‹ Les cent nouvelles nouvelles publiéesChapitre 106 sur 156 · ES ES 2 + EE · texte numérisé non relu

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sa dicte hostesse luy avoit mise, Et ainsi qu’il vint vers la chambre d’elle, il entra et la trouva toute seulle ; laquelle le receut et luy fist tresbonne chere, car la table y estoit mise. Lequel Jehan requist que avecques elle il peust soupper, affin de eulx mieulx ensemble deviser : ce qu’elle ne luy voult de prime face accorder, disant qu’elle pourroit avoir charge si on le trouvoit avec elle. Mais il luy requis[t], tant qu’elle le luy accorda. Et le soupper fait, qui sembla estre audit Jehan moult long, se joignit avecques sa dicte hostesse ; et après ce s’esbatirent ensemble si comme nu a nu. Et avant qu'il entrast en la dicte chambre, il avoit bouté en ung de ses doiz ung aneau d’or garny d’un beau gros dyamant qui bien povoit valoir la somme de trente nobles. Et en eulx deflectJant ensemble, ledit aneau luy cheut de son doy dedans le lit, sans ce qu’il s’en apperceust. Et quand ilz eurent illec esté ensemble jusques apres la xj® heure de la nuyt, la dicte damoiselle luy pria moult doulcement que en gré il voulsist prendre le plaisir qu’elle luy avoit peu faire, et que a tant il fust content [de] soy habiller et partir de la dicte chambre, aflin qu’il n’y fust trouvé de son mary, qu’elle actendoit si tost que la mynuyt seroit sonnée, et qu’il luy voulsist garder son honneur, comme il luy avoit promis. Lequel, ayant doubte que ledit mary ne retournast incontinent, se leva, habilla et partit d’icelle chambre ainsi que xij heures estoient sonnées, sans avoir souvenance de son dict dyamant qu’il avoit laissé ou lit. Et en yssant hors de la dicte chambre et au plusprès d’icelle, le dit Jehan Stotton encontra le dit Thomas Brampton, son compaignon, cuidant que ce fust son hoste Richard. Et pareillement le dit Thomas, qui venoit a l'heure que sa dame luy avoit mise, semblablement cuida que le dit Jehan Stotton fust le dit Richard, et attendit ung peu pour savoir quel chemin tiendroit celuy qu’il avoit encontré. Et puis s’en alla et entra en la chambre de la dicte hostesse, qu’il trouva comme entrouverte ; laquelle tint maniere comme toute esperdue et effrayée, en demandant au dit Thomas, en maniere de grand doubte et paour, s’il avoit point encontré son mary qui [se] partoit d'illec pour aller au guet. Lequel luy dist que trop bien avoit encontré ung homme, mais il ne savoit qui il estoit, ou son mary ou aultre, et qu’il avoit ung peu actendu pour veoir quel chemin il tiendroit. Et quand elle eut ce 0Y, elle print hardeiment de le baiser, et luy dist qu’il fust le bien venu. Et assez tost après, sans demander qui l’a perdu ne gaigné, le dit Thomas trousse la damoiselle sur le lit en faisant cela. Et puis après, quand elle vit que c’estoit, acertes se despoillerent et entrerent tous deux ou lit, car ilz firent armes en sacrifiant au dieu d’Amours et rompirent pluseurs lances. Mais en faisant les dictes armes il advint au dit Thomas une adventure, car il sentit soubz sa cuisse le dyamant que le dit Jehan Stotton y avoit laissé ; et comme non fol ne esbahy, le print et le mist en l’un de ses doiz. Et quand ilz eurent esté ensemble jusques a lendemain de matin, que la cloche du guet estoit prochaine de sonner, a la requeste de la dicte damoiselle il se leva, et en partant s’entreacolerent ensemble d’un baisier amoureux. Ne demoura guere que le dit Richart retourna du guet, ou il avoit esté toute la nuyt, en son hostel, [fort] refroidy et eschargé du fardeau

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de sommeil, qui trouva sa femme qui se levoit ; laquelle luy fist faire du feu et s’en alla coucher et reposer, car il estoit traveillé de la nuyt, et fait a croire que aussi estoit sa femme. Car, pour la doubte qu’elle avoit eue du traveil de son mary, elle avoit bien peu dormy toute la nuyt. Et environ deux jours après toutes ces choses faictes, comme les Anglois ont de coustume après qu'ilz ont oy la messe d’aller desjeuner en la taverne au meïlleur vin, lesdictz Jehan et Thomas se trouverent en une compaignie d’aultres gentilzhommes et marchans et allerent ensemble desjeuner, et se assirent les dictz Stotton et Brampton l’un devant l’autre. Et en mengeant, le dict Jehan regarda sur les mains du dit Thomas, qui avoit en ung de ses doiz le dict dyamant. Et quand il l’eut grandement advisé, il luy sembloit vrayement que c’estoit celuy qu’il avoit perdu, ne savoit en quel lieu et quand, et pria au dit Thomas qu’il luy voulsist monstrer le dit dyamant, lequel luy baïlla. Et quand il l’eut en sa main, recogneut bien que c’estoit le sien, et demanda au dit Thomas dont il luy venoit, et qu’il estoit sien. À quoy le dit Thomas respondit au contraire que non, et que a luy appartenoit. Et le dit Stotton maintenoit que depuis peu de temps l’avoit perdu, et que, s’il l’avoit trouvé en leur chambre ou ilz couchoient, qu'il ne faisoit pas bien de le retenir, attendu l'amour et fraternité qui tousjours avoit esté entre eulx deux ; tellement que pluseurs haultes parolles s’en ensuyvirent, et fort se animerent et courrousserent l’un contre l’autre. Toutesvoies le dit Thomas vouloit tousjours ravoir le dit dyamant ; mais n’en peut finer. Et quand les aultres gentilzhommes et marchans virent la dicte noise, chacun s’employa a l’accordement d’icelle, pour trouver maniere de les appaiser ; mais rien n’y valoit, Car celuy qui perdu avoit le dit dyamant ne le vouloit laisser partir de ses mains, et celuy qui l’avoit trouvé le vouloit ravoir, et tenoit a belle adventure que d’avoir eu cest eur et avoir joy de l'amour de sa dame ; et ainsi estoit la chose difficile a appoincter. Finalement l’un des dictz marchans, voyant que ou demené de la matere on n’y proufftoit en riens, il dist qu’il luy sembloit qu’il avoit advisé ung autre expedient, dont les dictz Jehan et Thomas devroient estre contens. Mais il n’en diroit mot si les dictes parties ne se soubzmettoient, en peine de dix nobles, que de tenir ce qu’il en diroit ; dont chacun de ceulx estans en la dicte compaignie dirent que bien avoit dit ledit marchant, et inciterent lesdictz Jehan et Thomas de faire ladicte soubzmission, et tant en furent requis qu’ilz s’i accorderent. Lequel marchant ordonna que le dit dyamant seroit mis en ses mains, puis que tous ceulx qui dudit different avoient parlé et requis de l’appaiser n’en avoient peu estre creuz, et que après ce, que, eulx partiz de l’ostel ou ils estoient, au premier homme, de quelque estat ou condicion qu’il fust, qu’ilz rencontreroient a l’yssue du dit hostel, compteroient toute la maniere dudit different et noise estant entre les ditz Jehan et Thomas ; et ce qu’il en diroit ou ordonneroit seroit tenu ferme et stable par les dictes deux parties. Ne demoura gueres que dudit hostel se partit toute la compaignie, et le premier homme qu’ilz encontrerent au dehors d’icelluy, ce fut le dit Richard, hoste des dictes deux parties. Auquel par le dit

marchant fut dit et narré toute la maniere du dit différent. Lequel Richard, après ce qu'il eut tout oy et qu’il eut demandé a ceulx qui illec estoient presens si ainsi en estoit allé, et que les dictes parties ne s’estoient voulu laisser appoincter et appaiser par tant de notables personnes, dist par sentence que ledit dyamant luy demourroit comme sien et que l’une ne l’autre des parties ne l’aroit. Et quand le dit Thomas vit qu’il avoit perdu l’adventure de la treuve du dit dyamant, fut bien desplaisant. Et fait a croire que autant l’estoit le dit Jehan Stotton, qui l’avoit perdu. Et lors requist le dit Thomas a tous ceulx qui estoient en la compaignie, reservé leur dit hoste, qu’ilz voulsissent retourner en l’ostel ou ilz avoient desjeuné, et qu’ilz leur donneroit à disner, affin qu'ilz fussent advertiz de la maniere et comment le dit diamant estoit venu en ses mains. Tous lesquelx luy accorderent. Et en attendant le disner qui s’appareilloit, leur compta l’entrée et la maniere des devises qu’il avoit eu avecques son hostesse, comment et à quelle heure elle luy avoit mis heure pour se trouver avecques elle, tantdiz que son mary seroit au guet, et le lieu ou le dyamant avoit esté trouvé. Lors le dit Jehan Stotton, oyant ce, en fut moult esbahy, soy donnant grand merveille et en soy signant, dist que tout le semblable luy estoit advenu en la propre nuyt, ainsi que cy devant est declaré ; et que il tenoit fermement avoir laissé cheoir son dyamant ou le dit Thomas l’avoit trouvé, et qu’il luy devoit faire plus mal de l’avoir perdu qu’il ne faisoit audit Thomas, lequel n’y perdoit rien, car il luy avoit chier cousté, À quoy ledit Thomas respondit qu’il ne le devoit point plaindre si leur hoste l’avoit adjugé estre sien, attendu que leur hostesse en avoit eu beaucop a souffrir, et qu’il avoit eu le pucellage de la nuytée, et le dit Thomas avoit esté son page et de son escuyrie et allant après luy. Et ces choses contenterent assez bien le dit Jehan Stotton de la perte de son dyamant, pource que aultre chose n’en povoit avoir. Et de ceste adventure tous ceulx qui presens estoient commencerent a rire et menerent grand joye. Et après ce qu’ilz eurent disné, chacun retourna ou bon lui sembla.

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