Je tiens à répéter ici combien est grand le rôle de la
(1) De la déviation conjuguée de la lôte et des yeux. Monlpellier médical, 1879, t. XLII, p. 504. — De l'amblyopie croisée et de l'hémianopsie dans les lésions cérébrales. Ibidem,^ 1883,1. L, p. 159 — Le chiasma oculomoteur. Semidécussation de l'oculomoteur comniuo. Revue neurologique, 1897, t. V, p. 321. — Séméiologie clinique de la vision (mai et juin 1897;. Leçons de Clinique médicale,^' série» p. 419.
(2) L'Anatomie clinique générale du Système nerveux (Janvier et février 1898). Leçons de Clinique médicale), 3- série, p. 681.
(3) Voir notamment : Hedon, Précis de Physiologie, Bibliotht^que Teslul, 3- édit., 1901, p. 573 et 574 et Morat, /oco ciL, p. 612.
clinique dans rédification de la physiopalhologic des centres nerveux ainsi comprise.
Vanatoynie a comme méthode et procédé d'étude la disj^ection, le microscope, Tanatomie comparée et Tembryologîe, c'est-à-dire l'investigation, sous toutes ses formes, de l'être mort (animal ou homme). La physiologie étudie l'être vivant; mais expérimentalement elle ne peut étudier que l'animai vivant. La dintgue seule étudie expérimentalement Vhomme vivant; car la maladie est un véritable instrument d'expérimentation sur l'homme : elle détruit certaines parties du système nerveux ; le clinicien observe et note les symptômes présentés par le malade ; à Tautop * sié, il constate et note le siège des altérations anatomiqués et, quand le nombre des observations est suffisant et concordant, il en déduit la fonction de l'organe lésé.
C'est l'application de la phrase souvent citée (1) de Taïne : « il faut voir l'horloge dérangée pour distinguer les contrepoids et les rouages que nous ne remarquons pas dans l'horloge qui va bien ». C4'est la méthode anatomocli" nique qui a fait ses preuves d'emblée avec Broca dans l'étude de la fonction du langage et dont la diffusion et l'application feront l'éternelle gloire de Charcot et de son Ecole (2).
Si la clinique fournit ainsi à la physiopathologie ses plus importants documents (ce livre entier en sera la preuve), elle reçoit aussi de cette science son actuelle et vraiment scientifique orientation.
« Il n'existe qu'une science en médecine, a dit Claude Bernard, et cette science est la physiologie, appliquée à l'état sain comme à l'état morbide. C'est par Talliance féconde de la clinique et de la physiologie que nous verrons se réaliser les progrès si vivement désirés par tous les amis de la science positive. »
(1) Notamment par Thomas dans son livre sur Le cervelet.
(2) Voir l'Œuvre d'un homme dans le premier volume de la Clinique des Maladies du Système nerveux de Raymond.
nÉNÉR ALITÉS ANATOMOPHYSIOLOGIQITBS 55
(IcciiARi), qui faitcette citation, ajoute (1) : « en clinique, il faut, à l'avenir, penser et agir physiologiquement. » Rien n'est plus vrai (2).
Les deux premiers tiers du dernier siècle ont été magnifiquement employés à former la pensée anatomique du clinicien. C'est par là qu'il fallait commencer etc'estce qu'on a fait depuis Laennec et CRiVEiuiiER.Mais, depuis Claude Bernard et Pasteir, ce n'est plus l'organe lésé, c'est la vie de Vorganisme malade (3) que le clinicien doit constamment envisager, cherchera pénétrer et à guérir quand il le peut (4).
« Il est suranné de penser analomiquement », comme l 'a très bien dit Lepine (5). Au lit d'un malade, le diagnostic de la fonction altérée et du degré de suffisance de l'organe ou de l'appareil est plus important que le diagnostic de la lésion ou tout au moins est nécessaire pour compléter le diagnostic anatomique et le rendre utile pour une thérapeutique fonctionnelle.
En un mot, l'étude physiologique du malade est indispensable et capitale dans tous les cas*
3. Parlant donc de ce principe que Vimité d\in appareil nerveux est faite par sa fonction et par son centre^ je di vise-
(1) HccHARD, Traité des Maladies du cœur et deVaorle,^* édit. Introduction, p. I.
(2) Albert Robin a, lui aussi, brillamment insisté sur le devoir qu'a le clinicien de « constituer la pathologie fonctionnelle » et de toujours étudier d'abord et surtout « la maladie de la fonction » {Bulletin médical, 1902, p 34).
r3) L'évolution médicale en France au xix" siècle. Congre» de Lille, 1899. Discours d'ouverture.
(4) a Que nous voilà loin de cet aphorisme aussi faux que spécieux: la lésion c'est la maladie » (Peter, Leçons de Clinique médicale, t, ÏH, p. 7).
C>) Lepine [Revue de Médecine, 1893, t. XIII, p. 929) ajoute : « il faut désormais penser pathogéniquemcnt. » Il faut penser, en clinique, à l'organisme vivant et non plus au cadavre.
50 Clf.iPITRE PRKLIMINAIHR
rai ce livre en six parties (1), dans lesquelles j'étudierai successivement :
I. L'appareil nerveux central de la motilité et de la sensibilité générale ;
II. L'appareil nerveux central de Torienlation et de IVqùilibre ;
III. L'appareil nerveux central du langage ; I\'. L'appareil nerveux central de la vision ;
V. L'appareil nerveux central de l'ouïe, du goût et de Todorat;
VI. L'appareil nerveux central de la circulation, des sécrétions, de la nulrilion, de la digestion etde la respiration.
Pour chacun de ces appareils nerveux nous aurons à étudier : \^ Yanatomie et la physiologie cliniques, c'est-àdire ses organes, ses neurones, le siège de leurs corps cellulaires et de leurs prolongements, leur fonctionnement à l'étal normal et pathologique ; 2** la séméiologie, c'est-àdire les applications de ces données anatomophysiologiques au diagnostic du siège des lésions dans les diverses maladies de cet appareil.
(1) Voir; Plan d'une Physiopathologie générale du système nerveux. Leçons de Clinique médicale, 4* série, p. 741.
L* APPAREIL NERVEUX CENTRAL DE LA MOTILITÉ ET DE LA SENSIBILITÉ GÉNÉRALE
A. — ÂNATOMIE ET PHYSIOLOGIE CLINIQUES DE l'aPPAREIL NERVEUX
SENSITIVOMOTEUR CENTRAL
I. — Voies motrices cérébroméd allai res : i. Voies principales corticospioales. — 2. Voies indirectes corticopontocérébellospinales.
II. — Voies sensiiives médallocérébrales : i. Voies principales médullocorticales. a) Neurones inférieurs ou périphériques et premiers neurones de relais, b) Entrecroisement sensitif dans la moelle, c) Dissociation des divers conducteurs sensitifs dans la moelle, d) Trajet supérieur des voies sensitives. — 2. Voies sensitives indirectes.