‹ Les cent meilleurs poemes (lyriques) de la langue françaiseChapitre 13 sur 49 · Consolation à M. du Perrier · texte numérisé non relu

Consolation à M. du Perrier

TA douleur, du Perrier, sera donc éternelle !

Et les tristes discours Que te met en l'esprit l'amitié paternelle,

L'augmenteront toujours !

Le malheur de ta fille au tombeau descendue,

Par un commun trépas, Est-ce quelque dédale où ta raison perdue

Ne se retrouve pas ?

Je sais de quels appas son enfance était pleine ;

Et n'ai pas entrepris, Injurieux ami, de soulager ta peine

Avecque son mépris.

Mais elle était du monde, où les plus belles choses Ont le pire destin :

FRANÇOIS DE MALHERBE

Et rose elle a yécu ce que Tiyeot les roses, L'espace d'un matio.

La mort a des rigueurs à nulle autre pareilles ;

On a beau la prier, La cruelle qu'elle est, se bouche les oreilles,

Et nous laisse crier.

Le pauvre en sa cabane, où le chaume le couvre,

Est sujet à ses lois ; Et la garde qui veille aux barrières du Louvre,

N'en défend point nos rois.

De murmurer contre elle, et perdre patience.

Il est mal à propos :

Vouloir ce que Dieu veut, est la seule science

Qui nous met en repos.

i6. Stances*

Farafhras* Ju ptaumt tmkt.

N'ESPERONS plus, mon âme, aux promesses du

monde ; Sa lumière est un verre, et sa faveur une onde Quertoujours quelque vent empêche de calmer. Quittons ces vanités, lassons-nous de les suivre ;

C'est Dieu qui nous fait vivre,

C'est Dieu qu'il faut aimer.

En vain, pour satisfaire à nos lâches envies. Nous passons près des rois tout le temps de nos vies i6

FRANÇOIS DE MALHERBE

A souffrir des mépris et ployer les genoux : Ce qu'ils peuvent n'est rien ; ils sont, comme nous sommes,

Véritablement hommes.

Et meurent comme nous.

Ont-ils rendu l'esprit, ce n'est plus que poussière Que cette majesté si pompeuse, si fière, Dont l'éclat orgueilleux étonnait l'univers ; Et, dans ces grands tombeaux où leurs âmes hautaines

Font encore les raines.

Ils sont mangés des yers.

Là se perdent ces noms de maîtres de la terre, D'arbitres de la paix, de foudres de la guerre; Comme ils n'ont plus de sceptre, ils n'ont plus de

flatteurs ; Et tombent avec eux d'un chute commune, Tous ceux que leur fortune Faisait leurs serviteurs.

FRANÇOIS MAYNARD

ly. La Belle Vieille,

CLORIS, que dans mon coeur j'ai ci longtemps

servie.

Et que ma passion montre à tout l'univers. Ne veux-tu pas changer le destin de ma vie. Et donner de beaux jours à mes derniers hivers ?

FRANÇOIS MAYNARD

N'oppose plus tOD deuil au bonheur où j'aspire. Ton visage cst-il fait pour demeurer roilé ? Sors de ta^Duit funèbre, et permets que j'admire ' Les divines clartés des yeux qui m'ont brûlé

Ce n'est pas d'aujourd'hui que je suit ta conquête ; Huit lustres ont suivi le jour que tu me pris ; Et j'ai fidèlement aimé ta belle tête Sous des cheveux châtains, et sous des cheveux gris.

C'est de tes jeunes yeux que mon ardeur est née, C'est de leurs premiers traits que je fus abattu ; Mais, tant que tu brûlas du flambeau d'hyménée. Mon amour se cacha pour plaire à ta vertu.

Je sais de quel respect il faut que je t'honore, Et mes ressentiments ne l'ont pas violé ; Si quelquefois j'ai dit le soin qui me dévore, C'est à des confidents qui n'ont jamais parlé.

Pour adoucir l'aigreur des peines que j'endure, Je me plains aux rochers, et demande conseil A ces vieilles forêts, dont l'épaisse verdure Fait de si belles nuits en dépit du soleil.

L'âme pleine d'amour et de mélancolie, Et couché sur des fleurs et sous des orangers, J'ai contré ma blessure aux deux mers d'Italie, Et fait dire ton nom aux échos étrangers.

Cloris, la passion que mon cœur t'a jurée Ne trouve point d'exemple aux siècles les plus vieux Amour et la Nature admirent la durée Du feu de met désir t, et du feu de tes yeux.

FRANÇOIS MAYNARD

La beauté qui te luit depui< ton premier âge, Au déclin de tes jours ne veut pas te laisser ; Et le temps, orgueilleux d'avoir fait ton visage, En conserve l'éclat, et craint de l'effacer.

Regarde sans frayeur la fin de toutes choses, Consulte ton miroir avec des yeux contents : On ne voit point tomber ni tes lis ni tes roses, Et l'hiver de ta vie est ton second printemps.

Pour moi, je cède aux ans, et ma tête chenue M'apprend qu'il faut quitter les hommes et le jour } Mon sang se refroidit ; ma force diminue ; Et je serais sans feu, si j'étais sans amour.

MARQUIS DE RACAN

i8. Stances sut la Retraite.

TIRCIS, il faut penser à faire la retraite ; La course de nos jours est plus qu'à demi faite ( L'âge insensiblement nous conduit à la mort : Nous avons assez vu sur la mer de ce monde * Errer au gré des flots notre nef vagabonde ; Il est temps de jouir des délices du port.

Le bien de la fortune est un bien périssable ; Quand on bâtit sur elle, on bâtit sur le sable ; Plus on est élevé, plus on court de dangers ; Les grands pins sont en butte aux coups de la

tempête.

Et la rage des vents brise plutôt le fatte Des maisons de oos rois que les toits de» bergers.

MARQUIS DE RACAN

O bienheureux celui qui peut de sa mémoire Effacer pour jamais ce vain espoir de gloire, Dont l'inutile soin traverse nos plaisirs ; Et qui, loin retiré de la foule importune, Vivant dans sa maison, content de sa fortune, A, selon son pouvoir, mesuré ses désirs !

Il laboure le champ que labourait son père ; Il ne s'informe point de ce qu'on délibère Dans ces graves conseils d'affaires accablés; Il voit sans intérêt la mer grosse d'orages. Et n'observe des vents les sinistres présages, Que pour le soin qu'il a du salut de ses blés.

Il voit de toutes parts combler d'heur sa famille, La javelle à plein poing tomber sous sa faucille, Le vendangeur ployer sous le faix des paniers ; Et semble qu'à l'envi les fertiles montagnes, Les humides vallons, et les grasses campagnes S'efforcent à remplir sa cave et ses greniers.

Il suit aucune fois un cerf par les foulées, Dans ces vieilles forêts du peuple reculées. Et qui même du jour ignorent le flambeau ; Aucune fois des chiens il suit les voix confuses, Et voit enfin le lièvre, après toutes ses ruses. Du lieu de sa naissance en faire son tombeau.

Tantôt il se promène au long de ses fontaines. De qui les petits flots font luire dans les plaines L'argent de leurs ruisseaux parmi l'or des moissons; Tantôt il se repose, avecque les bergères. Sur des lits naturels de mousse et de fougères, Qui n'ont d'autres rideaux que l'ombre des buissons.

MARQUIS DE RACAN

Il loupire en repos l'ennui de la rieilleise,

Dans ce même foyer où sa tendre jeunesse

A TU dans le berceau ses bras emmaillotés ;

Il tient par les moissons registre des années,

Et voit de temps en temps leurs courses enchaînées

Vieillir avecque lui les bois qu'il a plantés.

Il ne va point fouiller aux terres bconnues, A la merci des vents et des ondes chenues, Ce que nature avare a caché de trésors ; Et ne recherche point, pour honorer sa vie. De plus illustre mort, ni plus digne d'envie. Que de mourir au lit où ses pères sont morta.

S'il ne possède point ces maisons magnifiques,

Ces tours, ces chapiteaux, ces superbes portiques

Où la magnificence étale ses attraits.

Il jouit des beautés qu'ont les saisons nouvelles ;

Il voit de la verdure et des fleurs naturelles,

Qu'en ces riches lambris l'on ne voit qu'en portraits.

Crois-moi, retirons-nous hors de la multitude. Et vivons désormais loin de la servitude De ces palais dorés où tout le monde accourt': Sous un chêne élevé, les arbrisseaux s'ennuient, Et devant le soleil tous les astres s'enfuient, De peur d'être obligés de lui faire la cour.

Après qu'on a suivi sans aucune assurance Cette vaine faveur qui nous paît d'espérance. L'envie en un moment tous nos desseins détruit ; Ce n'est qu'une fumée ; il n'est rien de si frêle ; Sa plus belle moisson est sujette à la grêle. Et souvent elle n'a que des fleurs pour du fruit.

MARQUIS DE RACAN

Agréables déserts, séjour de l'innocence, Où loin des vanités, de la magnificence, Commence mon repos et finit mon tourment. Vallons, fleuves, rochers, plaisante solitude. Si vous fûtes témoins de mon inquiétude, Soyez-le désormais de mon contentement !

PIERRE CORNEILLE

iç. Stances à la Marquise.

MARQUISE, si mon visage A quelques traits un peu vieux, Souvenez-vous qu'à mon âge Vous ne vaudrez guère mieux.

Le temps aux plus belles choses Se plaît à faire un affront. Et saura faner vos roses Comme il a ridé mon front.

Le même cours des planètes Règle nos jours et nos nuits On m'a vu ce que vous êtes ; Vous serez ce que je suis.

^^ Cependant j'ai quelques charme»

Qui sont assez éclatants Pour n'avoir pas trop d'alarmes De ces ravages du temps.

Vous en avez qu'on adorq Mais ceux que vous méprisez

PIERRE CORNEILLE

Pourraient bien durer encore Quand ceux-là seront usés.

Ils pourront saurer la gloire Des yeux qui me semblent doux, Et dans mille ans faire croire Ce qu'il me plaira de vous.

Chez cette race nouvelle Où j'aurai quelque crédit, Vous ne passerez pour belle Qu'autant que je 1 aurai dit.

Pensez-y, belle Marquise :

Quoiqu'un grison fasse effroi, Il vaut bien qu'on le courtise, Quand il est fait comme moi.

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