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Ï. LE MANUSCRIT DE GLASGOW

Le manuscrit de Glasgow présente dans la suite de cent petites miniatures que l’on trouvera dans un album spécial à la fin du présent ouvrage, une illustration littérale et complète des Cent Nouvelles nouvelles. On n’en saurait dire autant de l’édition de Vérard dont les bois, spécialement gravés pour certaines nouvelles, se répèteront au cours de son ouvrage et en illustreront d’autres, très légèrement modifiés parfois. Car Vérard était vraiment un homme d’affaires et d'argent, et sa réputation d’éditeur artiste est, à surfaite.

Comme nous ne possédons plus le manuscrit conservé dans la bibliothèque des ducs de Bourgogne, « historié en plusieurs lieux de riches histoires », il se trouve que le manuscrit

cet égard, quelque peu

de Glasgow est à la fois unique par son texte et par ses illustrations.

11 me semble que l’enlumineur qui inventa ces petites images, entre 1480 et 1490, sans être un artiste de valeur, n’est pas négligeable. Il appartenait sans doute au centre de la France, à cette école de Tours si florissante précisément au temps de Louis XI, à l’âge de Fouquet et de Jean Bourdichon. Il a leur gai coloris. Comme ces maîtres, notre enlumineur aime les paysages de chez nous, leurs collines bleutées, leurs miroirs d’eau. Comme eux, il habille du costume romain tout doré les chevaliers et les soldats. Les villes, les places publiques ne semblent pas évoquer les villes du Nord et leurs beffrois. Les femmes qu’il met en scène portent encore l’atour assez bas dont la mode est caractéristique vers 1480, ou la longue robe serrée à la taille. Les hommes ont des bonnets larges, une robe qui descend au-dessous du genou quand leur condition l'exige. Plus de hauts bonnets pointus, de souliers à la poulaine, comme on les voit en Flandres alors, et antérieurement un peu partout. Les souliers sont légèrement carrés, mais sans cette exagération que nous pouvons remarquer plus tard, au temps de Louis XII.

Petites images précieuses, puisqu'elles commentent exactement les récits des conteurs. Et le miniaturiste sait les disposer en deux, en trois, en quatre scènes, suivant les épisodes du conte. Que de détails, on peut le dire, jamais vus, dans les intérieurs, dans les pièces du costume, dans ces lits encourtinés à la française, aux beaux draps blancs, où sont nos bons compagnons tout nus.

On hésiterait à publier ces images puisque plusieurs sont assez libres. Mais on ignore,

en ce temps-là, le libertinage. Disons seulement que ces images sont naturelles, comme naturel est le récit du conteur; mais une image est toujours plus directe qu’une parration.

Fallait-il laisser dans l’oubli ce document sur la vie de nos pères ? Nous avons pensé que ce serait dommage, car nous n’avons rien vu de pareil à cette époque ; et si de telles images ont existé, elles ont disparu.

IT. LEs ÉDITIONS D’ANTOINE VÉRARD.

Quand Vérard publia, le 24 décembre 1486, sur le pont Notre-Dame et au Palais, son édition des Cent Nouvelles nouvelles ?, il était encore à ses débuts. Il venait d'éditer, dans l’espace d’une année, des livres amusants et utiles : le Décaméron de Boccace ou Lavre des Cent nouvelles (22 novembre 1485), les Ditz moraux des philosophes (27 avril 1486), le Livre des prouffits champestres (10 juillet 1486). Mais cet homme avisé va maintenant donner ses soins au recueil de contes qui, dans sa pensée, fait suite au Décaméron italien. Vérard publie le Décaméron français.

Le livre, imprimé en petits caractères très nets, à deux colonnes, s’ouvre par une planche vraiment intéressante. Le dauphin Louis est sur un trône, sous les armes de France, et derrière lui on voit l'emblème héraldique du dauphin. Il écoute, tenant les rouleaux, la lecture des manuscrits des conteurs qui l'entourent dans une plaisante chambre à poutrelles et aux fenêtres à verrières. A droite, assis dans un fauteuil à haut dossier, est un personnage portant un chaperon déchiqueté à la mode de Bourgogne et le collier de la Toison d’or. Sa figure semble animée ; il tient son manuscrit à la main et fait son conte. Sans aucun doute, le dessinateur a voulu représenter Monseigneur de Bourgogne. Et les personnages qui entourent Louis et Philippe, le rouleau à la main, avec leurs belles robes, leurs bonnets, leurs chapeaux à plumes, sont nos Conteurs. |

Ce curieux bois orne précisément la dédicace des Cent Nouvelles nouvelles : « À mon tres redoubté seigneur Monseigneur le duc de Bourgoingne et de Brebant ». Alors, pourquoi Vérard ajoute-t-il la note qui ne doit tromper personne : « Et notez que par toutes les nouvelles ou il est dit Monseigneur, il est entendu par Monseigneur le daulphin lequel depuis a succedé a la couronne, et est le roy Loys unsieme, car il estoit lors es pays du duc de Bourgoingne »? Parce qu’il faut toujours parer la marchandise. Et la table qui ouvre le volume, Vérard l’orne du joli bois qui figurait en tête de son Sydrach Philozaphe ?.

Avec les Cent Nouvelles nouvelles, Vérard publie son premier livre à gravures. Le Décaméron de 1485 $ n’est orné que d’une image, et des plus grossières * ; le Livre des prouffits champestres, de quelques petits bois assez rudes .

Les Cent Nouvelles nouvelles, comme le Décaméron, sont imprimées à deux colonnes, avec les beaux caractères de Pierre Levet. Mais cette fois, Vérard édite un livre illustré finement ;

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