‹ Les cent meilleurs poemes (lyriques) de la langue françaiseChapitre 26 sur 49 · J, Le Cor · texte numérisé non relu

J, Le Cor

J'AIME le son du Cor, le soir, au fond des bois, Soit qu'il chante les pleurs de la biche aux abois, Ou l'adieu du chasseur que l'écho faible accueille. Et que le vent du nord porte de feuille en feuille.

Que de fois, seul, dans l'ombre a minuit demeuré, J'ai souri de l'entendre, et plus souvent pleuré ! Car je croyais ouïr de ces bruits prophétiques Qui précédaient la mort des Paladins antiques.

O montagne d'azur ! ô pays adoré !

Rocs de la Frazona, cirque du Marboré, Cascades qui tombez des neiges entraînées. Sources, gaves, ruisseaux, torrents des Pyrénées ;

Monts gelés et fleuris, trône des deux saisons, Dont le front est de glace et le pied de gazons ! C'est là qu'il faut s'asseoir, c'est là qu'il faut entendre Les airs lointains d'un Cor mélancolique et tendre.

ALFRED DE VIGNY

Souvent un voyageur, lorsque l'air est sans bruit, De cette voix d'airain fait retentir la nuit ; A ses chants cadencés autour de lui se mêle L'harmonieux grelot du jeune agneau qui bêle.

Une biche attentive, au lieu de se cacher. Se suspend immobile au sommet du rocher, Et la cascade unit, dans une chute immense. Son éternelle plainte aux chants de la romance.

Ames des Chevaliers, revenez-vous encor ? Est-ce vous qui parlez avec la voix du cor ? Roncevaux ! Roncevaux ! dans ta sombre vallée L'ombre du grand Roland n'est donc pas consolée

Tous les preux étaient morts, mais aucun n'avait fuL Il reste seul debout, Olivier près de lui ; L'Afrique sur le mont l'entoure et tremble encore. *• Roland, tu vas mourir, rends-toi, criait le More ;

" Tous tes pairs sont couchés dans les eaux des

torrents." — Il rugit comme un tigre, et dit : •* Si je me rends " Africain, ce sera lorsque les Pyrénées "Sur l'onde avec leurs corps rouleront entraînées."

— ** Rends-toi donc, répond-il, ou meurs, car les

voilà." Et du plus haut des monts un grand rocher roula. Il bondit, il roula jusqu'au fond de l'abîme, Et de ses pins, dans l'onde, il vint briser la cime.

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ALFRED DE VIGNY

— -" Merci, cria Roland ; tu m'as fait un chemin." Et jusqu'au pied des monts le roulant d'une main, Sur le roc affermi comme un géant s'élance, Et, prête à fuir, l'armée à ce seul pas balance.

Tranquilles cependant, Charlemagne et ses prçux Descendaient la montagne et se parlaient entre eux A l'horizon déjà, par leurs eaux signalées, De Luz et d'Argelès se montraient les vallées.

L'armée applaudissait. Le luth du troubadour S'accordait pour chanter les saules de l'Adour ; Le vin français coulait dans la coupe étrangère ; Le soldat, en riant, parlait à la bergère.

Roland gardait les monts ; tous passaient sans effroi. Assis nonchalamment sur un noir palefroi Qui marchait revêtu de housses violettes, Turpin disait, tenant les saintes amulettes :

•* Sire, on voit dans le ciel des nuages de feu ; ** Suspendez votre marche ; il ne faut tenter Dieu. **~Par monsieur saint Denis, certes ce sont des âmes •* Qui passent dans les airs sur ces vapeurs de flammes

'* Deux éclairs ont relui, puis deux autres encor." Ici l'on entendit le son lointain du Cor. — L'Empereur étonné, se jetant en arrière. Suspend du destrier la marche aventurière. M

ALFRED DE VIGNY

" Emcndez-vou8 ? dit-il. — Oui, ce sont des pasteuri " Rappelant les troupeaux épars sur les hauteurs, " Répondit l'archevêque, ou la voix étouffée " Du nain vert Obéron, qui parle avec sa Fée."

Et l'Empereur poursuit ; mais son front soucieux Est plus sombre et plus noir que l'orage des cieux. Il craint la trahison, et, tandis qu'il y songe, Le Cor éclate et meurt, renaît et se prolonge.

" Ma'heur ! c'est mon neveu ! malheur ! car, si

Roland " Appelle à son secours, ce doit être en mourant. " Arrière, chevaliers, repassons la montagne ! '* Tremble encor sous nos pieds, sol trompeur de

l'Espagne!"

rr.

Sur le plus haut des monts s'arrêtent les chevaux ; L'écume les blanchit ; sous leurs pieds, Roncevaux Des feux mourants du jour à peine se colore. . A l'horizon lointain fuit l'étendard du More.

— " Turpin, n'as-tu rien vu dans le fond du torrent? — ♦♦ J'y vois deux chevaliers : l'un mort, l'autre

expirant.

" Tous deux sont écrasés sous une roche noire ; " Le plus fort, dans sa main, élève un Cor d'ivoire, " Son âme en s' exhalant nous appela deux fois."

Dieu ! que le son du Cor est triste au fond des bois !

ALFRED DE VIGNY /}S. La Mort du Loup,

LES nuages couraient sur la lune enflammée Comme sur l'incendie on voit fuir la fumée. Et les bois étaient noirs jusques à l'horizon. Nous marchions, sans parler, dans l'humide gazon, Dans la bruyère épaisse et dans les hautes brandes, Lorsque, sous des sapins pareils à ceux des Landes, Nous avons aperçu les grands ongles marqués Par les loups voyageurs que nous avions traqués. Nous avons écouté, retenant notre haleine Et le pas suspendu. — Ni le bois ni la plaine Ne poussaient un soupir dans les airs ; seulement La girouette en deuil criait au firmament ; Car le vent, élevé bien au-dessus des terres. N'effleurait de ses pieds que les tours solitaires. Et les chênes d'en bas, contre les rocs penchés, Sur leurs coudes semblaient endormis et couchés. Rien ne bruissait donc, lorsque, baissant la tête. Le plus vieux des chasseurs qui s'étaient mis en quête A regardé le sable en s'y couchant ; bientôt, Lui que jamais ici l'on ne vit en défaut, A déclaré tout bas que ces marques récentes Annonçaient la démarche et les griffes puissantes De deux grands loups-cerviers et de deux louveteaux. Nous avons tous alors préparé nos couteaux, Et, cachant nos fusils et leurs lueurs trop blanches. Nous allions pas à pas en écartant les branches. Trois s'arrêtent, et moi, cherchant ce qu'ils voyaient, J'aperçois tout à coup deux yeux qui flamboyaient, Et je vois au delà quatre formes légères

ALFRED DE VIGNY

Qui dansaient sous la luoe au milieu des bruyères, Comme font chaque jour, à grand bruit sous no«

yeux.

Quand le maître revient, les lévriers joyeux. Leur forme était semblable et semblable la danse ; Mais les enfants du Loup se jouaient en silence. Sachant bien qu'à deux pas, ne dormant qu'à

demi, Se couche dans ses murs l'homme, leur ennemi. Le père était debout, et plus loin, contre un arbre. Sa louve reposait comme celle de marbre Qu'adoraient les Romains, et dont les flancs velus Couvaient les demi-dieux Rémus et Romulus. Le Loup vient et s'assied, les deux jambes dressées. Par leurs ongles crochus dans le sable enfoncées. Il s'est jugé perdu, puisqu'il était surpris. Sa retraite coupée et tous ses chemins pris ; Alors il a saisi, dans sa gueule brûlante. Du chien le plus hardi la gorge pantelante, Et n'a pas desserré ses mâchoires de fer, Malgré nos coups de feu, qui traversaient sa chair. Et nos couteaux aigus qui, comme des tenailles. Se croisaient en plongeant dans ses larges entrailles, Jusqu'au dernier moment où le chien étranglé. Mort longtemps avant lui, sous ses pieds a roulé. Le Loup le quitte alors et puis il nous regarde. Les couteaux lui restaient au flanc jusqu'à la garde, Le clouaient au gazon tout baigné dans ion sang ; Nos fusils l'entouraient en sinistre croissant. Il nous regarde encore, ensuite il se recouche. Tout en léchant le sang répandu sur sa bouche. Et, sans daigner savoir comment il a péri. Refermant ses grands yeux, meurt sans jeter un cri.

ALFRED DE VIGNY

J*ai reposé mon front sur mon fusil sans poudre, Me prenant à penser, et n'ai pu me résoudre A poursuivre sa Louve et ses fils, qui, tous trois. Avaient voulu l'attendre, et, comme je le crois, Sans ses deux louveteaux, la belle et sombre veuve Ne l'eût pas laissé seul subir la grande épreuve ; Mais son devoir était de les sauver, afin De pouvoir leur apprendre à bien souffrir la faim, A ne jamais entrer dans le pacte des villes Que l'homme a fait avec les animaux serviles Qui chassent devant lui, pour avoir le coucher, Les premiers possesseurs du bois et du rocher.

Hélas ! ai-je pensé, malgré ce grand nom d'Hommes, Que j'ai honte de nous, débiles que nous sommes ! Comment on doit quitter la vie et tous ses maux. C'est vous qui le savez, sublimes animaux ! A voir ce que l'on fut sur terre et ce qu'on laisse, Seul le silence est grand ; tout le reste est faiblesse. — Ah ! je t'ai bien compris, sauvage voyageur. Et ton dernier regard m'est allé jusqu'au cœur ! ■H disait : ** Si tu peux, fais que ton âme arrive, A force de rester studieuse et pensive. Jusqu'à ce haut degré de stoïque fierté Où, naissant dans les bois, j'ai tout d'abord monté. Gémir, pleurer, prier, est également lâche. Fais énergiquement ta longue et lourde tâche Dans la voie où le sort a voulu t'appeler. Puis, après, comme moi, souffre et meurs sans parler."

ALFRED DE VIGNY /p. La Maison du Berger.

SI ton cœur, gémissant du poids de notre yie, Se traîne et se débat comme un aigle blessé. Portant comme le mien, sur son aile asservie. Tout un monde fatal, écrasant et glacé ; S'il ne bat qu'en saignant par sa plaie immortelle, S'il ne voit plus l'amour, son étoile fidèle. Éclairer pour lui seul l'horizon effacé ;

Si ton âme enchaînée, ainsi que l'est mon âme. Lasse de son boulet et de son pain amer. Sur sa galère en deuil laisse tomber la rame. Penche sa tête pâle et pleure sur la mer. Et, cherchant dans les flots une route inconnue, Y voit, en frissonnant, sur son épaule nue, La lettre sociale écrite avec le fer ;

Si ton corps, frémissant des passions secrètes. S'indigne des regards, timide et palpitant ; S'il cherche à sa beauté de profondes retraites Pour la mieux dérober au profane insultant'; Si ta lèvre se sèche au poison des mensonges. Si ton beau front rougit de passer dans les songes D'un impur inconnu qui te voit et t'entend.

Pars courageusement, laisse toutes les villes ; Ne ternis plus tes pieds aux poudres du chemin ; Du haut de nos pensers vois les cités serviles Comme les rocs fatals de l'esclavage humain. Les grands bois et les champs sont de vastes asiles, Libres comme la mer autour des sombres îles. Marche k travers les champs une fleur à la main.

ALFRED DE VIGNY

La Nature t'attend dans un silence austère ; L'herbe élève a tes pieds son nuage des soirs» Et le soupir d'adieu du soleil à la terre Balance les beaux lis comme des encensoirs. La forêt a voilé ses colonnes profondes, La montagne se cache, et sur les pâles ondes Le saule a suspendu ses chastes reposoirs.

Le crépuscule ami s'endort dans la vallée Sur l'herbe d'émeraude et sur l'or du gazon, Sous les timides joncs de la source isolée Et sous le bois rêveur qui tremble à l'horizon. Se balance en fuyant dans les grappes sauvages, Jette son manteau gris sur le bord des rivages, Et des fleurs de la nuit entr'ouvre la prison.

Il est sur ma montagne une épaisse bruyère Où les pas du chasseur ont peine à se plonger, Qui plus haut que nos fronts lève sa tête altière, Et garde dans la nuit le pâtre et l'étranger. Viens y cacher l'amour et ta divine faute ; Si l'herbe est agitée ou n'est pas assez haute. J'y roulerai pour toi la Maison du Berger.

Elle va doucement avec ses quatre roues, Son toit n'est pas plus haut que ton front et tes yeux ; La^couleur du corail et celle de tes joues Teignent le char nocturne et ses muets essieux. Le seuil est parfumé, l'alcôve est large et sombre, Et, là, parmi les fleurs, nous trouverons dans l'ombre, Pour DOS cheveux unis, un lit silencieux.

Je verrai, si tu veux, les pays de la neige, Ceux où l'astre amoureux dévore et resplendit, 7a

ALFRED DE VIGNY

Ceux que heurtent les Tenta, ceux que la neige assiège, Ceux où le pôle obscur sous sa glace est maudit. . Nous suivrons du hasard la course vagabonde. Que m'importe le jour ? que m'importe le monde ? Je dirai qu'ils sont beaux quand tes yeux l'auront dit.

Ëva, qui donc es-tu ? Sais-tu bien ta nature ? Sais-tu quel est ici ton but et ton devoir ? Sais-tu que, pour punir l'homme, sa créature, D'avoir porté la main sur l'arbre du savoir, Dieu permit qu'avant tout, de l'amour de soi-même En tout temps, à tout âge, il fît son bien suprême, Tourmenté de s'aimer, tourmenté de se voir ?

Mais, si Dieu près de lui t'a voulu mettre, ô femme ! Compagne délicate ! Eva ! sais-tu pourquoi ? C'est pour qu'il se regarde au miroir d'une autre âme. Qu'il entende ce chant qui ne vient que de toi : — L'enthousiasme pur dans une voix suave. C'est afin que tu sois son juge et son esclave Et règnes sur sa vie en vivant sous sa loi. <

Ta parole joyeuse a des mots despotiques ; Tes yeux sont si puissants, ton aspect est si fort, Que les rois d'Orient ont dit dans leurs cantiques Ton regard redoutable à l'égal de la mort ; Chacun cherche à fléchir tes jugements rapides... — Mais ton coeur, qui dément tes formes intrépides, Cède sans coup férir aux rudesses du sort.

Ta pensée a des bonds comme ceux des gazelles, Mais ne saurait marcher sans guide et sans appui.

ALFRED DE VIGNY

Le sol meurtrit ses pieds, l'air fatigue ses ailes, Son œil se ferme au jour dès que le jour a lui ; ' Parfois, sur les hauts lieux d'un seul élan posée, Troublée au bruit des vents, ta mobile pensée Ne peut seule y veiller sans crainte et sans ennui.

Mais aussi tu n'as rien de nos lâches prudences, Ton cœur vibre et résonne au cri de l'opprimé, Comme dans une église aux austères silences L'orgue entend un soupir et soupire alarmé. Tes paroles de feu meuvent les multitudes, Tes pleurs lavent l'injure et les ingratitudes, Tu pousses par le bras l'homme... Il se lève armé.

C'est à toi qu'il convient d'ouïr les grandes plaintes Que l'humanité triste exhale sourdement.

Quand le cœur est gonflé d'indignations saintes, L'air des cités l'étoufFe à chaque battement. Mais de loin les soupirs de tourmentes civiles, S'unissant au-dessus du charbon noir des villes, Ne forment qu'un grand mot qu'on entend clairement.

Viens donc ! le ciel pour moi n'est plus qu'une auréole

Qui t'entoure d'azur, t'éclaire et te défend ;

La montagne est ton temple et le bois sa coupole ;

L'oiseau n'est sur la fleur balancé par le vent.

Et là fleur ne parfume et l'oiseau ne soupire

Que pour mieux enchanter l'air que ton sein respire ;

La terre est le tapis de tes beaux pieds d'enfant.

Eva, j'aimerai tout dans les choses créées, Je les contemplerai dans ton regard rêveur Qui partout répandra ses flammes colorées,

ALFRED DE VIGNY

Son repos gracieux, sa magique saveur :

Sur mon cœur déchiré viens poser ta main pure,

Ne me laisse jamais seul avec la Nature ;

Car je la connais trop pour n'en pas avoir peur.

Elle me dit : '* Je suis l'impassible théâtre Que ne peut remuer le pied de ses acteurs ; Mes marches d'émeraude et mes parvis d'albâtre, Mes colonnes de marbre ont les dieux pour sculpteurs. Je n'entends ni vos cris ni vos soupirs ; à peine Je sens passer sur moi la comédie humaine Qui cherche en vain au ciel ses muets spectateurs.

Je roule avec dédain, sans voir et sans entendre,

A côté des fourmis les populations ;

Je ne distingue pas leur terrier de leur cendre,

J'ignore en les portant les noms des nations.

On me dit une mère, et je suis une tombe.

Mon hiver prend vos morts comme son hécatombe,

Mon printemps ne sent pas vos adorations.

Avant vous, j'étais belle et toujours parfumée. J'abandonnais au vent mes cheveux tout entiers : Je suivais dans les cieux ma route accoutumée, Sur l'axe harmonieux des divins balanciers, Après vous, traversant l'espace où tout s'élance. J'irai seule et sereine, en un chaste silence Je fendrai l'air du front et de mes seins aitiers."

C'est là ce que me dit sa voix triste et superbe, Et dans mon cœur alors je la hais, et je vois Notre sang dans son onde et nos morts sous son herbe Nourrissant de leurs sucs la racine des bois. Et je dis à mes yeux qui lui trouvaient des charmes :

ALFRED DE VIGNY

" Ailleurs tous vos regards, ailleurs toutes vos larmes, " Aimez ce que jamais on ne verra deux fois."

Oh ! qui verra deux fois ta grâce et ta tendresse, Ange doux et plaintif qui parle en soupirant ? Quî naîtra comme toi portant une caresse Dans chaque éclair tombé de ton regard mourant, Dans les balancements de ta tête penchée, Dans ta taille dolente et mollement couchée, Et dans ton pur sourire amoureux et souffrant ?

Vivez, froide Nature, et revivez sans cesse Sur nos pieds, sur nos fronts, puisque c'est votre loi ; Vivez, et dédaignez, si vous êtes déesse, L'homme, humble passager, qui dut vous être un roi ; Plus que tout votre règne et que ses splendeurs vaines. J'aime la majesté des souffrances humaines ; Vous ne recevrez pas un cri d'amour de moi.

Mais toi, ne veux-tu pas, voyageuse indolente, Rêver sur mon épaule, en y posant ton front ? Viens du paisable seuil de la maison roulante Voir ceux qui sont passés et ceux qui passeront. Tous les tableaux humains qu'un Esprit pur m'apporte S'animeront pour toi quand devant notre porte Les grands pays muets longuement s'étendront.

Nous marcherons ainsi, ne laissant que notre ombre Sur cette terre ingrate où les morts ont passé ; Nous nous parlerons d'eux à l'heure où tout est sombre, Où tu te plais à suivre un chemin effacé, A rêver, appuyée aux branches incertaines. Pleurant, comme Diane au bord de ses fontaines, Ton amour taciturne et toujours menacé.

VICTOR HUGO

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