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LÀ XXIX* NOUVELLE

PAR MONSEIGNEUR

N’a pas cent ans du jour d’huy, que ung gentil homme de ce royaulme voulut scavoir et esprouver l’aise qu’on a en mariage; et, pour abregier, fist tant, que le très désiré jour de ses nopces fut venu. Apiè.s les 1res bonnes chieres et aultres passetemps accoustumez, l’espousée fut couchée, et une certaine pièce "après, la suyvit et se coucha au plus près d’elle, et sans delay incontinent bailla l’assault à sa forteresse. A quelque meschief que ce feust, il entra dedans et la gaigna; mais vous devez entendre qu'il ne fist pas ceste conqueste, sans faire foison d’armes qui longues seroient à racompter;'car, ainçois qu’il venist* au donjon du chasteau, force Iny fut de gaigner et emporter bcllevres®, baubliercs® et plusieurs aultres forts dont la place estoit bien garnie, comme celle qui jamais n’avoit esté prinse, au moins dont fut encores grant nouvelle, et que la nature avoit mis à deffence. Quant il fut maistre de la place, il rompit sa lance, et lors

' C'est le mot latin veniai, dont l'a ne se prononçait pas, et qui a Tait vint, par contraction.

* Ou balévre, la lèvre d'en bas, les fausses lèvres. C'était aussi, au figuré, un terme d'architecture militaire.

® Les éditions modernes portent baubeliers, ce qui n'est pas plus intelligible. Nous ne savons s'il faut lire bmbliéres ou haublières, et nous avions proposé banlieues; mais cette correction ne représente pas, sans doute, le sens du texte, qui doit donner plutôt un terme de fortification employé à double sens.

192 LES CEKT NOCVELLES NOUVELLES.

cessa l’assaull et ploya l’oeuvre. Ür, ne fait pas à oublia' que la bonne damoiselle qui se vit en la inercy de ce gentil homme son mary, qui desja avoit fourraigé la pluspart de son manoir, luy voulut monstrer ung prisonnier qu’elle tenoit en ung secret lieu cncloz et enfermé : et, pour parler plain, elle se délivra, cy prins cy mis*, après ceste première course, d’ung très beau filz,dont son mary se trouva si très honteux et tant esbahy, qu’il ne scavoit sa maniéré, sinon de soy taire. Et, pour honnestelé et pitié-''-; qu’il eut de ce cas, il servit la raere et l’enfant de ce qu’il scavoit faire. Mais crcez que la povre gentil femme, à cest coup, getta un bien hault et dur cry, qui de plusieurs fut clerement ouy et entendu, qu’ilz cuidoient, à la vérité, qu’elle gcttast ce cry à la despucellcr, comme c’est la couslume en ce royaulme*. Pendant ce temps, les gentilz hommes de l’ostel, où ce nouveau marié demouroit, vindrent heurter à l’huys de ceste chambre et apporloient le chaudeau; ils heurteront beaucoup, sans ce que ame respondist. L’espousée en estoit bien excusée, et l’espousé n’avoit pas cause de trop caqueter: « Et qu’est-ce cy? di— rent-ilz. N’ouvrirez-vous pasl'buys? Se vous ne vous bas- ' tcz, nous le romprons; le chaudeau, que nous vous apportons, sera tantost tout froid. » Et lors recommencèrent à heurter de plus belle. Mais le nouveau marié ne eust pas dit ung mot pour cent frans, dont ceulx du dehors ne scavoient que penser, car il n’estoit pas muet de couslumc. Au fort, il se leva, et print une longue robe qu’il avoit, et laissa ses compaignons entrer dedans, qui tantost demanderont se le chaudeau estoit gaigné et qu’ilz l’ap-

' I.OCUÜOD proverl)iale, qui équivaut & tant bien que mal.

* Cette .singulière coutume, qui obligeait une épousée à pvocla- . Tucr cUe-méino sa défaite par un grand cri, auquel les garçons de la noce répondaient, en pénétrant dans la chambre nuptiale, et en apportant le rhaudeau, existait même à la cour de France, comme on le voit dans un Chant nuptial de Clément Uarol, en riionneur du mariage de madame Bcnée de France avec le duc de Fcrrarc. >

LES' CETST NOUVELLES NOUVELLES. lOr.

iwiioient à Padventure. Et lors img d'entre eulx couvrit la table et mist le banquet dessus, car ilz estoient en lieu, pour ce faire, et où rien n’cstoit espargné en telz cas et aultres semblables. Hz s’assirent tous au meiigicr *, et bon mary print sa place en une chaire à doz, assez près de son lit, tant simple et tant piteux, qu’on ne le vous scauroit dire. Et quelque chose que les aultres dissent, il ne sonnoit 4)3s ung mot, mais se teuoit comme une droite statue ou ^ùne ydole entaillie : «Et qu’est-ce cy? disl Pung. Ne prenez-vous point garde à la bonne chiere que nous fait nostre oste? Encores a-il h dire ung seul mot. — lia dea, dist Paultre,ses bourdes -sont rabaissiez.— Par ma foy, distle tiers, mariage est chose de grant vertu ; regardez quant à une heure qu’il a este marié, il a jà perdu la force de sa langue. S’il est jamais longuement, je ne donneroye pas maille de tout le surplus ! » Et, à la vérité dire, il estoit auparavant ung très gracieux fai seur, et tant bien luy seoit que merveilles; et ne disoit jamais une parolle, puis qu’il estoit en gogues^, qu’elle n’apportast avec elle son ris. Mais il en estoit pour l’heure bien rebouté. Cesgentilz hommes et ces gentilz compaignons beuvoient d’aut.ant et d’autel, et à l’espousé et à l’espousée, mais au Oyable des deux, s’ilz avoient faim de boire : Pung enraigeoit tout vif, et Paultre n’ estoit pas moins malaisé^: « Je ne me congnois en ceste manière, dist ung gontil homme ; il nous fault festoier de uous-mesmes. Je ne vis jamais homme, de si hault esternu ®, si tost rassis pour une

* C’esl-à-dire : pour prendre part à la collation.

* Gaietés, goguettes, feux de joie. Ce mot ne vient pas’de l’ilalien, biirla, comme le dit Ménagé, mais de borcUe, brandons de paille allumée, que les paysans agitaient, en courant, le premier dimanclie de Carême.

^ En goguette, on train de rire.

* Pour : mal à l'iiite.

'' Il faut peut-être lire : de si haut etlreune, ce qui signilierait : de ai tonne mine. Nous proposons encore de voir, dans le mot etterm, la trudiirtion du latin atrenuiis, vigoureux, vaillant.

194 LES CENï .NOl’\ ELLES NOLVELLES.

femme : j’ay veu que on n’eust ouy pas Dieu tonn.-i- en une compaignie où il feiist; ut il se tient plus quoy que ung feu couvert! lia ilea! ses liaultcs parullus sont bien bas entonnées maintenant ! — Je l)oy à vous, espousé ! » disoit l’aullre. Mais il n’estoit pas plegié *, car il jeunoit de boire, de mengier, de bonne chiere faire, et de parler. Non pourtant; assez bonne piece après, quand il eust bien esté reprouvé et rigole * de ses compaignons, et, comme un sanglier mis aux abois de tous coustez, il dist : « Messeigneurs, quant je vous ay bien entendus, qui me sermonnez si très fort de parler? Je veuil bien que vous saichiez que j’ay bien cause de beaucoup penser, et de moy taire tout quoy; et si suis seur qu'il n’y a nul qui n’en iist autant, s’il en avoit le pourquoy comme j’ay. Et, par la mort bieu, se j’estoye aussi riche que le Roy, que Monseigneur"*, et que tous les princes chrestiens, si ne scauroye-je fournir ce qui m’est apparent d’avoir à entretenir. V^ecy, pour ung povre coup, que j’ay accolié ma femme, die m’a fait ung enfant ! Or reganlcz, se à cbascunc fois que je recommenceray, elle en fait autant, de quoy je pourray nourrir le mesnage? — Comment, ung enfant? dirent ses compaignons. — Voire, voire, vraiement, ung enfant! Vecy de quoy, regardez ! » El lors se tourne vers son lit et lieve la couverture et leur monstre : « Tenez, dist-il, vêla la vache et le veau ! Suis-je pas bien parly *? » Plusieurs de lu compaignie furent bien esbahys et pardonnèrent à leur oste sa simple chiere ®, et s’en allèrent chascun en sa chascuue °. Et le povre nouveau marié

' On ne lui tenait pas tête. Pleige, du bas latin plegiuf, signifiait caution, garant ; cautionner, se faire garant, ei, par analo-

gie, répondre à un toast, faire raison d’une santé qu’on porte à table.

* Itaillc plaisamment.

* Le Roi, c’est le roi de France ; Uonseigneiir, le duc de Bourgogne.

* Partagé, loti.

“ Sa piteuse mine.

® F.n .«îa maison, rcitc phrase est encore proverbialo ; mais, au lieu de chacune, on dit chacnniire.

abandonna, ceste première nuyt, la nouvelle accouchée, et, doublant que elle n'en fist une aultre fois autant, oiicques puis ne s’y ti’ouva.

LA XXX' NÔÜVELLE

ViR aOKSKlGNEOR DE BEACVOIH

, |L est vray, comme l’Evangile, que trois bons marchans JdeSavoyese mis<lrent au chemin avec leurs femmes, pour aller en pelerinaige à Sainct-Anlhoine de Viennois Et pour y aller plus dévotement rendre à Dieu et à monseigneur sainct Ânthoine leur voyaige plus agréable, ilz conclurent avec leurs femmes, dès le partir de leurs maisons, que, tout le voyaige, ilz ne coucheroient pas avecques elles, mais eu continence yront et viendront. Hz arriveront, ung soir, en la ville, à ung très bon logis, et firent au souper très bonne chiere, comme ceulx qui a voient très bien de quoy, et qui très bien le sceurent faire ; et croy et tiens fermement, se ne feust la promesse du voyaige, que chascun eust couché avec sa chascune. Toutesfoys ainsi n'en advint pas, car, quant il fut heure de soy retraire, les femmes donnèrent la bonne nuyt à leurs marys et les laissèrent; et se bouteront en une chambre, au plus près, où elles avoient fait couvrir chascune son lit. ür devez-vous scavoir que, ce soir pfbpre, arrivèrent leans trois cordeliers qui s'en alloient à Gc-

* C’est l'ancienne ville de la Hothe-Saint-Didier, on Dauphiné, qui avait pris le nom de Saint-Antoine, à cause des reliques de ce saiut qu’on y apporta au onzième siècle.

ncsve, qui furent ordonnez à coucher en une chambi’e non pns trop loingtaine de la chambre aux marchandes. Lesquelles, puis qu'elles furent entre elles, commencèrent à deviser de cent mille propos, et seinbloit, pour trois qu’il y en avoit, qu’on en oyoit la noise * qu’il suffi- \ roit ouyr d’un quaiTeron.

Ces bons cordeliers, oyans ce bruit de femmes, saillirent de leurs chambres, sans faire effroy ne bruyt, et tant approchèrent de l’huys, sans estre ouys, qu’ilz apperceurent ces trois belles damoisel les qui estoient chascune à part elles, en ung beau lit assez grant et large pour le deuxiesme recepvoir d’aultrecousté; puis, se revirerent, et entendirent les marys qui se couchoicnt en l’aultre chambre, et puis dirent que fortune et honneur à ceste heure leur court sus*, et qu’ilz ne sont pas dignes d'avoir jamais • nulle bonne adventure, se ceste, qu’ilz n’ont pas à pourchasser, par laschcté leur escha|)oit. « Si, dist l’ung, il ne fault aultre deliberation en iiostre fait ; nous sommes trois, et elles, trois : chascun prengne sa place, quant elles seront endormies. » S'il fut dit, aussi fut-il fait : et si bien vint à ces bons freres cordeliers, qu’ilz trouvèrent la clef de la chambre aux femmes dedans l'huys; si l’ouvrirent si très souefvenient ^ , qu’ilz ne furent d’ame ouys. Hz ne furent pas si folz, quant ilz eurent gaigné ce premier fort, pour plus seurement assaillir l'aultre, qu’ilz ne tirassent la clef par devers eulx et resserrerent ^ très bien l’huys ; et puis après, sans plus enquerre, chascun print son quartier et commencèrent à besoignier chascun au mieulx qu’il peut. Mais le bon fut, que l'une, cuidant avoir son mary, parla, et dist ; « Que voulez-vous faire? Ne vous souvient-il de voslre veu? » Et le bon cordelier ne disoit mot, mais faisoit ce pour quoy il estoit venu ,

‘ Bruit de pnroles.

* L'édition originale porte : /eur court smr. s Poucement.

* Refermèrent.

Digilized 1*- -

l.E.S CENT KOL'VELLKS NOUVELLES. i07

de si graut cueur, qu’elle ne se peut tenir de luy ayder à parfournir *. Les aultres deux, d’aultre part, n’estoienl pas oyseux ; et ne scavoient ces bonnes fciiinies, qui menoit leui’s niarys de si tost rompre et casser leur promesse. Neantmoins, loutesfois, elles, quidoibvenlobeyr, le prindrent bien en patience , sans dire mot , chascune doublant d’estie ouye de sa compai^nie, car n’y avoit celle qui, à la vérité, ne cuidasl avoir seule et emporter ce bien. Quant ces bons Cordeliers eurent tant fait que plus ne povoyent, ilz sc partirent sans dire mot, et retourneront en leur chambre, chascun comptant son adventure. L’ung avoit rompu trois lances; l’aultre, quatre; l’aultre, six. Hz se levèrent matin, pour toute seurté, et tirèrent pays *. » Et ces bonnes femmes, qui n’avoient ' pas toute la nuyt dormy, ne se levèrent pas trop matin, car sur le jour sotnmeil les print, qui les fist lever tart. D’autre costé, leürs marys, qui avoient assez bien beu le soir, et qui se attendoient à l'appeau ^ de leurs femmes, dormoient au plus fort, à l'heure, car ès autres jours avoient jà cheminé deux lieues. Au fort, elles se levèrent après le repos du malin, et s'habillèrent le plus roide qu’elles peurent, non pas sans parler. Et, entre elles, celle qui avoit la langue plus preste, alla dire : <c Entre vous, mes damoiselles, comment avez -vous passé la nuyt? Voz marys vous ont-ilz resveillées, comme a fait le mien? 11 ne cessa annuyt de faire la besoigne. — Saint Jehan ! dirent-elles, si vostre mary a bien besoignié cestc nuyt, les nostres n’ont pas esté oyseux ; ilz ont tantost oublié ce qu’ilz promirent au partir, et croyez que on ne leur oubliera pas à dire. — J’en adverlis trop bien le mien, dist l'imc, quant il commença, mais il n'en cessa pourtant oneques l'oeuvre; et comme homme affame, pour

' Parfaire, compléter la diosc.

- S'enfuirent. Cette locution n'csl pas tout à fait abandonnée.

® Pour appel.

deux nuytz qu’il a couchié sans moy, il a fait raigé de diligence. » Quant elles furent prestes, elles vindrent trouver leurs marys qui desjfi estoient tous prestz et en pourpoint : « Bon jour, bon jour à ces dormeurs ! direntelles. — Voslre mercy, dirent-ilz, qui nous avez si bien bûchiez* ! — Ma foy. dist l’une, nous avions plus de regret de vous appeler matin, que vous n’avez fait annuyt de conscience de rompre et casser vostre veu. — Quel veu? distl'ung. — Le veu, dist-elle, que vous fistes au partir : c’est de non couchier avec vostre femme. — Et qui y a couchié? dist-il. — Vous le scavez bien, dist-elle, et aussi fais-je. — Et moy aussi, dist sa compaigne. Vêla mon mary, qui ne fut pieça si roidc, qu’il fut la nuyt passée; et, s'il n'eust si bien fait son devoir, je ne seroyD pas si contente de la rompeure de son veu ; mais, au fort, je le passe, car il a fait comme les jeunes enfans qui veulent emploier leur baslure, quand ilz ont desserVy le jlngnir *. — Sainct- Jehan ! si a fait le mien, dist la tierce ; mais, au fort, je n’en feray jà procès; se mal y a-il, en est cause. — Et je tiens, par ma foy, dist l’ung, que vous resvez et que vous estes yvres de dormir. Quant est de moy, j’ay icy couchié tout seul et n’en partis annuyt. — Non ay-je moy, dist l’aultrc. — Ne moy, par ma foy ! dist le tiers ; je ne vouldroye pour rien avoir enfraint mon veu.’ Et si cuide estre seur de mon compere, qui est cy, et de mon voisin, qu’ilz ne l’eussent pas promis phuf si tost l’oublier. » Ces femmes commenceront à changier dé couleur, et se doubterent de tromperie, dont l’ung des marys d’elle tantost se donna garde, et luy jugea le cneur, de la vérité du fait. Si ne leur bailla pas induce * de respondre; ainçois, faisant signe à ses compaignons, diSten

' C'e5t-i-dire : nous vous disons merci de nous avoir si bien éveillés en nous appelant.

* C'est-à-dire : qui ne veulent pas être punis pour peu de chose, quand ils ont mérité d'être battus.

> Loisir, délai ; du latin inducla, trêve.

liant : « Par ma foy, ma damoiselle, le bon vin de céans et la bonne chiere du soir passé nous ont fait oublier nostrc promesse; si n’en soyez jà mal contentes à l’adventurerse Dieu plaist, nous avons fait annuyt, à vostre ayde, cliascun ung bel enfant, qui est chose de si hault mérité, qu'elle sera suflisante d'effacer la faulte du cassement de noslrc veu. — Or, Dieu le vueillel dirent-elles. Mais ce que si affermeement disiez que n’aviez pas esté vers nous, nous a fuit ung petit ' doubter ? — Nous l’avons fait tout à propos, dist l’aultre, afûn d'ouyr que vous diriez. — Et vous aviez fait double péché, comme de faulcer vostre veu et de mentir à escient, et nous-mesrnes aussi aviez • beaucoup troublées. — Ne vous cliaillc non, dist-il, c’est peu de choses, mais allez à la messe et nous vous suyverons. » Elle.s se misdrent à chemin devers l’eglise. Et leurs marys demeurèrent ung peu, sans les suyvir trop roide, puis dirent tous ensemble, sans en mentir de mot :

« Nous sommes trompez ! ces dyables de cordeliers nous ont deccuz ; ilz se sont mis eu nostre place et nous ont monstre nostre follie, car, se nous ne voulions pas coucher avec noz femmes, il n’esloitjà mestier de les faire coucher hors de nostre chambre, et, s’il y avoit danger de litz, la belle paillade est en saison *. — Dca, dist l’iing d’euh, nous en sommes chastiez pour une aultrc fois ; et • au fort, il vault mieulx <iuc la tromperie soit seulement sccue de nous, que de nous et de elles, car le dangier est bien grant, s’il venoit à leur congnoissance. Vous oyez, par leur confession, que ces ribaulx moynes ont fait merveilles d’armes, et espoire plus et mieulx que nous ae scavons faire? El se elles le scavoient, elles ne se passeroient pas pour cette fois seulement. C’en est mon con-

• Un peu.

* Expression provcibialc; c'est-à-dire ; s'il était dangereux de coucher dans les lits de nos Temmes, nous n'avions qu'à dormir sur lu paille.

seil, que nous l'avalons sans mâcher ‘ ? •» Ainsi nie aist Dieu ! ce disl le tiers ; mon compere dist très bien; quant ^ à moy, je rappelle * mon veu, car ce n’est pas mon eotention de plus moy mettre en ce dangier. — Puis que vous le voulez, dirent les deux aultres, et nous vous ensuyvrons. » Ainsi couchèrent tout le voyage et femmes et marys tout ensemble, dont ilz se gardèrent trop bien de dire la cause qui à ce les mouvoit. Et quant les femmes virent ce, si ne fut pas sans demander la cause de ceste rehersc Et ilz respondirent, par couverture *, puis qu’ilz avoient commencé de leur veu entrerompre, il ne restoit que du parfaire. Ainsi furent les trois bons marchans, des trois bons Cordeliers. trompez, sans qu'il venist jamais à la congiioissancc de celles, qui bien en fassent mortes de deul, s’elles en eussent sceu la vérité, comme on voit tous les jours mourir femmes de moindre cas et à moins d’occasion.

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