PAUL VERLAINE
çj. Mon Rêve familier.
JE fais souvent ce rêve étrange et pénétrant D'une femme inconnue, et que j'aime et qui m'aime, Et qui n'est chaque fois, ni tout à fait la même Ni tout à fait une autre, et m'aime et me comprend.
Car elle me comprend, et mon cœur transparent Pour elle seule, hélas ! cesse d'être un problème Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême, Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.
Est-elle brune, blonde ou rousse ? — Je l'ignore. Son nom ? Je me souviens qu'il est doux et sonore Comme ceux des aimés que la Vie exila.
Son regard est pareil au regard des statues. Et pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a L'inflexion des voix chères qui se sont tues.
ç8. Colloque sentimental,
DANS le vieux parc solitaire et glacé, Deux formes ont tout à l'heure passé.
Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles, Et l'on entend à peine leurs paroles.
Dans le vieux parc solitaire et glacé, Deux spectres ont évoqué le passé.
— Te souvient-il de notre extase ancienne ?
— Pourquoi voulez-vous donc qu'il m'en souvienne ?
— ToD cœur bat-il toujours à mon seul nom ? Toujours Tois-tu mon âme en rêve ? — Non.