Réaction paradoxale de la pupille
« Ce phénomène rare (2) consiste en ce que la pupille, toutenréagissantuormalementàTaccommodation, se dilate, sous rinfluence delà lumière, au lieu de se contracter (3). »
C'est un phénomène de dissociation des réflexes inverse de rArgyll. Le réflexe à Taccommodation est conservé et le réflexe lumineux est, non supprimé, mais renversé, c'està-dire que le réflexe lumineux normal est supprimé et remplacé par un réflexe lumineux inverse.
D'après Frenkel (4) c'est bien ainsi que les choses se passeraient et cette réaction n'aurait rien de paradoxal : le réflexe lumineux serait, dans ces cas, réellement supprimé et la pupille se dilaterait « pendant et non du fait de Téclairage » par suite de « mouvements associés avec les mouvements de divergence, quelquefois à la faveur d'une paralysie des muscles adducteurs de Tœil », ou exceptionnellement à la suite d* « influences psychiques et sensorielles ».
Cestan et DupuY Dutemps n'ont jamais vu que de faux réflexes paradoxaux relevant du mécanisme suivant : con-
(1) Hbnri Dufour, Société de Neurologie, 4 décembre 1902, Revue
(2) Examinanl 200 vieillards et de nombreux adultes et enfants, Cestan et Dupuy Dutemps (communication citée au Congrès de Grenoble) n*ont jamais trouvé un réflexe paradoxal.
(3) Mayet, Traité cité, t. II, p. 73.
(4) Frenkel, Revue de Médecine, 1896, p. 502. Examen critique de toutes les observations publiées.
Grasset. Les Centres nerveux 28
traction de Tins par Tocclusion énergique de la paupière (réflexe de Piltz étudié plus haut) et dilatation de la pupille au moment de Tou vertu re de l'œil. Dans ces cas, le réflexe lumineux serait aboli et remplacé par un réflexe ciliaire.
Piltz (1) reprenant toute la question sépare le vrai réflexe lumineux paradoxal du réflexe accommodateur paradoxal (rétrécissement des pupilles pour la vision des objets éloignés) et du pseudoréflexe lumineux paradoxal (lésion de riris) et distingue troi| variétés : dilatation de la pupille par l'éclairage sans rétrécissement préalable (Morselli, Leitz, Silex), dilatation de la pupille avec rétrécissement immédiatement avant (Bechterew) (2), rétrécissement de la pupille par l'obscurité sans dilatation préalable (Piltz). « La véritable réaction paradoxale à la lumière, indépendante de toute cause d'erreur, n'a été rencontrée que 5 fois, dans 5 affections organiques sérieuses du système nerveux: démence paralytique (Morselli), syphilis cérébrale (Bechterew), méningite tuberculeuse (Leitz), afi'ection traumatique grave (Silex), atrophie syphilitique des nerfsoptiques (Piltz) (3). »
Troubles de la convergence.
Nous avons vu plus haut que, partides deux hémisphères, l'appareil nerveux de la convergence est réellement constitué au niveau des centres supranucléairea de convergence (Parinaud) distincts des centres supranucléaires des oculogyres.
La lésion de ces centres entraîne les troubles isolés de la
(1) Piltz, Neurotogisches Cenlralblatt, 1902, p. 939, 1012 et 1054.
(2) Von Bechterew, Deulsches Zeitschrift fur Nervenheilkunde, 1900, t. XVI, p. 186.
(3) Leri, Analyse du travail de Piltz, Revue neurologique^ 1903, p. 775.
convergence. Dans ces centres sont des neurones présidant à la contraction des muscles convergents et au relâchement des muscles divergents : ce qui répond à la faculté que nous avons d'augmenter ou de diminuer progressivement le degré de convergence dans la fixation d'objets plus ou moins éloignés (d'où Tétudedecet appareil et de ses troubles dans le chapitre de Taccommodation). Les altérations de ces neurones entraînent l'impossibilité ou la gêne soit de la convergence soit de la divergence.
Comme exemples cliniques de l'individualité distincte de ces centres, je rappellerai les faits de Priestley Schmidt (paralysie de la convergence et du despiciens) ; Parinaud (1 • paralysie de la convergence et du suspiciens ; 2® paralysie de la convergence, du suspiciens et du despiciens) (1) ; DoR (2) (1® paralysie isolée de la convergence ; 2^ paralysie de la divergence) ; Raymond et Cestan (3) (paralysie de la convergence, des oculogyres latéraux et du suspiciens)...
Dans tous ces faits l'isolement du symptôme de convergence ou son association à d'autres troubles très variés suivant les cas prouvent bien l'indépendance clinique de ces troubles.
Cette même indépendance peut être établie au point de wxeanatomique. Dans unedes observations de Parinaud (4) suivie d'autopsie il y avait un néoplasme de la partie supérieure du mésocéphale et dans un fait de Raymond (5) une lésion tuberculeuse au voisinage des tubercules quadrijumeaux avait entraîné une paralysie des oculogyres avec intégrité de la convergence.
L'existence distincte et séparée de centres supranucléaires
(1) Déjà cités d'après Parinaud, 1883.
(2) Don, Lft Clinique ophtalmologique, 1898 et Congrès cTophtalmologie de Paria, 1898 {Revue neurologique^ 1898, p. 644 et 846).
(3; Raymond et Cestan, Travail cité, observation îîï.
(4) Parinaud, loco cit., p. 164.
(5) RAYMOND^Congrès de Médecine, Paris, 1900. Revue neurologique^ 1900, p. 719.
pour la convergence est donc bien établie au point de vue clinique et anatomique.