ROLANDO
Tous les éléments neurogliques de la moelle épiniére, les cellules épendymaires comme les cellules de neuroglie, sont indépendants les uns des autres et indépendants aussi des éléments nerveux avec lesquels ils sont entremêlés. C'est ce mélange d'éléments neurogliques et d'éléments nerveux enchevêtrés par leurs prolongements qui donne naissance au tissu nerveux de la moelle epinière. La moelle épinière n'est donc pas formée de tissu nerveux et de tissu de netiroglie, comme on le dit quelquefois, mais simplemeni et uniquement d'éléments nerveux et d'éléments de neuroglie entremêlés.
La circulation de la moelle.
Pour terminer l'étude de l'organisation interne de la moelle épinière, il nous reste encore à étudier la circulation de la moelle.
Circulation artérielle. Quand on examine une moelle épinière après injection de tout le système artériel, fig. i«« et 163, on trouve, dans l'épaisseur de la pie-mère, trois artères plus ou moins volumineuses à direction longitudinale. L'une occupe la face antérieure de la moelle, directement au devant de la fissure médiane longitudinale antérieure. C'est l'artère spinale antérieure. Les deux autres descendent sur la face postérieure de la moelle le long des sillons collatéraux dorsaux. Ce sont les artères spinales postérieures.
L'artère spinale antérieure provient directement des deux artères vertébrales, un peu en dessous de leur point de réunion en tronc basilaire. Chaque artère vertébrale donne une petite branche interne qui se dirige en bas et en dedans. Les branches des deux vertébrales se réunissent sur la ligne médiane en un tronc un peu plus volumineux qui constitue l'artère spinale antérieure.
Les artères spinales postérieures proviennent des artères cérébelleuses inférieures et postérieures, au moment où ces artères contournent la face postérieure de la moelle allongée pour se rendre au cervelet. Les artères spinales postérieures restent indépendantes. Elles se dirigent d'abord en dedans, jusque sur la face postérieure de la partie inférieure de la moelle allongée, puis se divisent en une branche ascendante pour la moelle allongée, et une branche descendante pour la moelle épinière.
Fig.
Schéma général de la circulation artérielle de la moelle U'après Kadyi).
En descendant le long de la moelle ces trois artères spinales sont renforcées, au niveau de chaque nerf spinal, par une petite branche artérielle accompagnant ce nerf et provenant successivement de l'artère vertébrale, de l'artère cervicale profonde, des artères intercostales, lombaires et sacrées.
D'après des recheixhes très minutieuses de Kadyi, ces artères spinales ne doivent pas être considérées comme des branches des artères vertébrales, mais chacune d'elles représente une chaîne artérielle formée par des anastomoses longitudinales de toutes les petites artères qui accompagnent les nerfs spinaux. En dehors de la dure-mère, chaque nerf spinal est accompagné d'une petite artère plus ou moins volumineuse provenant soit de la vertébrale, soit de la cervicale profonde, soit d'une intercostale, lombaire ou sacrée. Cette artère traverse la dure-mère et se subdivise alors en une branche antérieure et une branche postérieure accompagnant les deux racines du nerf spinal jusqu'à la moelle, fig, Arrivée sur la face antérieure de la moelle, chaque petite artère antérieure gagne la ligne médiane, se fusionne avec l'artère correspondante du côté opposé, puis se divise en une branche ascendante qui s'anastomose avec la branche descendante de la petite artère placée au-dessus, et en une branche descendante qui s'anastomose avec la branche ascendante inférieure voisine.
Sur la face postérieure de la moelle, les petites artères qui accompagnent les racines postérieures ne s'étendent que jusqu'au niveau du sillon collatéral postérieur, pour s'y comporter comme les artères de la face antérieure.
Parmi les artères des nerfs spinaux, un grand nombre sont tellement petites qu'elles s'épuisent sur les racines de ces nerfs sans arriver jusqu'à la moelle ; d'autres, au contraire, sont plus volumineuses et desservent alors la moelle sur une étendue plus considérable.
Applicatiom pratiques. Cette disposition anatomique a une importance considérable au point de vue pratique. Elle explique, en efiet, pourquoi, dans les cas de compression de la moelle au niveau de la région cervicale ou dorsale supérieure, compression qui interrompt à cè niveau la circulation dans les artères spinales, le tronçon inférieur de la moelle peut continuer à vivre de sa vie propre, grâce aux branches artérielles qui proviennent des artères lombaires et sacrées et qui maintiennent la circulation dans toute la moelle lombo-sacrée.
Nous avons vu que, au point de vue anatomique et physiologique, chaque segment de la moelle avec le nerf périphérique qui en dépend forme en quelque sorte un ganglion nerveux qui peut vivre, dans une certaine mesure, indépendamment des segments médullaires voisins. Cette façon de considérer la moelle, comme la résultante de la fusion plus ou moins intime d'autant de ganglions nerveux qu'il y a de nerfs périphériques qui en proviennent, n'est pas une simple vue de l'esprit, c'est un fait indiscutable qui se trouve confirmé par cet autre fait, c'est que chacun de ces segments médullaires a, jusqu'à un certain point, une circulation indépendante des segments voisins. Cette circulation est telle que, si l'on supposait la moelle épinière comprimée en quatre ou cinq niveaux différents, compression qui met hors de fonction la substance grise aux niveaux comprimés — en même temps que toutes les fibres longues
ascendantes et descendantes appartenant à la moelle comme organe de transmission — les portions intermédiaires pourraient continuer à vivre et à fonctionner comme centres réflexes grâce à la circulation qui leur est assurée par les artères spinales accompagnant les racines antérieures et postérieures des nerfs périphériques.
Des trois artères spinales partent des branches transversales qui se divisent et se subdivisent dans l'épaisseur de la pie-mère, s'anastomosent les unes avec les autres de manière à constituer autour de la moelle épinière un véritable réseau artériel.
De ce réseau artériel naissent des branches collatérales qui pénètrent directement dans la moelle. Elles représentent toutes des artères terminales dans le sens que Cohnheim a donné à cette dénomination, c'est-à-dire que ces artères ne s'anastomosent plus entre elles. Chacune d'elles est destinée à porter le sang à une partie déterminée de la moelle. L'oblitération d'une de ces artères amène donc, comme conséquence immédiate, la mort de toute la région nourrie par elle.
Les plus volumineuses de ces artères terminales viennent de l'artère spinale antérieure. Elles pénètrent jusqu'au fond de la fissure médiane antérieure
FiG. 165.
Schéma montrant le traiet et la distribution des branches terminales provenant
du plexus artériel de la pie-mère.
puis se recourbent, soit à gauche, soit à droite, dans la substance nerveuse pour aller se terminer dans la substance grise de la corne antérieure par un grand nombre de petites branches terminales rayonnant dans tous les sens,
FiG. 1G5. Ces artères envoient aussi une petite branche dans la colonne de Clarke. Ce sont les artères du sillon ou artères centrales de la moelle. D'après certaines recherches, il existerait en moyenne, sur toute la longueur de la moelle, 200 de ces artères centrales.
Les autres artères nourricières de la moelle naissent du réseau périphérique, pénètrent dans la substance blanche, y abandonnent des branches collatérales et vont se terminer dans les zones périphériques de la substance grise. Les plus volumineuses de toutes ces artères sont celles qui accompagnent le septum médian dorsal. Parmi ces artères on doit signaler, d'une façon spéciale, les deux ou trois petites artères qui accompagnent les fibres de chaque racine antérieure et arrivent avec celle-ci jusque dans la corne antérieure de la substance grise. On les appelle encore artères articulaires.
Circulation veineuse. Au réseau capillaire artériel de la moelle fait suit6 un réseau veineux- Les capillaires veineux se réunissent en des veinules plus grosses qui accompagnent les ramifications artérielles et qui se rendent dans un plexus veineux situé dans l'épaisseur de la pie-mère- Les veines intramédullaires sont cependant beaucoup plus nombreuses que les artères correspondantes.
Le plexus veineux extra-médullaire entoure complètement la moelle.
On peut y distinguer quelques veines plus volumineuses que les autres à direction longitudinale, FIG. 100 et icy; l'une est située vis-à-vis de la fissure médiane antérieure accompagnant l'artère spinale antérieure, c'est la veine médiane antérieure ; l'autre, plus volumineuse, court sur la face postérieure delà moelle le long de la cloison médiane, c'est la veine médiane postérieure. Outre ces deux veines assez constantes, on trouve encore une veine longitudinale dans chaque sillon collatéral antérieur, le long des racines antérieures des nerfs spinaux. Ces veines longitudinales sont reliées
smla.
FiG. 108.