‹ Les cent meilleurs poemes (lyriques) de la langue françaiseChapitre 14 sur 49 · Épitaphe ctÉlisabeth Ranquet · texte numérisé non relu

Épitaphe ctÉlisabeth Ranquet

NE verse point de pleurs sur cette sépulture, Passant : ce lit funèbre est un lit précieux, • Où gît d'un corps tout pur la cendre toute pure ; Mais le zèle du cœur vit encore en ces lieux.

Avant que de payer le droit à la nature, Son âme, s'élevant au delà de ses yeux, Avait au Créateur uni la créature ; Et marchant sur la terre elle était dans les cieux.

Les pauvres bien mieux qu'elle ont senti sa richesse : L'humilité, la peine étaient son allégresse ; Et son dernier soupir fut un soupir d'amour.

Passant, qu'à son exemple un beau feu te transporte,

PIERRE CORNEILLE

Et loin de la pleurer d'aToir perdu le jour, Crois qu'on ne meurt jamais quand on meurt de la ■orte.

21. Que la Vérité parle au dedans du Cœur sans aucun Bruit de Paroles.

PARLE, parle. Seigneur, ton serviteur écoute: Je dis ton serviteur, car enfin je le suis ; Je le suis, je veux l'être, et marcher dans ta route Et les jours et les nuits.

Remplis-moi d'un esprit qui me fasse comprendre Ce qu'ordonnent de moi tes saintes volontés, Et réduis mes désirs au seul désir d'entendre Tes hautes vérités.

Mais désarme d'éclairs ta divine éloquence. Fais-la couler sans bruit au milieu de mon coeur : Qu'elle ait de la rosée et la vive abondance Et l'aimable douceur.

Vous la craigniez, Hébreux,vou8 croyiez que la foudre. Que la mort la suivît, et dût tout désoler. Vous qui dans le désert ne pouviez vous résoudre '^^ A l'entendre parler.

" Parle-nous, parle-nous, disiez-vous à Moïse, Mais obtiens du Seigneur qu'il ne nous parle pas ; De^i éclats de sa voix la tonnante surprise Serait notre trépas."

PIERRE CORNEILLE

Je n'ai point cet frayeurs alors que je te prie ;

Je te fais d'autres Tœux que ces fils d'Israël,

Et plein de confiance, humblement je m'écrie

Arec ton Samuel :

" Quoique tu sois le seul qu'ici-bas je redoute, C'est toi seul qu'ici-bas je souhaite d'ouïr : Parle donc, ô mon Dieu ! ton serviteur écoute. Et te Tcut obéir."

Je ne reux ni Moïse a m'enseigner tes roies. Ni quelque autre prophète à m'expliqucr tes lois ; C'est toi qui les instruis, c'est toi qui les envoies, Dont je cherche le voix.

Comme c'est de toi seul qu'ils ont tous ces lumières Dont la grâce par eux éclaire notre foi. Ta peux bien sans eux tous me les donner entières, Mais eux tous rien sans toi.

Ils peuvent répéter le son de tes paroles. Mais il n'est pas en eux d'en conférer l'esprit. Et leurs discours sans toi passent pour si frivoles, Que souvent on s'en rit.

Qu'ils parlent hautement, qu'ils disent des merveilles, Qu'ils déclarent ton ordre avec pleine vigueur : Si tu ne parles point, ils frappent les oreilles Sans émouvoir le coeur.

Ils sèment la parole obscure, simple et nue ; Mais dans l'obscurité tu rends l'oeil clairvoyant, Et joins du haut du ciel à la lettre qui tue L'esprit vivifiant.

PIERRE CORNEILLE

Leur bouche sous l'énigme annonce le mystère, Mais tu nous en fais roir le sens le plus caché : Ils nous prêchent tes lois, mais ton secours fait faire Tout ce qu'ils ont prêché.

Ils montrent le chemin, mais tu donnes la force D'y porter tous nos pas, d'y marcher jusqu'au bout ; Et tout ce qui vient d'eux ne passe point l'écorce, Mais tu pénètres tout.

Ils n'arrosent sans toi que les dehors de l'âme, Mais sa fécondité veut ton bras souverain ; Et tout ce qui l'éclairé, et tout ce qui l'enflamme Ne part que de ta main.

Ces prophètes enfin ont beau crier et dire : Ce ne sont que des voix, ce ne sont que des cris, Si pour en profiter l'esprit qui les inspire Ne touche nos esprits.

Silence donc, Moïse ! et toi, parle en sa place. Éternelle, immuable, immense vérité ; Parle, que je ne meure enfoncé dans la glace De ma stérilité.

C'est mourir en effet, qu'à ta faveur céleste Ne rendre point pour fruit des désirs plus ardents ; Et l'avis du dehors n'a rien que de funeste -"~ S'il n'échauffe au dedans.

Cet avis écouté seulement par caprice.

Connu sans être aimé, cru sans être observé, C'est ce qui vraiment tue, et sur quoi ta justice Condamne un réprouvé.

PIERRE CORNEILLE

Parle donc, ô mon Dieu ! ton scrTiteur fidèle Pour écouter ta voix réunit tous set sens, Et trouve les douceurs de la vie éternelle En ses divins accents.

Parle pour consoler mon âme inquiétée ; Parle pour la conduire à quelque amendement ; Parle, afin que U gloire ainsi plus exaltée Croisse éternellement.

Page 1