‹ Les cent jours: Mémoires pour servir à l'histoire de la vie privée, duChapitre 6 sur 16 · T.IL · texte numérisé non relu

T.IL

a49 HiMOIRES.

pour l'Empereur ii'a?aient éprouvé aucune dl« tératiou.

mandé d'éiltrelenir les'Commanicatîotts et de lui donner fréqaemmenC de se» noBvelles, ne s'était nullement inquiété de ce qui s'était -passé à Mont • Saint - Jean , et il se disposait à continuer aveuglément ses mouvemens» lorsqu'un aide-decamp du général Gressot yint annoncer ( il était midi ) les désastres de la Teille. Le maréchal sentit alors , mais trop tard, rhorrible faute qu'il avait commise, en restant nonchalamment sur la rive droîie de la Dyle& Il opéra sa retraite» sur deui colonues , par Templouz et Namur.

I Le ù^o au matin , son arrière -garde fut assaillie et entamée. La division Teste , la tatàlerie d'Excelmans, rétablirent l'or* dre. Le a6« de dragons et son digne colonel le jeune Brique-^ ville reprirent à l'ennemi deux pièces qu'ils nous avaient enlevées ; le général Qary etses hussards sabrèrent sa cavalerie. L^armée gagna tranquillement Namur. L'infatigable division du général Teste fut chargée de défendre cette ville » et elle •*y maintint glorieusement jusque Ce quenoslagages et nos blessés l'eussent évacuée , et que nos troupes se fussent mises' en cureté , sur les'hauteurs de Dinan et de BbUvine.

Lé 22 f toute Tarmée éUit réunie à Rocroi. Le 24 , elle fit sa fonction avec les restes de Mon t-Saint* Jean que l'Emperéûr avait ordonné de diriger sur Kheims. Le 2S , elle^marcha sur la capitale. Pendant sa retraite , die fut en butte aux attaques acharnées des Prussiens. Elle les repoussa toutes avec vigueur et fermeté, lie noble désir de réparer le mal involontaire qu'elle nous avait fait à Mont • Saint - Jean , enflammait les âmes de la plus, vive ardeur ; et peut-être cette armée da braves aui*ait-e|le, changé sous les murs de Paris » les destinées de la f'rance , si Ton n'eût point comprimé ou ti*ahi les inspirations de sou patriotisme et de son généreux désespoir.

BféMomEs» ^45

Le duc d*Otraiiteet les siens sentirent donc h nécessité de ménager Napoléon ; et dans une conférence secrète qui eut lieu au ministère delà police, et où se trouvèrent réunis M. Manuel et les députés les plus inQuens du parti du duc d'Otrante, il fut reconnu qu'il ne paraissait plus prudent ni possible d empêcher la reconnaissance de Napoléon II , et qu'on s'attacherait seulement à maintenir l'autorité dans les mains de la commission.

Le lendemain , ainsi qu'on l'avait prévu , M. le comte Defermont, profitant habilement d'une discussion établie sur le serment à prêter par la commission , demanda â l'assemblée au nom de qui agirait cette commission, quel serait l'intitulé de ses actes, et enfin^ si Napoléon II était ou n'était pas Empereur des Fran- *çais. (Oui^ om^ cm!) « L'abdication de Napoléon }. appelle à lui succéder , dit-il^ celui qui, dans l'ordre constitutionnel , est désigné d'avance comme son héritier* Il ne peut exister sur ce point fondamental la plus légère hésitation. S'il en existait, notre devoir serait de la faire cesser. Il ne faut pas qu'on aille per« suader à la garde nationale de Paris et aux armées , que vous attendez Louis XVIII, et que vous n'éprouvez pas toupie même sentiment. 9 {Lcu grande majorité^ desvfiembres se lèvent

2^4 MÉHOiaES.

et crient ii%e Napoléon H. Ces^^ cris fwmni répétés av^eo transpori jmr ies trOmnes et par des officiers de ia éigne et de ia gard^ naHonaie qui se trouvèrent à l'entrée de im sai4e). « Il faut lavoufir franckeœeiil ^ dk un aulte menabte (M. Boulay de la Meu^the), op a élevé des doutes; des )ourna]i^«& oiU été jusqu'à écrire que te trône était vacant : si tel était notre malheur, l'assemblée et la lièevlé seraient perdues. En effet, que s6Pion»^i»oi» ? par quel mandât sommes-nous iet? Nous n'existons que par la eonstitution • . • €'e&l cette même coasiitution qui prockuneEmpéreur Napoléon U : so» père a abdiqué ^ vous^ avez accepté l'aJbdicalton sansrestrietÎM»; 1^ contrat est fcoraaé , Nafidléoiii II est EMpemi»r par la force .de^i einosesi. (Owiy owil noua^ne devrions^ même point dé4iàére^)^WaA}îewt^ l'Empereur n'a donné son abdiisation que; sous la condilitQn express (murmures} . • . . Ces murmuxes ne m'effraient point; depuî»

loHg-tems j'ai falfe le sacrifice, de ma vie» J'& dirai la vérité toute entière» ea présence db la nation. Il e^s^isteuae faction quivoucbaît nou& persuader qu/e nous avons déclaré hd tiona:

vacant, dansj'c^spojr de remplir auasitâôt eette vacance, par Im BiourtK>ns. (Non^ noni Ja^ mais, jamais !) Cette fj^ictiou est celle du duo

HEMOniES. %^S

d'Ofiéàns. Elle <a eralrainé quelques {Mifriotè^ peu înleUigensi,. qtii ne voietnl ps» qne le diic d'Orléa&s a accepterait le trônîe que pour le résigna à Lauis-XVIU. H faut que r^semblée #e prononce , et qu'elle déclare à liastaint même qu'elle recoimatt Napoléon II pour Ëmpereur des l^rimçals. » M. k comte Regnault s'eis^ prima dans le ménie sens ; mais A refroidift la dÎ9C#S9te>n 9 en y mêlant maladroitement les puissances étrangères , et en demandahott an noBi de qui l'armée se battrait. Les men^iws de l'opposition , qui î'Usqu'alors s'étaient boDnés â faire enieùdre quelques oMirmures , et à réolasnor Tordre du jour> prirent la parole.

Af. Duprà s'attacha d'abord â prouver que le sa* lurt delà patrie devait passer avant tout. « Pour^ quoi » dit-^il ensuite, l'Empereur a«t-il abdiqué? pdrce qu'il a seatt qu'il ne pouvait plus saa-* ver la France. Or, je vous le demande: srJVapoléonl n'a pu sauver l'état , cocnment Napo* léon II le pourra-t-il davantage ! D'aiUeurs oe prince et sa mère ne sont^ils pas captifs ? avcah voufi l'espoir qulk vous -seront rendu»?

« Quelle a été notre pensée ? nous avons roulu, « Â k place d'un nom quelesiennemis nous opposaient comme le seul motif de la guerre.^ présenter k nation française. Eh bien l c'est au nom de la nation que nous combattrons et

^46 MÉMOniBS.

que nous traiterons. C'est de la nation qife nous attendons le choix d'un souverain. La nation précède tous les gouvememens et leur survit à tous. > — < Pourquoi ne proposez-vous pas une république ? « s^écria une voix. Des murmures nombreux et violens avaient souvent interrompu M. Dupin. M. Manuel , plus adroit » sentit la nécessité d'être aussi plus modéré, n parut d abord incertain sur la détermination qu'il conviendrait de prendre; et après avoir mis en scène tous les partis et balancé les espérances et les craintes que chacun d'eux pouvait inspirer à la nation , il s'écria : « Mais s'agit-il donc d'un homme , dWe famille ? non , il s'agit de la patrie. Pourquoi . nous ôterions-nous les moyens de la sauver ? déjà nous avons fait un grand pas (i); mats savons-nous » s'il sera assez grand , assez complet^ pour en obtenir les résultats que nous désirons. Laissons agir le tems. En acceptant l'abdication de Napoléon^ vous avez accepté la condition qu'elle emporte avec elle , et nous devons reconnaître Napoléon II, puisque les formes constitutionnelles l'exigent ; mais en nous y conformant sous ce rapport » il nous est impossible de ne point nous en écarter \ lors-

(i) Celui de forcer Napoléon à ahdiquer^

HÉMOIRES. 3*47

qa*il s^agit d'assurer notre indépendance ; et e est pour atteindre ce but, que vous ayez voulu remettre lautorité à des hommes qui ont particulièrement votre cfonfiance; afin que tel ou tel prince , appelé par les lois à la tutelle du souverain mineur, ne puisse réclamer aes droits et devenir larbitre des destinées de la France. Je demande donc Tordre du jour motivé: i"" sur ce que Napoléon II est devenu Empereur des Français par le fait de labdication de Napoléon I et par- la force des constitu-» tions de l'Empire. 2"" Sur ce que les deux chambres ont voulu et entendu , en nommant une commission de gQuvepnement y assurer à la nation: le&garanties dont elle a besoin, dans les circonstances extraordinaires où elle se trouvât pour conserver sa liberté et son repos.» Cette proposition captieuse séduisit l'assemblée. Elle l'adopta au milieu des plus bruyantes acclamations, et des cri» mille fois répétés de vwe Napaiéon II! sans se douter que cet ordre du jour, qui lui paraissait si décisif, ne signifiait rien autre chose, sinon quelle proclamait Napoléon II, puisque la constitution le voulait ainsi; mais quelle déclarait en même tems que ce n'était qu'une affaire de forme, et quelle l'abandonnerait quand le gouvernenieat provisoire le jugerait nécessaire.

a!^S MEMOIRES.

C'était pour la seconde fois qpîQ te pl^Aibpe se trouyait ^upe de iian GJs^rnînemmt^iSfsptïud^j[i\, elle comptait, ^^m ^«O s^iw/des hommes pleins de falef^^ et de SDgaptté; mm Ip plus {[rand nombre 4e 9^9 ii)çip|]^r$g ( dt c'^eal la u^qj9nlp flu[i fait Iqi ) , H'ftyanl; jamais siégé (lan§ pps ^sseml>}é€;s,> ^^ tei^saient subîuguar ,Bar ^es ;|)f estfges dp 4'^lp^!l?ûce , »çt avec d'aiit^nÇ plus 4^ facilité, qu'il p'eiii9t«li^, daas la .cham|:!Y*e, aqçuxie idée fii:e, aucune vol<iBlé dotpiip^fite ^ qxti put leur ^ervic de fa&al et de gMide.

le gvpuy^rpeinent «provisoire, influencé par M. Foucl^é , ne tarda point a pjrpiuï^. qu'il ^vait saisi le véritable sens de la ipensée de M. Manuel. Deux jours après , il intitula ses actes at^ nom éti peupie frjgmçai^ «Cette insulte à 1^ bonne foi delà chambpe et du souverain qu*elle avait reconnu, excita sojd éàonnement et ses plaintes. La capitale dt les ^patriotes murmurèrent. On son^ma le préâideiît du gouvernement d'expliquer , de .justifier cet étrange procédé. H répondit que rintention de la commission njavait jan;^is été de méconnaître Napoléon U, maïs que ce prince, n'ayant encore été reconnu souverain de la France par aucune «puissance , on ne pouvait traiter en son nom avec les étrangers , et que

M£MOIRES. â^!)

la commission avait cru de 3on devoir, d agir provisoirement av, nom du peuple frunçais^ afin d pter auî eqn^mis tout prétexte de $e refuser à admettre les n^ociateur^.

dette explication , fortifiée par l'appui ban-* nal des mQts puissans^ patrie, ^alutpubiicr^ armées 4tr(^ngère^ j parut plausible, et tout fut dit.

l'Empereur lui-oiême , étourdi par la force et la ^apiçlité ^es coi^s que lui portaient ses ennemis^, ne soqgeait plus à se défendre, ^t 9çi;!nb^it laisser à la providence le -soin de veiller sijr son fils et &ur lui. Il 3e plaignait , mais 9on mécoptentçment es^pirait sur ses lèvres, et p^e lui iijjpir^it aucune des résolutions quW devait attendre de la fcmgue et de Téneirgiç de son caractère.

Cependant le duc d'Otrante et les députés, qui ayaieut concouru avec lui à arracher Napoléon du trône, ne le voyaient point sans effroi séjourner à l'Elysée. Ils redoutaient , qu'enhardi par les mâles conseils du prince Lucien , par le dévouement que lui cQnservait larmée^ par les acclamations des fédérés e,t des citoyens de toutes les classes assemblés journellement sous les m;iirs de son palais , il ne tentât de renouveler un second dix-huit brumaire. Ils demandèrent donc à la cham-

25o MÉMOIRES.

bre, par Torgane de M. Duchéne, que <*ea5>- Bmperev/t fût invité, au nom de la patrie, â s'éloigner de la capitale. Cette demande n'ayant point eu de suite, on eut recours à un autre moyen. On essaya de Teffrayer. Chaque jour, des avis officieux le prévenaient qu'on voulait attenter à sa vie; et, pour donner plus de vraisemblance à ces ruses grossières , on envoyait tout-à*coup renforcer sa garde. Une nuit même , on vint nous éveiller en sursaut de la part du commandant de Paris (le généra! Hulin) , pour nous inviter à nous- tenir sur nos gardes, que l'Elysée allait être attaqué, etc. Mais tel était notre mépris pour ces misérables impostures, que nous ne jugeâmes même point nécessafre d'en instruire Napoléon , et que nous revîmes le jour, sans avoil* éprouvé un seut moment d'insomnie. Rien n aurait été plusr facile, cependant, que d'enlever ou d'assassiner Napoléon. Son palais qui , dix jours auparavant, pouvait à peine contenir la foule empressée des ambitieux et des courtisans, n'était plus qu'une vaste solitude. Tous ces hommes sans foi, sans honneur, que h puissance attire et qu'éloigne l'infortune, Pavaient abandonné. Sa garde avait été réduite à quelques vieux grenadiers , et un seul factionnaire , à peine en uniforme , veillait à la porte^

de ce Napoléon, de ce roi des rois, qui naguère ayait compté, sous ses étendards, des millions de soldats.

Cependant, Napoléon sentit lui-même que sa présence à Paris, et dans un palais impé* rial, pourrait faire douter les alliés de la bonne foi de son abdication, et nuire auréta*blissementde la paix. Il se, décida donc à s'éloigner.

Il se fit remettre sa correspondance personnelle avec les souverains , et quelques lettres autographes soustraites, en i8i4> ^ leurs recherches. Il nous prescrivit ensuite de brûler les pétitions, les lettres , les adresses reçues depuis le 20 mars. J'étais occupé de ce soin , dans un moment où Napoléon vint à traverser le cabinet. Il s'approcha de moi/ et me prit une lettre que je tenais à la main; elle

était du duc de Il la parcourut, et me dit

en souriant : t Ne brûlez point celle-là , gar- »dez-la pour vous. Ce sera, si l'on vous touj»- > mente, une excellente recommandation. *** » ne manquera point de jurer aux autres qu'il «leur a conservé une chaste fidélité, et quand >il saura que vous avez en main la preuve ma- > tériellc qu'il s'était nris à mes pieds et que je %n'ai voulu ni de lui, ni de ses services, il se » mettra en quatre pour vous servir, dans la

s 521 MÉMOIRE».

> crainte qtie yfonê ne jasiez. »J«<nni8 qviel'Emperetir plaisantait; U s'en aperçut, et reprit : « Non, vous dis-je^ ne brûlez painteette lettre, 9 ni celle 4e tous les ^getiis de la méoie vdlée; je wous les donne pour vc^e sauf^^^garde. • < Mais, Sire, ils m'accuseroût de les avoir soustraites. ■» — < Vous les menacerez , s'ils raÂson- »uent, de les faire imprimer tout wMs , eitils se 1 tairont : je les connais. » — « Puisque V. M. le veut, je ks i&MiserverM. » Je mis «it «iet'de côté «m certain nombre de ves lettres. Après le retoiar du Roi, î'en readi» «omfrfaisâfnment qii)elq(ue»-unes; et ce »est point ici unç allé- ^ation |[ratitite. A peine leurs amteurs que je pourrais nx>im»er, les eureaknk en letir possession ^ qu'ils éleitèirenf r^ujSr^'atn nuca leur prétendue fidélité, efe deinarent,, datekurs discours ou daflDS leurs écrits» lies débraetaurs les plus achannéa de tous ceux qui »f aient «embrassé ou servi la; cause du âo mars.

Le 25/ à «ftidi r Napoléon partit pour la- Malmaison. U y fuil reçu par la princesse Horteuse;. Cette pâpincesse, si odieusement calomniée et si d%jâe de respect, nou)S donna l'eneiople du counage et do la rés%natîoB. Sa position. ceUe de Napoléon, <levatent bris^ sou âme ; e^ cependant elle trouvait encone assez de force pour dompter ses souffrances

M£M01RRS. !l55

et soufciger k» nétres. Elle s'occupait de TEmpereur , Me s occupait de nous » avec une soUicitudesi constante, une grâce si accomplie , qu on aurait pu croire qu eHe n avait à songer qu'au malheur d'autrui. Si lesor^ de Napoléon et de la France nous arrachait des gémissemens ou des imprécatîoBs-, etle accourait ; et retenant ses propres larnïes, elle nous rappelait avec la raison d'ina philosophe et la douceur d'un ange» qu'il feUait surmonter nos regrets , notre dou« leur, el non» soumettre avee docilité aa:£ décrets dte lîa providence.

hsb secousse qu'avait donnée à Napoléon son départ de l'Elysée , le réveilla. Il retrouva à la IVlalmaison son âme, son activité^ son énergie. Habitué à voir couronner tous ses vœdx, toutes ses entreprises du plus heureux succès, il n'avait point appris à lutter contre les atteintes subites du malheur; et malgré la fermeté de son: caractère, elles le< jetaient parfois dans un . état d'irrésolution , pei^dant lequel mille pensées, mille volontés se croisaient dans son esprit , et lui étaient la possibilité de prendre un parti. Mais cette catalepsie morale n'étais point l'ejOTet ( comme on la prétendu ) d'un lâche abattement. Sa grande âm/e restait debout au nxili^i de L'engourdissement momentané de ses fisicultés, et Napoléon, à son réveil ,

a54 MÉMOIRES.

n'en était que plus terrible et plus redoutable* Quelques momens après son arrivée y il voulut s entretenir encore avec ses anciens compagnons d armes, et leurexprimer, pour la dernière fois ^ ses . regrets et ses sentimens. L'amour qu'il leur portait » le désespoir de ne pouvoir venger à leur tête laffront de M ojat St- Jean, lui firent oublier^ dans une première proclamation, qu'il avaitbrisé de ses propres mains son sceptre et son épée. H reconnut bientôt que le langage passionné qu'il tenait à l'armée, n'était point celui que lui imposait son abdication, et il substitua aux trop vives inspirations de son cœur l'adresse suivante :

Napoléon aux braves Soldats de C Armée devant Paris.

Mtalmaison , 25 juin iSi5.

Soldats î

Qaand je cède à la nécessité qai me force de ^m^éloigner de la brave armée Française «j'emporte avec moi l'heurease certitude qu'elle justifiera par les services éminens que la patrie attend d'elle , les éloges qae nos ennemis eux - mêmes ne peuvent pas lui refuser.

Soldats y je suivrai vos pas , quoiqu' absent. Je connais tous les corps ; et aucun d'eux ne remportera an avantage signalé sur Pennemi , que je ne rende justice au courage qu'il aura déployé/ Vous et moi, nous avons été calomniés* Dés bommeis indignes d^dpprécier

MÉMOIRE». a 55

Yos travaux , ont vu , dans les marques d'attadiement que vous m'ayez données , un zèle dont j^étais le seul objet; que vos succès futurs leur apprennent que c^était la patrie par-dessus tout que vous serviez en m' obéissant ; et que si j^ai quelque part à votre affection^ je la dois à mon ardent amour pour la France; notre mère commune.

Soldats f encore quelques efforts 9 et la coalition est dissoute. Napoléon vous reconnnaîtra aux coups que vous allez porter.

Sauvez Thonneur, Tindépendance des Français; soyez jusqu'à la fin , tels que je vous al (Connus depuis vingt ans , et vous serez invincibles.

L'Empereur > qui avait eu peut-être Tlnten^ tîan de reporter sur lui, par cette proclamation, le souvenir et Imtérét de ses anciens soldats, s'informa de l'effet qu'elle avait produit. On lui répondit, ce qui était vrai, qu'elle n'avait point été publiée par le Moniteur , et que l'armée n'en avait pas eu connaissance. Il ne laissa paraître aucun signe de dépit ou de mécontentement, et se mit à parler des deux chambres.

Depuis l'abdication, les pairs et les députés avaient rivalisé de zèle et d'efforts pour mettre la France en état d'imposer à ses^ennemis intérieurs et extérieurs. Ils avaient déclaré la guerre nationale, et appelé tous les Français à la défense commune. Ils avaieat autorisé legouver-

25r> MÉMOIRES.

nement à faire des réquisitions en nature , pour l'approvisionnement de l'armée et le transport des subsistances ; à lever la conscription de i8i5 ; à suspendre les lois sur la liberté individuelle, et à faire arrêter ou placer -eJOr surveillance toutes les personnes prévenues de provoquer des troubles, ou d'entretenir des- îîiteMigences avec les ennemis. Ils lui avaient enftn accordé un crédit immense, pour subvenir provisoirement au paiement des fournitures et de la solde de l'armée.

De son côté, la commission prenait, exécutait, avec un soin infatigable, toutes Jéîr mesures que commandaient l'es circonstances* Sa tâche, il faut Ta vouer, était aussi difficile c|uc périlleuse. Jamais gouvernement ne ^'ét^it trouvé dans de seiïtblâbles conjonctures. H fallait , du moins pour la majorité dfe ses mtîmbres, un grand corurage, un grand dévouement, un grand patriotisme; il fallait une abnégation héroïque de son repos , de sa liberté, de sa vie , pour se charger envers la nation , envers Ife roi, de la responsabilité du pouvoir et des événemens.

Le premieçtacte de la commission fut de remettre , eillre les mains du prince d'Essling, le commandement en chef de la garde nationale, dévolu précédemment à l'Empereur. Le

kÊBfOtRES; ^Sj

duc d^Olirante ^oiilail ôiet le coniniandèhlëtit teti siecoûd àli ^nétal Burbsnel, doiit là dtbîiiite retiibàl-rassaîl, pour lé dbiînër à M. T** qui iiii l^i'aiésait satis dbùte pliis lâàiiiàble. Le duc de Vicence et M. Carhbt s'y ojipôsèreht . et il fUt laissé au géhérâl DurbSnëJ , à là. satisfaôHbii ae la garde batiohale , qiiî avait su apj[>Hcler déjà le beau cafactèrte de cet ôFficîet^

Le raal^échâl Ûotir ii^ayattfc |>bint voulu àbceptér dfe fcdmmahdèmetit, et Ifegénéfal Rl^j^ ayaiit rehi1§lè siëh, la commission hbilima 4é tnarééhà! tàbucttr commatidaiit de rarirtëé du Ifiôtâ i lé général KÉtttÉ fut tionimë côirimandâtit âbs i.^* i.*^* et 6/"^- corps réunis êii un seul; lé géhéral Drouôt comrtiâtidâlnt clé U gatde; lé ttiafèthaî Jourdain Cbitritiiàhdant dé Yàiûièé dh Hhiii.

Dés tif^fës f tirent doùfaês de toutes |)arts pour réfèlHIi^ lé iriatériel de f arnieè , reiiionter là céVâlferîe, faire marcher les dépôts et forcéi* le^ BÔlâats( isolés dé rentrer soiis leurs di^apèââfx.

td éômmfssîôn éhfîn, après avoir èïfîployé tous les tAfôyen's j^ôssibles pour appuyer îeâ négociâtron^ p^i^ lé dtéVéloppement simùitané des fôréé's nationales , chargea IVIM. de ïa Fayette, dé Pbàtfcéoulaùt, dé là forêt, d'Arï. u. 17

genson , Sébastiani et Benjamin Constant ( ce dernier adjoint en qualité de secrétaire ), de se rendre auprès des souverains alliés et de leurs généraux , pour négocier une suspension d'armes et traiter de la paix.

Le jour où ces plénipotenti|iires partirent , M. S*** vint féliciter Napoléon» « Les alliés^ lui » répondit TErapereur , ont trop d'intérêt à »vous imposer les Bourbons pour vous don'' »ner mon fils. Mon fils régnera sur la France, »mais son heure n'est.point encore venue. Les j instructions des plénipotentiaires, m'a-t-on j assuré , sont dans le sens de ma dynastie; si » cela est vrai , il fallait alors choisir d'autres » hommes pour la défendre. La Fayette , S6ibastiani, Pontécoulant^ Benjamin Constant, >ont conspiré contre moi; ils sont mes enne* » mis, et les ennemis du père ne seront jamais > les amis du fils. Les chambres d ailleurs n'ont » point assez d'énergie , pour fivoir une volonté 9 indépendante : elles obéissent à Fouché. Si Belles m'eussent donné tout ce qu'elles lui » jettent à la tête, j'aurais sauvé la France; ni^

• présence seule à la tête de larmée aurait plus

• fait que toutes vos négociât ion.s; j'aurais ob- «tenu mon fils pour prix de^mon abdication;

• vous ne l'obtiendrez pas. Fouché n'est point «de bonne foi; il est vendu au duc d'Orléans,

IféBkôtRks; i&^

i ï\ joiieta \éi chambres , les alliés le joueront^ % et TOUS auî^ez Louis XVHI. Il se croît en état ^de tout conduire à sa guise, il se trompe ; il » verra qu*il faut une inain autrement trempéô ■ que la sienne , pour tenir les r^ès d'une na-« » tion , surtout lorsque rènnemi est chez elle... » La chambre des pairs û'a point fait son de^

• voir; elle s'fest conduite comme uiié poule » taaouillée. Elle d laissé insulter Lucien et dé- » trôner ibon fils s si elle eût terni bon, elle » aurait ^u larmée pour elle ; les généraux la

• lui auraient donnée (i)i Son ordre du jour a s perdu la France et vous a rendu les Bourbons.

• Moi seul je pourrais tout réparer, mais TOd » meneurs n'y consentiront jamais; ils aime- »rent mieux s'eogloutir dans l'abtme, que dd > s'unir avec moi pour le fermer. »

Les plaintes , les regrets , les menaces quô Napoléon laissait continuellement échapper ^ alarmaient de plus en plus les fauteurs de sel chute. Dans leur premier moment de chaleur^ < ils avaiebt montré de l'audace; mais depuis que leurs tètes s'étaient refroidies, ils parais-^ salent étonnés eux-mêmes d€ Içur propre cou-» rage. Ils pâlissaient au seul nom de Napoléon^

« • M - A ■ • • ' - r I - Il

(i) La plupart des pairs avaient des commandôm^ns dans

^^ MIËlfOlUS.

el coȔiiraieni nuit et jour le gouverneme&t de le faire embarquer le plus proiuptemeBl posnible, 9

Dès le îour même de «pu abdication , TEm^ pereur eut Upaoaée d'aller ^herchef un asile à 1 etraiiger. igcqoiitumé auxépiolians fortes » aux évéoen^ns fsxtraprdinaires^ il s'était fami^ Uariâé sans peine ^sec cette idée , et parut se complaire pand^nt quelqifies momens à eal« Guier les hasards du préseipt» les chances de V4Vfnii?i^et ^ opf^oser aux daBfsts de la réalité U% fictions de VeapérauQe.

L'ËQSfKireur n*avaH lamat» cimfoodu ta na« iy^n ani^aise avec le aysième pdiiliqpie de son gfiliv«tr]j|i0ix)e«tr. U rçf avdbil le ocmm d*Qn Bfe^ lan eom^BSie le saoetuatre inf ÎplatMe de rbo&-> neur, de la.génm^té et de tMiies les vevtus §îviqp^ Qt pi»v)éç»<|iiî impriment à Phomme d^ yé|éfRrti(m el de la d%iMté« Cette haute efn- Mou.aw^ît pré^aHt danssapenséesuples crain- « t^ft j^iie d^mient hii- insprmr les principes et leifMtMty^imt eeitnos du cabinet de Londres; e4 Miv pirmiMn ^sein fui d« se retker em Au^ gkt?]?i^ t^d^dy pbHssr «mtlamwpe^gardede i;jbh<)^$|^;4)té ed dea lais, il s'en «Ms^rit shul ducs de Bassano et dei Vifience. La premier ne parut poiiit g[Qt^ter cette résolution* Le second , sans la combattre ni lapprouver^Iui conseUfer^

Ufiicomss. s6i

s^il persistait à prendre ce partie de se jeter dans un bateau de smuggler , de se présenter en mettant pied à terre devant le magistrat du lieu , et de déclarer qu'il venait avec confiance invoquer la protection du peuple Anglais. Napoléon parut goûter cet avis ; mais d'autres conseils le firent pencher pour les Etats-Unis. Il fit alors demander au minisire delà lâarine la note des bâtimens américains qui >se trouvaient dans nos ports. Le ministre la lui transmit sur-le-champ. « Remarquez^ Sire, hii écrivait-il , le bâtiment du Bâvre. Son capi^ taine est dans mon anti-chambre ; sa ehaîse de poste estàma porte. D va partir. Je réponds de lui ; demain , si vous le voulez , voas serea hors d'âlteinte de vos ennetnis. »

M. de Vicence pressa FEmpereur de prôfi-^ ter de cette occasion. « Je sais bien , reprit >r£mpereur^ qu'on voudrait déjià me voir > parti , qu'on voudrait se débarrasser Ile ti»e4 >et me faire prendre. »Le duc fil u» Ésimve^ ment de surprise et de repvoch«v<i hàfà l Cem->^ » Uncourt^ ce n'esA point de voti» dôtit fe viet^ » parler. » M. de Vieence \m répondi* qftte 6e' conseil ne partait que à%k cœur^ 90'il' tti'â^âîl d'autre motif (|ue d« le voir a lafavi àe^è^tâ^ gers dont le menaç^ail l'approche d^s^ allées. — L'Empereurrarrêta.cQttai-je àrcislkMkre? j'atf » abdiqué; g' est d ùi^Fvaame à md pri9tége^! »

J20S( MiMOIRXS.

Plusieurs Américains qui se trouTaient ^ Paris , écrivirent de leur propre mouvement è Napoléon pour lui offrir leurs services et rassurer, au nom de leurs concitoyens, qu'il seraiiaccueilliàWashingtonaveclessentimens de respect , da'miration et de dévouement, qui lui étaient dus .Napoléon refiisa leurs ofiVes. Son intention n était point de se soustraire aux effets de son abdication ; mais il avait changé d'opinion et reconnu qu'il était de son devoir de ne quitter le sol de la patrie, à moins qu'on ne l'exigeât, que lorsqu'elle ne serait plus en danger.

Cependai^t, le gouvernement cédant aux obsessions continuelles des députés et de M. Fouché, lui fit insinuer qu'il serait convenable de prendre un parti. L'Empereur alors déclara qu'il était prêt à se rendre avec sa famille aux Etats-Unis , et qu'il s'embarquerait aussitôt qu'on aurait mis deux frégates à sa disposition. Le ministre de la marine fut autorisé sur-le-champ à faire armer ces deux frégates. M. le baron Bignon reçut l'ordre de demander à lord Wellington les passeports et les sauf-conduits nécessaires ; mais la commission , sous le prétexte de ne point expo-. »er les frégates à tomber au pou von» de len-r pemif arrêta que l'expédition ne mettrait en ¥^^V % ^ue lorsque les sauf-conduits seraient

MEMOTUES. S 63

arrivés : condition singulière, que Ion ne peut expliquer honorablement qu en suppo-' fiant que le gouvernement ne se souciait point intérieurement délaisser partir Napoléon /regardant sans doute sa présence en France comme un moyen de rendre les alliés phis docile» et moins exijgeans^

La promesse faite par l'Empereur, et les mesures prises pour assurer son départ,, ne suffirent point pour tranquilliser ses craintifs ennemis. Us appréhendèrent qu il ne profitât du délai que l'arrivée des sauf-conduits allait entraîner pour s'empare^» de vive force de l'autorité. Ils revinrent donc à la charge, et le gouvernement, pour mettre un terme à leurs frayeurs importunes et répondre d'^avance aux objections des étrangers, consentit à donner un gardien à l'ancien chef de l'état. Le général comte Beker, membre delà chal^bre des députés, fut nommé commandant de là garde de l'Empereur , et chargé , sous ce prétexte , de se rendre à la Matmaison , < pour veiller à la conservation de la personne de Napoléon et au respect qui lui est dû , et empêcher le»

malveillans de se servir de son nom pour oc-r casiônner des troubles (i)* »

(i) Expressions litt^rale^ de U coiumission du gci^éral Béker,

d64 HÉMOIRES*

LQjç$quc le général se présent^ à I9 Halipaj^ açD,, ojx ctnjL qu'il Tçna,U a^ci^tçip ]Happlé9^.

\iq^ cri de c^a^^e^r ç'éc^ppa 4« teiVSk l?% cœui;s. Qo^rga^çl; çt que^uçs s^uti^ çKkiers»^ }^;;èr^^t qu'on, ne p^orterait JAPa?ii* ^uf r£w-* peirçvw ^AÇ ipaia saiçrilég^. Je çoi^ri^ a^pcçndre à Napoléon ce qui e^e pa^s^it ; '^ $0|;ti^ 4^ «on cabinet, çt pai^ut à nos yeu,i( ;

Avec cet air serein j ce front majestueui^,

Tel que dans les combats > maître de son courage ^

tranquille , il arrêtait ou pressait le carnage.

L'Emperei^r i^^us. oi;doA^d de ijesp^cter la pérson^ç çt laijnissipp du géi^éral^l^keir , e% dç lui^ai^;e savoji; quiVppuvaijt se prései^£ d^e-» \3At lui , saps scrupule et san^ craint;^. Mai^ d4j^ ç^t oflSbçiçr s'était expliquée , et; Vqu vip^ aji^pp;^cer quête l;>u1jde sa ipissioa nél^it point d'arr^çJ^^^^'Eippereui: , njfiis. dç \eiljer ^, \a, ^ûr ççté d^ s^a. personne , plgicée spus, la, fiii^jgi,>\egarde dp l'hoftopui; national (i)^

Cette déclaration ne trompa per^son^, Çll^ l^Qusi.aflJJgea pî^çfondément. La pri^pe^^^î ^plfi'• teï^se qx3f ci^tjl'ânie décWlcée. « i?çipn î^i^x^. { ditr

(i) Je me hâte de rendre ici au ge'ne'ral Phommagc qu'il ^nérile ; il sut par&îternent concilier son devoir avec les f 0^i:ds et le respect dus 9. Napolçon et 9 son malheur.

elle en élevant tristement les yeu^i an ciç^ , devais-je yoir FEaipe^-eur à \^ Malmaison prîçpni^er dos Français ! 9

M. Foucbé ^t les aiens ue s eu tinrent peint à cettç prenaië^e précaution ; et pour ôteir à VEraperem: le n?oyen de former de^ grumes , ils lui enlevèrent çucçessivemenit , sous un pr^ texte ou sous un autre, la plupart des ofiiciers sur le dévouement desquels il pouvait compter. Les uns fvircut appelés près du gouveruenaeat, les autres reçureiit des missions ou des coinmandemens. On'lçur parlait à tous au nom ^sacré de la patrie, et tous obéissaient. Moimême, j.e ne fus point oublié-^ et je reçus, ainsi ^ue mon collègue le baron Fain , loidi^e^de mè rendre à Paris. J'en prévins TEmpereur, « AHez > »me dit -il, j*y consens. Vous saurez ce qui » s'y passe , et vous me le direz- Je regrelle que » nous n'ayons point songé à vous faire attacliep

• aux plénipotentiaires; vous auriez rappelé à » Mjçlter/iich ce qui s'est dit à Baie; vous lui

• auriez appris que Fouché travaille pour le » duc d'Orléans, etc. etc. Peut-être sera-t-il en- »core tems. Voyez Caulincourt de ma part;

• dites-lui de \ous donner quelque mission.»

Aussitôt mon arrivée aux Tuileiiies , je témoignai au président de la commission et à M de Vicence , le désir de faire partie de Tarn--

StM IliMOIRES.

bassade. Je leur rappelai les propositions de M. Werner, etc. etc. M. de Vicence pensa que me» services pourraient être fort utiles. M. le duc d'Ôtrante me répondit qu'il fallait aban-. donner tout cela , et il n'en fut plus question^ Napoléon était donc resté presque seul , à.

la Malmaiaon (i); et là , retiré comme Achille

(i) Sa cour, jadis si nombreuse, ii*était plus habituelle, ment composée que du duc de Bassano , du comte de Lava* lette , du gênerai Flahaut , et des peraonnes qui devaient par-> *ir avec lui, telles que ses officiers d^drdonnance, le général Gourgaud , les comtes de Montholo*n , de Lascases, et le duc ' de Rovigo. Le déTOuemçnt qui portait ce dernier à suivre Kapoléon ,. était d*autant plus honorable que Napoléon, lors de son retour de Tile d'Elbe, lui reprocha fort durement de Vy avoir négligé. II passe cependant dans Topinion ( et c*est })ien à tort ) pour être un des artisans du 20 Mars ; mafs dans tous les tems , il eut à se plaindre de Topinion. Elle lui impute une foule d'actions méchantes auxquelles il ne pri^ véritablement aucune part, et que souvent même il s'elTorça d*empêcher, L'Empereur remployait à toutes mains , parcQ qu*il lui trouvait un jugement hardi et net , un esprit fin , et une grande habileté pour apercevoir les conséquehces d*une chose, et prendre lestement un parti. On a jeté des soupçons défavorables sur les motifs qui déterminèrent Napoléon à lui confier le ministère de la police ; il ne fut appelé à ce poste, important que parce que PEmpereur avait Texpérience de Finfidélité du duc d*Otrante qui lui échappait dans toutes les occasions dificiles , et qu*il voulut le remplacer par un homme d'un dévouement éprouvé, par un homme qui , étran*. ger à la révolution , et n'ayant aucun parti à ménager, put i|a servir que lui et faire son devoir sans tergiversation.

MiMOIRES. 267

dans sa tente , il maudissait son repos ^ lor9« que le ministre de la marine vint lui annoncer, au nom du gouvernement, que les ennemis étaient aCompiègne; que la commission, crai-* gnant pour sa sûreté , le dispensait d'attendre les sauf-conduits et désirait qu'il partît inco-gnito. L'Empereur promit de partir; mais quand il entendit au loin le premier coup de canon , tout çon corps tressaillit, et il se plaignît avec l'accent du désespoir d'être condamné à rester loin du champ de bataille. Il fit appeler le général Béker ; « L'ennemi est à » Compiègne, à Senlis ! lui dit-il, il sera demain «aux portes de Paris! Je ne conçois rien à » l'aveuglement du gouvernement. Il faut être •insensé ou traître à la patrie , pour révoquer ^ en doute la mauvaise foi de l'étranger. Ce* »gens*là n'entendent rien à leurs affaires. »Le général Béker fît un mouvement de tête , que Napoléon prit pour un signe d'approbation , et il reprit : »Tout est perdu, n'est-ce pas? «Dans ce cas , qu'on me fasse général; je com- > manderai l'armée; je vais en faire la demande; ». ( d'un ton d'autorité ) Général vous por- ^ tarez ma lettre; partez de suite; une voiture A vous attend. Expliquez-leur que mon inten** lotion n'est point de ressaisir le pouvoir; que ? je veux battre l'ennemi , l'écraser , le forcer

968 MEMOIRCS.

> par la victoire à donner un cours faTorable

> aux négociations; qu ensuite^ ce grand point » obtenu , je poursuivrai ma route ; allez « gé-

> néral ; je compte sur vous : vous ne me quit- » terez plus. »

Le général Beker, vaincu par Fascendant de «on prisonnier , partit sur*le-chM»p. Cette lettre dont je regrette de ne pouvoir garantir la première partie» contenait en subs* tance :

jÉ 4a Commission du Gouvernement.

Ea abdiquant le pouvoir', je n'ti point renoncé au pins noUd droll du citoyen , au droit de défendre

L'a^procke des ennemis de la capitale ne laisse pluA de doutes sur leurs intentions , sur leur mauvaise foi.

pans ces graves circonslanees, j'offre mes serriees comme générai , me regardant encore comma i« premier soldat de la patrie.

Le duc d'Otrante lut cette lettre à kaute voix ^ et' $*écria : c Est-ce c|u'il se moi/u^ de nous ? »

M. Carnotparut être d avis de replacer FEmçereur à la tète de l'arexée.

Le duc d'Otraute répliqua que TEn^pereur avait sans doute épargné ce soin à la commis^ sion; que probablement il avait ^^ aussitôt

MEltfOIRËS. 269

le départ du général Beker et qu'il était dé)à à haranguer les soldats , et à les passer etk revue.

Le général Beker se rendit garatit que Na^ poléoDP attendrait son retour.

Le président de la commission fit observer alors que le rappel de Napoléon serait à ja-^ mais destructif de tout espoir de conciliation ; que les ennemis, indignés de notre foi puni-^ que, ne voudraient plus nous accorder ^ni trêve , ni quartier ; que le caractère de Napo* léon ne promettait point d'avoir aucune eon-* fiance dans ses promesses; et que, s'il parte-* nait à obtenir quelque succès, il voudrait re^ monter sur le trône et s'ensevelir sous ses dé-^ bris , plutôt que d'en descendre une secondé fois, etc.

Ces observations réunti^etit tous les sufirsH* ges , et les niembres de la commission répon* dirent à TEoirpeFeur, que leur devoir envers la patrie ^ et les engagemens pris par les pléni^ potentiaires avec les puissances étrangères , nre permettaient point d'accepter son offre. Ils chargèrent M. Carnot dé se rendre à la Malmaison pour éclairer l'Empereut sur sa position , sur celte de k France, et le conjurer d'éviter les maiheurs cfu'K (iarais^ait vouloir appeler sur la France et sitr lui.

4 La proposition de Napoléon fut bieiitâf connue de tout Paris ; on commença par publier qu'il avait touIu reprendre le commandement ; on finit par annoncer qu'il Tavait repris. Napoléon en effet , aussitôt le déjlart dU général Beker , fit seller ses chevaux de bataille; et pendant trois heures , on crut qu'il allait se rendre à l'armée. Mais il nô isongea point a profiler lâchement de l'absence de son gardien pour s'évader. Une telle pensée était au-dessous de l'homme qui venait d'attaquer et d'envahir un royaume avec huit cents soldats.

Le général Beker revint à la Malmaisoiii L'Empereur se saisit de la réponse de la commission, la parcourut rapidement, et s'écria: € J en étais sûr ; ces gens-là n'ont point d'é- »nergîe;eh bien, général , puisque c'e^t ainsi ^ » partons , partons. » Il fit appeler M- de Fiahaut et le chargea d'aller à Paris^ sur-le-champ, concerter son départ et son embarquement avec les membres de la commission.

Le prince d'Ëckmuhl se trouvait aux Tuileries , au moment où M. de Flahaitit s'yv présenta. Il ne vit dans la mission de ce général qu'un subterfuge de l'Empereur , pour différer son départ « Votre Bonaparte , lui dit-il avec le ton de la colère et du mépris y ne veut

MEMOIRES» i^t

poiut partir 9 mais il faudra bien qu'il nous débarrasse de lui; sa présence pousgéue^nou»

importune ; elle nuit aux su^ccès de nos négociations. S'il espère que nous le reprendrons « il se trompe ; nous ne voulons plus de lui.

Dites-lui de ma part qu^il faut qu'il s'en aille» et que s'il ne part â l'instant, je le ferai arréteri que je l'arrêterai moi-même. » M. de Fiahaut, enflammé d'indignation» lui répondit :

c Je n'aurais jamais pu croire, M. le Maréchal^ qu'un homme qui, il y a huit jours, était aux genoux de Napoléon , pût tenir aujourd'hui un semblable langage* Je me respecte trop , je respecte trop la personne et l'infortune de l'Empereur , pour lui reporter vos paroles ; allez-y vous-même , M. le Maréchal; cela vous convientmieux qu'à moi. » — Le prince d'Eckmuhl , irrité, lui rappela qu'il parlait au mi-* nistre de la guerre, au général en chef de l'ar* mée , et lui prescrivît de se rendre à Fontainebleau où il recevrait ses ordres. — « Non , monsieur , reprit vivement le comte de Fiahaut, )e n'irai poiiït ; je n'abandonnerai pas l'Empereur ; je lui garderai jusqu'au dernier moment la fidélité que tant d'autres lui ont jurée. » — «Je vous ferai punir de votre dér sobéissance !» — « Vous n'en avez plus le droit« Dès ce moment je donne ma démission. Je.pe

il 7 9 MEteomfeâ.

pourrais plUîi Sertir sous Vos otdreS sans déshcN

norer itiefe épàtlleltea. *

Il sortit L'EîïipetetUr à feon retour ô'a^erçuf qu'il atait VàiHt blëssée; il le c(Ue^tibhhâ , et parvint à lui faire âvôuet te qui S*ëtâît passé. Habitué , depuis sou dbdicatlorl , à ne à'étoîi-^ ner de îteh et à tout sbuffHr sans àè plaiildrê^ Napoléon île parut ni âut'^tis tii thécontènt des insultes de sotl ariele^n mlùistrè. c Qu'il itieîitie, tépondit-il frdîdettletit, Je èidé prêts > ^'il le veut j, à lui hndtB id gô^ge. Vôtre * conduite , nlthti eher FlahaUt , djfafuta-t^il, me » touche; Alais là f^atriè a besôiti de VôUs : ji restez àTâtmée ; et oubliez, toUitUe lUôî, le ji^ prince d'Ëektnuhl et ses lâches menaces. >

L'histoire plu* sévère ne les ùiMlëH poltlt.

Le respect poUr le majheut fut t6ù}(mrs placé au preriiier rang des vertus ihil\idAH$. Si le guerrier ^ui outfafge Son eùùeirii désarmé perd 1 estime des btatès , quél sen^liïient doitil inspirer celui <^ mafttdit , itïstiltè et tnenace sotof ami, son l>ienfâiteUf> , sùha prince malbenreufSc ?

L'Em^reuf ^ersa, dan^ le iein de fâmitié fidèle, ïé chagrin q\x^ lui causait le refus de se* serviles" par k côrfimîssîôn. « des gens-là , » dft-il' à W. de Baséàiïrf, rfôùf aveuglés par 1 enj^tie^ de jouir A\i potciùît d été continuer à

i faite les isoùyeràins; Us sentent (}ire s'ils me » replaçaient à la tète de Farmée ^ ils ne seraient $ plttS que mon ombre ; et ils me sacrifient , h moi et la patrie, à leût orgueil , à leur vanité. » Ils perdront tout » . Après quelques momens de silence : < Mais pourquoi les lâisserai-je ré-* *gncr? jai abdiqué pour sauver la France, » pour sauver le trône de mon fils. Si ce trône 3tdoit être perdu ^ jaime mieux le perdre sur h le chanip de bataille qu'ici. Je n ai rien de

• mieux à faire pour vous tous, pour mon fils » et pour moi , que de me Jeter dans les bras >de mes soldats. Mon apparition électrisera

• l'armée, elle foudroyera les étrangers. Ils » sauront que je ne suis revenu sur le terrain » que pour leur marcher sur le corps , ou me

• faire tuer; et ils vous accorderont, pour se > délîvt^r de moi , tout ce que vous leur de- » manderez.' Si, au contraire, vous me laissez

• ici ronger mon épéè, ils se moqueront de » vous , et vous serez forcés de recevoir

• Louis XVIII, chapeau bas. Il faut en finir : si

• vos cinq Empereurs ne veulent pas de^jnoi » pour sauver la France , je me passerai de leur

• consentement. Il me suffira de me montrer , » et Paris et 1 armée me recevront une seconde

• fois en libérateur. » — « Je le crois. Sire, répondit M. de Bassano, mais la chambre se dc-

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