Neurones centrifuges périphériques
FiG. 101.
Ce qui distingue les arcs réflexes monosynaptiques des arcs bisynaptiques, c'est que dans les derniers le mouvement produit n'est plus la conséquence de la contraction d'un seul muscle ou d'un groupe physiologique de muscles,
La moelle épinière de par ses éléments propres (fibres des racines postérieures, fibres des racines antérieures et fibres spino-spinales) est donc essentiellement un organe de réaction, un organe de défense. Cet organe de réaction elle l'est d'une façon exclusive chez les vertébrés inférieurs complètement dépourvus d'écorce cérébrale. Elle l'a été chez les mammifères et chez l'homme, au moins à un moment donné du développement embryologique (cinquième et sixième mois), lorsqu'il n'y avait encore de myélinisées que les fibres périphériques et les fibres spino-spinales. Cet organe de réaction elle le reste même chez l'homme adulte. Mais les fibres longues ascendantes et descendantes, qui viennent se surajouter à son architecture propre, modifient son fonctionnement primitif en ce .sens qu'elles diminuent considérablement l'intensité de la réflectivité médullaire. Tout se passe comme si les centres nerveux qui viennent se surajouter à la moelle exerçaient sur cette dernière une action modératrice, une action inhibitive, action qui est telle que la vie propre de la moelle diminue d'importance. De là, dans les conditions normales, l'absence presque complète de mouvements réflexes exclusivement médullaires.
Mais ce que la moelle est chez les animaux inférieurs, simple centre de réflectivité, elle le reste chez l'homme adulte. Sa réflectivité primitive défensive persiste à l'état latent. Ce qui le prouve, c'est qu'il suffit que l'action inhibitive exercée par les centres supérieurs soit ou diminuée, comme dans le sommeil normal et chloroformique; ou affaiblie, comme dans certains cas de dépression nerveuse qui s'observent dans l'hystérie et la neurasthénie ; ou abolie, comme dans les cas de lésion des fibres descendantes, pour voir réapparaître la réflectivité médullaire avec tous ses caractères propres.
A côté de leur action inhibitive sur la vie propre de la moelle, les connexions avec les centres nerveux supérieurs amènent dans la moelle des phénomènes réactionnels nouveaux, connus également sous le nom de mouvements réflexes.
Les uns, appelés réflexes tendineux, consistent dans la contraction réflexe d'un muscle à la suite de la percussion de son tendon.
Les autres, appelés réflexes cutanés supérieurs, consistent dans la contraction réflexe d'un muscle déterminé à la suite de l'excitation légère d'une région déterminée de la sm-face cutanée.
Les mouvements réflexes qui dépendent de la moelle doivent donc être subdivisés en trois groupes bien distincts.
Les réflexes cutanés médullaires ou réflexes cutanés inférieurs, dont l'existence est uniquement liée à l'intégrité anatomique et fonctionnelle de l'arc périphérique et, pour certains d'entre eux, des fibres courtes médullaires ou fibres spino-spinales.
Les réflexes tendineux probablement mésencéphaliques, qui nécessitent pour se produire non pas seulement l'intégrité de l'arc réflexe périphérique, mais encore celle de toutes les voies ascendantes et descendantes qui relient la substance médullaire au mésencéphale.
Les réflexes cutanés corticaux ou réflexes cutanés supérieurs, qui ne peuvent se produire que lorsque, à côté de l'intégrité de l'arc périphérique, il existe également l'intégrité des voies nerveuses ascendantes et descendantes reliant la substance grise de la moelle à Vécorce cérébrale.
Ces trois groupes de mouvements réflexes méritent d'être nettement distingués les uns des autres; si l'on veut saisir toute l'importance que l'examen des mouvements réflexes peut présenter au point de vue du diagnostic des affections nerveuses.
Quand on parcourt les livres classiques de physiologie, on y trouve enseigné, comme une vérité démontrée, que les centres nerveux supérieurs exercent sur les centres nerveux inférieurs une action inhibitive, action qui est telle que si on pratique en un point quelconque du névraxe une section transversale complète, le tronçon inférieur de la moelle, libéré de l'action inhibitive du tronçon supérieur, récupère son activité propre et présente une exagération considérable de tous les réflexes.
Si on examine, d'autre part, ce qui se passe chez l'homme malade, dans les cas de lésion transversale complète de la moelle cervicale ou de la moelle dorsale, on arrive bientôt à se convaincre que tous les réflexes tendineux et to\xs les réflexes cutanés supérieurs dépendant du tronçon inférieur de la moelle — les seuls réflexes auxquels le médecin est habitué à attribuer une importance clinique — loin d'être exagérés, sont complètement abolis.
D'où vient cette difiérence profonde entre l'expérimentation physiologique et l'observation clinique ? Elle est due uniquement à ce fait que les physiologistes n'ont pas tenu compte de la distinction fondamentale qu'il convient d'établir entre les trois groupes de réflexes que nous avons étudiés plus haut.
L'action inhibitive que les centres nerveux supérieurs exerce sur les centres nerveux inférieurs existe incontestablement, et cela aussi bien chez l'homme que chez les animaux. Mais, dans les cas de section ou de lésion transversale de la moelle supérieure, la suspension de l'action inhibitive ne fait sentir, et ne peut faire sentir ses effets que sur les réflexes d'origine exclusivement médullaire. Cette suspension entraînera donc inévitablement une exagération de la réflectivité médullaire.
Quand aux réflexes tendineux, nécessitant pour se produire un arc réflexe passant par le mésencéphale, et quant aux réflexes cutanés des cliniciens, nécessitant l'intervention de l'écorce cérébrale, ceux-là, loin d'être exagérés, doivent être abolis, puisque la lésion ou la section a interrompu la continuité de l'arc réflexe lui-même.
La moelle épinière considérée dans son ensemble est donc véritablement un organe double, aussi bien au point de vue anatomique qu'au point de vue physiologique.
I, C'est d'abord et avant tout un organe propre, autonome, indépendant, tenant
SOUS sa dépendance l'inneivation motrice et l'innervation sensible du cou, du tronc et des quatre membres. Cette innervation est indépendante des centres nerveux supérieurs. Quand elle existe seule, il y a abolition de toute sensibilité consciente, abolition de toute motilité volontaire, perte presque complète du tonus musculaire, abolition des réflexes tendineux et des réflexes cutanés supérieurs. La nutrition des nerfs et des muscles se fait comme dans les conditions normales. De plus, à toute excitation cutanée l'organisme répond par un mouvement réflexe simple ou coordonné qui constitue un véritable mouvement de défense.
2. C'est ensuite et secondairement un organe de transmission ou de passage, une espèce de gros nerf mixte, formé de fibres de sensibilité et de fibres de motilité, reliant la substance grise de la moelle aux centres nerveux supérieurs.
Les fibres de sensibilité sont représentées par les fibres ascendantes des cordons postérieurs, servant à la transmission de la sensibilité profonde, et par les fibres spino-cérébelleuses du cordon latéral, servant à la transmission de la sensibilité superficielle. C'est par elles que toutes les impressions, amenées à la moelle par les fibres des racines, postérieures, peuvent arriver jusque dans l'écorce cérébrale et devenir conscientes.
Les fibres de motilité sont représentées par les fibres descendantes des deux zones pyramidales, fibres descendantes qui sont :
a) des fibres cortico-spinales, intervenant dans la motilité volontaire des muscles des extrémités des membres, dans le mécanisme des réflexes cutanés supérieurs, exerçant une action inhibitive sur les réflexes tendineux et sur le tonus normal des muscles ;
b) fibres mésencéphalo-spinales , intervenant dans la motilité volontaire des muscles des racines des membres, dans le mécanisme des réflexes tendineux et du tonus normal des muscles ;
c} fibres mctencéphalo spinales, intervenant dans le tonus normal des muscles et dans le maintien de l'équilibre du corps dans l'espace.
Cette façon de considérer la moelle épinière comme un organe double est de la plus haute importance au point de vue pratique.
Toute lésion limitée à la substance grise n'intéresse la moelle que comme organe propre. 'EWe entraînera, d'après son siège suivant Vaxe transversal àe la. moelle, soit un déficit dans l'innervation cutanée (corne postérieure), soit un déficit dans l'innervation musculaire (corne antérieure), toujours accompagnée de l'abolition de tous les réflexes correspondants. L'étendue de ce déficit sera en rapport étroit avec l'étendue de la lésion elle-même suivant Vaxe longitudinal de la moelle.
Toute lésion limitée à la substance blanche n'intéressera la moelle que comme orgajte de transmission. Elle entraînera, d'après son siège, soit un déficit dans la sensibilité consciente — la sensibilité réflexe restant intacte — (lésion des fibres spino-cérébelleuses) ; soit un déficit dans la motilité volontaire, dans
la motilité réflexe dépendant des centres nerveux supérieurs et dans le tonus normal des muscles (lésion des fibres des zônes pyramidales). Ce déficit commencera toujours par les zônes de distribution périphérique des derniers nerfs sacrés, pour remonter plus ou moins haut suivant le segment médullaire où la lésion s'est produite.
Toute lésion gui intéressera la moelle dans son ensemble se traduira cliniquement par les deux groupes de symptômes caractéristiques d'une lésion de la substance grise et d'une lésion de la substance blanche :
1) Atrophie musculaire et anesthésie cutanée à distribution radiculaire dues à la lésion de la substance grise et constituant des symptômes importants au point de vue du diagnostic de siège de la léson suivant l'axe longitudinal de la moelle.
2) Paraplégie spastique, avec abolition des réflexes cutanés supérieurs et exagération des réflexes tendineux (fibres cortico-spinalesi; paraplégie flasque avec abolition des réflexes cutanés supérieurs et des réflexes tendineux (.fibres cortico-spinales, fibres mésencéphalo-spinales), paraplégie spastique ou flasque avec disssociation syringo-myélique de la sensibilité (fibres spino-cérébelleuses ventrales), avec anesthésie cutanée complète (fibres spino-cérébelleuses ventrales et dorsales), avec perte de la sensibilité profonde (fibres des cordons postérieurs), constituant des symptômes importants au point de vue de l'étendue de la lésion, à un niveau donné, suivant l'axe transversal de la moelle.
Les éléments neurogliques.
A. Cellules épendy maires. Les cellules épendymaires forment le revêtement épithélial du canal central de la moelle épinière.
B- Cellules de neuroglie. Les cellules de neuroglie sont répandues dans toute l'épaisseur de la substance grise et de la substance blanche. Ce sont des cellules multipolaires dont les prolongements longs et grêles rayonnent dans toutes les directions.
Elles sont excessivement abondantes dans toutes les régions de la substance grise de la moelle, à l'exclusion de la substance gélatineuse de