‹ Les cent nouvelles nouvelles publiéesChapitre 45 sur 156 · DE DIJON, L’AN MIL IIT: XXXII · texte numérisé non relu

DE DIJON, L’AN MIL IIT: XXXII

Il y a à, à mon sentiment, un texte de haute valeur, indiquant qu’un des très obéissants serviteurs du duc de Bourgogne, désirant marquer sa reconnaissance pour toutes les nobles intentions de son patron envers lui, a « mis en termes et sur pied », à la requête de Philippe le Bon, ce « petit œuvre », à l’instar des cent nouvelles italiennes, rassemblant des histoires de fraîche mémoire pour composer cent nouvelles françaises.

Corrigeons, tout d’abord, une faute évidente de transcription (il y en a bien d’autres dans le ms. de Glasgow, comme dans le texte de Vérard). |

Philippe le Bon étant mort, à l’âge de 71 ans, le 15 juin 1467, et les plus récentes nouvelles étant postérieures à 1456 (nous montrerons plus loin que le terme extrême de la datation est : 1456-1461), une correction s'impose qui résulte de la mauvaise lecture des chiffres arabes : -

DE DIJON, L’AN MIL IIIJe LXII.

Quel est l’auteur qui 2 pu adresser à Philippe le Bon son recueil de contes en 1462 et qui a pu le dater de Dijon ? Quel est l’homme, de grand talent, qui a pu « mettre sur pied » ces récits ? Il n’y en a qu’un. C’est le seigneur de la Roche, Philippe Pot, qui est par surcroît le conteur principal avec quinze nouvelles. Si on ajoute à son acquit les cinq nouvelles de l'acteur, Philippe Pot est l’auteur d’un cinquième des contes de notre recueil 1.

Nous avons esquissé la physionomie de ce personnage si sympathique, si humain, qui pouvait avoir 32 ans en 1462. Philippe le Bon avait été le parrain de ce descendant de bourgeois qui venaient d’arriver à la noblesse et qui créaient autour d’eux une légende de preux ?. Philippe Pot, dans sa jeunesse, passait pour avoir été beau comme Énée (ÆNEAS FACIE). Il maniait un cheval et les armes avec une grâce extraordinaire %. Chastellain loue son éloquence 4 et dit qu’il avait le « don de parler 5 ». Louis XI aimait sa conversation . Mais Philippe Pot avait aussi le talent d’écrire, comme le montre la lettre que nous publions dans les pièces justificatives 7. Le discours qu’il prononça aux États de 1483 est déjà un modèle d’éloquence parlementaire, par sa force de persuasion et son éclat 8. La belle épitaphe latine qui le magnifie en 1494 le désigne simplement comme un émule de Cicéron, T'ULLIUS ELOQUIO®.

1. Le tableau de la Topographie des Cent Nouvelles montre que la Bourgogne tient la tête dans cette nomenclature. La nouvelle 14 (dans la bouche de Créquy) mentionne la rivière d’Ouche. Philippe Pot était seigneur de Thorey-sur-Ourche.

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