A Cassandre
MIGNONNE, allons voir si la rose Qui ce matin avait déclose Sa robe de pourpre au soleil
PIERRE DE RONSARD
A point perda, cette yesprée.
Les plis de sa robe pourprée, Et son teint au vôtre pareil.
Las ! voyez comme en peu d'espace, Mignonne, elle a dessus la place.
Las ! las ! ses beautés laissé choir ! O vraiment marâtre Nature, Puis qu'une telle fleur ne dure Que du matin jusques au soir !
Donc, si vous me croyez, mignonne, Tandis que votre âge fleuronne En sa plus verte nouveauté.
Cueillez, cueillez votre jeunesse :
Comme à cette fleur, la vieillesse Fera ternir votre beauté.
â. A la Forêt de Gastine.
COUCHÉ sous tes ombrages verts,
Gastine, je te chante Autant que les Grecs, par leurs vers,
La forêt d'Erymanthe :
Car, malin, celer je ne puis
A la race future De combien obligé je suis
A u belle verdure.
Toi qui, sous l'abri de tes bois.
Ravi d'esprit m'amuses ; Toi qui fais qu'à toutes les fois
Me répondent les Muses ; Toi par qui de l'importun soin
Tout franc je me délivre.
PIERRE DE RONSARD
Lors qu'en toi je me perd» bien loin,
Parlant avec un livre, Tes bocages soient toujours pleins
D'amoureuses brigades De satyres et de sylrains,
La crainte des naïades !
En toi habite désormais
Des Muses le collège.
Et ton bois ne sente jamais
La flamme sacrUége !
De rÉlection de son Sépulcre.
ANTRES, et vous fontaines, De ces roches hautaines Qui tombez contre-bas D'un glissant pas ;
Et vous forêts, et ondes Par ces prés vagabondes, Et vous rives et bois, Oyez ma voix.
Quand le ciel et mon heure Jugeront que je meure, "x Ravi du beau séjour
Du commun jour,
Je défends qu'on ne rompe Le marbre pour la pompe De vouloir mon tombeau Bâtir plus beau.
PIERRE DE RONSARD
Mat» bien je veux qu'un arbre M'ombrage en lieu d'un marbre, Arbre qui soit couvert Toujours de vert.
De moi puisse la terre Engendrer un lierre M 'embrassant en maint tour Tout à l'entour ;
Et la vigne tortisse Mon sépulcre embellisse, Faisant de toutes parti Un ombre épars.
Là viendront chaque année A ma fête ordonnée, Avecques leurs troupeaux.
Les pastoureaux :
Puis, ayant fait l'office Du dévot sacrifice.
Parlants à l'ile ainsi.
Diront ceci :
** Que tu es renommée D'être tombeau nommée D'un de qui l'univers Chante les vers,
** Et qui oncque en sa vie Ne fut brûlé d'envie D'acquérir les honneurs Des grands seigneurs,
PIERRE DE RONSARD
** Ni n'enseigna l'usage De l'amoureux breuvage, Ni l'art des anciens Magiciens,
*♦ Mais bien à nos campagnes Fit voir les Sœurs compagnes Foulantes l'herbe aux sons De ses chansons,
** Car il fit à sa lyre Si bons accords élire Qu'il orna de ses chants Nous et nos champs !
** La douce manne tombe A jamais sur sa tombe.
Et l'humeur que produit En mai la nuit !
" Tout à l'entour l'emmure L'herbe et l'eau qui murmure.
L'un toujours verdoyant, L'autre ondoyant !
" Et nous, ayant mémoire Du renom de sa gloire.
Lui ferons, comme à Pan, Honneur chaque an."
Ainsi dira la troupe.
Versant de mainte coupe Le sang d'un agnelet.
Avec du lait,
PIERRE DE RONSARD
Dessua moi, qai à l'heure Serai par la demeure Où les heureux esprit»
Ont leur pourpris.
La grêle ni la neige N'ont tels lieux pour leur siège, Ni la foudre oncques là Ne dévala.
Mais bicD constante y dnrc L'immortelle verdure.
Et constant en tout temps Le beau printemps.
Et Zéphire y haleine Les myrtes et la plaine Qui porte les couleurs De mille fleurs.
Le soin qui sollicite Les rois ne les incite Le monde ruiner Pour dominer,
Mais comme frères Tirent* Et, morts, encore suivent Les métiers qu'ils avaient Quand ils vivaient.
Là, là j'oirsd d'Alcée La lyre courroucée, Et Sapphon, qui sur tous Sonne plus doux.
PIERRE DE RONSARD
Combien ceux qui entendent Les odes qu'ils répandent Se doivent réjouir De les oaïr 1
La seule lyre douce L'ennui des cœurs repousse, Et va l'esprit flattant De l'écouunt.