^ de la prochaine, assemblée des représentans ; et Napoléon s'excusait de rechef d'être forcé , par la position de l'état, de faire procéder à. la nomination dçs députés ayant l'acceptatioa de la constitution.
C*était au Champ de Mai que les électeurs de tous les départemens devaient se réunir , pour procéder au réceiiSement 4^4 Yotes dq içejet ou d'adoption.
(1) VEnipereur av^t. ordçnoi^ de brûler cette proclamation ; mais je la trouvai si belle, que je crus devoir la con- «etvcr. Au moment du dëpart de Napole'on pour Tarmée , je if étais point à Paris ; un premier commis du cabinet , M. Rathery, Payant trouvée dans mes cartons,, ei|tle çoqragf ^ l|jelçrau feu..
^a MEMOIRES.
L'idée de TcnouTeler les antiques asseoi<« bléesde la nation» telle que TEmpereur laYail d'abord conçue , était sans contredit une idée grande ^ généreuses, et singulièrement propre à redonner au patriotisoie de leçlat et de ^é-^ nei^ie ; inais, il f^ut l'avouer aussi^, elle était marquée au coin de Tavdace et de Timpru-r dence , et pouvait porter à Napoléon un coup irréparable. N'était-il pas à craindre , dans la position équivoque ou il se trouvait placé « que les électeurs ayant tout à redouter de« Bourbons et des étrangers, ne voulussent point accepter une mission aussi périUeuse, et que l'assemblée ne fût déserte? N'était-ii point probable encore , que personne ne brigi^erait 1© dangereux honneur de faire partie de la nou-t velle représentation nationale^ dont le premîei: acte serait nécessairement de proscrire à jamaiii la dynastie des Bourbons, et dé reconnaître Napoléon , en dépit d^s étrangers , seul et lé^ gitime souverain de la France ?
Cependant^ tant il est vrai que l'événement avec Napoléon démentait toujours les plus sa-^ ges conjectures , les électeurs accoururent en foule à Paris ; et les hommes les plus recommandables par leur caractère ou leur fortune, 9e mirent sur les rangs pour être députés , et soUicitèreirt les suffrages avçc autant d'ardeur
MCMOiaES.^ 7%
^e BÎ la France eût été tranquille et heureuse (i).
Et pourquoi ? c eat qix'il s. agissait moins , aux yeux des électeuirs et des députés^ de la cause d'un homme , que du sort dé la patrie; e eat que la crise où se trouvait la France, loiu d intimider les partisans de la révolution , ré-r Teilla dans leurs cgeurs les seiitimena du plus^ courageux patriotisme.
Et ce que j'appelle icilespaftisaus.de la ré^ volutipn^ 4'étaient poin|;t comme ceirtaines. personnes cherchent à le persuader , ces êtres, sanguinaires flétris dt| titre de jacohin , mais, cette masse énorme de Français qui , depuis 1789 , ont cQttcoul^u plus ou moins, à la destruction du régime féodal , de ses privilèges et de ses abus; de ces Français enfin , qui con^ naissent le prix de la liberté et de la dignité de l'homme.
Mais rassemblée du Champ de Mai devait être privée de son plus bel ôrnenieat , de Tlnij* pératrice et de son fils \ L'Empeteur n'ignorait point que cette princesse était soigneuse^, ment surveillée , et qu'on lui ayait al^raçM ,^
(i) Je parle en général ; je sais qu'il est des dëparteraetrj o^ les cofléges électoraux, par ées causer difTérétitefl, ne fiirem coiuposés que d'un petit nombre d*iiMlividi^ik
^9 MtMOIRES*
par surprise et par menaces , le serment de communiquer toutes les lettres qu'elle pour-* yait recevoir. Jl savait aussi , qu'elle était mal entourée ; mais il pensa qu'il se devait à lui-9 même et à son attachement pour Tlmpéra-r trice 9 d'épuiser tous les moyens de fair« cesr ser sa captivité. Il tenta d'abord, par plusieurs lettres pleines de sentimens et d« dignité , d'ér inouvoir la justice et la sensibilité de l'Emjpe-t eur d'Autriche. Les réclamations, les prières étant restées sans cfiet, il résolut de charger un officier de la couronne de se rendre 4 Vienne, pour négocier où requérir publiquement, au nom de la nature et dudroit desgens^ la délivrance de l'Impératrice et de so^ 61s. Il confia cette mission àM.lecqmte deFlahaul l'un dei ses aides-de-camp. Personne n'était phi^ en état que cet officier ^ de la remplir dir gnement. C'était un véritable Français : spiFw tuel,' aimable et brave, il était aussi brillant sur un champ de bataille, que dans une conférence diplomatique ou dans un salon , et savait plaire en tous lieux par l'agrément et la fermeté de son caractère*
M. de Flahaut partit^ et ne put dépasser ^ttgard. Cette disgrâce convertit en regret douloureux la joie qu'avait déjà fait naltreresr: pérance de revoir le jeune prince e% son aur guste mère.
HJBMOIRES. ^3|
Les. peuples qui se trouvaient répandus sur leur passage, avaient d'avance préparé le^ moyens de faire éclater leur amour et leur pespect
|L^ retour de Napoléon avait été célébré par des cris d enthousiasme qui ressemblaient a l'ivresse de la victoire ; celui die l'Impératrice n'eût inspiré que de tendres énpiotions. Les ac-? clamations modérées par de douces larmes , les routes jonchées de fleiurs ^ les villageoises parées de leurs atours, et de leur bonheur, auraient donné à cq spectacle l'aspect d'upe fête fte famille; et Marie^Louise n'eiit point sem-r blé la fille des Césars rentrant dans ses états, mais une mère biea iiiniée qui, après une longue et douloureuse absence^ est enÇn rendue aux vœux de. ses enfans.
Son fils , sur la tête duquel reposaient alors de si hautes destinées , aurait excité des transports non moins vifs, non moins touchans.
Arraché , dès le berceau, à son trône , à sa patrie, il n'avait point cessé de reporter ses souvenirs et ses regards vers le sol qui l'avait vu naître ; une foule de mots hardis et ingénieux avait révélé ses regrets, ses espérances; et ces mots répétés et appris par cœur, rendaient pet auguste enfanf rol>J€t des pensées et des aflections les plus chères.
Par uneoônlrddlcUon étrange, les Français avaient déploré le caractère impérieux et Thiimeur belliqueuse de Napoléon; et précisé^ ment ils chérissaient le fils, parce quil pror-. mettait d avoir 1 audace et le génie de son pêne, et qu'ils espéraient qu il rendrait un jour à la France ie liuire de$ i^ictoi4res ^i ie langage
L'Empereur fut profondénies^t affligé de la détention arbitraire de sa femme eX de son fils. Il en sentait toute Timportaûcc ; plusieurs fois on lui offrit de les enlever; moi-même je fus chargé 4 par un très-grand personnage» de Tentretenir d'une offre de cette nature. Mais il persista obstinément à ne vouloir accueillir aucune proposition. Peut-être répugnalt*il â sa tendresse ou à Sa fierté, de cMifier^ aux hasards d'une semblable entreprise , des personnes aussi chères , et qu'il était assuré d oh-
(i) Voici sur le )«une Nspolëon une anecdote que je n ai lue nulle part. Lorsqu^il ^int au monde, on le crut mort : il était sans chaleur , sans mouvemens , sans respiration. M. Dubois (aceoocfatfnt «lé Pttttpéfâtrice ) faisaîi êeé efforts nulti-* pKés pour le rappeler à Im jie ^ lor<qite parlireùl succes»ivement les loo coups de canon destinés à célébrer sa naissance ; la commotion et Tébranlement qu*ils occasionnèrent, agireot si fortement sur les organes du royal enfauf , qu*il réprit sts sens.
MÉMOIRES* ^5i
feoir plus dignement de la victoire ou de la^ paix. Peut-être craignait -il de compromettre leurs destinées , s'il succombait dans la Jutte qui allait s'engager entre TÈurope et lui; car, malheureusement , cette lutte si long-tem^ incertaine, n'élait plus douteuse, même à ses yeux.
Les ouvertures indirectes faites aux cabi-.
neta étrangers, et celles renouvelées sous toutes les formes par r£mpereur, par le duc de Vicence, avaient échoué complètement.
Les efforts tentés , en faveur de la France, dans le parlement britannique , par les généreux défenseurs des droîls et de rindépendance des nations » étaient, demeurés sans succès.
M. de Saint-L et M. de Mont , revenus
de Vienne, avaient annoncé que les alliés ne se départiraient jamais des principes manifes-^ tés dans leurs déclaration et traité des i3 et a5 mars.
M. de Tâlleyrand, sur lequel on comptait, convaincu du triomphe des Bourbons , avait refusé de les trahir ou de les abandonner.
M. de Stassard avait été arrêté à Lintz et forcé de revenir sur ses pas. Ses dépêches , saisies et envoyées à Vempereur d'Autriche, oyaient été mises sous les yeux des monarques
étrangers ; et ces monarques avaient arrêté unanimenient quelles ne seraient point prises en considération 9 et qu'ils adhéraient d« nouveau , et plus formeHement que jamais , à leur déclaratipn.
La princesse Hortense avaft reçu 5 de la part de Tempereur de Russie , cette réponse laconique : Pavnt de paixj point de trêve avec cet homme : tout^ excepté lui (1).
Les agens que TEmpereur entretenait à l'étranger lavaient instruit que les troupes de toutes les puissances étaient sous les armes , et que Ton n'attendait que l'arrivée des Russes pour entrer en campagne {%).
(i) L'Empereur Alexandre, lors de l*événenient de Fontainebleau , avait garanti au duc de Vicence , pouii Napoléon ' la possession de Tîle d*£}be. M. de Talieyrand et les ministres étrangers lui remontrèrent vivement les dangers de laisser l'Empereur sur un point aussi rapproché de la France et de ritalie , et le conjurèrent de ne point s*o'pposer à ce qu*on le forçât de choisir une autre retraite. Alexandre , fidèle à se^ engagemans ne vouhit point y consentir. Lorsque TËmpereur reparut, Alexandre se fit un point d'honneur de réparer la noble faute qu'il avait commise, et devint plutôt par devoir que par animositéy Tennemi le plus acharné de Napoléon et i% la France. '
(a) Il avait, en Allemagne et en Angleterre, 4es agens qui rinstruisaient avec une exactitude parfajte de tout ce qui s'y passait; il est vrai que ces agens lui faisaient acheter chère» ment leurs services. Il atait notamment à Londres deux
MEMOIUES. 7^
Tout espoir de conciliation était dono anéanti ; les amis de Napoléon commençaient à douter de son salut : lui seul contemplait , avec une imperturbable fermeté, les danger»
dont il était menacé.
Les événemens de i8i4 lui avaient révélé l'importance de la capitale^ et Ion pense bien qu'il ne négligea point les moyens de la mettre en état dé défense. Quand le moment fut venu d'arrêter définitivement les travaux de fortifications qu'il avait déjà fait ébaucher» M. Fontaine, son architecte favori, était près de lui et voulut se retirer. « Non, lui dit «l'Empereur, restez-là; vous allez m'aider à » fortifier Paris. » Il se fit apporter la cat'te des chasses^ examina les sinuosités du terrain, consulta M. Fontaine sur l'emplacement des redoutes , l'établissement des couronnés , triple-couronnes , lunettes^ etc., etc., et en moins d'une demi-heure , il conçut et arrêta, sous le bon plaisir de son architQcte, un plan définitif de défense qui obtint l'assentiment des ingénieurs les plus exercés.
Une nuée d'ouvriers couvrit bientôt les
personnes qui lui coûtaient 2000 guine'es |>ar mois. « Si meà 9 Allemands, dit-il ii ce sujet, étaient mw chers, il faudrait » y renoncer. »
alentours de Paris; maïs, pour augrnénècr l^éffet que devait produire en France et à Tétram ger la fortification de cette ville, Napoléon fît insinuer à la garde nationale d'y travailler^ Aussitôt, des détachemens de légions ^ accompagnés d'une foule de citoyens et de fédérés des faubourgs Saint- Antoine et Saint-Mar-^ ceau , se portèrent à Montmartre , â Vincennés, et procédèrent, en chantant, à Touverture des tranchées. Les grenadiers de la gardé ne voulurent pas rester oisifs, et vinrent > leur musique en tête, prendre part aux tra-^ taux. L'Emjpereur , accompagné seulement de quelques officiers de sa maison , allait sou* vent encourager le zèle des travailleurs. Sa présence et ses paroles enflammaient leur imagination; ils croyaient voir les Thermopyles^ dans chaque passage à fortifier; et, nouveaux Spartiates, ils juraient, avec enthousiasme, de les défendre jusqu'à lia mort^
Les fédérés ne s'en tinrent point à ces démonstrations si souvent stériles ; ils demandé-^ rent des armes , et s'offensèrent du retard qu'on apportait â leur en donner. Ils se plaignirent non moins vivement, de n'avoir point encore été passés en revue par l'Empereur.
L'Empereur, pourles- apaiser, s'empressa de leur annoncer qu'il les admettrait avec plai*
BfrKMOlRES. ^9
sir à défiler devant lui le premier jour de parade.
Le 34inai,ils se présentèrent aux Tuileries:
leurs bataillons se composaient en grande partie d'anciens soldats et de laborieux ouvriers; mais il s'était glissé à leur suite quelcjues-^uns de ces vagabonds qui affluent dans les grandes villes; et ces derniers, par leurs figures patibulaires fit le désoi*dre de leurs vêtemens» ne rappelaient que trop les bandes homicides qui ensanglantèrent autrefois la demeure de rinfortuné Louis XVL
Lorsque Louis XIII et le superbe Richelieu invoquèrent les secours des communauté9^ d'art» et métiers , ils accordèrent à leurs dé-^ pûtes une audience solennelle, leur prirent les mains , et les embrassèrent tous, dit l'histoire , juisqu aux ^vetiers. Napoléon , quoique placé dans une position éminemment plus critique , ne voulut point 3'bumilier devant la nécessité; il conserva sa dignité, et laissa pé-> néirev, malgré lui, comble» il souffrait d'étrô forcé, par les circonstances^ d'accepter de semblables secours.
Les chefs de la confédération lui adressé-^ rent un discours , où l'on remarqua prinçipa-^ lement les passages suivans ; ; .yoiu êtes» Sire, l'homme de la nation , le défen"^
05 lÉkMOitiEr.
*eur de la pairie ; nons attendons de votis liné jglS-ï rietise indépendance et ane sage liberté. Vous noui assurerez ces deux biens précieux ; vous consacrerez à jamais les droits du peuple ; vous régnerez par la constitution et les lois: nous venons vous offrir nos bras^ notre courage, et notre sang pour le salut de la capitale.
Ab l Sire , que n'avions-nous des armes au moment où les rois étrangers, enbardis par la trahison, s'avancèrent jusque» sous les murs de Paris ! . . . nous versions des larmes de rage en voyant nos bras inutiles à la cause commune ; nous sommes
presque tous d'anciens défenseurs de la patrie : la patrie doit remettre avec confiance des armes à ceux qui ont versé leur sang pour elle. Donnez -nous des armes en son nom .... Nous ne sommes les instrumens d'aucun parti, les agens d'aucune factioii . ^ . Citoyens , nous obéissons à nos magistrats et aux lois ; soldats i nous obéissons à nos chefs ; • •
Vipe la nation ! vm la liberté vi»e CEmpereut!
L'Empereur leur répondit en ces termes i Soldats , fédérés des faubourgs Saint - Antoine et Saint -* l^arceau : Je suis revenu seul, parce que je comptais sur le peuple des villes , les habitans des campagnes et les soldats de Tarmée , dont je connaissais l'atlacbemetit à l'honneur national. Vous avez tou* justifié ma confiance. J'accepte votre offre. Je vous donnerai des armes, je vous donnerai pour vous guider des officiers couverts d'honorables blessures, et accou-* tùmés à voir fuir rennemi devant eux. Vos bras robustes et faits aux pénibles travaux , sont plus propres que tous autres au maniement des armes. Quant an
IfÊMOIREâ. di
toiirage, voos êtes Français ; vous sere:^Ies édairears de la garde nationale. Je serai sans inquiétude, pour la capitale , lorsque la garde nationale et vous , vous serei chargé de sa défense ; et s'il est vrai , que les étrangers persistent dans le projet impie d'attenter à notre indépendance et à ootre honneur, je pourrai profiter de la victoire sans être arrêté par aucune sollicîtude.
Soldats, fédérés! s'il est des hommes dans les hautes classes de la société qui ayent déshonoré le nomFrançais ; l'amour ^e la patrie et le sentiment d'honneur national , se sont conservés tout entiers dans le peuple des villes , les hahitans des campagnes et les soldats de l'armée. Je suis bien aise de vous voir. J^ai confiance en vous : vive la nation !
Néanmoins , malgré sâ promesse , TEmpe^ retit, 'sous le prétexte que le nombre des fusils n'était point suffisant , ne fit donner des armes qu aux fédérés de service ; en fsorte qu elles passaient journellement de mains en mains , et ne restaient par conséquent en la possession de personne. Plusieurs motifs lui firent prendre cette précaution. Il voulait con^server à la garde nationale une supériorité qu'elle aurait perdue, si la totalité des fédérés eût été armée. Il craignait ensuite que les républicains qu'il regardait toujours comme ses ennemis, implacables^ ne s'emparassent de l'esprit des fédérés et ne parvinssent, au nom
8j mémoires.
de la liberté, à leur faire tourner contre lui \eê armes , qu'il leur aurait données. Prévention funfeàte ! qui lui fit placer sa force autre part que dans le peuple, et lui ravit par conséquent son plus ferme soutien.
Au moment où la population de Paris témoignait à l'Empereur et à la patrie le. plus fidèle dévouement, Ite tocsin de" insurrection retentissait dans lés campagnes de là Vendée. Dès le f'maî, quelques symptômes d agitation avaient été remarqués dans le Boccage (i). Le brave et infortuné ïravot par fer- * meté , par persuasion* était parvenu. à rétablir l'ordre; et tout paraissait tranquille , lors- ' que des émissaires de l'Angleterre vinrent de nouveau rallumer l'incendie.
MM. Auguste de la Roche-Jaquelin , d'Autichamp , Suzannet, Sapineau^ Daudigné, et quelques autres chefs de la Vendée, scxréunirent. La guerre civile fut résolue. Le 1 5 mai ^ jour convenu, le tqc&in se fit entendre; des proclamations énergiques appelèrent aux armes les habitans de l'Anjou , de la Vendée, du Poitou ; et l'on parvint à rassembler une masse confuse de sept à huit mille paysans.
Les agens Anglais avaient annoncé que le
(i) Fdyer ordinaire de la rébellion.
MÊMOIRÏS^ 83
Wiatquis Louis dé la Roche-Jaquelîn appor-^ tait aux prôvinceé dé TOuest des arfnes , des munîtiotis; etdè TargefatLes ihàurgéâ se portèrent aussItM à Croii-de-Vic prottr favoriser son débarquement. Quelque* douaniers réunis à la hâte, s'y oppôsëtenf , mais vainement: la Roche-Jaqùeliri triomphaùt remit, entre les màîhs deis malheureux Vendéens , les funestes présens de T Angleterre, (i)
La nouvelle de cesottléverrient que des rappjÊirts inexacts avaient coniidérabiément exagéré , parvint à l'Empereur dans la nuit du 17. Il m'appela près de son lit , hie Ôt mettre sur la carte leâ positîotis des Fraâçais et deà insurgés , et me dicta ses volontés.
Il prescrivit à ûné* partie des troupes stationnées dans les drvisiobs limitrophes , de se porter en toute hâte sur Niort et sur Poitiers, au général Brayer de ée rendre en poste à Angers , avec dèùi régîmèhs dfe la jeune garde ; au géhéral Travot de rappeler sei détathemens
(t> Les secours si js'oibj^eti^emetit Énh6Acés pat- lé^ ëmîs-^ saires royalistes se rëdutsireht à 3,400 fttsijs et â quelques; barils de poudre. Les chefs de rinsurrection , tropipés dans leur attente , reprochèrent amèrement à M. «le la Roche- Jaqiielîn de les avoir abusés éi compromis par du fausses promesses*
84 MBMOIEÈSv
ef de se concentrer jusqu'à nouvel ordre ; de§ officiers d'ordonnance expérimentés furent chargés daller reconnaître le terrain; et le général Gorbineau dont l'Empereur connaissait les talens ^ la modération et la fermeté, fut envoyé sur les lieux pour apaiser la révolte, ou présider en cas de besoin aux opérations militaires. Toutes ces dispositions arrêtées , l'Empereur referma tranquillement les yeux; car la faculté dégoûter à volonté les douceurs du sommeil > était une des prérogatives q^^ lui avait accordé la nature. ^L
Des dépêches télégraphiques apportèrent bientôt des détails plus circonstanciés et plus rassurans. On sut que les paysans , auxquels on avait donné l'ordre de fournir seulement quatre hommes par paroisse, avaient montré de l'hésitation et de la mauvaise volonté , et que les chefs avaient eu beaucoup de peine à rassembler quatre à cinq mille hommes , corn- .posés en grande partie de vagabonds et d'où-* vriers sans ouvrage. On sut enfin que le général Travot, ayant été instruit du déb«irquement et de la route qu'avait suivi le convoi ^ ti'était mis à la poursuite des insultés , les avait atteints en avant de St.-Gilles , leur avait tué trois cents hommes , et s'était emparé de la majeure partie des armes et des munitions.
L'Empereur pensa que cette émeute pourrait se résoudre autrement que par la force; et adoptant à cet égard les vues de concilia-» tien proposées par le général Travot , il chargea le ministre de la police d'inviter MM. de Malartieet deux autres chefs Vendéens, MM. dé la Beraudlère et de Plavigny , à se rendre en qualité de pacificateurs près de leurs anciens conapagnons d-armes, et à leur remontrer que ce n'était point dans les plaines de l'Ouest que le sort du trône serait décidé ; et que l'expulsion définitive ou le rétablif sèment de Louis XVIII, ne dépendant ni de leurs efforts ni de leura revers, le sang français qu'ils aK lliient verser dans la Vendée serâitinutilement r^pandu^
Il transmît rordre au général Lamarque qu'il venait d'investir delà direction suprême de cette guerre (i) , de favoriser de tout son pouvoir les négociations de M, de Malartic; il lui prescrivit en même tems dç déclarer for-^ nvellcment à la Roche-Jaqueltn et aux autres
(i) L*£mpereur avait destine ce commaxiclerqent «q chef au duc de Rovîgo, ou au gênerai Corbineau ; mais il prévit, qu'on serait peut-être obligé d'en venir à des mesures de d^^ueur; etîl ne voulut point qu^elles fuissent dirigéer par uxki ofûcier attaché à sa personne.
86 B|£MaiRES.
chefs des insurgés, que s'ils persistaient à continuer la guerre civile , il ne leur serait plu» fait de quartier, et que leurs maisons e\ leuf^ propriétés seraient saccagées et incendiée^ ( i )^ Il lui recommanda aussi 4^ presser le plus vivement possible les bandes de la Vendée , afin de ne leur Im^ex d'fiiutre espoir de salut qu une prompte ^Qui;aissi.on. Mais cette recommaiii^datiou était superflue- Déj^à le général
(i) L^Empefeur coqsîîdëra c^m me^vf^ rigoureuse comme uçe juste represaîHe des moyens en^p.Ioyés p^r les chefs Vendéens pour recruter leur arme'e. Voici ces moyens.
Lorsque les familles qui régnent dans la Vendée, ont résola la guerre , elles envoyent Tordre à leurs agens de parcourir les campagnes pour prêcher la révolte et pour indiquer à chaque paroisse le nombre d'hom^ieâ qu*elle doit fournir* Les chefs d*insurrection de chaque paroisse désignent alors les paysans qui doivent partir, et leur enjoignent de se rendre tel jour, à telle heure , au lîei| fixé pour le rassemblement. S*ils y mapqueat , on les envoyé chercher, par des Landes armées , composées ordinairement des hommes les plus redoutés dans le pays; s'ils, résistent,^ on les menace de les fusiller ou d*incendier leurs maisons ; et comme cette menace n'est jamais vaine » les malheureux paysans obéissent et parlent.
On a prétendu que l'Empereur ay^it 4o.Qué Vofdfc de mettre à prix la têle des chefs des insurgéi ; les instructions données au ministre de la guerre ont été transcrites par moi , et je ne me rappelle nullement qu'il y fût question d'un ovdre semliable.
Travot , par ^es attaques impréTues , des marches sayantes, des succès toujours eroissaas , était parvenu à porter le trouble et l'effroî dans 1 ame des insurgés ^ et Us cherchaient moins à le combattre qu^4 {'éviter*
]En opérant le Ino^veine^t de concentration qui lui av^it été prescrit, ce général se rencontra I9 nuit et par hasard ^ à Aîpen^y , avec larmes royale. Les Vendéepj», purpris» se crurent pordiis. Quelques cçups de fusils jetèrent dans leprs rangs \q di^^çifd^rfi et l'éppu vante ; ils 8^ précipitèrent les ups pqr las autres 5 et se débandèrent ^\ compHtement que MM. de Sapineau et Suzannet se tpouvèrept plusieurs jours ^an^ soldat^. M. d'Atiti^hamp, quoiqu éloîgoé du lieu du combat, éprouva le même sort. Ses troupes rabandonnèrent avec autant de facilité , qu'il av^it eu de peine à les réunir-
Cptte défection n'était point le seul effet de la terreur que larmé^ impériale devait naturellemeut inspirer à de malheureux paysans ; elle tenait encore a plpsfeurs autres circonstance^. D'abord , elle résultait du peu de confiance des insurgés dan§ l'^ppérience et la capacité de leur gép^ra| ep chef }e uiarquis de [a liocbe-Jaquelin, Ils rendaiept justice a sa belle bravoure, mais il s'était perdu dans leur
esprit en les compromettant sans cesse par de fausses manœuvres , et en voulant les assujettir à un service régulier, incompatible avec leurs habitudes domestiques et leur manière de faire la guerre. Elle provenait ensuite de la division qui s'était introduite, dès le début de la guerre , parmi leurs généraux. Le marquis de la Roche- Jaquelin , ardent et ambitieux , s'était arrogé le commandement suprême ; et les vieux fondateurs de l'armée royale, les d'Âutiqhamp , les Suzannet , les Sapîneau , n'obéissaient qu'à regret aux ordres impérieux d'un jeune officier , jusques-là sans service et sans réputation.
Mais la cause première, la cause fondamentale de la mollesse ou de l'inertie des Vendéens, était plus encore le changement survenu depuis le couronnement de Napoléon dans l'état politique et militaire de la France : ils savaient que le tems où ils faisaient peur aux bleus et s'emparaient à coups de bâton de leur artillerie, était passé. Ils savaient que le tems de la terreur, de l'anarchie, était fini pour toujours, et qu'ils n'avaient plus à redouter ni les abus, ni les excès, ni les crimes qui avaient provoqué et entretenu leur première insurrection. Quant à l'attachement qu'ils avaient hérité de leurs pères pour la famillo
MJIMOIRES. 89
desL Bourbons , cet attachement j sans être banni de leurs cœurs, était balancé par la crainte de voir renaître les malheurs et les dévastations de l'ancienne guerre civile, par Tinquiétude que leur inspirait la renaissance du double despotisme des prêtres et des nobles, et peut-être encore par le souvenir des bienfaits de Napoléon. C'était lui qui leur avait rendu leurs églises et leurs ministres , qui avait relevé les ruines de leurs habitations désolées (1), et qui les avait affranchis à la fois des exactions révolutionnaires et des brigan.dages de la chouannerie.
L'Empereur, ne doutant point de la fin prochaine et de l'heureuse issue de celte guerre, l'annonça hautement ep audience publique. « Tout, dit-il, sera terminé avant peu »dans la Vendée. Les Vendéens ne veulent' »plus se battre.' Ils se retirent chez eux, un à > un , et le combat finira , faute de combat- » tans. >
Les nouvelles qu'il reçut du roi de Naples furent bien loin de lui inspirer la même satisfaction.
Ce prince , comme je l'ai dit précédemment ,
(i) 14,000,000 francs avaient cté affeclés à la reconstruclîon des maisons incendiées.
après avoir remporté plusieurs avantages assez brillans, s'était avsincé {q^quau^ portes de Plaisance 9 et sç disposait à niarcher sur Milan 5 à travers le territoire Piéroontais, lorsque lord Bentink lui fit notifier que TAngleterre .se déclarerait contre lui^ s*il ne respectait point les états du roi de Sardatgne. Jo2|chim » craignant une diversion des Anglais sur Naples, consentit à changer de direction. Les Autrichiens eurent le tems d accourir, et Milan fut sauvé.
Sur ces entrefaites , un corps d'armée napolitain, qui avait pénétré en Toscane et chassé devant lui le général Nugent, fut surpris et forcé de se retirer précipitamment sur Flo-rence.
Ce revers inattendu, et les renforts considérables que les Autrichiens reçurent , déterminèrent Joachim à rétrograder: il se retira pied à pied sur Ancone.
Les Anglais, neutres jusqu'alors, se déclarèrent contre lui, et s'allièrent à l'Autriche et aux Siciliens. Joachim, menacé, pressé de tous côtés , concentra ses forces. Une bataille générale fut livrée à Tolentino. Les Napolitains , animés par la présence et la valeur de leur roi , attaquèrent vivement le général Bianchi, et tout leur présageait la victoire^
quand larrivëe du général Ndpperg, à la tête de troupQS fr^içlies, cl^angea k face des affaires. L'armée nsippUt^iae, rompue, abandomia le ch^ipp 4^ b^t^iUci çt a'eAfuit â Macerata.
Un 8ecoi^4 cprp^pt ^u^si malh^uraux eut lieu à Caprfino, e\ la prise 4^ Q^U^ "^Ul^t P^^ les 4^iitriGhiens, leur o^vrit l'entrée du royaume de Naplep , taudis que le corps du général Nugent, qui ^'ét^it ^ivî^^ de Florence sur Rome, pénétr^îï fW unp fiutre route sur le territoire qapolitaîu-
Le bruU de h^ défaite et de la mort du roi, l'approche des armé^f» aytriehienues et leurs proclamations (1), ei^citèr-ent une sédition à Naples. Les Lazzaronis, après avoir assassiné quelques Français et massacré le ministre de la police , se portèrent au Palais-Royal » dpus le dessein d'égorger la^ r^lue. Cette princesse , digne du sang qui coulait dans se^ veiuçs, ne s'effrays^ poiqt 4c leurs cris et de leurs menaces; elle Içur tint tête courageuçenieut , eX les força de rentrer dans Tobéissance.
JpacUim « resté debout au n^ilieu 4ès débris de son armée , soutenait « avec une constance
(i) Elles annonçaient et promettaient aux NapoHtarns le rétal)lis;ieiDei]^t sur le ^rône de Ferdinand leur ancien roi.^
héroïque, les efforts de ses ennemis; résola de périr les armes à ta main , il s'élançait sur les bataillons, et portait, dans leur sein, Fépouvante et la mort. Mais sa valeur ne pouvait qu'illustrer sa chute. Toujours repoussé , toujours invulnérable, il abandonna lespoir de vaincre ou de se faire tuer* Il revint à Naples, dans la nuit du 19 au 2 o mars; la reine parut indignée de le voir. « Madame , lui dit- >il, je n'ai pas pu mourir. > Il partit aussitôt, pour ne point tomber au pouvoir des Autrichiens , et vint se réfugier en France. La reine , malgré les dangers qui menaçaient sa vie, voulut rester à Naples, jusqu'à ce que le sort de l'armée et le sien, eussent été décidés. Le traité signé , elle se retira à bord d'un bâtiment anglais , et se fit conduire à Trieste.
La catastrophe du roi fit sur Tesprit superstitieux de Napoléon , la plus profondé impression ; mais elle n'inspira aux Français que peu de regrets et point de crainte. Je dis point de crainte, car la nation, s'était familiarisée avec l'idée de la guerre. Le patriotisme et i'é-« nergie . dont elle se sentait animée , hii' inspiraient upe telle confiance, qu'elle se croyait assez forte pour se passer de l'appui des Napolitains et lutter seule contre la coalition. Elle
isc rappelait la campagne de i8i4; et si, à cette époque, Napoléon^ avec soixante mille soldats, avait battu et tenu en échec les armées victorieuses de l'étranger, que ne devaitelle point espérer aujourd'hui , que l'armée , forte de trois cents mille combattans ^ ne serait , au besoin , que l'avant-garde de la France ? Les royalistes et leurs journaux , en répétant les manifestes de Gand et de Vienne , en éuumérant les armées étrangères , en exagérant nos dangers, étaient bien parvenus à amollir quelques âmes et à ébranler leurs opinions ; mais les sentimens de la masse nationale n'avaient rien perdu de leur vigueur et de leur énergie. Chaque jour, de nouvelles offrandes (1) étaient déposées sur l'autel de la
(1) Les départemens au Centre et de TËst se distinguèrent particulièrement. Un grand nombre de leurs habitans don^ nèreni des sommes considérables > el firent équiper , à leurs frais, des- compagnies , des bataillons « desrégimens entiers' de partisans ou'^e gardes nationaux.
A Paris, un seul citoyen, M. Delorme, propriétaire du beau passage du même nom, offrit à la patrie cent mille francs.
Un autre fit remettre à TEmpereur, le jour de la revue de Jagarde nationale, un rouleau de papier attaché avec un ruban delà légion d^honaeur. OnTouvrit; il renfermait vingt-cinq mille francs, enbillets.de banque, avec ces mots : à Napo^ iéon, à ia patrie. L*£mpereur voulut connaître Pauteur de
g4 HÉttOIllES.
patrie; et chaque jour se formaient, sous lé nom de lanciers, de partisans, dn fédérés, de chasseurs dés montagnes, de titâillèurs i de nouteaiix corps de Yolontairés aussi nombreux que tedoutables.
Les Parisiens , s! souvent àpècfateûrs paisibles des événemens , partageaient cet élan patriotique; non contehà d'élever lèurâ ^elfaUchémens de leurs propres mains , ils sollicitèrent Thonneur de léâ défendre; et vingt mille hommes, composés de gardes nationaux , de fédérés des faubourgs , et de citoyens de toutes les tîassêâ, s'organisèrent en bataillons de guêtre , sous la dénomination de tirailleurs dé la gardé nationale.
Napoléon applaudissait aux nobles efforts de la grande nation ; mais malheureusement nos arsenaux avaient été spoliés en 18 14; et quelle que fut l'activité dé nos ateliers, il éprouvait le désespoir de ne pouvoir armer tous les bras levés pour sa défense ; il lui aurait fallu six cents mille fusils , et à peine pouvait-on
ceUemystffHéiise et délicate offrande ; et il parvint à savoir qu*elle étaitdue à M. Geraudaii, dont plusieurs actions sefii- (blablrs lut avaient dëjà rév(:Ié les nobles sentimens et le patriotisme.
suffire à larmement des troupes de ligne et des gardes Datiotiâlés envoyées dans les places.
Mais pendant que Paris d'un côté contemplait ses remparts , de lantre il voyait s achever les préparatifs de la fête du Champ de Mai. Partout la foule abondait ; et le Prarfëais, toujours le même , toujours valeureux et frivole, parcourait avec un égal plaisir les lîeux où il devait se battre, et ceux où il espérait s'amuser*
L'assemblée du Champ de Mai , que plusieurs circonstances imprévues avaient retardée, eut enfîtitieu le i*'juin. L*Emj>ereurcrut devoir y étaler tout le faste impérial , et il se trompa. Il allait se trouver en présence de vieux patriotes qu il avait abusés, et il feUait éviter de réveiller leurs souvenirs et d'oïFusquer leurs regards.
Son costume, celui de ses frères et de sa « cour, firent d abord une impression désagréable ; elle s'évanouit bientôt ♦ pour f iiï'e place aux sensations qu'excitait cette grande réunion nationale. Quoi, en eflèt, de plus imposant que l'aspect d'un peuple menacé d'une guerre formidable, formant paisiblement un pacte solennel avec le souverain qu'on vent lui ravir ; et s'unissant avec lui, à la vie et à la mort, pour défendre en commun l'indépendance et l'honneur de la patrie !
g6 MÉMOIRES^
Un autel sYlevait au milieu de la Vaste et superbe enceinte du Champ de Mars , et ron commença la cérémonie par invoquer l'Etre supréma Les hommages rendus à Dieir, en présence de la nature , semblent inspirer à rhon|mè^t>lus de religion , de confiance et de respect. Au moment de FélévatioUf cette foule de citoyens » de soldats ^ d*officiers ^ de magis-» trats , de princes , se prosterna «dans la poussière» et implora pour la France, avec une tendre et religieuse émotion , la protection tutélaire du Souverain Arbitre des peuples et des rois, L'Empereur lui-même , ordinaire^ ment si distrait , fit paraître beaucoup de re-> cueillement. Tous les regards étaient fixés sur lui : on se rappelait ses victoires et ses revers < sa grandeur et sa chute; on s'attendrissait sur les nouveaux dangers accumulés sur sa tête; et l'on faisait des vœux , des vœux bien sincères ! pour qu'il pût triompher de ses implacables enqemis<
Une députation composée de cinq cents électeurs s's^vançaau pied du trône, et l'un d'eux, au nom du peuple Français ^ lui parla en ces termes t
Sire , le peuple l^rançaSs vous avait décerné là coii^ ronne; vous Pavez déposée sans son aveu; ses suffrages viennent de vous imposer le devoir àe la reprendre.
. TJn montrai nouveau s'est formé entre la nation et ttiire Majesté.
Rassemblés de tous lés points de rempîre autour des tables de là loi, ou nous venons inscrire le vœii du peuj^e , te voèii , seule source légitime du pou-r v^r , îi nous est impossible de ne pas faire retentir la voix de la France dont nous sommes les Organes im-' médiats, >de ne pas dire, en présence derËurope^^ au chef auguste de la nation , ce qu'elle attend de lui ^ ce qu'il doit attendre d'elle»
Nos paroles sont graves comme les circonstances qui les inspirent.
Que veut la lîgue des rois alliés , avec cet appareil de guerre dont die épouvanté l'Europe et afflige lliu*^ maniié:
Par quel acte , par quelle violatioti avons-nous pro^ voqaé leur vengeance, motivé leur agression ?
Avons-nous , depuis la paix , essayé de leur donner ^s lois ? Mous voulons seulement faire et suivre celles qui s'adaptent à nos mœurs.
Nous ne voulons point du chef que veulent pour nous nos ennemis , et nous vouions delui dont ils. ne veu*^ knt pas. '
Ils osent vous proscrire personnellement , vous ; Sire, qpi, maître tant de fois de leurs capitales , les ayex raffermis généreusement sur leurs trônes ébranlés î Cette haiOQ de nos ennemis ajoute à notre amour pour vous ; on proscrirait, le moins connu de nos citoyens > que nous devrions le défendre avec la même énergie : il serait , comme vous , sous l'égide de la loi et de la puissance Française.
1^. MÉMotRËS»
On nous menace d^ane invasion « et cepenjlant fés-^ serrés dans des frontières que la nature ne nous a point imposées, que loi^ - tems ^*et ayant votre règne^ la victoire et ia paix mêmes avaient reculées « nous n^avona point franchi cette étroite enceinte, parres* pect pour des traités que vous n'avez point sigtiés , et que vous avez offert de respecter.
Ne demandent-» on que des garanties f elles sont toutes dans nos constitutions et dans la volonté du peuple Français, unie désormais à la vôtre.
Ne craint-on pas de nos rappeler des tems , un état de choses, naguères si différens, et qui pourraient encore se reproduire !
Ce ne serait pas la première fois q[toe nous àurioné vAincn V&irope armée contre nous.
. Ces droits sacrés ^ imprescriptibles , qtie la moindre peuplade n'a jamais réclamés en vain aii tribunal dé la josiice et de Phistoire ^ c'est à la nation Frunçaise qu'on ose les disputer une seconde fois ^ au 19* siècle^ à la face du monde civilisé !
Parce que la France vetlt être la France , fant-i| qu'elle soit dégradée , déchirée , démembrée ? et nous réserve-t-on le sort de la Pologne ? Vainement veuton cacher de funestes desseins sous l'apparence du dessein unique de vous séparer de nous^ pour vous donner à des maîtres avec qui nous n'avons plus rien de commun 9 que nous n'entendons plus, et qui ne peuvent plus no as entendre.
Les trois brapches de la législation vont se mettre en action; un seul sentiment les animera. Confians dans les promesses de votre Majesté ^ nous lui remet-
ïonàf àoû^ rémeitohs^ no» reprééemàn^tt àlafit^ambr.e dés j^airs , ie soiii dé recevoir , de comôlider , de perCectioiiner , dé tbntert , sacs précipitation^ sans secousse , avec maturité , aVec sagesse , nôtre système cohstitmiôiinei, et leS institutions qui doivent ca être là garantiiét. * .
Et, cependant ^ slnéii SOii(ki)(tei^*fo^téâ de cdmbat-^ trè| i^jÊ^tm seul cri retentisse d^S ioiiS l'eS èdenrs. Marchons à Tennenli qui réulf tlôfais #âi:iét ébiàme là delmièré des nations. Sérroiott-ndas tous aittdiir dit Irthe éù siégé le père lel le èlieJF d%i peuple el i€ l'armée.
Sîré i rien nr^ést îmj^ossiîile j tien ne sera €|rargtfé pour nous assurer l'honneur et Ti^dépifeiidatrce, tes . bieÎM ^lus chers que la vî6 ; i<(M sera tènfté ^ tout sera exécuté pour ipepoussér un ^dg îgûduÉtiiiieà^ Hfônà le £so»i ant nations : Paiissetit'leufs chefâ nou^eâiéndre! s'ils acceptéiir vos ëffréi *de psAi., le peuple França^ attendra de tètré âdininistratidà ^ ^orté , libérale, paternelle, des métiCs de se (ionfsofér.^és sacrifices ^^e lai a coAté là paix]; mais si l'on ne lui laissé que le choix entre la guerre et la honte , la nation toute entière se lève pour la guéfre; elle est i^rêteà vous dégager des oflEres trop modérées peutêtre, que vous avé^ faites ^diûf' épargùer à l'Europe un nouveau bouleversement. Tout Français est i^ol- ' dat : la fîttoiré suivra vbs aigles, et nos ennemis , qui comptaient sur une division , regretteront bientôt de iiduisi avoir* provoqués.
Ce discours fini, on pf^claiïfti le èifsttMat
100 HiftOIBES.
des TOtcs (i) , et Tacceptatioa de 1 acte coustitutîotinel.
L'Empereur alors , se tournant du côté des électeurs, dit :
Messieurs les électears les collèges de départe'^
mens et d'acrondtssemens , Messieurs les députés des armées de terre et . de
mer au Champ de Mai ,
' Empereur I Consul, Soldat, je tiens toaidu peuples Dans la prospérité , dans Tadversité , sur le chainp de bataille , au conseil , sur le trône , dans Texil , la France a été Tobjet unique et constant de mes pensées et de mes actions.
Comme ce roi d'Athènes y je me suis sacrifié pour mon peuple , dans Tespoir de voir se réaliser la promesse donnée de conserver à la France son intégrité* naturelle ^ ses honneurs et ses droits.
L'indignation de voir ces droits sacrés, acquis parvingt . années de victoires , laéconnus et perdus à ja*T
. (i) Voles. Affirmatîfs..,..;. î,a88,357
. Négatifs ... * 4,207
Arinées. Affirmatifs âas^ooo
Négatifs... 3ao
Marine. Affirmatifs . ...;.. aa,ooo
Négatifs. ..... ... ayS
it clëpartemeas n^envoyèrent point à tems leurs registre^. Ua grand nombre de soldats ,,ne sachant pas signer , ne votèrent point ; et les regbfres de i4 régîmensne parvinrent qa*après le recensement des votes.
maU ; le cri de rhonneur français flétri ; les vœux de la nation , m^ont ramené sur ce trône , qu» m'est cher p^rce qa^ii est le palladium de rindépendance , de rhonneur et des droits du peuple^
Françab, en traversant, au milieu' de l'allégresse publique ^ les dtrerses proirinces de l'empire , pour arriver dans ma capitale , ^'ai dû compler sur une langue piaix ; les nations i^oat- liées par les traités conclus par 4eurs gouvememenSi^ quels qu'ils soient.
Ma pensée s'e portait alors toute entière sur lés moyens de fonder notre liberté par une constitution conforme' à la volonté et à l'intérêt du peuple. J'ai convoqué le Champ de Mai.
Je ne tardai pas à apprendre que les princes qui ont nkéconnu toqs les principes,' froissé l'opinion et les plus chers intérêts de tant de peuples, veulent nous faire la guerre. Ils méditent d'accroître le royau* mé des Pays-Bas , de loi donner pour- barrières toutes nés places fortes du nord , et de concilier les difiérends qui les divisent encore » en se partageant la Lo-^ raine et TAlsace.
Il a fallu se préparer k la guerre*
€e|^endant , devant courir personnellement les ha- 4ard»des combats , ma première sollicitude a dû être de consulter sans retânrd la nation. Lé peuple a ac*çepté Facte que, j|e Lai ai présenté. '
Français! l(»'$que- nous aurons reippussé ces injustes agressions, V et. que TEurope sera convaincue de. ce qu^on doit aux droits et à Findépendance de 28 millions de Français , une loi solen.nelle , faite dans les formW voulues par Facte constitutionnel ^
tm lliMOlRES.
réuiitfitiet^^érfiiitefi àJLSffiisiiipnsie nosconstilQlfoQSy aoîoard'liui /ëparaes.
Français > ?oiii ^Aiu relouriier dans vos d^arteçdens. Sites aoz citoyens que les ctrcoAstânçes sont ^rai^dês 1 1 ! Qu'arec M Tunioa , de F^çrgiie ei 4e la jferpéxéM^et^ lums sortirons mtonciu de xelfa Uuflie; 4'«n grand fançie eoaltse. âfis oppresseurs ; que les. g^aératidiis ^ y«aiir so^oteroiU sé^èrrâeAt ^otreicon-'. . doiSe; qu^pne mition a loiU perd^ quand el|e a perdu Ji'in4éf ,e|i4inc!e» DiiesTlieii^ que ies i^is é^ai^eirs que IWi 41e9cés SjMT le Ir^ne, ihi qui medoiyeni la coQservalîoA dele^rcouTiNEUie \ quiitoos, au tems de ma prospérité, ont brigué mon alliance et la protection du pçi^pl^ Fr^çais p dlirig^e^t aajoiM^4*'bui iws leiirfi içoups cogère fna persçpne. S^ jp jae r oyais qi}^ c>Afc h la p^i^ qi^'^s CQ ye^^,, jç m^ttjFr^s à jev fDifrçi jçeU^ ,e|î4e]a|:e m^r^ Mw«Ue itsjifç aioiit;:^nt si aicharif(^^. Ji|^ 4jijiB« 9(^^i im cAlOjiiîns, que tapt^e les 'FjF^jiç^k «Jà çOTScriGerOAt les ^e^ipep^ d'amour doi^t %^iQe 4i^.i^peAt ^ap|t 4^ frayes > .cct^ç ragie de nos e^^nemis sera impuissante^
français y ma Y4>lçn,té est iC^e df|i pewplef mes 4rpi^ sfH^ 1^ sAeiis; mop hop^^vr « ^rpa glaice , mon, boph^uc, n^ P^(PT«9t .^iU'e a,|i^e^.qu.ei!^pnpi|Siit« (a glpir^ ,^i>feo^e^r4^4a,FTîiiM:r8, -
Les paroles de^Tappléeu, pro&onoées d'une voix forte et expressive, produisirent ïa plus, vive sensation. Un cri de Fim VJ^mpereur / jretentît en un instant dans l'inumen^ité du Champ de Mars, et fut répété de proche ^«^ croche dans les lieux environnana^
MÉMOIRES. ia5
L^Empcrcur , après avoir juré sur i évangile d observer et de faire observer les constitotioos de l'Empire^ fil; proclamer , par rarchichafioelier^ le sermeal: de fidélité du peuple Francisai» représenté par les électeurs: ce serinent fut spontanément répé^ par mille et mille voix.
Jt.es ministres delà guerro eC de laî marine, au nom des armées de terre et de mer , et à la. tête de leurs députatlons; le ministre de TintérieXir au nom des gardes nationales de France et é la tête des. électeurs; les états^ma* jors de la garde impériale et de la garde na* tionale , s aTancèpent ensuite pour prêter serment e^ recevoir, de. la main de l'Empereur , led aigles qui leur étaient destinées.
Cette cérémonie tetifainée , lés troupes qui formaient environ So.ooo hommes, défilèrent devant Napoléon , et la fête se termina comme elle avait été coinmencée, au milieu des acclama|:ions du peuple , d^s soldats et de la maj^i»U4 des électeurs; mais au mécontentement d un certain nombred entr eux qui seplaignî- Tenti avec raison, que l'Empereur eût substitué* une stérile distribution^ dç drapeaux au grand congrès national qu'il avait convoqué.
Les parties, qui. déjà commençaient à poindre, ne furent pas satisfaits non plus de l'issUcP
du Champ de MaL Le« vieux révottitionBaire^ auraient désiré que Napoléon eût aboli l'eiifpire et rétabli la république. I^es partisane de' la régence lui reprochaient de n avoir point procteinié Napoléon IL Ef les libéraux soute-^ xiaient qu'il aurait du se dénucttre delà couronne 9 et laisser à la nation souverahie le droit de la lui rendre ou de Toffrir au plu»
digne.
Ces diverses prétention» étaient-elfes fondées? Non.
Le rétablissement de la RépubHcpiie edt perdu la France.
L'abdication en faveur de Napoléon H ne^ } aurait point sauvée. Les alliés s'étaient expliqués à Bâle; ils n auraient déposé les arnies, que si l'Enapereur eût consenti à feup livrer %SL personne, c Chose » qui étant pour un prince le plus grand des malheurs^, ne peut )amais faire une condition de paix (i). »
Quant à la dernière proposition, )'avoue que Napoléon , sll eût i^emis entre les, maius du peuple Français, le 2 1 mars ou le iJ2 avril (a)^ Je sceptre qu'il venait d'arracher aux Bouir
(i) Mojitesquieu. Grandeur et Décadence .des Romain«> {2) Jo^ur de Tapparition de.l'Act£ du Congre*.
MÉMOIKC9. lôS
tons, aurait achevé d'imprimer un caractère jiéroîque à la réyolution du ao mars. Il aurait déconcerté les étrangers, accru sa popularité, centuplé ses forces: mais, le i*" juîu^ il n était plus tems : Ta^te additionncïl avait paru.
Napoléon, riialheureusemént pour lui, na-^ vait donc rien de mieux à faAre au Champ de Mai que ce qnil y fit; cest-à-dirè, de cherchera cacher le vide de la journée sous l'appareil d'une solennité religieuse et militaire, propre à émouvoir les âmes et à resserrer, par de nouveaux liens , Funion déjà subsistante entre lui , le peuple et l'armée.
L'Empereur n'avait pu remettre de sa main' aux électeurs les aigles d^ leurs départemens; il profita de cette circonstance pour les réunir de nouveau. On ne lui avait point caché que quelques-uns d'entr'eux avaient paru méconteas, et il voulut essayer de dissiper leur mauvaise humeur et de réchauffer leur dévouement. Dix mille personnes furent rassemblées dans les vastes galeries du Louvre: d'un côté, on apercevait les députés et lés électeurs de la nation: de l'autre, ses glorieux défenseurs.
L'aigle dé chaque département et de cliaque députation des corps de l'armée, se trouvait placé en tête des groupes de citoyens ou de guerriers, et rieu n'offrait un tableau plus
axiimé c( plu» impo^amt, que cette ré.uniiQtn confuse de Frapçaia de tous les ordres de Yé^ tat, ^'e pressait mutueUemèoi autour des ^tendard^L et dp feéros qui devaient Jtes coq-' duire à la v^ctpire et i la pj*îç* .
L'Empereur fut poli » affectueux, aimable ; il se mit ^ avec uo art infini, à la portée de tout le monde, et tout lé monde fut, â peu près, enchanté de lui. Il était convaincu du tort que lui ayait fait Tacte additionnel; et pour reconquérir 1 opinion^ il répéta, jusqu'à satiété, aux représentans et aux électeurs, qu'il s'occuperait 5 avec le concours des deux chambres, de réunir les dispositions, des lois constitutionnelles non-abrogées , et de former, du tout, une seule et unique constitution qui devien4rait la loi fon^ameutale de la natioji.
Ce retour sur lui-même était le résultat des. observations de ses ministres, et plus particulièrement de Hf. Carnot* « Sire, lui répétait- il sans cesse,. iptje luttojc point, je vous en conjure, contre l'opinion. Votre acte additionnel a dé - . plu à la nation. Promettez lui de le modifier , de le yepdre conforine à ses vœux. Je vous le répète. Sire, fauiais je ne vous trompai, votre salut, le nôtre, 4ép^nd dé votre déférence aux. volontés natioft^le^. Ce n est point tout ; Sire ^
les Français sont devenus un peuple libre. Ce •titf e de sujet que vous leur donnez sans cesse, \e$ blesse et les offuscfue. Appelez4es citoyens , ou i^omn^ez^les vos enfans; ne soufr fre;ç pas non plus qu'on «appelle monseigneur ^os ministres ^ vos inaréçjbaux» vos grandis officiejrs. Iji n y a pas de seigneurs dans un pay« oà. Xè^^é fait la (tase dçs lois \ il n y a que de9 citoy^s. •
Cepc»adant, l'Empereur ne voyait point arriver rouverture des chambres , sans une certaine appréhension. Son intention était dé subir franchement les priAcipeset les, conséx}uènces du gQuyernement représentât^ ; pre^ mièceœent, parce qu'il voulait régner et qu'il était convaincu qu'il ce pour^^ait point conserver le trône, s'il ne gouvernait point dans le sens qu'exigeant la nation; secondement, p^rce qu'il était persuadé que la nation attachait ses idées de boiibenr au gouvernement représentatif « et que , avide de tous les genres de célébrité , il trouvait , comme il me le dit à Lyon , qu'il y avait de la gloire à rendre un grand peuple heureux. Mais quels que fussenjt les sentimens et la bonne volonté de Napoléon,, il n'avait point eu le tems de se dépouiller complètement de ses vieilles idées , de ces anciennes jiréventions. Le souvenir de nos asr
semblées précédentes l'obsédait encore malgré lui ; et il pardissait craindre que lès Français n eussent trop de chaleur dans Fini agination , de mobilité jdàns les Tolontés , de penchant à abuser; de leurs droits , pour jouir tout*à-coup , saûs préparation 9 des bienfaiits d une liberté absoHi^. Il craignait aussi que lopposition inhérente aux gouvernemens représentatifs , ne fût en France mal sentie, mal comprise ; qu elle ne dégénérât en résistance; qu'elle ne nuisît à Taction du pouvoir; qu^elie ne lui ôtât sou prestige, sa force morale, et ja en fît qu'un instrument d'oppression (i ).
ludép^ndamment de ces considérations générales. Napoléon avait encore d'autres motifs pouf redouter la^ prochaine assemblée des chambres. Elles, allaient se réunir dans des
(i) À l'époque delà discussion de Pacfe additionnel, M. de Bassano/ causant avec rEmpereur, delà chambre des députés, lui dit, qne le. mutisme du corps (égisktif était une des choses qui avait le plus contribué a décréditér le gouvernement impérial ; a Mon corps législatif muet lui répoiv- » dit , en riant', Napoléon , « n*a jamais été bien^ senti. » C*était un grand Jury législatif. Si Ton trouve bon que » douze jurés prononcent par oui , ou par non , sur la vie et > rbonneur de leurs concitoyens,, pourquoi trouver 'étrangle 3> ou tyrannique que 5oo jurés , choisis parmi Télite de la na; M tidn , prononcent de la même manière sut no a simples in-^ » téréts sociaux? »
ulrconstances où il était indkpensâble c|Ue le chef de l'état pût gouvernent sans contradic^ tioû; et il prévoyait que les représentans, éga^ rés par leur -ardent amour de la liberté et patv la crainte du despotisme, chercheraient à en-^ traver l'exercice de son autorité , au lieu d en seconder l'entier développement.
€ Quand la guerre est engagée , disatt-il un »jour , la présence d'un corps délibérant est •aussi embarrassante que funeste. H ItU faut ides victoires. Que le monarque ait des re--
• vers, la terreur s'empare des gens timides «et les rend, à leur insçu, l'instrument et les > complices des hommes audacieux. La crainte » du péril 5 l'envie de s'y soustraire , dérangent •toutes les têtes. La raison n'est plus rien ; »les sensations physiq'iles sont to%it. Les tur-
• bulens^ les ambitieux, avides de bruit, de
• popularité, de domination, s'érigent de leur '
• propre autorité en avocats du peuple, en
• conseillers du prince; ils veulent tout savoir,
• tout régler, tout diriger. Si on n'écoute point •leurs conseils 9 de conseillers ils deviennent •censeurs, de censeurs factieux, et de factieux •rebelles. Il faut alors, ou que le prince su^ •bisse leur joug, oti qu'il les chasse^ et dans •l'un ou Fautre cas , il compromet presque
• toujours sa couronne et l'état. »
Napoléon, tourmenté pat Imcjuiétude que"" lui inspiraient et Tapplicalion sulfite et irré-* fléchie du système populaire, et les dispositionâ des députés , reportait toute Éta sécurité sur la chambre des pairs. U éi^éràit qu'elle impose* raitaux représentans pair son exemple, ouïes contiendrait par sa fermet^i
Lés ministres reçurent l'ordre dé liiî présenter chacun une liste de candidats.
M. dé La Valette, en. qui TEmperéor avait une confiance particulière^ fut également iii<^ vite i lui fournir une liste. '
Al dé La Valette, ancien atdeH<te-caiiip de Napoléon et son allié (f), lui avait voué Un atta-^ chement à toute épreifve. Phocion disait à Antipatet: je ne puis être à la fois ton flattettr et ton ami ;. et M. de Lavalette , pensant comme Phocion, avait àbjiiré toute espèce de flat-^ terie pour s'éii tenir aii langage sévère de rà-mttié. Doué d'un éspiit froid , d'un jbgemeni sain , }1 appréciait les événemens avec sagesse et'habileté. Réservé dans le moiidé, ffdnè ti ouvert avec Napoléon , illui confessait sort'^pînîon avec l'abandon d'un cœur aimant , pur et droit Aussi Napoléon attachait-il beaucoup
(t) Il avait ëpousé une demoiselle BeauliarDais , si. célèbre depuis par son.ge'néreux déyouement
teikbîREs: in
Ûe prix à ?es comeiîs,èt à Vouait-il, avec une noble franchise, qd'il avait eu sfouvent à de féliciter ide les avdir suivis.
Les listes présentées à TEmpereur offraient un assortimcfht complet d anciens nobles, de sénateurs, de généraux , de propriétaires , âë négocians (i). L'Enipereur^ c'est le cas de le dire , n avait qxie Fenxbarras^ du choix , mais il était fort j^and. D'un côté, il aurait désiré, par amour-propre ctpâr esprit de concilbtion, avoir dans la chambre des pairs de ces grands nom» hîstoriqfues qui redonnaient si agréablement à son oreille. DeFautte^ il voulait que cette chambre , comme je l'ai dit plus haut , pûttettir en- bride les députés; et il he se âïs^ simuldit poiiit que, s'il y faiSciit entï'er d an^ cienft ntsbles.elle n'exercerait sut celle des re^ préaentââs aucune influence « et vivrait pro^
(l) Ce fut lé duc de Viceiice qiii « lé premier, conçut l'idée de confërer là pairie à de grapds propriétaires et à des négo* cîâns renommes. Il n*é£ait point d*atis que la pairie devint héréditaire , .et que le choix des pairs fût exclusivement laissé it hl eouroûiie. Il aurait désiré qu^ tes grands propriétaires ^ les manufacturier/, l'es négocians du premier ordre, les hommes de lettres, les publicistes, les jurisconsultes qui sa . seraient fait un grand nom, fussent admis à proposer une liste de.candîdats , pârnii lesquels TEmpereur aurait été libre' de choisir un Qîrtaia nombre de pairs.
11!) HÊHOIKES.
bablement avec elle dans une fort niauVàîde iatelligeace. Il se décida donc à faire Je sacri-* fice de ses penchans au bien de la chose ; et au lieu d accorder la pairie à cette foule de nobles à parchemins qui Tavait humblement sollicitée, il ne la conféra qu a quelques-uns d'entr'eux, connus par leur patriotisme et leur attachement am doctrines^ libérales.
Beaucoup de ces illustres solliciteurs se sont vantés» depuis, de Tavoir refusée» Cela est tout naturel ; mais cela est- il vrai? Je leur laisse le soin de répondre en leur âme et conscience à cette interpellation.
L'Empereur, craignant des refus, avait eu la précaution de faire sonder d avance les dispositions des candidats douteux. O^elques** uns montrèrent de l'hésitation, d'autres refusèrent nettement. De tous ces refus directs et indirects , dont le nombre fut de cinq à six tout au plus , nul' ne contraria plus vivement Napoléon, que celui du maréchal Macdonald.
Il n'avait point oublié la no^Ie fidélité que le maréchal lui avait gardée, en 18145 jusqu'au dernier moment; et il regretait que ses scru-^ pules l'eussent éloigné d'une dignité où Tap- * pelaient son rang , ses services et l'estime publique.
Le-3 juin étant arrivé , la chambre des re-*
MÉMOIRES* ll3
présentans se réunit â l'ancien palais du corps législatif, et se constitua provisoirement sous la présidence du doyen d'âge.
La constitution avait laissé aux représentans le droit de nommer leur président.
L'Empereur espérait que les suffrages tomberaient sur son frère Lucien, et dans cet espoir, il ne publia point sui^-le-champ la liste des pairs , pour se réserver la faculté d'y com*prendre ou d'en retrancher le prince , s'il était ou n'était point appelé à la présidence (i).
Mais la chambre , malgré lestime et la confiance que lui inspiraient les principes et le caractère du prince Lucien, pensa que son élection serait regardée comme une déférence aux volontés de l'Empereur; elle résolut de faire un autre choix 5 afin de prouver à la France et aux étrangers qu'elle était et voulait rester libre et indépendante. M. Lanjui- Tuais fut nommé; et Napoléon, qui savait que Af. Lanjuinais, frondeur par tempérament, aayait famais pu s'accorder avec aucun gouvernement (1), fut doublement irrité qu'on
(i) Lucien Bonaparte n'avait point été reconnu prince de la famille impériale par les anciens statuts. Il pouvait en conséquence être considéré comme ne faisant pas partie de droit de la chambre des pairs.
(2) Cette opinion n* empêchait point TEmpereur de rendre T. II. 8
tl4 MÊMOIKÊS.
eût repoussé le prince Lucien , et qu'on lut eût donné un semblable successeur.
La séance du jour suivant fut , pour Napoléon, un second sujet de mécontentement»
L assemblée avait exprimé la veille le désir de connaître la liste des membres de la chambre des pairs; l'Empereur, par le motif que je viens d'indiquer, fit répondre que cette liste ne serait arrêtée qu'après l'ouverture de la session. Cette réponse excita de violens murmures : un membre proposa de déclarer que la chambre ne procéderait à sa constitution définitive, que lorsqu'on lui aurait fourni la liste qu'elfe avait demandée. Ainsi, dès sou entrée dans la carrière, et avant même d'être installée, la chambre annonçait déjà l'intention de se constituer en'^élat d'insurrection contre le chef de l'état.
La troisième séance fut témoin d'un scandale jusqu'alors inoui dans nos assemblées nationales. Le môme membre [M. Dupin] (i) exposa que le serment à prêter au souverain
justice au courage et au patriotisme que M. LaujuinaU ayait •inontrés dans des circonstances difficiles.
(x) Avocat célèbre, défenseur du maréclial Ney et des trois généreux libérateurs de M. de Lavalette, Wilson, Bruce, et Hutchinson.
MÉlfOIRES» Il5
par la nation , pour être valable et légitime , ne doit pas être prêté en vertu d'un décret qui ne renferme que la seule volonté du prince^ mais en vertu d*une loi qui est le vœu de la nation, constitutionnellçment exprimé. Jl proposa, en conséquence, de décider qu'aucun serment ne pourrait être exigé d'elle, qu'en exécution d'une loi; et que ce serme^nt ne préjudicieraît en riefn au droit d'améliorer postérieurement la constitution.
Cette proposition^ appuyée par M. Roi (i) , tendait à déclarer nul , de fait et de droit , le serment que la nation et l'armée , représentées par leurs électeurs et leurs députés, venaient de prêter à l'Empereur et à la constitution, dans la solennité du Champ-de-Mai ; et, comme c'était ce serment qui jusqu'alors liait uniquement la nation à l'Empereur, et Napoléon à la nation, il en résultait qu'en l'annulant, on dépouillait l'Empereur du caractère de souveraineté et de légitimité dont il était révêtu , et qu'on remettait ses droits en délibération.
La motion de M. Dupin fut rejetée d'un accord unanime ; mais la chambre en souffrant
(i) Depuis ministre des finances du Roi,
complaîsamm^t qu'on osât, dans son sein , révoquer en doute la légitimité de l'Empereur et de son autorité , et chercher à le rendre étranger à la nation, fit un acte d'indifférence et de faiblesse qui affligea profondément Napoléon.
« J'aperçois avec douleur , dit-îl, que les i» députés ne sont point disposés à ne faire » qu'un avfec moi, et qu'ils ne laissent échap- Dper aucune occasion de me chercher que- % relie. De quoi ont-ils à se plaindre ? Que leur » ai-je fait ? je leur ai donné de la liberté à «pleine main, je leur en ai peut-être trop » donné , car- les rois ont aujourd'hui plus de » besoin de garantie que les nations. J'y met- 9 trai du mien tant que je pourrai ; mais s'ils 9 croient faire de moi un soliveau ou un se- > cond Louis XVI , ils se trompent ; je ne suis 9 pas homme à me laisser faire la loi par des 9 avocats (i), nia me laisser couper la tête par 9 des factieux. » ^
Les dispositions hostiles des représentans ne l'auraient point inquiéf;é en tout autre tems; la constitution lui donnait le droit de dissou-
(i) MM. Dupin et Roi qui lui paraissaient les chefs du parti de l*insurreclion.
iiéifoiiiES. 117
dre la chambre^ et il en aurait usé; mais à la veille de la guerre ^ et dans la situation criti^ que où il se trouvait placée il ne pouvait avoir recours à un semblable expédient^ sans risquer de compromettre le sort de la France. Il prit donc le parti de dissimuler ses peines et sa mauvaise humeur , et de souffrir ce qu'il ne pouvait empêcher.
Le 7 juin , il se rendit au corps législatif , pour faire l'ouverture des chambres ; et après avoir reçu le serment des pairs et des députés, il prononça le discours suivant :
MM. de la chambre des pairs et MM. de la chambre des représentans.
Depuis trois mois les circonstances et la confiance du peuple m'ont revêtu d'un pouvoir illimité. Aujourd'hui s'accomplit le désir le plus pressant de mon cœur : je viens commencer la monarchie constitutionnelle.
Les hommes sont trop impuissans pour assurer l'avenir ; les institutions seules fixent les destinées des nations. La monarchie est nécessaire en France pour garantir la liberté , l'indépendance et les droits di| peuple.
Jios constitutions sont éparses : une de nos plus importantes occupations sera de les réunir dans un seul cadre , et de les coordonner dans une seule pensée. Ce travail recommandera l'époque actuelle aux généra^ tions futures.
J'ambitionne de voir la France jouir de toute la li-
Il8 nÉMOlRES.
berté possible ; je dis possibte , parce que'ranarcfale ramène toujours au goaTcrnement absolu.
Une coalition formidable de rois en veut à notre indépendance ; ses armées arrivent spr nos frontières.
La frégate la Melpomène a été attaquée et prise dans la Méditerranée après un combat sanglant , contre un vaisseau Anglais de 74. Le sang a copule pendant la paix ! (1).
Nos ennemis comptent sur nos divisions intestines. Ils excitent et fomentent la guerre civile. Des rassemblemens ont lieu; on communique avec Gand, comme en 179a avec Coblentz. Des mesures législatives sont indispensables : c'est à votre patriotisme , à yos lumières et à votre attachement à ma personne , que je me confie sans réserve.
La liberté de la presse est inhérente à la constitution actuelle ; on n'y peut rien changer sans altérer tout notre système politique ; mais il faut des lois ré^ pressives, surtout dans Tétat actuel de la nation. Je recommande à vos méditations cet objet important.
Les ministres vous^ feront connaître la situation de nos affaires.
Les finances seraient dans un état satisfaisant, sans le suf croit de dépenses que les circonstances actuelles ont exigé.
Cependant on pourrait faire face h tout , si les recettes comprises dans le budget étaient toutes réalisables dans Tannée ^ et c'est sur les moyens d'arriver k ce résultat, que mon ministre des finances fixera votre attention.
(1) Elle fut attaquée et prise, le 3o Avril, près Vue d'Ischia.
II est possible que le preinier devoir du prince m'appelle bientôt à la tête des enfansde la nation pour combattre pour la patrie. Uannée.et moi nous ferons notre devoir.
Vous , pairs et repréf^entans , donnez à la nation Tezemple de la confiance , de Ténergie et du patrio<«. tisme , et , comme le fénat du grand peuple de Tant!quité j soyez décidés à mourir plutôt que de survivre an déshonneur et à la dégradation de la France. La cause sainte de la patrie triomphera !
Ce discours j plein de mesure et de raison , fit une profonde impression sur rassemblée.
Des cris de vive i* Empereur! beaucoup plus nombreux que ceux qui avaient éclaté à son arrivée, se firent entendre et se prolongèrent loug-tems après son départ.
Le lendemain, la chambre des représentans s'occupa de la rédaction de son adresse.
Un indiscret admirateur de Napoléon (i)^ après avoir fait observer que la flatterie avait décerné le surnom de Désiré à un prince que la nation n'avait point appelé ni attendu, demanda qu'on décernât à Napoléon, qui était venu sauver la France de l'esclavage royal , le titre de Satweur, Celte demande ridicule, étoufi'ée par des rires ironiques, donna nais-
(i) Félix Lepelletîer.
190 lliHOIllES.
sance à une multitude de sarcasmes et de réflexions offensantes , qui furent reportés à Napoléon , et qui 9 sans le blesser personnellement ( car il estimait trop sa gloire pour la croire ravalée par de semblables clameurs ) , laffectèrent dans l'intérêt de la France.
Napoléon , comme tous les grands hommes, aimait la louange : le blâme public, lorsqu'il le croyait injuste , ne lui faisait aucune impression. Cette insouciance n'était point l'effet de l'orgueil du diadème , elle était le résultat du mépris que lui inspirait la plupart des jugemens des hommes. « Il s'était accoutumé à ne voir la récompense des peines et des travaux de la vie , que dans l'opinion de la postérité. »
L'assemblée rejeta la proposition adulatrice de M. Lepelletier, et elle fit bien; mais elle eut tort de ne point colorer sa décision, de manière â adoucir ce qu'elle avait de dur , d'injuste et de désagréable pour l'Empereur qui. ne l'avait point provoquée.
Cette rudesse ne l'étonna point : l'expérience lui avait déjà prouvé que la chambre ne laissait échapper aucune occasion de le molester.
Celte chambre, cependant, n'était composée que de partisans du 20 mars; mais tous
MiMOIRES. 121
]es députés , s'ils étaient partisans de cette résolution , ne Tétaient point de Napoléon : les uns, par suite d'inimitiés personnelles; les autreSf par le souvenir et la crainte du retour de son despotisme.
Les ennemis de Napoléon, déguisant leur haine sous les dehors de lamour de la liberté, s'étaient insinués dans l'esprit des patriotes; et^ l'acte additionnel à la main, les avaient entraînés dans leurs rangs, sous le prétexte apparent de combattre et de réfréner l'incurable tyrannie de l'Empereur.
D'un autre côté , les amis de Napoléon, tout en refusant de participer à cette coalition , ne cherchaient point à la dissoudre , parce qu'ils redoutaient intérieurement les envahissemens du pouvoir impérial, et qu'ils n étaient point fâchés de laisser à d'autres le soin de s y opposer.
Ainsi, l'assemblée toute entière, quoique mue par des motifs differens, s'était réunie pour s'ériger en état d'opposition hostile contre le chef de l'état, sans s'apercevoir que cette opposition irréfléchie , injuste et intempestive , allait jeter , dans toutes les âmes , l'inquiétude^ là défiance et l'irrésolution, et détruire cette harmonie nationale, cette union d'intérêts , de volontés et de sentimens y
132 HEMOIKES.
seule force de Napoléon, seul salut de la France.
Quoi qu'il en sôit, la chambre ded député», après avoir passé deux jours à discuter les bases et les termes de son adresse, fut admise ^ ainsi que la chambre des pairs, à se présenter au pied du trône.
La chambre des pairs porta la première la parole, et dit:
Sire , votre empressement à soumettre aux formes et aut règles coostitutionneiles le pouvoir absolu que les circonstances et la confiance du peuple vous avaient imposé, l«s nouvelles garanties données aux droits de la nation , le dévouement qui vous conduit au milieu des périls que va braver Tarmée , pénètrent tous les cœurs d'une profonde reconnaissance. Les pairs de France viennent offrir à Votre Majesté l'hommage de ce sentiment.
Vous avez manifesté , Sire , des principes qui sont ceux de la nation : ils doivent être les nôtres. Oai , tout pouvoir vient do peuple, est institué pour le peuple; la monarchie constitutionnelle est nécessaire au peuple Français, comme garantie de sa liberté et de son indépendance. .
Sire , tandis que vous serez à la frontière à la tête des enfans de la patrie , la chambre des pairs concourra avec zèle à toutes les mesures législatives que les circonstances exigeront , pour forcer l'étranger à reconnaître Tindépendance nationale et faire triom-pher dans Fintérieurles principes consacrés parla volonté du peuple.
MEMOIRES. IdS
L^intérét de la France'est inséparable du vAtre. Si la fortune trompait vos efforts , des revers , Sire , n'affaibliraient pas notre persévérance 9 et redoubleraient notre attachement pour vous.
Si les succès répondent à la justice de notre cause et aux espérances que nous sommes accoutumés à con-^ ce voir de votre génie et de la bravoure de nos armées, la France n'en veut d'autre fruit que la paix. Nos institutions garantissent ^ l'Europe que jamais le gouvernement Français ne peut Stre entraîné par les séduc-* tions de la victoire.
L'Empereur répondit :
La lutte dans laquelle nous sommes engagés est sérieuse. L'entraînement de la prospérité n'est pas le danger qui nous menace aujourd'hui. C'est sous les Fourches CaucUnes que le^ étrangers veulent nous faire passer!
La justice de notre cause, l'esprit public de la nation, et le courage de l'armée, sont de puissans motifs pour espérer des succès ; mais si nous avions des revers , c'est alors surtout que j'aimerais à voir déployer toute l'énergie de ce grand peuple ; c'est alors que je trouverais dans la chambre des pairs des preuves d'attache* ment à la patrie et à moi.
. C'est dans les tems difficiles que les grandes nations, comme les grands hommes, déploient toute l'énergie de lear caractère » et deviennent un objet d'admiration pour la postérité.
Monsieur le président et Messieurs les députés de la chambre des pairs, je vous remercie des senlimens que vous m'exprini ez au nom de la chambre.
iâ4 iiÉin>iM!L
Le comte Lanjuinais , à la tête de la députatîon de la chambre des représentans, prononça ensuite le discours suivant:
Sire , la chambre des représentans a recueilli arec une profonde émotion les paroles émanées da trône dans la séance solennelle oà Y. M. déposant le pouvoir extraordinaire qa^elle exerçait , a proclamé ie commencement de la monarchie constitationnelle.
Les principales bases de cette monarchie protectrice de la liberté , de Tégalité ,* du bonheur du peuple , ont été reconnues par V. M. , qui , se portant d'elle-même au-devant de tous les scrupules , comme au devant de tous les vœux , a déclaré que le soin de réunir nos constitutions éparses, et de les coordonner, était une des plus importances occupations réservées à la législature. Fidèle à sa mission , la chambre des représentans remplira la tâche qui lai est dévolue dans ce noble travail : elle demande que , pour satisfaire à la volonté publique , ainsi qu'aux vœux de Y. M. , la délibération nationale rectifie le plustôt possible ce que Turgénce de notre situation a pu produire de défectueux , ou laisser d'imparfait dans l'ensemble de nos constitutions.
Mais en même tems. Sire , la chambre des représentans ne se montrera pas moins empressée de pro^ clamer ses sentimens et ses principes sur la lutte terrible qui menace d'ensanglanter l'Europe. A la suite d'événemens désastreux , la France envahie ne parut un moment écoutée sur l'établissement de sa constitution que pour se voir presqu'aussitôt soumise à une charte royale émanée du pouvoir absolu , à une or-
ttfiMOIRES. 12 5
donpance de réformation toajoiirs révocable de sa nature , et qui , n'ayant pas l'assentiment exprimé du peuple f n'a jamais pu être considérée comme obligatoire par la nation.
Reprenant aujourd'hui l'exercice de ses droits , se ralliant autour du héros que sa confiance investit de nouveau du gouvernement de l'état , la France s'étonne et s'afflige de voir des souverains en armes lui demander raison d'un changement intérieur qui est le résultat de la volonté nationale , et qui ne porte alleinte ni aux relations existantes avec les autres gouvernemens ni à leur sécurité. La France ne peut admettre les distinctions à l'aide desquelles les puissances coalisées cherchent à voiler leur agression. Attaquer le monarque de son choix , c'est attaquer l'indépendance de la nation. Elle est armée tonte entière pour défendre cette indépendance et pour repousser sans exception toute famille et tout prince qu'on dse^ fait vouloir lui imposer. Aucun projet ambitieux n'entre dans la pensée du peuple Français ; la volonté même du prince victorieux serait impuissante pour entraîner la nation hors des limites de sa propre défense. Mais aussi pour garantir son territoire , pour maintenir sa liberté , son honneur , sa dignité, elle est prête à tous les sacrifices. Que n'est-il permis ^ Sire, d'espérer encore que cet appareil de guerre ; formé peutêtre par les irritations de Torgueil et parles illusions qae chaque jour doit affaiblir , s'éloignera devant le besoin d'une paix nécessaire à tous les peuples de l'Europe , et qui rendrait à Votre Majesté sa compagne , aux Français l'héritier du trône f Mais déjài le sang a coulé, le signal des combats, préparés contre l'indé-
ia6 Mt:MoiREs.
pendance el la liberté française , a été donné aa nom d^urf peuple qui porte au plus haut degré l'enthoasiasme de Tîndépendance et de la liberté. Sans doute, au nombre des communications que nous promet Votre Majesté , les chambres trouveront la preuve des efforts qn^elle a faits pour maintenir la paix du monde. Si tous ces efforts doivent rester inutiles , que les malheurs de la guerre retombent sur ceux qui Tauront provoquée !
La chambre des représentansn^attend que les documens qui lui sont annoncés, pour concourir de tout son pouvoir aux mesures qu'exigera le succès d^une guerre aussi légitime. Il lui tarde, pour énoncer son vœu, de connaître les besoins et les ressources de l'état ; et tandis que Yotré Majesté , opposant à la plus injuste agression la valeur des armées nationales et la force de son génie , ne cherchera , dans la victoire , qu'un moyen d'arriver à une paix durable , la chambre des représentans croira marcher vers le même but, en travaillant sans relâche au pacte, dont le perfectionnement doit cimenter encore l'union du peuple >et du trône, et fortifier aux yeux de l'Europe , par l'amélioration de nos institutions , la garantie de nos enga* gemens.
L'Empereur répondit :
Je retrouve avec satisfaction mes propres sentimens dans ceux que vous m'exprimez. Dans ces graves circonstances , ma pensée est absorbée par la guerre imminente, au succès de laquelle sont attachés l'indépendance et rhonneur de la France.
Je partirai cette nuit pour me rendre à la tête de
MEMOIBSS. la^
mes armées , les mouvemeos des différens corps ennemis y rendent ma présence indispensable. Pendant mon absence , je verrais avec plaisir qu^une commission nommée par cbaqae chambre méditât sar nos consiitntioils.
La constitution est notre point de ralliement; elle doit être notre étoile polaire dans ces momens d'orage. Tonte discussion publique qui tendrait à diminuer^directement ou indirectementyla confiance qu'on doit avoir dans ses dispositions y serait un malheur pour Tétat; nous nous trouverions au milieu des écueils, sans boussole et sans direction. La crise où nous sommes engagés est forte. N^imitons pas l'exemple du Bas- Empire , qui y pressé de tous câtés par les barbares , se rendit la risée de la postérité en s'occupant de discussions abstraites j au moment où le bélier brisait les portes de la ville.
Indépendamment des mesures législatives qu'exigent les circonstances de rintérieur , vous jugerez peut-être utile de vous occuper des lois organiques destinées à faire marcher la constitution. Elles peuvent être l'objet deyos travaux publics sans avoir aucun inconvénient.
Monsieur le président et Messieurs les députés de la chambre des représent ans , les senlimens exprimés dans votre adresse me démontrent assez l'attachement de la chambre à ma personne , et tout le patriotisme dont elle est animée. Dans toutes les affaires, mainarche sera toujours droite et ferme. Aidez-moi . à sauver la patrie. Premier représentant du peuple , j'ai contracté l'obligation que je renouvelle, d'employer dans des tems plus tranquilles toutes les prérogatives de
laS MÉMOIRES.
la coaronne et le peu d^expérience qoe j'ai acquis , à vous seconder dans F amélioration de nosinslitutîons.
La voix, naturellemeut accentuée, de Napoléon, fit ressortir les mâles peâséed dont étincelaient ces deux discours; et quand il fut arrivé à ce passage, toute discussion puMiqtie qui tendrait à diminueria confiance.etc. etc. et à celui-ci, n'imitons pas le Bas-Empire^ il enveloppa cette exhortation salutaire , d'un regard scrutateur qui fit baisser les yeux aux provocateurs de la discorde. La saine partie des représentans approuva la réponse de l'Empereur; les autres la regardèrent comme une leçon injurieuse à la dignité de la chambre. Il est des hommes qui se croient permis de pousser les remontrances jusqu'à l'outrage , et qui ne peuvent entendre, sans s offenser, les avis même les plus sages et les plus mesurés.
L'Empereur partit, ainsi qu iU'avaitannoncé,
dans la nuit du 12 mai.
La question de savoir s'il devait donner ou recevoir le^ignal des hostilités, s'était souvent offerte à ses méditations.
En attaquant l'ennemi, il avait l'avantage de combattre avant l'arrivée des Russes , et de transporter la guerre hdrs du territoire français; s'il était victorieux, il pouvait faire
iklÉMOIRté; )2^
soulever la tielgîque, et détacher de la cbalititôn une partie de rancienne cônfédératiôii du Rhib, et peut-être T Autriche.
En se laissant attaquer, il restait lé maître de choisir son chamjp de bataille , de multi-» plier à l'infini ses moyens de résistance, et de porter^ à son plus haut degré d'exaltation, la force et le dévouement de son airihée. Une armée de Finançais combattant souâ les yeux de leurs mère^, de leurs épousés, dé leurs enfans^ pour la conservation de leur bien-être ella défense de l'honneur et de l'indépendance de la patrie , eût été invincible; C'était ce dernier parti que Napoléon préférait ; il s'aécôrdaît avec l'espoir qu'il nourrissait involontai-^ rément de se rapprodier des étrangers, et.
avec la ctainte d'indisposer la chambre , en commençant la guerre sans avoir épuisé préalablement tous les moyens d'obtéiiir la paix.
Mais Napôléoii sentit que, pour reiidre une guerre nationale , il faut ^Ue tous les citoyens soient unis avec leur chef, de cœur et de volontés; et convaincu que le mauvais esprit de la chambre ferait chaqtie jour de nouveaux progrès et porterait la division et le lirouble dans l'état, il résolut de commencer la gueipre, espérant que la fortune fav^oris^
j50 kÉHOIRES.
rait ses armes, et que la victoire le récoDcilie-" rait avec les députés ^ ou lui donnerait les moyens de les faire rentrer dans Tordre.
L'Empereur chargea du gouvernement , pendant son absence, un conseil conorposé des quatorze personnes suivantes , savoir : le prince Joseph, président; le prince Lucien* Les ministres : le prince )Cambacérès ; le prince d'ËcKMUHl; le duc de VicEiieE; le duc de Gaète; le duc de Dp^Cftiis; le duc d*0tuante; le comte Moixien; le comte Carnot.
tes ministres d'état: le conrte Deferhon; le comte REGKiUD ( de Saint-Jean-d'Apgely ) ; le comte BoÛLAY (de la Meurthe);Ie comte Merun. Il leur dit : t Je pars cette nuit: faites vo- » tre devoir; larmée française et moi nons al- 9 Ions faire le notre. J^vous recommande de 9 l'union , du zèle et de Ténergiet. »
Il parut étrange, dans une monarchie représentative où la responsabilité pèse sur les ministres , de voir associer , au gouvernement, des ministres d'état non responsables.
On le fit observer à l'Empereur; il répon-dit qu'il avait adjoint des nHuistres d'état au conseil , pour qu'ils fussent^ près de la cham« bre des députés , les interprètes du gouvernement; qu'il désirait que les ministres à portefeuille, tant que leur* éducation constitution-
MEMOfMS. l5]
nelte ne serait point terminée, ne parussent, à cette chambre, que le mains possible; qu'ih n'étaient point familiers avec la tribune; qu'ils pourraient y émettre » sans le vouloir, déd opinions et des principes que le gouverne'ment ne pourrait avouer; qu'il serait {ncon^^ venant et difficile de démentir les paroles d'un ministre, tandis que celles d'un ministre d'état pouvaient être désavouées , sans com~ prom^tre le gouvernement et sans blesser sa dignité.
Ces motifs étaient-ils les seuls ? Je ne le crois pas. Il se défiait de Ja perfidie du duc d'Otrante; du laisser-aller de tel et tel nainis* tre , et il était bien aise de trouver une raison* ou un prétexte pour introduire, dans le eon-^ seil du gouvernement, les quatre ministres d'état dont le dévouement et l'inébraDlable fidélité lui paraissaient un surcroît ée garantie. Lorsqu'il manifesta ta volonté de commencer la guerre, le duc de Vicence sollicita la faveur de le suivre à l'armée. « 8} je ne i»vous laissais point à Paris, lui répondit-il, » sur qui pourraîs-je compter ? » Que de choses dans ce peu de mots !
Les ministres de Tîntérieur et des affaires étrangères se présentèrent , le lendemain de son départ , à }a chambre despairs. M* Carnof
l32 MÉMOIRES.
lui soumit un exposé de la situation de TEtnpereur et de lempire.
€ Sa Majesté, dit-il, éclairée par les événemens passés , et revenu , le cœur plein du dé-* sir et de l'espoir de conserver la paix au dehors , et de pouvoir gouverner paternellement.
c Si l'Empereur était moins sûr dé la force de son caractère et de la pureté de ses résolutions , il pourrait se regarder comme placé entre deux écueils , les partisans de la dynastie dépossédée , et ceux du système repuidioairu Mais les premiers, n'ayant pas su conserver ce qu'ils tenaient, sauront bien moins encore le ressaisir ; les autres , désabusés par une longue expérience et liés par gratitude au prince qui les a délivrés, en sont devenus les plus zélés défenseurs; leur franchise aussi connue que le fut leur exaltation philanlropique, environne ce trône , occupé par l'auguste fondateur d'une dynastie nouvelle^ qui se fait gloire d'être sortie, de no% rangs populaires. »
Après cette déclaration, à laquelle les opi-liions républicaines de M. Carnot donnait une grande importance; ce ministre se livra a l'examen successif des diverses branches d'admi- 3iistration publique.
MEMOIRE». l33
Il révéla l'état dans lequel se trouvaient réduits par les malheurs du lems et la raau-< ifaise gestion du gouvernemeDt royal , les finances des commuaes , les hospices , les cul* tes, les travaux publics^ les mines 5 les manu-* factures, le commerce, l'instruction publique,- €t fit connaître le système d'amélioration que l'Empereur avait conçu et déjà mis en œuvre, pour rendre aux communes et aux hospices leurs anciennes; ressources , aux travaux publics leur activité , au commierce son essor , à l'université son éclat, aux manufactures leup prospérité, au clergé l'aisance et la Qonsidécation que luiavaifsnt fait perd r^ les persécutions dirigées par lui à l'instigation des émigrés , contre les. prétendus spoliateu rs de leurs biens^
Arrivé; au département de la guerre, il au-»
nança. que l'Empereur avait cétabli, sur se& anciennes bases , l'armée dont le dernier gouvernement avait à4essein dispersé les élémens; que, depuis le 20 n^ars:, no« forces, s'étaient élevées , par suite des enrôlemens. volontaires çt du rappel des aQçieqs militaires , de cent mille hommes à trois cent sojxante-quinze mille ; que la garde impériale , le plus bel ornement de la France pendant la paix, et son plus ferme rempart pendant la guerre, serait ble^tôt portée à quarante mille hommes; quQ
l34 MÉMOIRES.
1 artillerie , malgré les douze mille six cents bouches à feu livrées à lennemi par la fatale convention du 23 avril i8f4i s était relevée de ses ruines, et comptait maintenant cent batteries et vingt mille chevaux ; que nos arsenaux désorganisés avaient repris leurs travaux de construction 9 et rétabli le matériel de 3 armée ; que nos manufactures d'armes , naguères abandonnées et désertes^ avaient, depuis deux mois , fabriqué ou réparé quatre cents mille fusils; que cent soixante-dix places ou forteresses , tant sur les frontières que dans l'intérieur, avaient été approvisionnées, réparées et mises en état de résister à l'ennemi ; que la garde nationale, réorganisée complètement, avait déjà fourni, pour la défense des frontières , deux cent quarante bataillons ou cent cinquante mille hommes, et que la for^ mation successive des autres bataillons d'élite produirait plus de deux cents mille liommes ; que les volontaires dans les villes fermées et les élèves des lycées et des écoles spéciales avaient été organisés en compagnies d'artîllerîe , et formaient une niasse de plus de vingtcinq mille excellens canonniers; en sorte que buitcent cinquante mille Français défendraient l'indépendance, la liberté, l'honneur de la patrie^ pendant que les gardes nationales se-
MÉMomes; ' r35
ckntaires se prépar^ai^nt^ dans Tiolérietir, à offrir de nouvelles ressources pour le trîompke de la cause Datioûak.
Enfin , après avoir Jeté ua coup d'œil rapide sur las dispositions hdslUes de nos enneints , sur les troubles intérieurs qu'ils avaient susci« tés, et l«s moyens de répre5sioii)qii avait adop* tés l'Empereur ^ M. Car^ot termina sôti rap^ port par es:primer le veeu que les deux cham^ bres pussent bientôt dblHïér à la France , dé eoucert avec l'Empereur^ le« tofe orgaofquef doni: elle avait besoin, p&ar qneia éiôence ne prit point la place de iet^ ii^rié ^ ei fanar^ ehie ia place de Von'dr^.
Cet expose, ou M. Carnot laissa percer les evainies qu'inspirait k TEmpereur et â la na«tion , les progrès de 1 esprit d'insubordination et de démagogie manifeste par certains membres de la cbambre, fut immédiatement suivi d'un rapport du ducde Vicence^sur les dispo*sttioas menaçantes des puissances étrangères , et sur les efforts infructueux qu'avait fait l'Empereur pour les ramener à des sentimens mo^ dérés et pacifiques. Il attribua principalement leurs résolutions hostiles aux suggestion^ dû ciabinct de Londres, fl fit connaître ensuite les préparatifs militaires des quatre grandes puissances, les l%ues renouvelées ou formées ré^
çemment contre nous , et conclut ain»ï ?
f Croire à la possibilité du maintien de la paix^ serait donc aujourd'hui un dangereux aveuglement ; la guerre nous entoure de toutes partit et ce n'est plus que sur le champ de bataille, que la France peut reconquérir la paix. Les Anglais «les Prussiens, les Autrichiens sont en ligne; les Russes sont en pleine marche. C'est un devoir d'accélérer l'heure du combat » quand une hésitation trop prolon-r géepeut compromettre les intérêts de l'état. » Ces deux rapports furent présentés à la chambre des députés par des ministres d'o^ tat , au même moment où les ministres en donnaient couns^issance à celle des pairs. Au lieu de pénétrer les représentans de la nécessité de se rallier franchement à l'Empereur, et, comme le <iit lun d'eux, de ne point réta^ blir de lutte avec le gouvernement , dans un xnoment où le sang français, allait couler , ils ne lui'suggérèrent que de stériles discussiooç sur l'inçonvenaiice des rapports des ministres d'état avec la chambre , et sur l'urgence de nommer ui;Le com^lissioin pour s.occuper de réformer l'acte additionnel. Un désir immodéré de discourir et de faire des lois, s'était emparé du pluS; grand nombre des députées; VM\\^ çç p'est point -ayec dç vailles paroles^
MEMOIRES; l5'J
des projets de constitution , qu'on sauve un état. Quand la patrie était en danger , les Roma!ns\ au Heu de délibérer, suspendaient l'empire des lois et se donnaient un dictateur. Le lendemain 17, les deu^i chambres reçurent la communication d'un nouveau rapport fait à l'Empereur, par le ministre de la police, sur la situation morale de la France.
« Sire » f disait ce ministre , « je dois vous dire la vérité toute entière, Nos ennemis ont de Taudace , des instrumens au-dehors , àes appuis au-dedans ; ils n'attendent que le moment favorable pour réaliser le plan conçu depuis vingt ans , et depuis vingt ans déjoué , d'unir le camp de Jalès à la Vendée , et d'entraîner une partie de la multitude dans cette confédération qui s'étend de la Manche à la Méditerranée. »
« Dans ce système , les campagnes de la rive gauche de la Loire , dont la population est plus facile à égarer , sont le principal foyer de l'insurrection , qui doit, à l'aide des bandes errantes de la Bretagne, se propager jusqu'en Normandie 9 où le voisinage àes îles et les dispositions de la c6te , rendent les com^ niunications plus faciles. Elle s'appuie d'un autre côté sur les Cevennes pour s'étendre jusqu'aux rives du Khône ,.p^r les révoltes qu'on peut exciter dans quél-r ques parties du Languedoc et de la Provence. Bor^ deaux est depuis l'origine, le centre de direction de ces mouvemens ».
« Ce système n'a pas été abandotiné. Il y a plus , Iç parU s'est grossi , à chaque phase de notre révQ-r-
l38 MEMOlREf.'
tîon^ de tQa$ les mécontens qae les évéuemeuB frch daisaîent , de tous les factieux eocoaragés par la certitude de ramoislio , de tous les ambuieQx qui désiraient acquérir quelque importance politique dans les efiangertiens qu'on présageait.
« C^est ce para qfii irpuble natntenaDt b tranquillité intérieure. C'est lai qui agite Marseille , Toolosse et Bordeaux. Marseille , où Tesf ni de sédkioq âDime jusqu'aux dernières classes de la population , où les lois ont été méconnues ; Toulouse , qui semble encore ious l'iiifluence de l'organisation révolationnatre qai lai en fut donnée it y a quelques mois. Bordeaux , où reposent et fermentent avec intensité tous les germes de révolte
ff C'est ce parti qui , par de fausses alarmes , de fausses espérances , des distributions d'argent ^ et l'emploi des menaces , est parvenu h soulever de palisibles cultivateurs dans toui >e territoire enclavé entre fa Loire , la Yendée , l'Or an et le RbAne. On y a débarqué des armes , des munitions de guerre. L'hydre de la rébellion renaît, se reproduit par-tout où il exerça jadis ses ravages , et n'est point abattu par nos succès dé Saint-Gilles et d'Aîsenay. De l'autre côté de la Loire , des bandes désolent le département de Morbihan , quelques parties d'iie-et- Vil aîné , des côtes du nord , et de la Sarthe. Elles ont en un moment envahi its villes d' Aurai, de Rhedoo , de Ploërmel , les campagnes de Mayenne jusqu'aux portes de Laval ; elles arrêtent les marins et les militaires rappelés ; (elles désarment les propriétaires , se grossissent des paysans ^u elles Com marchec de force y pillent les
MÉMOIRES. iZq
caisses puMIqoes , aoiéantisseiit les înslrumens de l'admiaistraïîoa , iiKiiacent les fencUofinaîres, s^empa^ rent des diligences , saisîsseiii hs courriers , et ootÎD* tercepl^ un instant les communicalionâ du Mans à Angers, d'Angers à Nantes^ de Names à Rennes, de Rennes à Vannes. >»
(c Sur les bords de la Manche , Dieppe , le Havre ont été agités par des moavemens séditieux. Dans toute la i5® dfdsion , les bataillons de la milice nationale n'ont été fomiés «qu'avec ia plus grande difficulté. Les militaires et les marins oiA réiusë de répondre aux appels , et n'ont obéi qu'aux moyens de coniraini«s. Caen a été troublé deux fois par des réactions royalistes , et dans quelques arrondissemens de TOrne , des bandes se forment comme en Bretagne et dans la Mayenne ».
« Enfin , tous les écrits qtii peuvent décourager les homioes faibles , enhardir les factieux , ébranler la confiance , diviser la nation , jeter de la déconsidéra* tion sur le gouvernement ; tous les pamphlets qui sor« tent des presses de la Belgique , ou des imprimeries clandestines de France ; tout ce que les journaux étrangers publient contre nous ; tout ce que les écrivains des partis composent , se distribue, se colporte se répand impunément par défaut de lois répressives « et l'abus de la liberté de la {ireâse ».
«( Inébranlable dans le système de modératioa qu'elle avait adopté , Votre Majesté crut devoir attendre la convocation des chambres, pour n'opposer que des précautions légales aux manœuvres que ia lé-* gislation ordinaire ne punit pas toujours , et qu'elle ne pouvait ni prévoir ni prévenir » ^
l4o MÉMOinES.
Le duc d'Otrante ^ entrant alors en matière, discutait les lois qui , nées dans des circonstances analogues, auraient pu être appliquées aux circonstances présentes; et ces lois lui paraissant impolitiques 9 dangereuses, insuffisantes , il en concluait qu'il était indispensable que les chambres s'occupassent sur-lechamp, des lois nouvelles nécessaires pour réprimer la licence de la presse , et circonscrire la liberté individuelle jusqu'au retour de Tordre et de la paix intérieure.
Ce rapport ne fit point autant d'impression qu'on aurait du s'y attendre. Les députés * exactement informés de ce qui se passait dans leurs départemens , reconnurent que les faits avaient été falsifiés ; ils se persuadèrent que le tableau lugubre que M. Fouché leur présentait de la situation de la France, lui avait été commandé par l'Empereur pour les eflFrayer et les rendre plus dociles à ses volontés.
Les bureaux particuliers de la chambre re-.
tentirent des démentis plus ou moins formels donnés par chaque représentant aux assertions ministérielles. L'un des membres de la députation du Calvados ne voulut même point se contenter de ces démentis, à l'amiable, et déclara hautement à la tribune que les agens dw ministère avaient abusé leur chef, ea lui d.é-
MÉMOIRES. f4l
peignant une rixe individuelle^ isani» conséquence et sur-le-champ appaisée , comme une insurrection générale de royalistes. On aurait pu s'éviter la peine d'apprendre à !Vf . Fouché , que son rapport amplifiait la vérité » et trans* formait des accidens particuliers en événemens publics; il le savait. Déjà voué à la cause des Bourbons, il avait, à dessein, dénaturé le» faits , dans l'iritention de rendre de lespoîr et de la consistance aux royalistes, et d'intimider, de refroidir, de diviser les partisans de Napoléon (i).
(i) Le duc d'Otrante excellait dans Part de contourner les faits à sa guîse. II les aggravait, ou les atténuait , avec tant de talent, les groupait avec tant d* adresse , en déduisait les conséquences avec tant de naturel , qu^il parvenait souvent à fasciner Napoléon. Pour le tromper et 2e séduire plus sûrement y il Taccablait , dans ses rapports , de protestations d^aftachenient, de fidélité; et il avait soin de se ménager Toccasion d*y ajouter des apostilles de sa main , dans lesquelles il faisait valoir et briller adroitement son dévouement , son discernement et son activité. Généralement tous ses rapports étaient marqués au même coin : beaucoup d^astuce , beaucoup de talent ; ils offraient à Foeil le rare et précieux assemblage de Tesprit et de la raison , de la modération et de la fermeté; on y reconnaissait à chaque mot radministrateur babile , le profond politique , l'homme d'état consommé ; en un mot , riep n*aurait manqué à M. Fouché , pour être placé au rang des grands ministres , s'il eût été c« que j'appelerai un ministre honnête homme.
l4) MEMOIRES*
La chambre , au Heu de s occuper des lois et des mesures de s«dui public » dont rîDitiative lui afait été déférée , abandonna au mi-* nistère le soin de les lui proposer. Elle préféra reprendre ses discussions sur son sujet favori, Tacle additionnel; et je la laisse se consumer en dissertations abstraites , pour re« tourner à Napoléon.
L'Empereur , parti le lâ â trois heurcts du matin , avait visité en passant les fortifications de Soifiksons et de Laon , et était arrivé le i3 à Avesnes. Ses regards inquiets se reportaient sans cesse vers Paris. Placé, pour ainsi dire, entre deux feux, il semblait moins redouter les ennemis qu'il avait devant lui , que ceux qu'il laissait en arrière.
La totalité de ses forces s'élevait au i4 juin à trois cents mille hommes , dont seulement cent cinquante mille hommes d'infanterie et trente-cinq mille de cavalerie étaient en état d'entrer en campagne.
Il avait fotmé de ces cent quatre-vingt-cinq mille hommes , quatre armées et quatre corps d'observation.
La première , portant le nom de grande armée ^ était destinée à agir immédiatement sous ses ordres ; elle était subdivisée en cinq corps principaux, commandés , le i." par le
comte (I'Erlobî; le â/ par le comte Rëillk; le Z* parle comte Vamdabcm£; le 4*^ par le comte GÉRARD ; le 5.* ( dit le 6/ ) par le comte Lo* BEAU ( 1 ) : et en un corps de cavalerie commandé par le maréchal Groughy.
Cette armée, non compris la garde impé^ riâlc, forte de 4S^>o cheraux et 14000 fantas* $in& . était «-peu-»prè8 de cent mille hommes, dont seiza miUe de cayalerie.
La deuxième, sous le titre di armée deê Alpes , était commandée par le maréchal duc d'AxiBuvÉRA: elle devait occuper les débouché» de l'Italie et la lisière du pajs deGex. Sa force pouvait être de douze mille hommes.
La troisième ,.80us le titre d' armée du Rh/m^ avait â sa tête le général jcomte Bafp , et était chargée de protéger les frontières de T Alsace. On l'évaluait à dix-huit mille hommes.
La quatrième, dite armée de {'Ouest, agissait daus la Vendée , et devait, après sa pacification , venir $e confondre dans la grande arm^ée : elle était de dix-sept mille hommes ; le général LahaRQUe enavaitle commandement en chef.
(i) Le 5.« corps devint V armée du Rhin ^ et le 6.« qui d^abord D'^tattqu*uo corps de r^serv^e, prit sa place sftns changer de
i44 MEMOIRES.
Le I." corps d observation , placé àBéford^ était commandé par le général Leoourbë. Il de-» vait défendre les issues de la Suisse et là Franche-Comté , et se lier , suivant lés circonstances, par sa gauche à larméedes Alpes ^ ou par sa droite à l'armée dû Rhin.
Les trois autres corps ayant pour chef» le maréchal Brune à Marseille^ le général Clausel à Bordeaux, et le général Decaeh à Toulouse^ devaient maintenir la tranquillité dans le pays , et s'opposer , en cas de besoin, aux invasions que pouri^aient tenter les Espagnols d'un côté^ les Piémontais et les Anglais de l'autre.
Ces quatre corps d'observation formaient ensemble vingt mille hommes.
Ils devaient être appuyés , et retiforcés pai* dix mille soldats , et cinquante mille gardes nationaux soldés.
Les deux armées du Rhin et des Alpes , devaient l'être également , par cinquante mille hommes de ligne et cent mille chasseurs e% grenadiers de la garde Uationale.
Enfin , l'armcie que commandait l'Empereur en personne, devait être augmentée de cent mille gardes nationaux qui auraient été placés en seconde ligne , et de soixante mille hommes de troupes réglées qui, ainsi que celles dont il est parlé plus haut, s'organisaient journellement dans les dépôts.
MEBlOlRES^ 14s
iToutés ces tessaurces> lorâqu'eikfg anrai^it ^tè disponibles (et «lies poûTaient Téfre avant la fin de la campagne ), auraient porté la force de Tarmée active à plus de trois cents miHe combattans, et celle de larmëe de ré*" serve, c'est-à-dire> des gardes nationales en deuxième ligne ou dans les places fortes, à quatre cents mille hommes. Elles auraient été alimentées: la première, par les levées des consct*îptions de 181^ et de i6i5; l'autre, par la mobilisation de noUveaul bataillons d'élite«
L'armée entière était superbe el pleine d'ardeur; mais i'Empereui^, esclave {^lus qu'on ne peut le ^Iroire ) de s©» souvenirs et de ses habitudes, fit la fatite de la replacer sous le comman^eïnent de seis àncîeûs chefs. La plu=* part ( malgré leurs adresses au Rôî ) bravaient point cessé de Ifaîrè des vœùt pour le triomphé de la cause impériale; mais , néanmoins , ils tie paraissaient point disposés à la servir avec l'ardeur et \e dévouement qu'exigeaient les circonstances. Ce n'était plus ces hommes qui^ {>leitis de jeùneàse et d'attibitiôn , prodiguaient généreusement leurs vies pour acquérir des grades et de la renommée ; c'étaient des hommes fatigués de la guerre, et qui, parve-* bus au suprême degré d'élévation , et ebrichis jpar les dépouilles des ennemis ou les largesses
l46 ' MEMOIRES.
de Napoléon, n'avaient plus d'autres désirs que de jouir paisiblement de leur fortuné à Tombre de leurs lauriers.
Les colonels et le& généraux entrés après eux dans la carrière ^murmurèrent de se trouver -placés sous leur tutelle. Les soldats euxmêmes furent mécoâtens; mais ce mécontent tetnent n'altéra point leur confiance dans la victoire: Napoléon était à leur tétc (i).
Le i4, l'Empereur fit mettre à Tordre du |otir la proclanitation suivante :
Avesnes , lé 1 4 juin '8i^« SolDAtS»
C'est aofovrd'iiin ramiîvenairé ^e Mareâgo et de Friedlanâ , qtà décida deux fois. du 3e$tîo de FEarope. Alors ;, comme après Au5fterlvtz, comme après Wagram^ nous fûmes tro^p généreui ! nous crûmes ans protestations et aux serment des princes que nous
(i) L*àsceûd^fit qu*i! exerçah sur Tesprît et le courage des âtroldals ^tnîl i^i^'métil ii¥C«mijf>rélK'A$ibie. Vn «lot , un ^este suOisaît pour lés eiillïousiasnier et Uur f^nre affronter avec une aveugle foie les fias effroyables dangers. Ordonnait-il mal à propos de se porter sur tel point , d'attaquer tel autre : 'rhicbnséquence oii ^a tëihéritë de cette manœuvre frojîpaîl d*abor4d le bôto^ sehs ^d^s sôMa^fs ; «niafe ils - -pensnient ensuite que leur %éitét^l n'afurait tpeiftt donne mi pareil ordre b2^» motif et ne les aurait .point exposés impunément. « II sait biencequ*il fait, disaient ils ; » et ils s* élançaient à la mor^ aux cris àe,yUe l*,Sjt^€rcut\
MEMOIRES. ll^^
bissâmes s«r 1^ trône I Aujourd'hui , cependant , coa< lises contre nous , ils len veulent à Tindépendance et aux droits les plus sacrés de la France. Ils ont com-^ mencé la plus injuste des agressions. Marchons donc à leur rencontre : eux et nous , ne sommes-nous plus les mêmes hommes P
Soldats ! à Jena , contre ces mêmes Prussiens^ au* jonrd'htfi «i arrogant , vous étiez un contre trdis , et à Moatwirâil , un c^tir^e six ! Q^e ôçux d'enjire vous qui oi3t fiié prisonniers des Anglais, vous fassent le récit de leurs pontons et des i^iaux ^reu|E qi^'ils ont soufferts.
Les Saxons, les Belges; les Iladovriens, Les soldats de la confédération du Rhin, gémissent d'être obligés de prêter leurs bras à la cause des princes cn^ nem» ^e la justice et des droits de tous les petipleis. Ils sareat ijpie ttette coàlîtien est imàiiable; Après ayeir dévoré- 4ôitze imlHjlons de rPolpçais ^ ^o^te millions) d'Italiens, im million de Saxons, ?ix mîUions de Belges , «lie devra dévouer les états du deuxième ordre de TAllemagne.
Les insensés ! Un moment de prospérité les aveugle. L'oppression et Thumiliation du peuple Français sont hors de leur pouvoir ! S'ils entrent en France , ils y trouveront leur tombeau.
Soldats, nous avons des marches forcées à faire, des batailles à livrer , des périls à courir; iiiais avec de la constance ^ la victoire sera à nous; les droits, Thon, neur et le bonheur de la patrie ser(>nt reconquis.
Pour tout Français qui a du cœur, le moment est arrivé de vaincre ou de périr !
l48 HÉHOiaES.
Le plan de campagne adopté par l'Empereui^ était digne du courage des Français et de laL baute réputation de leur chef.
Des renseignemens donnés d'une maiii sûre , et les agens que fournissait le duc d'0« trante (i), avaient fait connaître, dans tous ses détails , la position des alliés ; Napoléon savait que l'armée de Wellington se trouvait disse-» minée depuis les bords de la mer jusqu'à Nivelles , que t^s Prussienà appuyaient leur droite à. Charleroy , et que le reste de leur armée s'échelonnait indéfiniment jusqu au Rhin. Il jugea que les lignes ennemies étaient trop étendues > et qu'il lui serait possible , en ne leur donnant point le tems de se resserrer « de diviser les deux armées et de tomber successivement sur leurs troupes éperdues.
A cet effets il avait réuiii toute la cavalerie
. (i) Ces agens soudoyés par le Roi , allaient et reveDaient de Grand k Paris et de Paris à Gand. M. le duc d'Otrante qui sans doute avait de bonnes raisons pour les connaître , offrit 4 TEmpereur de lui procurer des nouvelles de ce qui se (Passait au-delà dès frontières ; et ce fut par eux que l'Empereur connût en grande partie la position des armëes ennemies. Ainsi M. le duc d*0 trante, si l*on en croit les apparences , livrait d'une main à rennemi le secret de la France , et livrait de l'autre à Napoléon le secret des étrangers et des Bout» bons%
fa un seul corps, àfi vingt mille chevaux ^ qjx'û se proposait de lapcer , avec la rapidité de h foudre» %u mJU^u <leâ caQtpjQQemens ennemis,
Si \a^ vîc^oirç favorisait ce caup d'audace.» le centre de notre armée devait le second )Ou;r occuper il^uxelles ;. et les corps^ de droite et de gauche, rejeter les Anglais sur l'Escaut^ et Içs PI:^s^iens sur la Meusjc, La Belgique conquise , on aurait armé les mécontens et maxchjé 4^ si;iccès en succès jusqu'au Rhin , où Ion aurait de nouveau sollicité Ja paix,
T^e i.4»d£ins.}anult9 notre açmée, doutTËm^i pereur avait eu soin de d^rpber la présence^ devait s.e mettre en, marche; rien n*^nonçait que l'ennemi eût prévu notre irruption , et toi\t nous pram^t^ai^ c^ graqds i^sultats; lorsque Napoléon apprit que le généi;al Bour^ mont , l?s colonels Clouet cit Villoutreys , et deu^ autrçs officiers^ yen^ieqt de déserter é l'ennemi.
Il avait su, par. le maréchal Ney, que M. de Bourmont., lors des éviênemens de Besançon., avsût mpntiré de l'hésitation; et il ne s'était poiiit soucié de.rei)[iployer.Mai3.M.^deBbur^ ];nont , aya^t doupé sa papole d'honneur au géi]i,éra] Gérard, de servir loyalement l'Emper ypuç;. et ce général, dçnt l^apoléoQ. (aJ9AÎtM9
1 5o MEMOIRES.
grand cas , ayant répondu dç Bourmont, rEm^ pereur consentit à lui accorder du service^ Comment euraitHl pu supposer ()ue cet officier qui s'était couvert de gloire en 181 4 » ^oiit drait, en i8i5, passer à Fehnemi , la veille d'une bataille ! !
Napoléon fit sur-le-champ , à son plan d'at-. •taque , les changemens que cette trahison inattendue rendait nécessaires , et se porta de suite en avant.
* Le i5, à une heure du matin, il était de sa personne à Jumiguan sur l'Heure.
A trois heures , son armée se mit en mou-s veraent sur trois colonnes , et déboucha brusquement par Çeaumont, IMIaubeuge et Philip-, peville.
Un corps d'infanterie du général Ziethen voulut disputer le passage de la Sambre ; le quatrième corps de chasseurs, soutenu par le neuvîèttié , l'enfonça à coups de sabre , et lui fit trois cepts prisonniers. Les sapeurs et les marins de la garde, envoyés à la suite de Tennethi pour réparer les ponts, ne lui lais-r sèrerit point le tems de les détruire. Ils le suivirent en tirailleurs , et pénétrèrent avec lui clans là pilàce. Le Valeureux Pajol arriva bientôt avec Sa cavalerie j et Charleroy fut à nous. I^es habltans, heureux de revoir les Frap-î
MËMOIUES. l5l
jgais^ ks saluèrejQt unaaimem^nt par des cm prolongés de vive VRmper^t^r 1 vive 1$^^ JFrançe 1
Le généiral Pa^Ql mit suMe-champ le^ hxk$r sards du général Clary à la pour&uitcj 4^f P^^3çiens; et ce brave régimeat teroiûi^ 9a * joiar^ née en prenant ^n drapei^u , çt e|i détruJUaut un bataillon qui a^a^t çs^ résif ter. .
Pendant ce temsi , le deuxième corpf patsait la Sambre à Mfrcmeùuea^ et culbutait tout ce qui se trouyait devant lui. Les Prus-i siens , étant parvenue à âe rallier , vç/iUirent lui opposer quelque résistauce;. le général Reille les fit enfoncer- par. sa cavalerie légère » leur prit deux cents homme3f et.tx]^ ou dispersa le reste. Battus de tojutes parts i ils se rejetèrent sur lesi hauteurs de Fieuru&, qui, Yingt ans aupara\[^Bt , avaient étiè déjà M fi^ta^. les, au]^ GQ^nemiç de la FraitM^e { i X
Napoléon^ d'un cov!f> d'^l« roçoi^ilt |e
terrain. Nos troujpas ^'^k^cèvent sur las Pmi^^.
^ Mens au pas df^cd^se, Tcoîa ^rrf§8 ^li^f^pt^"^
(l) L'Empereur, ayant de quitter Paris, avait codçu le. projet de rendre les plaines de Fleuru» témoins de ^ouveaui^ combats. Il avait fait appeler le maréchal Jourdan, et eut avait tiré uiie Coule de rensei^emeois st^atégi^uçs ir^KÎfCLr. pprtans.
|5a llillOfRES.
rie, appuyés par plusieurs escadrons et de l'artillerie, soutinrent le choc avec iutrépi^. dite. Fatigué de leur immobilité , l'Empereur ordonne au général Letort de les charger à la tête des dragons de la garde. Au mén^e moment, le général Excelmans débusque sur lé flanc gauche de Fennemî; le vingtième de dragons, commandé par le jeune et bravé Brîqueville , se précipite sur les Prussiens d'un côté , tandis que Letort tes attaque de Fautre. Ils furent enfoncés, anéantis; mars il& BOUS vendirent cher la victoire : Letort fut tué.
Cette journée , peu importante par ses résultats ^ puisqu'elle ne coûta à l'ennemi que cinq pièces d'artiHerie et trois mille hommes tués ou prisonniers, produisit, sur l'armée', les plus heureux effets. La sciatique du ma-* réchal Mortier (i), la trahison du général Bourmont, avaient fait naître un sentiment d'incertitude et de crainte^ qui fut entièrement dissipé par Tîssue favorable de ce prè* 9)ier cpmbat.
Jlusques-là^ chaque chef de corps ep avait
(x) Le duc de Trëvise^ à qui Napoléon avah confie le commandemenl dç la jeiine garde, futatteint, à Beaumont, d'uùe sçîatique qui le força de se mettre au lit.
MÉMOIRES. l53
conservé le commandement immédiat , et } on pense quelle devait être leur ardeur et leur émulation : l'Empereur fit la faute de renverser les espérances de leur courage et de leur ambition ; il plaça le général d'Erlon et le comte ReîUe sous les ordres du maréchal Ney, qu'il avait fait venir après coup; et le comte Gérard et le comte Vandamme sous ceux du iparéchal Grouc^y , qu'il eût été préférable de laisser à la tète de la cavalerie.
Le 16 au matin, l'armée^ ainsi partagée, occupait les positions suivantes:
Le maréchal Ney , avec les premier et deu-?
xième corps ^ la cavalerie du général Lefévre- Desnpuettes et celle du général K^ellermant avait son avant-garde à Frasnes^ et les autres troupes disséminées autour de Gosselies (i),
(l) GÂUCHB,
Souê I0 fnariehail We^*
if» Goips.
Infiinteiie. • . V i6,5oa
Cavalerie.. • • • • • ^ • i,5oo
il* Gorpi.
infuiterie* ••»••••.•«.• .; 7 • ai|00o
Cavalerie .......•, i,5oo
Cavalerie. Desnouettei. 3,100
ÇoinMiera Kellennao. . . 7 . 7 i 7 7 9960^
Le maréchial Grouchy, avec les 3' et 4*corp». et la cavalerie des généraux Pajol , Ëxcelman^ et Milhaud, était placé eu avant et sur les^ )iauteurs de Fleunj^s.
Artillerie à cbeval et à pied. a,4oe
Et 1 16 bouches à feu.
DROITE , Sous ie maréohai Grouchy.
3« Corps.
Infanterie. , • . • • i^^opo^
CavaJçrie. . . i,5oq,
4* Corps.
Infanterie . 13,000
Cavalerie. . . • • ^ • • i»5oo
Cavalerie Pajol. .•..••....• a^Sotx
Cavalerie Excelmans. • • a,6oo
Cmnissiers MJihiwd • SfSoo.
Artillerie à pied et k cheval 3,a5o(
Et Mi bouches à feu.
CEKTRE ET RÉSERVE,
<* Corps,
Inlanterie. -•••••••.••. .4 ii^eôi)
Vieille garde.. &,««»
Moyenne garde* « • 5^ooo
Jeune garde .. •.•....■.••• • . •' 4)0110
Orcnadiersàch^al. •••••••. I9S00
. Dragons. • • • . i,9«o
.a74oo=!
ArtiHerie à pied et i cheval. ..... 2,700.
Et 134 bouciuBs à feu.
.MÉUOIRES. I r>5
Le 6* corps et la garde étaient échelonnés entre Fleunis et Charleroî.
Le même )our, 1 armée du maréchal Blu* cher , forte de 90,000 hommes , ralliés avec une grande habileté » était postée sur les hauteurs de Bry et de Sombref , et occupait les vil-r lages deLignyet de St.-Amand^ qui garnissaient son front. Sa cavalerie se prolongeait fort avant sur la route de Namur (1).
L'armée du duc de Wellington, que ce gé-* néral n'avait ^point encore eu le tems de rassembler, se composait d'environ cent mille hommes, éparpillés» entre Ath, Nivelle, Gen-r nappes et Bruxelles.
L'Empereur fut reconnaître, en personne , la position de Blucher; et, pénétrant les des^ seins de ce général , résolut de lui. livrer ba^ taille , av ant que ses réserves et l'armée Anglaise qu'il cherchait à atteindre y n'aient
RécofitiUation.
•Infs^iiterie ; ' 87,600
Cavalerie <•*•••« ao,8oo
Artillerie à pied et à cheval 7,3 5o
Génie 3,aoo
Total ii7,S5o hommet.
Bouches à feô , 56a.
(i) Le génëral Blucber n^arait ppiût eu le tcms de rappeler \3k tptilité de s^s forces* ...
|56 MÉMOmES.
eu le teins de se rallier et de venir le re-^ joindre.
Il expédia sur-le-champ Tordre au maréchal Ney, qu'il supposait en marche sur les Quatre-BraS; où il n'aurait trouvé que feu de monde ^ de chasser vigoureusement devant lui les Anglais , et de tomber ensuite à bras raccourci sur les derrières de l'armée Prussienne.
En même tems , il fit opérer un changement de front à l'armée impériale; le général Grou' chy avança sur Sombref , le général Girard sur Ligny, le général Vandamnie sur St.- Amand.
Le général Girard , avec sa division forte de 5ooo hommes , fut détaché du 2* corps et placé derrière la gauche du général Vandamme, de manière à le soutenir et à lier en même temps l'armée du maréchal Ney avec celle de Napoléon.
La garde et les cuirassiers Milhaud furent disposés en réserve en avant de Fleurus.
A trois heures^ le 5® corps aborda St.- Amand^ et parvint à s'en emparer. Les Prussieiys , ramenés par Blucher , reprirent le village ; les Français , retranchés dans le cimetière , s'y défendirent avec opiniâtreté ; mais , accablés par le nombre^ ils allaient succomber , lors*
AÉllIOïRES. iSj
que le général Drouot qui , plus d une fois , décida le sort des batailles , s'élança au galop avec quatre batteries de la gardé , p^'itTennerai à revers et le força de s'arrêter.
Au même moment , le maréchal Gtouchy se battait avec succès à Sombref , et le général Girard attaquait avec impétuosité le village de Ligny. Ses murs crénelés et uti long ravin en rendaient les approches auâsi difficiles que périlleuses ; ceà obstacles n'intimidèrent point le général Lefol ni les braves qu'il comman* dait. Us s'avancèrent la baïonnette en avant , et en peu d'instans les Prussiens, repoussés et anéantis ^ abandonnèrent le terrain.
Le maréchal Bluchér , sachant que la poâ< session de Ligny nous rendait maîtres du sort do la bataille, revint à la charge avec des troupes d'élite , et là , pour me servir de ses paroles, commença un combat qui peut être considéré comme l'un des plus acharnés dont l'histoire fasse mention. Pendant cinq heures, deux centsboujches-à feu firent pleuvoir, sut ce champ de carnage les blessures et la mort* Pendant cinq heures, les Français et les Prussiens^ tantôt vainqueurs, tantôt vaincus, se disputèrent corps à corps , pied à pied , ce poste ensanglanté , çt sept fois consécutives se l'âorachèrent et se le reprirent tour-à-tour.
L'Empereur espérait , à chaque instant qiië Je maréchal Ney allait venir prendre part à laction. Dès le commencement de l'affaire, il lui avait réitéré Tordre de maipouvrerde manière à envelopper la droite des Prussiens ; et il attachait un si grand prix à cette div^rsion^ qu'il écrivit au maréchal , et lui fil dire, à plu« sieurs reprises que le sort de la France était entre ses mains. Ney lui répondit qu'il avait sur les hras toute l'armée Anglaise ; qu'il lui promettait de tenir toute la journée ^ mais rien de plus. L'Empeneur, mieux instruit « l'assura qu'il n'avait en tête que l'avant-garde de Wellington, et lui ordonna de nouveau d'enfoncer les Anglais, et de s'emparer (coûte qui Qoûte) des Quatre-Bras. Le maréchal persista dans sa funeste erreur. Napoléon ^ pénétré de l'importance du mouvement que le maréchal Ney refusait de comprendre et d'exécuter, envoya directement au i'' corp^ l'ordre de se porter en toute hâte sur la droite des Prussiens; mais après avoir perdu un tems précieux à l'attendre , il jugea que le combat ne pouvait se prolonger davantage sans danger , et il prescrivit au généra;! Girai^ qui n'a« vaitavec lui que cinq pfiille luNOPimes, d'opérer le mouvement que x]<3,vaijent effectioer les vingt mille hommes du comte d'Erloa, Ci^t-
â-dire, detourneir St.-Amandetde tomber dut les derrières de reaneini.
Cette mameuvre» babiieineiit exécutée' et secondée par iioe aVtaque de front de ia garde, et par une chatge forillaute des cuirassiers de la brigade du général Deloreetdes grenadiers à cheval de la garde, décida la victoire. Les Prussiens, affaiblis de toutes parts > se retirèrent en désordre , et nous abandonnèrent, avec ic cfeainp de bataille » «quarante canons et plusieurs drapeaux.
A 2a gauche, le maréchal Ney, au lieu de te porter rapidement sur les Quatre-Bras, et d'opérer la diversion qui lui avait été reconîmandée, avait employé douze heuresen tâton- * nemens inutiles, ^t donné le tems au prince d'Orange de renforcer son avant-<garde. Les -ordres pressans de Napoléon ne !uî permettant point de rester en contemplation , il se porta 'en avant , et voulant sans doute réparer te tems perdu, il ne fit point reconnaître â Tond ni la position ni les forces de rennemi ; tl se ^eta sur lui tète baissée. La division du général Poy commença l'attaque, et fit replier les tirailleurs et les postes avancés. La cavalerie Bachelu , aidée, protégée, et soute-* nue par cette division , enfonça et mît en pièces trois bataillons Ecossais; mais l'arrivée de
nouveaux renforts , conduits par le duc dé Wellington » et Véclatante bravoure des Ecos*^ saiS) des Belges et du prince d^Orange , sus^ pendirent nos succès. Cette résistance^ loin dé décourager le maréchal Ney^ lui rendit une énergie qull n'avait point montrée jusqu'alors. Il attaqua les Anglo>Hollandais avec furie > et les rejeta sur les lisières du bois de Bossu. Le 1^' de chasseurs et le 6* de lanciers culbutèrent les Brunswikois ; le 8^ de cuirassiers passa sur le corps à deux bataillons Ecossais et leur prit un drapeau; le i iS non moins intrépide» le poursuivit jusqu'à l'entrée du bois. Mais ce .bois qu'on n'avait point fait fouiller ^ était garni d'infanterie Anglaise. Nos cuirassiers fu-^ rent assaillis par des feux dirigés à bout por^ tant, qui jetèrent tout-à-coup le trouble çt la confusion dans leurs rangs. Quelques officiers» . nouvellement incorporés , au lieu d apaiser le désordre , l'augmentèrent par des cris de sauve qvi peut. Ce désordre, qui en un instant se communiqua de proche en proche jusqu'à Beaumont , aurait pu causer de grands malheurs , si l'infanterie du général Foy » res-* tée inébranlable , n'eût continué à soutenir le combat , avec autant de persévérance que d'intrépidité.
Le maréchal Ney » qui n'avait avec lui qu«
ViUgt mille hommes, voulut faire avancer le premier corps qu'il avait laissé en arrière; mais l'Empereur (comme je Tai dit plus haut) avait ordonné directement an comte d'Eiion, qui le commandait, de venir le rejoindre; et be général s'était mis en marche% N^^ lors-»
qull reçut cette nouvdle « était an m^n du feu croisé des liatteriés ennemies, t Voyez:^ vous ces boulets? d'éeriâ*t4i avec mu scnnbré désespoir^ je voudrais qu'ils m'ehtrassient tnuâ dans le ventre» i^ Il fit rclet rar les traces du co^mte d'Erlon, et lui prescrittt^ quels que soient les ordres qu'il ait pu recevoir de TEmp&tent hri^mème , de rétrograder. Le comte d^Edbn eut la faiblesse et le malheur d'obéir» n ramena ses troupes au maréchal z mais il était neuf heures du soir; et le maréchal, re-» buté par les entraves qu'il avait éprouvées^ et mécontent de lui et des autres^ avait cessé le t5ombat
'Le duc de W^ington ^ dont tes forces s'é«* tsâètit àôcrues suceessivemeiit au^^delà de du* quânte mille hommes, «e rctii'a en bon ordre dans la nuit) à Gennappes*
Le ms^éciial Ney dut , à la gratide bravoure -àù Mîs troupes et à la fermeté des généraux, ll^tineur de n'avoir pas été fca^ré d'abaudon^ Aei* «es posriUcinS.