‹ Les cent jours: Mémoires pour servir à l'histoire de la vie privée, duChapitre 7 sur 16 · II. lH · texte numérisé non relu

II. lH

clarera contre vous; peut-être même osera-* t-elle vous mettre hors la loi. D*un autre c4lé. Sire ^ si la fortune ne favorisait pas vos efforts, si l'armée, après des prodiges de valeur, était accablée par le nombre , que deviendrait la France ? que deviendrait Votre Majesté ? L'ennemi serait autorisé à abuser de la victoire; et Votre Majesté aurait peut-être à se reprocher d'avoir causé à jamais la perte de la France. » — « Allons ; je le vois bien , il faut » toujours céder. » L'Etnpereur resta t[uelques momens sans proférer une seule parole ; et reprit : « Vous avez raison ; je ne dois pas éprendre sur moi la responsabilité d'un si » grand événement. Je dois (attendre que la »voix du peuple, des. soldats et des chambres »me rappelle. Mais comment Paris ne made- 9 mande-t*il pas ? on ne s apperçoit donc point » que les alliés ne vous tiennent aucun compte » de mon abdication? » — t Sire, il règne une telle incertitude dans les esprits, qu'on ne peut parvenir à s'entendre. Si l'on était bien convaincu que l'intention des alliés est de rétablir Louis XVIII, on n'hésiterait peut-être point à se prononcer; mais on espère qu'ils tiendront leurs promesses. » — « Cet infâme • Fouché vous trompe. La comipission se laisse » conduire par lui. Elle aura de grands repro-

HÉtfOIRES. S 75

ft ches à se faire. Il n y a là que Cauliueourt et

• Garnot qui vaillent quelque chose \ mais ils » sont mal appareillés. Que peuvfsnt^ls faire

> av^c un Urattre, deux niais ( i), et deux èhani« » bres qui ne savent <e qu elles veulent ? VoUs 9 croyez tous, comme des imbéciles, aux belles » promesses, des étrangers^ Vous croyez qu ils

• vous mettront k poule au pot, et vous don^ »neront un prince de votre façpn, n'est-ce

• pas? Vous vous abusez: Alexandre, oialgré » ses grands sentimens , se laissera influencer

• par les Anglais ;^ il les craint; et TËmpereur 9 d'Autriche fera, comme en 1814» ce que les

> autres voudront. »

Cet entretien fut interrompu par l'arrivée des généraux P.;et Chartran. On les avait écon- . duits déjà deux fois ; mais celle-ci ils déclaré-* rent qu'ils ne s'en iraient poiht sans avoir parlé à l'Empereur. Leur but était d'en exiger de l'argent. Le général Chartran , aussi funestemcnt inspiré que Labédoyère, lui dit qu'il s'était perdu pour le servir-, que les Bourbons allaient rentrer, qu'il serait fusillé s'il n'avait pas d'argent pour se sauver, et qu'il lui en fal- '

(i) Celte ëpîihète ii*é(aît point une insulte daris la bouche d« Napoléon. Il s'en servait babîtuellemenf, mâme avec ses ministres, lorsqu'ils montraient de'Tirrésolution.

S<;Ô HÉIfOIRES.

lait. Napoléon leur fit donner un millier d'é^ bus à chacun « et ils se retirèrent. Là princesse liortense, craignant que ces illustres Cosaques lie fissent un mauvais parti à l'Empereur, voulilit généreusement leur donner tout ce qu'ils demanderaient. J'eus mille peines à la tran-* quilliser et à lui faire comprendre qu'ils en voulaient plus à la bourse de Napoléon qu'à sa personne.

Napoléon y après leur départ ^ me donna des brdres pour Paris. J'y retournai. Au moment ou j'entrais aux Tuileries , la commission ve-* nait d'être instruite^ que l'ennemi, après avoir battu nos troupes ^ s avançait en toute hâte sur Paris. Cette nouvelle inquiétait le gouvernement ; et comme il n'avait en ce moment près de lui aucun officier d'ordonnance , le duc de Vicence me pria de vouloir bien aller à la découverte. Je partis. Arrivé à l'entrée du Bourget , je rencontrai le général Reille avec son corps d'armëe. Il iri'apprit que l'ennemi le suivait, mais quWti'avait rien à craindre pour la capitale. • Je lie dais ce qui s'y passe, me ditni 5 mais on vient de conduire devant moi à Tinstant le frère de M. de Talleyrand. Il était porteur d'un faux passe*port^ sous le nom de Petit. J'avais envie de le feîre conduire à la mission du gouvernement» mais il m'a

MEMOIRES, a ^7

déclaré qu'il é^ait chargé par e(le dune mië^ sion aussi importante que pressée; et comrne à tout hasard un ennemi de plus ne peut rien nous faire , ) ai mieux aimé le laisser passer que de risquer de faire manquer sa missioqt par des retardemens inutiles > . Je me hâtai d^ revenir calmer les anxiétés du gouvernement^ , Aussitôt que je pus disposer de ma lib^lé ^ }e volai à la Malmaison. Napc^éon » qui mp sa^ vait gré de ce.postillonnage continuel, daignait toujours me recevoir sur*le-<^hamp. fe lu^ rendis compte de tout ce qui pouvait .Iji^téT resser. Je n'omis point de, lui apprendf e^ que* Tennemi était déjà maître; d'une partip des efir Tirons de Paris > et qu'il était ipaportant qp i| se tint sur ses gardes* « Je ne le craindrs^i 9 point demain, n^e dîtril ; j ai promis à Pecrp^ »de partir, et je p^irtirai cette nuit? Jèc m en- «nuie de moi, de Paris et delà France. Faites • vos préparatifs, et ne voys éloigne^? pas. » — 7 « Sire, lui répon^is-^je , quand je promis hier â Votre Majesté de la suivre > je pfi c^t^uHaî que mon dévouement; mais^ Iqrsqye jai ff^i); part de cette résolution, à ma nière ^ elle m'a conjuré,, au nom de ses cheveux hiauçs, dç ne point l'abandonner. Sire, elle est âg( e de soixante-quatorze ans (1); elle est aveugle*^

, (i) Les inquiétudes que lui ODt donué la teneur de x6i5 ,

2^8 MLMOIRËS.

mes frères ont été tués au champ d'honnetrr} elle na plus que moi, moi seul au monde ^ pour la protéger; et j avouerai à Votre Majesté que je n ai point eu la force dé lui résister. » — « Vous avez bien fait , me dit Napo- »léou; vous vous devez à votre mèrfe? restez , »avec elle. Si, un jour, vous êtes libre de vos • actions, venez me trouver; je vous recevrai » toujours bien. > — c Votre Majesté, lui répliquai-^je, est donc décidée à partir. » — « Q\re voulez- vous que je fasse ici, maînteinant?*» -*- c Votre Majesté a raison, mais....> — ' t Mais quoi? voudriez- vous que je res- » tasse ? » ^— t Sire, j avouerai à Votre Majesté que je ne la vois point partir sans effroi. » — € Au fait, le cRemin est difficile, mais un bon » vent et la fortune....;. » — «La fortune! ah! Sire, elle nest plus pour nous; d'ailleurs, où Votre Majesté ira-t-ellc? » -^ « J'irai aux » Etats-Unis. L'on m6 donnera des terres ou » j'en achèterai , et nous les cultiverons. Je fi- »nirai par où Khoitime a commencé : je "vivrai »du produit de mes chaiiips et de'mes trou- > peaux. » ^ — t €'est très-bien , Sire; mais croyez-vous que les Anglais votïs laisseront en

Pont conduite au tombeau. Qu*on me pardonne ces détails «t cette notew

MiMOIRES. ^79

pdix cultiver^ vos champs? » — c Pourquoi »non? quel raal pourraî-je leur faire? » — « Quel mal y Sire! Votre Majesté a-t-elle donc oublié quelle a fait trembler TAnglelerre?

Tant que vous vivrez. Sire, ou que vous serez libre, elle redoutera les effets de votre haine et de voire génie. Vous^étiez peut-être moins dangereux pour elle sur le trône dégradé de Louis XVIII, que vous ne le seriez aux Etats- Unis. Les Américains vous aiment et vous admirent ; vous exerceriez sur eux une grande influence, et vous les porteriez peut-êti;^ à des entreprises fatales à TAngleterre. » — « Quel- »les entreprises? les Anglais savent bien que

• les Américains se feraient tous tuer pour, la 9 défense du sol national, mais qu'ils n'ai- » ment point à faire la guerre hors de chez » eux. Ils ne sont pas encore arrivés au point » d'inquiéter sérieusement les Anglais; un jour^

• peut-être, ils seront les vengeurs des mers;

• mais cette époque, que j'aurais pu rappro-

• cher, est maintenant éloignée : les Améri-

• cains ne grandissent que lentement. » — tf En admettant que les Américains ne puissent , en ce moment , donner des inquiétudes sérieuses à l'Angleterre, votre présence aux Etats-Unis lui fournirait du moins l'occasion d'ameuter TEurope contre eux. Les coalisés

a8o HEM0I&ES4

regarderont leur ouvrage comme imparfait, tant que vous ne serez point en leur posses-» sion, et ils forceront les Américains, sinon à vous livrer ^ du moins à vous éloigner de leur territoire. » -^ « Hé bien ! j'irai au Mexique^ » Jy trouverai des patriotes, et je me mettrai » à leur tétp. » — <c Voire Majesté publie qu'ils ont déjà des chefs ; on fait les révolutions pour soi et non pour les autres; et les. chefs des indépendans se déferaient de Votre Majesté ou la forceraient de cbercher ailleurs...... » — « Hé bien! je les laisseraWà et

» j'irai a Carraccas; si je nç m'y trouve pas » bien, j'irai à Buénos-Ayres ; j'irai dans la » Californie; j'irai enfin de mer en mer^ jus-!? j> qu'à ce que je trouve un asile contre la maU » faisaoce et la persécution des hommes. »— r « En supposant que Votre Majesté parle sé-^ ^ieusement^ peut-elle raisonnablement se flatter d'échapper continuellement aux embûches et aux. flottes des Anglais.» — « Si je ne puis

• leur échapper, ils me prendront; leurgou^

* vernement ne vaut rien , mais la nation est «grande, noble et généreuse; ils me traite- », ront comme je dois l'être. Au fond , que vou- » drîez-vous que je fisse ? voulez*vous que je » me Caisse prendre ici comme un* sot , par » Wellingtob, et que je lui do^ne le plaisir dr

HÉUOIRES. â8l

^me. promener en triomphe comme le rot f Jean dans les rues de Londres? je n'ai qu'un

> parti à prendre , puisqu'on refuse mes ser^

> vices 9 c'est de partir. Les destins feront le » reste. » — t M en est encore un , Sire; et j'o- » serai vous le soumettre. Votre Majesté n'est point faite pour se sauver. » — t Qu'appelezi> vous, me dît Napoléon avec un regard fier » et courroucé » où voyez-vous que je me » sauve ? »... t Je supplie Votre Majesté de ne point s'arrêter à cette expression. » — c Conti- « nuez y continuez. > -r^ c Je pense donc , Sire, que Votre Majesté ne doit pas quitter ainsi la France , d'abord pour sa sûreté et ensuite pour sa gloire. Les Anglais sont instruits que vous avez le dessein de passer aux Etats-Unis , et dé)à sans doute leurs croiseurâ fourmillent sur nos côtes. Ce n'est point tout; Votre Majesté comiait la haine et la perfidie du duc d*0^ trante ; et, qui peut répondre si des ordres secrets n'ont point été donnés pour entraver votre départ , ou retarder la marche des bâtimens , afin de vous faire capturer par les Anglais ! Je regarde donc comme impossible, que Votre Majesté puisse leur échapper, et si elle leur échappe , qu elle ne finisse tôt ou tard par tomber entre leurs mains. Dans celte perplexité , il faut du moins chercher à succom-

ber le plus dignement possible. » — « Où vou- >lez-¥Ous en venir, me dit Ncfpoléon avec hu- » meur, pensant que je voulais lui proposer le » suicide: Je sais que je pourrais me dire corn- » me Annibal , délivrons-les de la terreur que 9 mon nom leur inspire; n(iais il faut laisser le » suicide aux âmes mal trempées et aux cer- » veaux malades. Quelle que soit ma destinée ^ »je n'avancerai jamais n^a fin dernière » d'un seul mom,enU » — « Ce n'est point cela que je prétends , Sire ; et puisque Votre Majesté daigne m'écouter , à sa place je renoncerais à lespoir chimérique de trouver u» asile à rétranger ; et je dirais a«x chambres : « J'ai » abdiqué pour 4ésarmer nos ennemis , j ap- » prends qu'ils ne sont point satisfaits; s'il leur » faut encore ma liberté ou ma vie, je la- leur » abandonne ; je suis prêt à me remettre entre » leurs mains , heureux à ce prix de pouvoir » sauver la France, et mon filsl t Qu'il serait beau , m'écriai-je , de voir Napoléon le Grand, après avoir déposé cette couronne placée sur sa tête après vingt années de victoires , venir s'offrir en sacrifice pour racheter l'indépendance de la patrie. » — t Oui , oui , me dit Naspoléon^ ce dévouement serait fort beau ; » mais une nation de trente millions d'ânaes » qui le souffrirait, serait à jamais déshonorée*

» A qui me rendrai-je d'ailleurs: à Blucfaer*, à

• Wellington? ils n'ont pas le pouvoir néces- » saire pour traiter avec moi à de pareilles » conditions. Ils commenceraient par me pren* » dre, et feraient ensuite de la France et de

• moi^ ce qui leur passerait par la tête. > — « Je me rendrais , Sire , à TEmpereur Alexandre. » — • Alexandre !! vous ne connaissez pas »les Russes. Cela nous coûterait la vie a tous » les deux. Cependant votre idée mérite d être » méditée; j'y réfléchirai. Avant de prendrcuri » parti sans remède , il faut y regarder à deux

• fois; le sacrifice de ma personne ne serait » rien pour moi ; mais peut-être serait-il per- *du pour la France. Il ne fatit {aniaîs se con-

• fîeràla foi d'un ennemi. V \^ 'V «^i Maret et

• Lavalette sont là , et faites-les \ 'î)ir. »

Tout ce qui porte Fempreinte ile la grandeur d'âme 'me sédtiit et me transporte. J'a- Toue que mon imagination s'était enflammée à l'aspect de Napoléon se dévouant généreusement pour la France et pour son fils. Mais cette réponse de Napoléon : « Une nation de » trente millions d'hommes qui souffrirait ce » sacrifice , serait à jamais déshonorée ; cette réponse , dis-je , que je n'avais point prévue ^ dissipa mon enchantement.

En sortant du cabinet^ je fus arrêté pnr le

a 84 MEMOIRES.

duc de Rovigo qui me dit : c Vous ayez cauêéi bien long-tems avec TEmpeFeur ; y auraitil quelque chose de nouveau? > — < JVon, lut répondis-je , nous avons parié de son départ; > et je lui rapportai notre conversation, c Vous lui avez donné le conseil d*un homme de cœur , me répondit-il ; mais il en est un que je lui ai donné et que je crois nililleiq:. encore; c'est de se faire tuer avefb nous sous les murs de Paris. Il ne le fera point, parce que Fouché ne lui en laissera pas les moyens, et qu'ensuite une peur de tout compromettre s'estem-^ parée de lui. Il doit partir cette nuit« Dieu sait où nous irons; mais n'importe ^ je le suivrai. Avant tout je \e\ix le savoir hors de danger ; il vaut d'ailleurs mieux courir les aventures avec lui que de rester ici. Fouché croit qu'il s'en tirera ; il se trompe ; il sera pendu comme les autres , et il l'aura mieux mérité: la France çst abîmée ) est perdue ! Je voudrais être mort. »

Pendant que je m'entretenais avec le duc de Rovigo, Napoléon discutait la propositiouque j'avais osé lui soumettre. Plusieurs fois il fut sur le poiat de l'adopter, et toujours il en revint à son idée dominante , qu'un tel sacrifice était indigne d'une grande nation, et que 1^ France probablcaient n'eu retirerait pas

MiMOlRESé â85

()lùs de fruit qu'elle n'en avait retiré de son abdication. Tout considéré » Napoléon résolut donc de confier son sort au vent et â ia for" tune. Mais la commission, prévenue par une dépêche de nos plénipotentiaires que )e transcris plus loin , que l'évasion de Napoléon , avant l'issue des négociations , serait regardée par les alliés comme un acte de mauvaise foi de notre part , et compromettrait le salut de la France ; la commission lui fit déclarer que des circonstances politiques imprévues la forçaient de subordonner de nouveau son départ à l'arrivée des sauf conduits. Napoléon fut donc obligé de rester.

Je revins à Paris; j'appris que l'ennemi avait fait d'immenses progrès; et selon ma coutume , je voulus m'échapper pour aller en prévenir Napoléon. Les barrières étaient strictement fermées; on n^en sortait plus sans permission. Je tentai d'en obtenir une. Le dqc d'Otrante me répondit que ma présence était nécessaire au cabinet , et il me fut ordonné d'y rester. Je sus qu'un nommé Chailvîn qui devait partir avec l'Empereur , se rendait à la IVfalmaisdn. Je courus lui exprimer ce qui se passait, et le chargeai d'en informer le comte Bertrand. Au même moment M. G. D. (i) ap--

(x) Détails commuiiiqués.

pril, je nes^is comment 5 que les Prussiens se proposaient d'enlever l'Ëmpereiir; que Blucher avait dit : ^sije puis attraper Bonaparte j je ie ferai pendre à la tête de mes colonnes ; » et que Wellington s était fortement opposé à ce lâche et criminel dessein. M. G. D. s'empressa de faire transmettre cet avis à Napoléon; et bientôt après il trouva le moyen, à la faveur de son emploi dans la garde nationale, de se rendre en personne à la Malmaison. Napoléon lui fit répéter avec détail tout ce qu'il savait; quand il connut la position des Prussiens il la mit sur sa carte ( 1 ) , et dit en riant : « Ah, ah, » je me suis en effet laissé tourner;» il chargea un officier d'ordonnance de s'assurer si les ponts de Bezons et du Peck avaient été coupés. Il sut que ce dernier ne l'était point : « Je l'avais » cependant demandé : cela ne m'étonne point » L'Empereur alors fît faire quelques dispositions pour se mettre à l'abri d'une surprise; mais ces précautions étaient superflues ; il avait trouvé , sans l'invoquer, 'dans le dévouement de ses anciens compagnons d'armes , un rempart inviolable contre les entreprises des ennemis. Les soldats , les officiers , les gêné- ' ' ' ^— ^— ^- ■ ■ ■ - - , Il . 1 1

(i) C*es(*à-dire , marqua arec^des épingles les positions des enaemis.

raux , placés dans la direction de la Malniaison , le firent assurer qu'ils veilleraient sur lut , et qu'ils étaient prêts à verser pour sa défense jusqu'à la dernière goutte de leur sang. L'un des commandans des lanciers rouges de la garde, le jeune de Brock^ se fit remarquer particulièrement par son zèle infatigable.

Le projet de Blucher et la proximité de nos troupes du lieu^ù se trouvait détenu Napoléon, jetèrent la commission dans les plus vives alarmes.

Elle avait à craindre à la fois , que Napoléon y ému* par le bruit des armes et les acclamations de ses fidèles soldats, ne pût surmonter l'envie de venir se battre à leur tête ; que l'armée , toujours idolâtre de son ancien général ^ ne fut l'arracher à son repos et le forcer de la conduire à l'ennemi; ou , enfin , que l'ennemi luimême ne parvint à s'emparer de sa personne par stirprise ou par force.

L'éloignement de l'Empereur pouvait terminer d'un seul coup cet état d'anxiété ; mais la dépêche des plénipotentiaires était là; et la commission , retenue par la crainte d'indisposer les alliés , n'osait autoriser ni contraindre Napoléon k s'éloigner.

Sur ces entrefaites, le duc de Wellington prévint M. Bignon^ qu'il n'avait aucune auto-

5l88 lilEMOtRES.

rite de son goiiveraeine^t pour donner JiiH^ réponse quelconque sur la demande d'uu passeport et sauf-conduit pour Napoléon Bo^ nap^rte.

]\ ayant plus de prétexte plausible pour le retenir, et ne voulant point prendre sur elld la honte et la responsabilité des éTéneniens , )a commission n'hésita plus sur le parti qui lui restait à prendre : elle» chargea le duc Decrès et le comte Boulay de se rendre immédiatement près de rËmpereur ( il était troii heures et demie du matin ) , de lui exposer quet lord Wellingtoa avait refusé les sauf-conduits, et de lui notifier llnjonction de partir sur-lechamp.

L'Empereur reçut cette communication sans s'émouvoir, et promit de s éloigner dans la journée» .

L ordre fut aussitôt donné au général Béker de ne point permettre qu'il revint sur seé pas ; au préfet de la Charente-inférieure, de l'empêcher, autant que possible, de séjourner à Rochefort^ au commandant de la marine de ne point lui laisser remettre le pied à terre du moment où il serait embarqué ^ etc. etc. etc.

Jamais criminel ne fut entouré de précautions plus mullipliée9 et en même tems plus mutiles.

^i Na]pôléon , ^u lieu de céder à la crainte de compromettre Tindépendance et rexis-^tence de la nation , eut voulu refaire un second 20 mars , ni les instructions du général Béker, ni les menaces du maréchal Davoust^ ni les intrigues de M. Fouché , ne l'en eussent empêché; il lui aurait suflBi de paraître. Le peuple, Far méev l'auraient reçu avec enthou-»* siasme; et aucun de ses ennemis (le prince d'Ëckmuhl le premier ) n eût osé lever les yeux et contrarier son triomphe^

Les momens qui précédèrent soin départ fureût on ne peut plus touchans; il s'entre-^» tint 5 avec le peu d amis qui ne l'avaient point abandonné 9 des grandes vicisjsitudes de la fortuné. Il déplora les maut que leur .dévouement à sa personne et à sa dynastie allait accumuler sur leurs têtes ^ et leur recommanda d opposer la force de leur âme et la pureté de leur conscience, aux persécutions de leurs ennemis. Le sort de la France ( qui pourrait en douter 1!!) fut aussi l'objet de son inquiète et tendre scdlicitude; il fit des vteux ardens. pour son repos ^ son bonheur et sa prospérité»

Lorsqu'on vint lui annoncer que tout était préparé, il pressa affectueusement dans ses bras la princesse Hortejase , embrassa tendre- Té ir» i^^

2ijo ifiMOiiif:^*

ment ses amis fondant en larmes , et leuE te^ commanda de nouveau l'union ^ le courage et la résignation. Sa contenance était ferme, sa voix calme, ses traits sereins; pas une plain^ te 9 pas un reproche ne s'échappèrent de son cœur !

Lcviig juin, à cinq heures du soir, il s'é-»

lança dans une voiture préparée pour sa suite, et fit monter, dans celle qui lui était desti-> née , le général Gourgaud et ses officiers d'ordonnance* Ses regards se reportèrent plusieurs fois vers, cette dernière demeure, si long-tems témoin de son bonheur et de sa puissance. Il pensait, sans doute^ qu'il ne la reverrait plus î

Il avait demandé qu'on mit, à sa disposi* tion, un aviso > et que son conroi fût commandé par le contre-amiral Violette. La cornmission, qui, dans tous ses rapports avec l'Empereur, ne cessa point de lui témoigner les égards les plus respectueux, s'empressa de déférer à cette demande. L'amiral Violette étant absent , il fut convenu qu'on remettrait le commandement au plus ancien capitaine des deux frégates , et voici les instruction» qui lui furent données.

MEidoiRES. agi

instructions pour (es Capitpinas Philibert, commandant la Saaie , et Poncé > cc^mmandant la Méduse.

Les deax frégates sont destinées à porter celai qui na«

guères était notre Empereur, aux Étais-Unis d^Amé*

riquè.

Il is^emBairquera sûr ia Saaie , avec telles personnes

de Isa Suite quMl désignera. Les autres seront embarquées sur la Méduse,

Leis bagages seront répartis sur lés deux frégates , ainsi qu'il Tor^onnera.

Si y soit avant le départ > soif dans la traversée » la Méduse était reconnue beaucoup meilleure marcheuse que Xx Saàte , il s'embarquera sur Jii Méàvstf «t les capitainèii Philibert et Poncé changeraient de comman* dément.

Le plus grand secret doit être gardé sur rembarquement qui doit se faire par les soins du préfet maritime , ainsi que sur la personne ârbord.'

Napoléon vt>yage initr^iib^ et il fera connaître lui * mième le^trie et lé nèm sotis^ lesquels il vent être appelé.

Aas^itét après son embarquement, toute coihmupi« eatioti doit cesser avec la terre

Les commândails des frégates , les officiers et les équipages , trouveront dans leurs cœurs qu'ils doivent traiter sa personne avec tous les égards ei le respect dus à sa situation et à la côuronnne qu'il a portée.

A bord , les plus grands honneurs loi seront rendus^

2Q2 ùtuotath

à moins qu il ne s'y refase. 11 disposera de rimérietrt'^ âes frégates pour se» logemens^ selon sa plus grande commodité , sans naire aux moyens de leur défense^ Sa table et son service personnel auront lien, comme il Fordonnera.

On disposera , ef le préfet en a reçu Tordre , loac ce qui peut contribuer aux commodités de son voyage, sans regarder à |a dépense.

Il sera envoyé à bord ^ par le préfet , autant d'approvisionnemeosipoor lui et sa suiti^, que le comporte le secret impénétrable à observer sur son séjour et so» embarquement à bord.

Napoléon étant embarqué , les frégates devront appareiller dans les vingt-quatre heures au plus tard ^ si tes vents le pet'mctteBt^ et si les croisières ennemie» ne s'opposent pas a» départe

On nef resterai vingl^nalre* heures en rade^ afrès l^mbarquement de Napoléon , qu'autant qu'il le désirerait f car il est important de partir le plus tôt pos^ sible^

Les frégates se porteront le pluf rapi4enDiieiit possible aux Etats - Unis d'Amérique^ et elles débar^ queront Napoléon et sa svlte, soit à PhiUdelphie, sek à Boston , soit dans tel aiHre port des £tatSr]Unis qu'il serait plus prompt et plus facile d'atteindre.

Il est défendu atnc commaftdans de» dem frégates, de s'engager dans les rades dont leur sortie devien-^ draient lente et difficile. Elles ae sont autorisées à le faire , que dans le cas oà cela serait nécessaire pouF le salut : du bâtiment.

On évitera tous les bâtimens de guerre qu^oa pourrait rencontrer; si Ton est obligé de combattre des

MÉMOIRES. 2g5

forces supérieures 9 la frégate sur laquelle «e sera pas embarqué Napoléon se sacrifiera fo^r retenir Ten^ nemi, et pour donner k celle sur laquelle il se trouvera le moyen de s'échapper.

Je n'ai pas besoin de rappeler que les chambres et le gouvernement ont mis la personne de Napoléon 30US la sauve-garde de la loyauté Française.

Une fois arrivé aux Etats-Unis, le débarquement devra se faire avec toute ia célérité possible et sous quelque prétexte que ce soit, à moins que les frégates nVn soient empêchées par des forces supérieures; elles ne pojirront y rester plus de vingt-quatre heures, et ellei^ devront immédiatement faire leur retour en France.

Les lois et réglemens sqr la police des vaisseaux à la mer et sur la subordination militaire des personnes embarquées comme passagers à Tégard des commandans de ces batimens , seront obs^rv^es dans toute leur rigueur.

Je recommande aux sentimens que les capitaines ont 4e leurs devoirs , ainsi qu'à leur délicatesse , tous les objets qui pourraient n'être pas prévus par ces présentes* • •

Je n'ai rien à ajouter à ce que fai dit précédemment , que la personne de Napoléon est mise sous la sauve-garde de la loyauté du. peuple Français , et ce dépôt est confié spécialement, dans cette circonstance, aux capitaines de la Saale et de la Méduse, et aux of*ficiers et équipages de ces deux batimens

Tels sont les ordres que la con^mission du gouvernement m'a chargé de transmettre aux capitaines Philibert et Poncé. (Signé) Le duc DECnÈs.

j|()4 MEMOIRES.

La commisHon , par un message du sg juia, mstniisit les deux chambres que l'approche de lennemi et la crainte d un mouvement à rintérieur , lui avaient imposé le devoir sacré de faire partir Napoléon.

La manière dont ce message était conçu , donnait à entendre que TEmpereur avait montré de la résistance.' M. de Lavalette inter-. pella le duc Decrès d'expliquer les l^its; et Ton sut alors que l'Empereur n'avait point hésité un seul instant à se dévouer au sort que lui imposait son abdication , et que , s'i} n'était point parti, c'est que la commission avait jugé convenable de différer son départ jusqu'à l'arrivée des sauf-conduits demandés.

L'Empereur avait d'abord manifesté l'intenlion de ne point s'arrêter en route; arrivé ^ Rambouillet, il descendit de voiture et déclara qu'il passerait la nuit au château. Il fit écrire^ par le grand maréchal, à l'administrateur du mobilier de la couronne , pour demander qu'on dirigeât sur Rochefort , où ils seraient embarqués , les meubles et couchages nécessaires pour garnir sept à huit appartemens de maîtres. Précédemment, il avait réclamé la bibliothèque du Petit Trianon , 1'/çonographie grecque de M. de Visconli , et ^n exemplaire du bel ouvrage de l'Institua

d'Egypte. La faculté d'associer les plus graves pensées aux idées les plus simples , les occu-* pations les plus vastes aux soins les plus minutieux, était un des traits distinctifs du ca^ ractère de Napoléon.

A la pointe du jour il reçut un courrier de M. de**** ; il lut ses dépêches , et dît au général Beker , en élevant au ciel des regards contristes : « C'est fini ! c'en est fait de la France ! ;i partons! »

n fut accueilli , sur son passage , par les plus vifs témoignages d'intérêt et de dévouement ; mais rien ne put égaler les transports que fi-« rent éclater à sa vue les troupes et les habitans de la ville de Niort. Il recommanda au général Béker d'en instruire le gouvernement. « Dites- >lui, général, qu'il connaît mal l'esprit de la » France ; qu'il s'est trop pressé de m'éloigner ;

• que s'il avait accepté ma proposition, les af- » faires auraient changé de face ; que je pour- »raÎ8 encore, au nom de ia nation, exercer > une grande influence dans la direction des

• affaires politiques , en appuyant les négocîa-

• tions du gouvernement, par une armée à «laquelle mon nom aurait servi de point de

• ralliement. >

Le général se mit en devoir de transniellre à la commission les paroles de l'Empereur. Au

9q6 umoiKEê.

moment où il terminait sa dépéebe , on apprît qu'une forte canonnade ayait été entendue le 5o* L'Empereur fit $ui;-lenchamp ajouter le post-scviptutn suivant , que le général écrivis sous sa dictée : c Nous espérons que l'ennemi ^ vous donijiera le tems de couvrir Paris et de » volir {'issue des. ^égQçiatiQns. l^i , 4^ns cette

• situation^ la. c^oisièrç anglais^ arrête le dé-r

• part dpTEippereur, vous pourrez ^isposeï; > de lui comme soldat. »

. L'Empereur continua sa route , çt son voyage dç Njiort à Rochefoift n'offrant aucun incident rematrquable , je me résous , quoique 9 regret , à perdre uiji moment de vue cette auguste victime , pour reyeE^ii^ au gouverne^ ment qui lui avait succédé.

Le gouvernement , pénétré de l'importancç de sa mission , n'^yajt point cessé , depuis sa création^ d'employer tous ses efforts à justifier la confiance des chambres. Sa politique tout à découvert, se i^enferms^it dans ce pe\i de mots; Point de gwrre, point de Bourbons;, «t il était doiiblement résolu s^ faire aux alliés toutes lesx<>ncessions nécessaires ppur obteT Eiir une paix conformée au vœu national , ou 4 leur opposer une résistance inflexible, s'il^ voulaient attenter à l'indépendance de la nation et lui donner nn souverain qui ne fût pas. 4e son choix.

Le duc d'Otrante , président de la commis^ iion , paraissait approuver , en conseil et en public * les principes et les résolutions de ses collègues. En particulier , c était autre chose : dévoué en apparence à tous les partis, il les flattait et les abusait tour-à-tour par de fauxépanchemens, de chimériques espérances. 1,1 parlait de liberté aux républicains , de gloire et de Napoléon II aux Bonapartistes, de légitimité aux amis du Roi ^ de garanties et de paix |[énérale aux partisans du duc d'Orléans, et parvenait ainsi à se ménager de tous les côtés, en cas de besoin, des appuis et des chances favorables (1). Les hommes familiers avec son allure, n'étaient point dupes de ses artifices 5 et cherchaient à les dévoiler: mais sa conduite (ipparente était tellement inattaquable, que l'on regardait leurs avertissemens comme le fruit de préventions personnelles ou d'injustes soupçons.

On s'accordait d'ailleurs à reconnaître que le sort de la France dépendait des négociations avec les étrangers; et l'on espérait que les plénipotentiaires , et particulièrement MM. d'Ar-

(i) L*Empereur instruit des manœuvres de M. Fouch^, dil : « il est toujours le même , toujours prêt à mettre son pied « dans le soulier de tout le monde. » '

âgS MÉMOIRES,

genson et Lafayette , dont les principes étaient invariables, rendraient impossible toute es-' pèce de surprise et de trahison.

Ces plénipotentiaires avaient quitté Paris le a 5 juin. Leurs instructions étaient ainsi conçues :

Instructions pour Messieurs les Piénipotentiaires de ia commission du Gouver^ nement, au/près des Puissances Alliées.

Paris ,1e a3 juin 181 5.

L'objet de la mission de messieurs les plénîpoten« tiaires chargés de se rendre auprès des souverains alliés % n'a plus besoin d'être développé. Ilest dans leurs cœurs comme dans tous les cœurs Français ; il s^agît de sauver la patrie.

Le salut de la patrie est attaché à deux questions essentielles : l'indépendance nationale et Tintégralité de notre territoire.

L'indépendance nationale ne peut être complète 1 qu'autant que les principes constitutifs de Torganisalion actuelle de la France , soient à l'abri de toute atteinte étrangère. L'un des principes de cette organisation est rhérédité du trône dans la famille impériale. L'Empereur ayant abdiqué \ sts droits soiit' dévolus à son fils. Les puissances ne peuvent porter la moindre atteinte à ce principe d'hérédité établi par nos constitutions y sans violer notre indépendance.

La déclaration du iS, et le traité du aS mars, ont reçu une importante modification par l'article inter-»

prétâtif que le cabinet Britannique a joint à la ratifia cation de ce traité ; article par lequel ce cabinet annonce qi£U tierdend point poursuivre la guerre , dans Vinfeniion d'imposer à la France un gouoernemeni particulier. Cette modification a ëté adoptée par les alliés ; elle a été consacrée par la lettre de lord Clancarty, du 6 mai, à la rédaction de laquelle tous les autres plénipotentiaires ont donné leur assentiment ; elle a été consacrée par une note du prince de Metternich , en date du 9 , et enfin par la déclaration des puissances, en 4ate du la du même niois.

C'est ce grand principe reconnu par les puissances, que messieurs les plénipotentiaires doivent sur-tout in- Toqper.

On ne peut se dissimuler qu'il est fort à craindre que les puissances ne se croient plus liées aujour* d'hui par les déclarations qu'elles ont faites avant le commencement des hostilités. Elles ne manqueront pas d'objecter, que si, avant la guerre, elles ont établi une distinction entre la nation et TEmpereur, cette distinction n'existe plus , lorsque la nation , en réunis* sant toutes ses forces dans les mains de ce prince , a uni de fait sa destinée â la sienne ; que si , avant la guerre , elles étaient sincères dans, l'intention de ne point se mêler des affaires intérieures de la France , elles sont forcées de s'en mêler aujourd'hui , précisément pour prévenir tout retour semblable de guerre e| assurer le repos de l'avenir.

11 serait superflu d'indiquer à messieurs les plénipotentiaires les réponses qui peuvent être faites à ces objections ; ils en puiseront la meilleure réfuiatlon dans ^es sentimens de l'honneur national , qui , après que la

nation entière s^étalt ralliée à TEmperear , a dA combattre avec lai et pour lui ,' et qui ne pourrait s^enséparer qu'autant qu'an acte tel que celui d'une abdication , viendrait rompre les liens de là nation et de son souverain : il leur sera facile de démontrer que , si ce devoir sacré de l'honneur a forcé la nation Française à la guerre pour sa propre défense jointe à celle du chef qu'on voulait lui enlever , l'abdication de ce chef replace la nation dans l'état de paix avec toutes les puissances , puisque c'était ce chef seul qu'elles voulaient renverser ; que si la déclaration fiiite par les puissances, de |ie pas prétendre imposera la france an gouvernement particulier , était franche et sincère , celte sincérité et celte franchise devraient se manifes^. ter aujourd'hui par leur respect pour l'indépendance nationale lorsque les circonstances nouvelles ont fait disparaître le seul grief dont elles sç crussent autorisées à se plaindre.

Il est une objection d^une nature pliis grave , et que les puissances pourraient mettre en avant , si elles sont déterminées à profiter de tous les avantages que heur situation militaire semble leur offrir. Celte objection serait celle qui tendrait à refuser de reconnaître ta commission du gouvernement, et les plénipotîentaîres et les actes de la représentation nationale, comn^e étant le résultat d'un ordre de choses qui ne serait pas légal à leurs yeux, attendu qu'elles ont constamment refusé de reconnaître le principe. Cette objection, si elle était fortement articulée et que les puissances ne voulussent point s'en désister, laisserait peu de jour à la possibilité d'un accommodement. Cependant , messieurs les plénipotentiaires ne négligeraient sans Jtoute

IlEMOIltES. . Soi

tkutuB effort pour combattre de pareilles objections , et ils ne manqueraient point de raisonnemens poar les combattre avec succès^ sur-tout envers le gouvernement Britannique ^ dont la dynastie actuelle ne règne qu en vertu des principes dont nous sommes à notre tour dans le cas d'invoquer Papplication.

Peut-^étre- encore , sans méconnaître Tindépendance de la nation Française i les souverains alliés s'attacheront à déclarer qu'il n'est p^s constant pour eux que le vœu de la nation soit bien le vœu qui est exprimé par le gouvernement et même par les chambres ; qu^ ainsi pour connaître le véritable vœu de la njition , elles doivent commencer par rétablir tout ce qni existait avant le mois de mars i8i5,«auf à la nation h décider ensuite si elle doit garder son ancien gouvernement ou s'en donner un nouveau.

La réponse à ces objections se trouverait encore dans celle que faisait autrefois l'Angleterre elle-même, aux ennemis qui voulaient lui disputer le droit de changer de gouvernement et de dynastie. L'Angleterre ré-pondait alors : que le fait seul de la possession du pouvoir autorise les puissances étrangères à traiter avec celui qui en est revêtu. Ainsi , dans le cas où les autorités actuellement existantes en France ne seraient pas, comme elles le sont en effet, entourées de la légalité la plus complète , le refus de traiter avec elles ne pourrait être appuyé sur aucun raisonnement solide. Ce serait déclarer que l'on veut essayer jusqu'où l'on pourrait porter les prétentions de la force , et annoncer à la France qu'il n'y a point de salut pour elle , que dans les ressources du désepoir.

£afin| il est une chance moins fâcheuse que nous de^^

5o!È mImoire^;

vons aussi prévoir : c^est que les puissances, fidèleU du moins en partie à leur déclaration, n'insistent point absolument pour imposer à la France la famille des Bourbons ; mais qu'elles exigent d'un autre cAté Texclusion du fils de TEmperenr Napoléon, sons prétexte qu'une longue minorité pourrait donner lieu , ou h im dangereux déploiement de vues ambitieuses de la part ies principaux membres de Tautorité en France, ou i des agitations intérieures dont le contre-coup se ferait sentir an-debors. Si la question en était venue à ce point-là, messieurs les plénipotentiaires trouveraient dans les principes dé l'objection , le principe même dé la réponse , puisque la répartition du pouvoir entre les mains d'un conseil rend ordinairement l'autorité plus faible , puisque la minorité du prince est toujours pour un gouvernement une époque dé mollesse et de langueur. Ils la trouveraient sar-tout dans l'esprit actuel de la nation Française , dans le besoin qu'elle a d'une longue paix, dansTeffroi que doit lui inspirer l'idée de la continuation on du renouvela lement de la guerre, dans les entraves qui seront mises par des lois constitutionnelles aux passions des membres du gouvernement. Quelle que soit d'ailleurs son organisation , ils trouveront dans toutes ces circonstances, et dans mille autres encore , des raisons très-valables à opposer à celles qu'on alléguerait contre le maintien des principes de l'hérédité dans la dynastie de l'Empereur Napoléon.

Le premier , est le plus solide gage que les alliés puissent donner à la nation Française de leur intention de respecter son indépendance , et de renoncer sans réserve à tout projet de la soumettre dé nouveau

nÊMoiacs. 5o5

ftu goiiyernemenl de la famille desBoarbons. Les puissances alliées doivent maintenant être elles-mêmes bieii convaincaes qae le rétablissement de cette famille est incompatible avec le repos général de la France, et par conséquent avec le repos de FEorope* Si , c'est comme elles Tannoncent , an ordre stable qu^elles vealcnt rendre à la France et aux autres nations , le but serait manqué entièrement. Le retour d'une famille étrangère à nos mœurs , et toujours entourée d'bommes qui ont cessé d^étre Français , rallumerait une seconde fois au milieu de nous toutes le$ passions et toutes les haines ; et ce serait une illusion que d^ espérer faire sortir un ordre stable du sein de tant d^élémens de discordes et de troubles. L'exclusion de la famille des Bourbons est ainsi une condition absolue du maintien de la tranquillité générale ; et c'est dans Tintérét commun de l'Europe , Comme dans rintérét particulier de la France» l'un des points aux-, quels doivent tenir le plus fortement messieurs les plénipotentiaires.

La question de l'intégralité du territoire de la France, se lie intimement k celle de son indépendance. Si la guerre déclarée par les puissances alliées h T Empereur Napoléon , n'était en effet déclarée qu'à lui seul, l'intégralité de notre territoire n'est point menacée. Il importe à l'équilibre général que la France conserve aii moins les limites que le traité de Paris lui a assignées. Ce que les cabinets étrangers ont eux-mêmes regardé comme convenable et nécessaire en i8i4 , ils ne peuvent pas le voir d'un autre œil en i8i5. Quel prétexte pourrait aujourd'hui justifier de la part des puissances le démembrement du territoire Fran-

^Y>4 MÉMOiRfeSi

çaisi^ Toat est changé dans le système de TEuropë $ tout au profit de TAngleterre , de la Russie , de TAntrîthe et de la Prusse , tout au détriment de la France* La nation Française n'en est point jalouse j mais elle se veut être ni assujétîe ni démembrée*

Deux objets principaux seront ainsi le but des efforts de messieurs les plénipotentiaires , le maintien de rindépendance nationale, et la conseryation de f intégralité du territoire Français.

Ces deux questions sont enchaînées Piine k Fautre et indépendantes entre elles; on ne saurait les diviser , et admettre des modifications sur Tune des deux > sans compromettre le salut de la patrie.

Que s'il était fait, par les puissances étrangères, des propositions qui puissent se concilier avec nos plus chers intérêts^ et qui nous fussent offertes comme dernier moyen .de salut , messieurs les plénipotentiaires , en s'abstenant d'émettre une opinion prématurée, s'empresseront d'en rendre compte et de demander les ordres du gouçernemenL

Quelles que soient les dispositions des puissances étrangères , soit qu'elles reconnaissent les deux principes qui sont indiqués à messieurs les plénipotentiaires comme base de leur mission , soit que les négociations amènent d'autres explications de nature à entraîner quelques détails ; il est très-important^ dans l'une et l'autre hypothèse , qu'un armistice général soit préalablement établi : le .premier soin de messieurs les plénipotentiaires devra être , en conséquence , d'en faire la demande , et d'insister sur sa prompte conclusion.

U est un devoir sacré que ne peut pas oublier la na-

MÉMOIRES. 5o5

lîon Française ; c^est de stipuler la sdreU et rin^îolahlUa dt r Empereur Napoléon hors de son territoire; c'est ane dette d'honneur que la nation éprouve le besoin d'acquîtier envers le prince , qui long-tems la couvrit de gloire , et qui , dans ses malheurs , renonce au trône pour qu'elle puisse être sauvée sans lui , puisqu'il paraît qu'elle ne peut plus l'être avec lui.

Le choix du lieu où devra se retirer l'Empereur , pourra être un sujet de discussion. Messieurs les plénipotentiaires en appelleront à la générosité personnelle des souverains, pour obtenir la fixation d'une résidence dont l'Empereur ait lieu d'êlre satisfait.

Indépendamment des considérations générales que messieurs les plénipotentiaires auront à faire valoir envers tous les souverains alliés indistinctement , ils jugeront d'eux-mêmes la diversité des raisonnemens dont ils auront à faire usage séparément auprès des divers cabinets.

Les intérêts de l'Angleterre, de l'Autriche, de la Russie et de la Prusse, n'étant pas les mêmes, c'est sons deis points de vue différens , qu'il conviendra de faire envisager à chacun de ces cabinets les avantages que peut leur présenter respectivement le nouvel ordre de choses qui vient de s'établir en France. Toutes les puissances y trouveront la garantie de la conservation de ce qu'elles possèdent, soit en territoire , soit en influence ; avec ces avantages généraux , quelques-unes doivent rencontrer encore des avantages particuliers.

L'Âtttriche pourrait bien ne pas voir avec plaisir le rétablissement sur le trône de France d'une branche, dé la dynastie des Bourbons , tandis qu'une autre

t. n« ao

3o6 MÉMOIRES*

branche de la même maison remonte sur le trône èë Kaples.

A cette circonstance , qui tient à la polilîque de ea-^ binet , il se peut qae l'affection de famille vienne en« core donner quelque appui ; il se peut que la tendresse de S» M. rSmpereur d'Autriche pour son petit-fils , le porte à ne pas l'enlerer aux grandes destinées qui lui sont offertes. Il se peut que le cabinet autrichien aperçoive dans ce lien de parenté , un moyen de fortifier sa cause de l'appui de la nation Française , et qu'effrayé de l'agrandissement de la Russie et de la Prusse, dont l'alliance lui pèse sans doute , il saisisse l'occasion d'un rapprochement utile avec la France , pour avoir en elle , au besoin , un puissant auxiliaire contre ces deux gouvernemens.

D^autres raisons se présenteraient pour ramener vers nous le cabinet de Pétersbourg. Les idées libérales que professe l'Empereur de Russie , autori-; sent auprès de san ministère et auprès de ce prince même , un langage que peu d'autres souverains seraient capables d'entendre. Il est permis de croire aussi que ce monarque ne porte personnellement qu'un bien faible intérêt h la famille des Bourbons, dont la conduite en général ne lui a pas été agréable. Il n'a pas eu beaucoup à se louer d'elle , lorsqu'il l'a vue professer une reconnaissance presque exclusive pour 1b Prince régent d'Angleterre. D -ailleurs le but de la Russie est atteint ; tous ses vœux de puissance et d'amour-propre sont également satisfaits. Tranquille pour long-tems et vainqueur sans avoir combattu, l'Empereur Alexandre peut rentrer avec orgueil dans $es états , et jouir d'un succès qui ne lui aura pas coûté

lliMOIRES« S07

Un seul homme. La continuation de la guerre avec la France serait maintenant pour lui une guerre sans objet. Elle serait contre tous les calculs d'une bonne politique 9 contre les intérêts de ses peuples. Messieurs les. plépipotentiaircs tireront parti de. ces circonstances et de beaucoup d'autres encore , pour tâcher de neutraliser une puissance aussi redoutable que la Rjissie. Celle des puissances continentales dont la France peut espérer le moins de ménagemens , c'est la cour de Berlin ; mais cette cour est celle dont les forces viennent de souffrir le plus violent échec ; et pour peu que laiVnssie et l'Autriche se prêtent à entrer en né* gociations\ la Prusse sera bien contrainte d'y accéder. On ne manquerait path non plus , même avec cette cour, de raisons d'un grand poids pour l'amener à des dispositions plus amicales, si elle voulait n'écouter, que ses intérêts véritables , et de tous les tems.

Messieurs les plénipotentiaires trouveront auprès des souverains alliés les plénipotentiaires britanniques; ce sera peut-être avec ces plénipotentiaires , que la négociation offrira le plus de difficultés. La question ^ à l'égard des alliés , n'est presque point une matière de discussion ; avec cette puissance, tous les raisonnemens, tous les principes sont poumons; tout consiste à savoir si la volonté ne sera pas indépendante de tous les principes, de tous les raisonnemens.

Les détails auxquels on vient de se livrer n'étaient, pas nécessaires sans doute , et messieurs les plénipotentiaires auraient trouvé euK-mêmes tout ce qui leur est indiqué ici. Mais ces indications peuvent n'être pa9 sans utilité , attendu que leur effet naturel sera de porter l'esprit de messieurs les plénipotentiaires sur des

3oS liiMOIRES.^

considérations plas graves et sur des motifs plus paîs-^ sans dont ils sauront se servir à propos , dans le grand intérêt de Fimportante et difficile mission dont ils sont chargés.

Messieurs les plénipotentiaires trouvèrent dans les rapports faits à VËmpereur par le duc de Vicence , les 13 avril et 7 juin derniers, ainsi que dans tes pièces justificatives qui accompagnent ces rapports , toutes les données dont ils peuvent avoir besoin pour bien ap^ précier notre situation à Tégard des puissances étrangères, et pour régler leur conduite avec les ministres decés diverses puissances.

Le â6 juin , les plénipotentiaires eurent une première entrevue avec deux oflSciers prussiens, délégués par le maréchal Blucher. Ils en rendirent compte à la commission dans la personne de M. Bignon , chargé du portefeuille des affaires étrangères, par la dépêche suivante:

Laon« le a6 fuin 181 5 »

10 heures du Mûr.

Monsieur le baron Bignon , Nous avons reçu la lettre que vous aous avez fait Phonneur de nous écrire hier aS, au sujet deTintention où est l'Empereur de se rendre avec ses frères aux États-Unis de PAmérique.

Nous venons enfin de recevoir nos passeports pour Jious rendre au quartier général des souverains alliés ^ qui doit se trouver à Heid^lberg ou à Manheim. Le prince de Schœnbargb,. aide-de-camp du maréchal

IIEMOIEES. Sogi

Blucher nous accompagne. La route de Metz est celle que noas allons suivre. Notre départ aura Heu dans une heure.

, Le maréchal Blucher nous a fait déclarer par le prince de Schœnburgh et le comte de Noslitz plus spécialeipent chargé de ses pouvoirs , que la France qe serait en aucune manière , gênée dans le choix de son gouvernement; mais dans l'armistice qu'il prqposait , // demandait , pour sûreté de son armée, les places de Metz^ de ThiowîUe , de Mezières , de Mauheuge , de Sarrelouis et autres. Il part du principe qu'il doit être nanti contre les efforts que pourrait tenter le parti qu'il suppose i l'Empereur, Nous avons combattu , par des raisons victorieuses , foute cette argumentation , sans.pouvoir parvenir à gagner du terrain; vous sentez , Monsieur , qu'il nous était impossible d'accéder à de pareilles demandes.

Nous avons fait tout ce qui dépendait de nous pour obtenir l'armistice à des conditions modérées ^ et il nous a été impossible d'arriver à une conclusion , parce que , dit le priqce , il n'est pas autorisé à en faire une , et que d'immenses avantages peuvent seuls l'y décider, aussi long-tems que le but principal n'est pas atteint.

Nous avons offert une suspension d'armes au moins pour quinze jours ; le refus a été aussi positif et par les xnêmes motifs. Le comte de Noslitz a ofirert,au nom du prince Blucher, de recevoir à son quartier général, et à, celui du duc de Wellington ^ des commissaires que vous leur enverrez , et gui seraient exclusivement occupés des négo^ ciations nécessaires pour arrêter la marche des armées etem*pécher ^ V effusion du sang, IL est urgent que ces commis-

Sic irÉMômt!s.

saires partent demain même, et qu^ls prennent Ijtf route de Noyon , où des ordres seront donnés par le maréchal Blucher pour les recevoir. Noyon ra devenir son quartier général. Ils ne peuvent trop rentre que l 'Empereur n^a pas un grand parti en France , qu'il 21 profité des fautes des Bourbons , plutôt que âes dispositions existantes en sa faveur , et qu'il ne pourrait fixer Tattention nationale qu'autant que les aillés manqueraient à leur déclaration.

Nous avotis Tespérance de voir prendre un cours heureux à nos négociations, dont nous ne nous dissimu^ Ions point cependant les difficultés; le seul moyen d^empêcher que des événemens de guerre ne les fasse' échouer , est de parvenir absolument à une trêve de quelques jours. Le choix des négociateurs pourra y io-* fluer ; et nous le répétons , il n'y a pas un moment à perdre pour le$ diriger sur les armées Anglaise et Prussienne.

Les deux aides-de-camp du prince Blucher ont déclaré itërativément que les alliés ne tenaient en aucune manière au rétablissement des Bourbons ; maïs it iious est démontré qu ils tendent à se rapprocher le plus possible de Paris ; et i\s pourraient alors user de prétextes et changer de langage.

Tout ciela ne doit que presser davantage tes me^ sures pour les réorganisations de Tarmée , et surtout pour la défense de Paris : objet qui paraît les occuper essentiellement^

Des conversations que nous avons eues avec les dcux aides -de-camp, il résulte en définitif ( et nous avons le regret de le répéter) , qu'une des grandes difficultés fiera la personne de l'Empereur. Ils pensent que le^

ttÉHOIRES. 5ll

pnls^ances exigeront des garanties et des précautions , afin quHl ne puisse .{amais reparaître sur la scène du monde. Ils prétendent que leurs peuples mêmes demandent sûreté contre ses entreprises. // est de noire de^ i>oir d'observer que son éi^asion 9 asfant Tissue des négocia-^ iions , serait regardée comme une maupoisejoi de notre part; et pourrait compromettre essentiellement le salut de la France, Mous avons d^aiileurs Tespérance que cette affaire pourra se terminer aussi à la satisfaction de l'Empereur, puisqu'ils ont fait peu d'objections à son séjour et à celui de ses frères en Angleterre; ce qu'ils ont paru préférer au projet de retraite en Amérique.

// n'a été question dans aucune conversation , du prince impérial y nous ne devions pas aborder celte question , à la quelle ils ne se sont pas livrés.

(Signé) H. Ses ASTI ANi ; le comte de Pon-

TEC0ULAÏ9T ; La Fayette ; d'AaGENSON \ le comte de lA Forêt; Benjamin CoNSTAKT. i

La commission , aussitôt cette dépêche re^ eue, chargea messieurs Ândréossy, de Valence, Flaugergues, Boissy d'Anglas et Labéf nardière^ de se rendre, en qualité de commissaires , au quartier-général des armées alliées, pour demander une suspension d'armes et négocier un armistice.

Le duc d'Otrante , toujours empressé de s'ouvrir des correspondances ostensibles^ à la faveur desquelles il pût , au besoin , entretOr nû: des intelligences secrètes, persuida au?

3ia MEMOIRES.

gouveraemeDt qu'il serait coDTenable de pré« parer l'accès aux commissaires , par une dé* marche préalable; et il adressa, en conséquence , au duc de Wellington , une lettre de félicitation , dans laquelle il le supplia, avec une pompeuse bassesse , d'accorder à la France son suffrage et sa protection.

On remit aux commissaires copies des .pre« mières instructions , et on y ajouta celles que ¥oici:

Instructions potir Messieurs les Commissair^s chargés de traiter d'un armistice.

Paiîs, le 37 Juin 18 15.

Les premières ouvertares faites à nos plénipotentiaires sur les conditions au prix desquelles le commandant en chef de Tune des armées ennemies consentirait à un armistice, sont de nature à effrayer sur celles qpe pourraient aussi demander les commandans des ar- «(lées des antres puissances , et à rendre fort problématique la possibilité d'un arrangement. Quelque fâ-* cheuse que soit en ce moment notre position militaire^ il est des sacrifices auxquels l'intérêt national ne nous perionet pas de souscrire.

Il est évident que le motif sur lequel le prince Blucher

fonde la demande qu^il a faite de six de nos places de

guerre que Ton nomme, et de quelques autres que Ton

ne nomme pas, que ce motif, la sûreté de son armée , est

qnede ces allégations mises en ayant par la- force, pour

porter aussi loin qu'il est possible le bénéfice des succès d'un moment. Cette allégation est des plus faciles à réfuter, puisqu'il est pour ainsi dire dérisoire de demander des gages pour la sûreté d'une armée déjà maîtresse d'une assez grande partie de notre territoire , et qui marche presque seule , sans obsta* des , au cœur de la France. Il est encore une antre déclaration, faite de la part du prince Blucher , et celle-ci est plus inquiétante : c'est que pour prendre sur lui de conclure un armistice auquel il n'est pas autorisé, il ne peut y être décidé que par d'irn^ menses avantages. Il y a , dans cette déclaration , une franchise d^exigence qui présente beaucoup de difficultes pour un accommodement. Cependant, quoique la commission du gouvernement soit bien éloignée de vouloir favoriser les cessions qu'on exige , elle ne se retrancherait pas dans un refias absolu d'entrer en discussion 3ur un arrangement dont les conditions ne dépasseraient pas les bornes tracées par le véritable intérêt public.

SI , pour arriver à un résultat , il fallait se résoudre à la cession d'une place , il e^t bien entendu que cette cession ne devrait avoir lieu , qu'autant qu'elle garantirait un armistice qui se prolongerait jusqu'à la conclusion de la paix. On se dispense d'ajouter que la remise de cette place ne devrait s'effectuer qu'après la ratification de Tarmistlce par les gouvernemens respectifs. .

L'un àe,s points qui réclame tout le zèle de mes-* rieurs les commissaires , f^sèà^ fixation de la ligne où devra s'arrêter l'occupa^gyû^W' territoire Français par les armées ennemies.

5l6 MEMOIRES.

ont été , jasqu^à ce jour , les bases sur lesquelles le gouvernement a désiré établir les négociations. Il est possible que le cours des événemens le force ù élargir ces base$\ mais messieurs les commissaires jugeront que si une nécessité absolue oblige à donner les mains à des arrangemens d'une autre nature , de manière que nous ne puissions sauver, dans foule sa plénitude , le principe de notre indépendance , c'est un devoir sacré de tâcber d'échapper à la plus grande partie des inconvéniens attachés au malheur seul de sa modification.

On remet aussi à messieurs les commissaires copie de la lettre que messieurs les plénipotentiaires ont écrit de Laon , et datée d'hier 26. Les résolutions (i) qui ont été prises aujourd'hui par le gouvernement , leur fournissent des moyens de répondre à toutes les objections qu^on pourrait leur faire sur le danger et la possibilité du retour de l'Empereur Napoléon.

Pour que le langage de messieurs les commissaires soit parfaitement d'accord avec tout ce qui a été fait par la commission du gouvernement , on leur remet encore ci-jointe copie des lettres qui ont été écrites à lord Castlereagh et au duc de Wellington, relativement au prochain départ de Napoléon et de ses frères.

Sur les questions relatives à la forme du gouvernement de la France , provisoirement , messieurs les commissaires se borneront à entendre les ouvertures qui leur seront faites ; et ils auront soin d'en rendre

(i) Ces résolutions consistaient dans Fenvoi du général Bcker à U Malmaison, pour y garder à vue Jïapoléoii.

AlÉNOIRfiS. 5i7

compte , afin que , d'après la oatare de leurs rapports , Je gouvernement puisse prendre la détermination que prescrirait le salut de la patrie.

Od: voit, d'après ce docuraent, que la commission, pressentant déjà l'impossibilité de conserver le trône à Napoléon II, était disposée à entrer en pourparlers avec les alliés sur le choix d'un autre souverain. Liée par son mandat, elle n'aurait jamais consenti volontairement à transiger avec les Bourbons , mais elle n'aurait point eu de répugnance ( je le conjecture du moins ) à laisser placer la couronne sur la tête du roi de Saxe ou du duc d'Orléans.

Le parti de ce dernier prince, recruté par M. Fouché , s'était renforcé d'un grand nombre de députés et de généraux. « Les qualités du duc, les souvenirs de Jemmappes et de quelques autres victoires sous la république, auxquelles il n'avait pas été étranger; la possibilité de faire un traité qui concilierait tous les intérêts; ce nom de Bourbon qui aurait pu servir au-dehors, sans qu'on le prononçât au-dedans : tous ces motifs et d'autres encore, offraient^ dans ce choix , une perspective de repos et de sécurité à ceux mêmes qui ne pouvaient y voir le présage du bonheur. »

Le roi de Saxe n'avait d'autre titre aux suf-

5l9 MEMOIRES.

f rages de la France, que la fidélité héroïque qu'il lui avait conservée en 18 14- Mais lem-' pire, après lui , aurait pu retourner à Napoléon II; et commç avec de rexpérience, de la sagesse et des vertus , un prince peut régner indistinctement sur totis les peuples et les rendre heureux, on se serait résigné à passer sous les lois d'un monarque étranger, jus* qu'au jour où sa mort aurait replacé le sceptre dans les mains de son légitime possesseur.

La déférence que la commission se prépa* rait à montrer pour la volonté des puissance» alliées, n'était point l'effet de sa propre faiblesse. Elle lui avait été commandée par les rapports alarmans que le maréchal Grouchy lui adressait chaque jour sur l'abattement et la défection de l'armée.

Les soldats , il est vrai , découragés par l'abdication de l'Empereur et les bruits du retour des Bourbons , paraissaient irrésolus :

« Nos blessures, disaient-ils , ne seront plus que des titres de proscription ». Les généraux eux-mêmes^ rendus timides par l'incertitude de l'avenir , ne se prononçaient plus qu'a\ec circonspection; mais tous, généraux et soldats, portaient, au fond du cœur, les mêmes sentimens; et leur hésitation» leur tiédeur»

étaient l'ouvrage de leur chef, qui, mau quant en France comme sur les bords de la Dyle, de résolution et de force d'âme, ne prenait point la peine de cacher qu'il regardait la cause nationale comme perdue , et qu'il ii'attendait qu'une occasion favorable pour apaiser les Bourbons et leurs alliés ^ par une prompte et entière soumission.

La commission cependant , éclairée par des lettres particulières , conçut des soupçons sur la véracité des rapports du maréchal. Elle donna la mission au général Corbineau , de lui rendre compte de l'état de l'armée. Instruite de la vérité, elle ne craignit plus d'être forcée de recevoir humblement la loi du vainqueur ; et voulant empêcher le maréchal Grouchy, dont les intentions avaient cessé d'être un my^ère, de compromettre l'indépendance nationale par une transaction irréfléchie, elle lui fit défendre de négocier aucun armistice , d'entamer aucune négociation , et lui ordonna de ramener son armée à Paris.

Le prince d'Eckmtihl , dont l'absence de fermeté s'était manifestée si pitoyablement dans la retraite de M0SCOW9 ne put résister à ce nouveau choc; l'exemple du maréchal Grouchy l'entraîna; et persuadé 4 comme lui , qu'il fallait se hâter de se soumettre , il déclara au gouvernement qu'il n'y avait pas un moment à perdre

320 MÉMOmES.

pour rappeler les Bourbons , et lui prbposa d'envoyer offrir au Roi : i.* d entrer â Paris sans garde étrangère; â.'^de prendre la cocarde tricolore'; 3.* de garantir les propriétés et les personnes quelles qu aient été leurs fonctions, places , votes et opinions; l^J" de maintenir les deux chambres; S."" d'assurer aux fonctionnaires la conservation de leurs places, et à l'armée la conservation de ses grades, pensions, honneurs, prérogatives; QJ" de maintenir la légion d'honneur , et son institution , comme premier ordre de l'état.

La commission , trop clairvoyante pour se laisser amorcer par cette proposition, s'empressa de la rejeter; et, fidèle au système de ne rien dissimuler aux deux chambres , elle en instruisit les membres principaux, en leur répétant que quel que soit l'événement , t elle ne leur proposerait jamais rien de pusillanime ni de contraire à ses devoirs , et qu'elle défen- ^ drait jusqu'à la dernière extrémité l'indépendance de la nation, l'inviolabilité des chambres et la liberté et la sûreté des citoyens. »

Les représentans répondirent à cette déclaration , en mettant Paris en état de siège , et en votant une adresse à V armée (i).

(i) La Chambre vota , le 2 juillet , une adresse aur Français. Cette adresse, morte ea naissant , avait rapport à la situa.

uimtiàà* Sai

firaves soldats ( portait cette adresse ) , itH grand revers à dû vous étonner , mais non vous abattre. La patrie â besoin' dé votre constance et de votre courage < Etté Vous a confié le dépôt de la gloire nationale , et y ôm' répond fez à son appéL

« Des plénipotentiaires ont été envoyés aux puîs^ sânces alliées ... lé succès des négociatioûs dépend de vôrù's. SéiVez-vou» autour dû drapeiu tricolor , consacré par la gloire et fé vœu i^ationaf. Vous nousverrez, s'il le faut, dans vos rangs, el nous prouverons aa mondé que vingt^éinq années de sacrifices et.de gloiret ne seront jamais effacées , et qu'un peuple qui veut être Kb^é , ne perd jaifaais sa liberté.

L'attitude dfé la chsLinbté éi dû gouVei^iife-. lâentt ifé tàë^TSL point te pVinté d'Eckmuh]« It revint àtaf ab^ige y et écrivit ,daÀ9 ht nuit du 2ÇfiSLtt ptésîàtM dkUcàitàahsion , quli avait yaSiiïtvi iei prejVi^^ et îes fdées; et cpi'îl rec6t&batl^it q^Q û'eiht^it pWs d'autre moyen dé^^ltlf , é^xte de tùtiàhxre un armistice et de proclamer sur-le-champ touîs* XVHL » •

tion politique delà France vîs-à-vls dès alliés. Elle m*a paru offrir peu dS'nle'rôt, et j*ali cru' cfcvoîr me dispenser d'en faire une nierition spéciale. Elle dtfnria lieu cependant à unf incident retnarquahle. M. Manuel, rédatcterir [Principal de cette adresse , n'avait pas jugé convenaWe d'y parfer du successeur de l'Empereur, et la chambre décida qu'on ajoute-» rail dans* Taïressé , <JUe TS Jîlf oi^ÈoTX If avait été appelé h rétopîre.

T. II. Sll

Le président lui répondit :

Je suis persuadé comme tous , M. ie maréchal f qu'il n'y a rien de mieux à faire que de traiter prompte ment d'un armistice ; mais il faut savoir ce que veut Tennemi ; une conduite mal calculée produirait trois maux : i.^ d'avoir reconnu Louis XVIII avant tout engagement de sa part ; a^. de n'en être pas moins forcé de recevoir l'ennemi dans Paris ; S.^ de n'obtenir aucune condition de Louis XVIIL

Je prends sur moi de vous autoriser à envoyer aux avant-postes de l'ennemi , et de conclure un armistice ^ en faisant tous les sacrifices qui seront compatibles avec nos devoirs et notre dignité. Il vaudrait mieux céder des places fortes que de sacrifier Paris.

Le duc d'Otrante ayant mis cette lettre sous les yeux de la commission , elle pensa que la réponse de son préûdent jugeait impUciie^ ment la question dur appei de Louis XVIII, et laisaittrop de latitude au prince d'Ëckmuhl. Elle lui fit écrire sur-le-chàmp une lettre supplémentaire, portant:

Il est inutile de vous dire , M. le maréchal , que votre armistice doit être purement militaire , et qu'il ne doit contenir aucune question politique. Il serait convenable que cette demande d'armistice fût portée par un général de ;ligne et un maréchal de camp de la garde nationale.

Ainsi , dans l'espace des iringt-quatre heures qui précédèrent et suivirent le départ de

lf£M0IR£6. 5dS

l'Empereur , la commission eut à repousser et repoussa les instigations plus ou moins cou-^' pables du ministre de la guerre^ du général, en chef de l'armée çt du. président du gouvernement (i).

Cependant larmée^ de pas en pas , était arrivée aux portes de Paris.

Le maréchal Grouchy, mécontent et dé« concerté y donna sa démission^ pour cause de santé.

Le prince d'Eckmuhl qui » par un air de bonne foi et des protestations multipliées de dévouement et de fidélité ., avait reconquis , grâce auducd'Otrante, la confiance de la majorité des membres de la commission > fut investi du commandement en chef de l'armée.

Le 5o juin, un message prévint les chambres que les ennemis étaient en vue de la capitale; que l'armée, réorganisée , occupait une ligne de défense qui protégeait Paris ; qu'elle était, animée du meilleur esprit, et que son dévouement égalait sa valeur.

Des députations des deux chambres partirent aussitôt pour porter aux défenseurs de la patrie l'expression des principes , des senti-

(i) On sent que je raîsome ici , comme partout ailleurs , dans le sena du maa^at donne à la coaimission.

merts" et des espérance^ de la rejpi^éde'àtsffilcM nâfléiVafô. Leùt lâûga'ge pstttioiiqxxé . lëitf éeftârpe Wco!ôré , le nom de Na^oï.éoï?' Il qu'îTâ eurent soin de p*i*6^oncer , éleclrî^èrètif le soldat et achevèrent de lui Tendre cette éôùfisfùcêen s6î-ménfe et cette térfolulioTïde tao'urir ou de vaincre , jftrés^gesf iùfâiBibfeé âe la Vnitoîfre.

Lé ïïïolTf èiîrf étafît {ytop^Ce pout* triarèfiet à* combat. Le prince d*Eckmuhl sollicita la p^H.

Utt aémî^Vse Vénaîi? dètre conclu' eètre le âùt tf Alftuféfa et lè ma^éctel cfc f rinïoût , côfrtWi^ndant fe^ forces' AtrfriehîieAÉres. H ett îrfstruiisrt le <ftfc âèWeïtitigtôri et M dfemaWdà dé élire cesser Tes* hù^îïïfés' , jûéi^U'à ia décision drx càngYè's.

V Sî je me présente sur le cbamp de bataille a^jee rïdée de vas talens , ajouta-t-il , j'y porterai la con- Ticlioii é^y cômAattre pour la p!\ls saiDtVs ïés causes, eéiie dé la défense et dk llndépendance de tii'i p^ttèiéi ex ifi^)^ tfA'éti' sditUé ^éstiftalf , fè Hiétïx^^Y tbim^j votre estime. »

Que SI, éSa fteu de parier ce Ia%a^e*plus dîgné d*ûû homttfe à moitSè Vàinctr q'ue d'àii général fraDTcais habitué à Vaîncré, ùû' a*ulk*ér chef autrement inspiré eût déclaré, avec une noble fermeté, qu'il était prêt , si Ton ne ces^ sait point d'in^justes agressions , à donner «r

M^ ^Wtre-yîfffit raille br^ye* ^%iit^ de la Vifift .0^ 4e ^* yifîtwe , Y^tmmi mmi$ miià- ^jtobleiqeojt feppppé 4 pQiiR"jM^«rp y o/e g^iarre ^eijnie ^^t^ Q^jet , ^^ij^ uf^il^/ ^.s*»§ ^^îrç. ai^s le ,dMC 4^ \y,ejlvwfe9», iwfwit fidèk- Sliept 4^ yétj^ véritable 4es cj^es , say^t qf^ lepriûjce ^.Ec^niuW, sa^ti^isi^ dWpijr yaii^jj* ses préjj^iççs /e,t ^es iidée^\ p^^aj^ailt jplj^s 4Î9posé 4 n^i)ilraji9ier ^ Cptjf âge de §^^ f mfup^9 ^ q«ia Je pji^r^ à réprej^vej <at >¥eUingjtQip 1*^* fus^ i^t sfi^pqçç^pp^'ar^ei^propjos^iejl e^tf^îl d^W )^ pftj^qjjue de;5 pFJinG^g avf^é^ ppur la légitimipé, dff jfQ}^ cç^jLr^indv^ fi <^iSGieypir» chapmii iffif^ JLpi^is XyjIJ^ et ilè^^ Jori, M était co9§é/jueat qife les gé^éi-auj^i aJJiés jéli>das^efljt 4iB transiger , pujsq^p l^s penlJQieoi»^ du président de h çommimon et du général d^y^rméo fraiïçaî?/e lewrgaraiîtissAient qu'ils pourr^iei^ atteptir^e, s^fl^ c-^vpjr de risques à cpurir, qye les circonstances qm la trahison flo^? fpfçfsspwtde «ubir la loi rfp h nécessité. Wpilifigton ^vait peppigis^éjpprpposition du jparéçM Pijyoqçt^soiis h S^étQUe friToIaque l'Empereur ay^it repris le coïnm^iwijeiwnl d« Tarniée. On çpqçoil: facifeniijept qm U eommissipi^ n'avait ppiyit o^^i^ d'instruire sur-le-, champ les commissaires , di^ déport do Napoléon et de§ cijTpOf^fii^c^S qw ï^m^mpxéPÂdé.

3fl6 MÉtfOIEES.

Mais jusqu'alors^ elle n'avait reçu, de leur part, aucune communication. Leur correspondance entravée à dessein parles alliés, l'avait en outre été par nos avant-postes qui , regardant les parlementaires comme des artisans de trahison , leur avaient fermé le passage à coups de fusil. La commission résolut donc de se procurer à tout prix de leurs nouvelles ; et sur la présentation du duc d'Otrante , elle leur expédia M. de Tromeling. Elle n'ignorait point que cet officier émigré , Vendéen et détenu long-tems au Temple, comme compagnon de sir Sidney Smith et du capitaine Wrigt, méritait peu la confiance des patriotes. IVfais les agens à deux fins de M. Fouchc parvenaient seuls à se faire ouvrir les lignes ennemies; et il fallait, malgré soi s'en servir.

M. Tromeling partit. Au lieu de remettre ses dépêches aux commissaires , il craignit qu'elles ne lui fussent enlevées par l'ennemi, et il les déchira. La commission pensa qu'il s'était plutôt trompé d'adresse; mais elle excusa volontiers cette erreur, pour ne s'occuper que des nouvelles qu'il lui avait rapportées.

Nos commissaires arrivés le 28 au quartier général anglais , s'étaient empressés de solliciter une suspension d armes.

Lord Wellington leur annonça qu'il désî-

MEKOIRES. 3*^7

rait se concerter à cet égard avec le prince Blucher ; et le 29 juin^ à onze heures et demie du soir, il leur transmit cette réponse.

Au quartier général du prince Blucher , ce aS juin x8i5 , onze heures et demie de la nuit.

Messieurs , J'ai rhonnear de vous faire savoir qu^ayant consaUé le maréchal prince Blucher sur votre propoçition pour unar mistice , S. Â. est convenue avec mo! que, dans les circonstances actuelles , aucun armistice ne peut 5e faire , tant que Napoléon Bonaparte est à Paris et en liberté; et que les. opérations çont en tel état quUl . ne peut pas les arrêter.

J'ai Thonneur , etc.

Wellington.

Le 1/' juillet, ils eurent, dans la matinée, une conférence dont ils rendirent compte au gouYcrnement , par la dépêche suivante , adressée à M. le baron Bignon, secrétaire d'état, adjoint au ministre des affaires étrangères.

Louvre , x juillet z8i5 , avant midi.

Monsieur le Baron , Les dépèches , n.<^' i , 3 et 3 , que nous avons eu rhonneur de vous adresser , sont restées sans réponse (i). Nous sommes absolument privés de çonnaîtire

(1) Ces dépêches n'ayant aujourd'hui aycun iotéiièt, je qe les rap farterai point.

5^9 MiAio^ap:^.

ce qui sç p^sse à Paris et dans Iç r^ste de la Frapcc' A quelque cause que ce mapque de communîcatioa puisse être attribué , il rend notre situation péuible et nuit à Tactivitë de nos démarches. 14 peut 4'es rendre inutiles ; nou;5 y,ous fpom 4'y fein^i^içr le jplus jpromptement possible.

Jusqu'à présent , nous sommes autorisés à penser qu^ aussitôt que vous nous aurez fait connaître que Ma* poléon Bonaparte aura été éloigne , il pourra être signé une suspension d^annes de trois jours pour régler un armistice i pendant lequel on pourra traiter de la paix.

Chargés par les instructions qui nous ont été données , d'entendre ce qui pourra nous être dit et de vous en donner connaissance , nous devons tous in-^ former que le duc de Wellington nous a répété, à plusieurs reprises , que , dès que nous aurons un chef de gouycrupnciçnj; , }$i paix jep pr,9mp^^eflriçiit jcopc|up.

En parlant , dit-il , sei|leineQ| comme mi individu « mais croyant cependant aue son opinion pourra être prise en considération ^ il fait plus que des objections contre le gouvernement de Najpoléon II ; et il pense que sous yn tel règne , r£urope ne pourrait JQuir 4'ao^ cune sécurité , et la France d'aucun calme.

On dit qu'on ne prétend point s'opposer an choix d'aucun autre chef de gouvernement. L'on ré pèle , à chaque occasion, que les puissances de TEurope ne prétendent point intervenir dans ce choix ; mais oh ajoute que , si le prince choisi était dans le cas , par la nature même de sa situation^ d'alarmer la tranquUliié de l'Europe , en mettant en problènie celle de la Franf ^ i \\ serait néce$$airç au;^; puissances, aljjées d'avoir

MEMOIBES. 5fig

cl,es p^T^^fi^s ; et npus son}mç$ (qp^és h croire cjue ces garanties seraient ^es cessions de territoire.

Un seul (Louis XVI II) leur semble réunir toutes les conditions, c(ui empêcheraient TEurope de demander des garanties pour sa sécurité.

Déjà , disent- iU, il résijcle à Cambray ; le Quesnoy lui a çuverA 8e§ portes. iCes places et d'autres villes sont eç sa pujç^apce , spif qu',eUps s/e soi.ent données , ou qu'elles lui aiept ét^ remjses par )es a)li,és. • Le duc de WeJlJn^lon reconnaît et énumère une partie considérable des fautes dp Louis XVIII , pendant son gouvernement de quelques mois. Il placie au premier rang y d^avoir donné entrée dans son conseil aux princes de sa famille , d'avoir en un ministère sans unité et non responsable, d'avoir créé une ipaison mx^ litaire choisie autrement que dans les solda^$ de Vs^trmée , de ne s'être pas entouré de personnes qui eussent un véritable intérêt au maintien de la Charte.

Il lui sepab.W q«|'efî faîs^nf conp^jr.e Içs grj/efi^ ^ans ff^r^ ^cpridiifon^, ^ppur^ait iifp pri? ^^s pngageipens publics qju} ra^sureraiç^nt p^nr T^y^p^r , ^n donnant à J^ Frappe lies garapUe$ qu\elle pejLit désirer.

Si Ton discute dcf cppdilions , ^-^.ulr/e^ qijc ),e$ autorités act^elljçs poiijrrqpt f^^ïïhéfçr ^ reprit }e ^uc.

$i l'on perfl dp (eips , d,es g^ppr^uf d'aq^res 9rmé,es pourront sp mêjer des i}|égociatioi|;} elles se complj^ queraîent 1^';^ ptre^ jptériêts.

]^ous joi^pn§4?H?^ PrPcf?TOM99^ .4^ I^RP^^YM^»

etc-

(Signé) Andréossy, comte BoISSY-D'A^T,LAS , Flaugeegues, Valence, LabesiArdière.

33o MÉMOIRES.

La dépêche de M. Bignon , annonçant le départ de Napoléon, leur étant parvenue, à l'issue de ce premier entretien , ils s'empressèrent de la communiquer à lord Wellington et de réclamer une suspension d'armes, pour conclure l'armistice auquel la présence de Napoléon avait été jusqu'alors le seul obstacle.

Lord Wellington leur répondit qu'il était nécessaire qu'il en conférât avec le prince Blucher, et qu'il leur rendrait réponse dans la journée.

Le soi^:' , ils eurent une nouvelle conférence avec ce général, qui donna lieu à la dépêche ci-après.

Louvre , i*' juillet, à huit heures et demie du soir.

Lord WellîngtoD nous a donné connaissance d^ane lettre de Manheim , écrite au nom des Empereurs de Russie et d'Autriche par MM. de Ncsselrodeclde Metternich. Cette lettre presse vivement la poursuite des opérations , et déclare que , s'il était adopté quelque armistice par les généraux qui dans ce moment sont près de Paris , leurs majestés ne le regarderaient point comme devant arrêter leur marche , et qu'elles ordon* neraient h leurs troupes de s'approcher de Paris.

M. le comte d'Artois venait d'arriver au quartier général du duc de Wellington qui nous a reçus seuls dans son salon. Nous n'avons pas apperçu le prince ; il était dans un appartement séparé.

Nous avons insisté pour l'exécution de la promesse

qai nous avait été faite. Le duc de Wellinglon nous a répondu qu'il nous avait toujours annoncé ne pouvoir prendre d'engagemens définitifs , avant qu'il se fût entendu avec le maréchal prince Blucher ; qu'il allait le joindre pour le porter à s'unir avec lui , pour convenir d'un armistice.

11 a ajouté qu'il ne nous dissimulait pas que le feldmaréchal avait un extrême éloignement pour tout ce qui arrêtera ses opérations , qui s'étendaient déjà sur la rive gauche de la Seine ; et qu'4l ne pourrait ces* ser d'appuyer ses mouvemens , s'il ne pouvait l'amener à partager son opinion.

Il nous a communiqué une proposition d'armistice faite par le prince d'Eckmuhl , qu'il venait de recevoir.

Il nous a assuré qu'aussitôt qu'il aurait vu le prince Blucher , il reviendrait nous joindre à Louvre 9 et nous enverrait prier de nous rendre à Gonesse.

<c £n causant des conditions possibles d'armistice , il a insinué qu'il demanderait que l'armée sortît de Paris , ce que nous avons décliné , en opposant qu'il était au contraire convenable que ce fût l'armée des alliés qui prît des positions éloignées, pour qu'il fût possible de délibérer en liberté sur les grands intérêts delà patrie, dont ils paraissaient reconnaître TinQuence sur ceux de l'Europe.

« La conférence s'est ainsi terminée ; nous avons quelque raison de croire que lord Wellington fera connaître à M. le comte d'Artois qu'il doit se placer à une distance beaucoup plus considérable de Paris. »

M. le baron Bignon leur répondit sur-lecjiainp ce qui suit ;

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