‹ Les centres nerveuxChapitre 13 sur 208 · Voies principales tnédullocorlicales · texte numérisé non relu

Voies principales tnédullocorlicales

a. Les corps des protoneurones sensitifs (neurones infé* rieurs ou péHphériques)sotii réunis : pour les nerfs rachidiens, dans les ganglions spinaux sur les racines postérieures ; pour le trijumeau, dans le ganglion de Casser ; pour le glossopharyngien, dans le ganglion péireux d'AN-

DERSCH.

Quoique les cellules ganglionnaires soient unipolaires chez riiomme après la naissance, il y a des prolongements protoplasmatiques et cylindraxiles accolés (1). Les prolongements protoplasmatiqnes sont la fin des nerfs sensitifs périphériques. Les prolongements cylindraxiles forment les racines postérieures et pénètrent dans la moelle par le sillon collatéral postérieur.

Ces fibres radiculaires postérieures traversent la zone de LissALER (fig. 8), s'incurventet se dirigent, les unes en bas, les autres en haut (2).

Les fibres descendantes, toutes courtes, cheminent dans le faisceau de Burdach et se jettent dans les cornes postérieures. Les fibres ascendantes se divisent en courtes, moyennes et longues : les courtes et les moyennes forment

(1) Cajal a voulu appliquer aux ganglions rachidiens les idées énoncées plus haut (p. 28) et a soutenu que le passage par les corps cellulaires du ganglion n'était pas indispensable entre les prolongements protoplasmatiques et les prolongements cylindraxiles Mais Li'GAno et vanGeuuchtkn (développant et complétant les cxpérienceïj antérieures de. Rf.oaldino) ont démontré que la nouvelle formule de Cajal (conduction axipëte des prolongements protoplasmatiques; n'est pas applicable aux ganglions rachidiens des animaux supérieurs (voir van Gehuchten, B/W/o^/r. anat.^ n* 2, p. 75).

;2} Voir» pour ce paragraphe : Gombault et Philippe, Semaine médicale, 1895, p. 161. — Dejerine et Spiller, Société de Biologie, 27 juillet 18J5. — DuFOUR. Archives de Neurologie, août 18% — Briau et Bonne, Revue neurologique, 1898, p. 310. — Philippe, Conlribution à Vélude anatomopalhologique et clinique du tabès dorsal, Thèse de Paris, 1897.

68 GIlAPITIiE PHEMIBR

le faisceau de Burdach et se jettent, à des hauteurs diverses, dans les cornes postérieures.

Les fibres longues se jettent peu à peu en dedans, vers le sillon médian postérieur (1), forment (loi de Kahler et PicK) le faisceau de Goll (fig. 8), qui grossit ainsi, en s'élevant, de tout ce qu'il reçoit sans rien émettre, et se terminent dans les noyaux de Goll et de BuRDACH,terminaison bulbaire des colonnes grises postérieures.

Dans les cornes postérieures de la moelle, les prolongements ganglionnaires entrent par leurs arborisations en connexion avec les prolongements protoplasmatiques des neurones des colonnes grises postérieures de la moelle.

C'est le premier système de neurones sensitifs intermédiaires ou de relais.

Pour les nerfs crâniens^ les prolongements cylindraxiles des ganglions vont se mettre en connexion avec les prolongements protoplasmatiques des amas gris que Ton appelle Torigine réelle de ces nerfs.

Un mot sur le trijumeau qui appartient à la sensibilité générale comme les nerfs rachidiens (2).

Le protoneurone sensitif est le ganglion de Gasser, sur la partie interne de la face antérieure du rocher.

Les prolongements cellulipètes sont les trois branches sensitives du trijumeau ; ses prolongements cylindraxiles forment la grosse portion de la cinquième paire, pénètrent dans le cavum de Meckël (loge fibreuse à la partie la plus

(1) A leurenlrée dans la moelle, les fibres radiculaires sont d'abord accolées à la corne postérieure et forment la zone cornuradiculaire de M.vniE ; puis elles sont repoussées en dedans par les nouvelles libres radiculaires qui arrivent et, au-dessus, elles occupent la bandelette externe de Cuarcot et Piehret. Eniin, de plus en plus rejetées vers le sillon médian postérieur, elles Unissent par occuper une partie du faisceau de Goll.

(2) Le glossopharyngien paraît bien aussi appartenir, en partie, à la sensibilité générale ; nous le retrouverons dans l'appareil gustatif.

APPAREIL SENSITIVOMOTEUR GÉNÉRAL 69

interne de la face antérieure du rocher), passent par un orifice spécial entre le rocher et la tente du cervelet, pé' nètrent dans la protubérance sur le côté externe de la face inférieure « au moment où la protubérance se confond avec les pédoncules cérébelleux moyens » et vont aux neurones de relais.

Ces neurones de relais sont au nombre de trois (voir Testut) ; le noyau gélatineux (1), le noyau moyen (2) et le noyau du locus cœruleus (3).

6. Tous ces premiers neurones de relais que nous venons de décrire (rachidiens et mésocéphaliques) sont du même côté que les protoneurones ganglionnaires. Mais, au-dessus et avant les deuxièmes neurones de relais, il y a un entrecroisement. Où se fait-il ? La question est encore discutée.

Depuis que Brown-Sequard (4) a montré (1849) que la section ou la lésion d*une moitié de la moelle entraîne une anesthésie croisée en môme temps qu'une paralysie motrice directe (hémiparaplégie croisée, syndrome de Brown-Sequard) (5), les cliniciens admettent que les fibres sensitives s'entrecroisent sur toute la hauteur de la moelle, dès leur entrée dans cet organe, ou plutôt après leur passage dans les cornes postérieures (c'est le premier neurone de relais qui envoie ses prolongements de l'autre côté vers le deuxième).

(1) •• Le noyau gélatineux, continuation de la tôte de la corne postérieure, s'étend sans interruption depuis le collet du bulbe jusqu'au tiers inférieur de la protubérance », k la partie latérale et superficielle du bulbe.

(2) Au-dessus et un peu en arrière du précédent.

(3) « Traînée noirâtre ou bleuâtre qui s'étend le long du bord supérieur du plancher ventriculaire. »

(4) Les divers travaux de Brown-Sequard, sur Tanesthésio spinale croisée sont échelonnés depuis sa thèse (1846) jusqu'en 1894. Les mémoires les plus importants sont ceux de 1840 à la Sociélé de biologie, de 1863 dans le Journal de Physiologie, de 1868 et 1894 dans les Archives de Physiologie,

(5) On en trouvera la description clinique complète plus loin, h la sémétologie.

Brown-Sequahd a lui-même admis (au début) cette manière de voir, Tappuyantà la fois sur les faits cliniques et sur l'expérience suivante (1) : Tanesthésie des membres postérieurs se produit après une double hémisection pratiquée, Tune à la région dorsale, Tautre à la région cervicale ou après une section longitudinale séparant en deux moitiés latérales toute la largeur de la région lombaire de la moelle (expérience de Gamen refaite par Fodera (2) 1823). La même expérience à la région cervicale entraîne l'anesthésie complète des deux membres antérieurs avefc conservation de la sensibilité dans les membres postérieurs.

A cette théorie les physiologistes ont fait et font encore de nombreuses objections, depuis Vulpian (3), d'après lequel la lésion produit de Thypéresthésie du même côté et par balancement ou dépression corrélative Tanesthésio croisée.

Voici quelques arguments de ces adversaires de rentrecroisement intraméduUaire des voies sensitives (4) : V chez les animaux, après Thémisection de la moelle, si Thyperesthésie est la règle (Fodera, Vulpian), Tanesthésie croisée est, au contraire, « un phénomène très variable d'intensité, d*un animal à l'autre, et elle n'est généralement pas absolue ». — 2* L'hémiseclion a d'autant moins d'influence sur les membres postérieurs qu'elle est faite à une plus grande distance de la région lombaire (Vulpian). — 3o Dans Texpérience de van Deen (hémisection de la nioelle vers la partie postérieure de la moelle dorsale et autre hémisection complémentaire à la région cervicale), les deux membres

(1) Voir pour ce paragraphe : Dejerine et Thomas, Archives de Physiologie, 1888, p. 594.

(2) Fodera (1823) et Schops (1827) avaient entrevu le sjTidrome de Brown-Sequard.

(3) Vulpian, art. Moelle épinière (Physiologie), Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, 1874, 2* série, t. VIII.

(4) Voir l'article cité de Dejerine et Thomas.

APPAREIL SENSITIVOMOTEUR GÉNÉHAL 71

postérieurs restent sensibles, même si Tune des deux hémiseclions dépasse un peu la ligne médiane (chien : Vui.piAN ; lapin: Schiff). — 4** La "section longitudinale du renflement lombaire sur la ligne médiane n'amène qu'une simple diminution de la sensibilité (Ohé). — 5» Plus récemment, MoTT est arrivé à des conclusions analogues pour le »inge : les impressions douloureuses et thermiques peuvent <*tre conduites par les deux côtés de la moelle; mais les impressions tactiles et de pression seraient surtout conduites par le même côté ; il y aurait un relard assez considérable dans la transmission des impressions reçues par le côté paralysé et des erreurs de localisation. En résumé, chez le singe, Tanesthésie est surtout directe. — 6® Gotch cl HoRSLEY (toujours cités par Dej£rink et Thomas) ont recherché les modifications électriques qui se produisent dans divers faisceaux de la moelle dorsale quand on excite électriquement le nerf scia tique ou les racines postérieures du plexus lombaire ; ils mesurent en quelque sorte par Tinlensilé de celte modification électrique la quantité d'énergie nerveuse qui passe dans les faisceaux de moelle quand le nerf en question est excité. Chez le chat et le singe, le courant dans la moelle est surtout unilatéral et du même côté dans la proportion de 80 0/0 et principalement par la colonne postérieure (1). Plusieurs mois après Thémisection de la moelle, la modification électriqite au-dessus de rhémisection est trois fois moins forte que si Texcitation porte du côté opposé.

« En résumé, concluent Dejeiune et Thomas, en groupant les données de la physiologie expérimentale (2), on pourrait conclure que rentrecroisement des voies sonsitives n>st pas total dans la moelle ; qu'il existe vraisemblablement un

(1| Il serait utile d'établii' que, chez ces animaux, rexcitalion élec- Irique est comparable, pour les voies de conduction inlramédullaire, à Texcitation venue des organes sensitifs périphériques.

(2) Voir aussi : Bottazzi, liiv. sperim. di fren., 1890, t. XXI (Revue neurologique, 1896, p. 372).

entrecroisement partiel ; que, chez certains animaux, les fibres entrecroisées sont plus nombreuses que les fibres directes ; chez d'autres animaux (le singe et le chat) c'est le contraire. »

Impressionné par toute cette argumentation, Brown-Se- QUARD (1) lui-même a, à la fin de sa vie, abandonné sa première théorie. Il rappelle que la piqûre du cordon postérieur d'un côté peut produire le syndrome ; qu'après une première hémisection cervicale avec hémianesthésie consécutive, si on fait une deuxième hémisection dorsale, l'hypereslhésie remplace l'hémianesthésie et vice versa ; que Thémianesthésie consécutive à une hémisection delamoelle peut disparaître après l'éiongation du sciatique du côté anesthésié. Et alors, pour lui, l'anesthésie dans son syndrome devient un fait d'inhibition et Thyperesthésie un fait de dynamogénie.

Cette opinion, si nettement arrêtée, des physiologistes (2) a un peu ébranlé les cliniciens. Et si Brissaud (3) a continué à défendre et à représenter dans un schéma la dissociation intramédullaire des voies sensitives, Raymond (4) paraîtdisposé à se rattacher à la dernière opinion de Brown- Sequard, et Dejerine et Thomas, tout en reconnaissant qu'elle est formulée en « termes bien vagues », sont tentés cependant « de prendre en considération la dernière opinion de Brown-Sequard, déjà soutenue d'ailleurs par VulpiAN ». Etjis ajoutent : « quoiqu'il en soit, il est impossible actuellement d'appuyer sur des bases solides une théorie quelconque du syndrome de Brovvn-Sequard, surtout

(1) Brown-Sequard, Archives de Physiologie, 1894.

(2) Morat {loco cit., p. 285) conclut aussi à un entrecroisement partiel et variable, d'une espèce animale à Tautre.

(3) Brissaud, Leçons sur les Maladies nerveuses^ 1895, p. 246 et Progrès médical, 1897, n" 29 et 51. — Voir aussi Londe, Revue neurologique, 1898, p. 356.

(4) Raymond, Clinique des Maladies du Système nerveux, 1896, 1. 1, p. 315 et 1898, t. III, p. 508.

APPAREIL SENSITIVOMOTBUR GENERAL 73

quand on laisse de côté les schémas (1) pour se placer devant les faits (2) ».

Il me semble que la question peut encore être présentée d'une manière moins décourageante.

Sans diminuer en rien la valeur des constatations accumulées par la physiologie expérimentale, il est permis de faire remarquer que toutes ces expériences peuvent établir une seule chose : le mode de transmission intraméduUaire des impressions sensitives chez les animaux. Mais chez r/iomme les choses peuvent se passer différemment : la spécialisation des fonctions dans le système nerveux va toujours en croissant, au furet à mesure qu'on s'élève dans la srrie animale. Si on admet ce principe que je crois indiscutable, il faut reconnaître que la mc^t/iode anatomoclinique est la seule qui puisse décider si on doit ou non appliquer à rhomme les conclusions de la physiologie expérimentale.

C'est dire que les faits cliniques, s'ils sont assez nombreux et bien observés, gardent leur valeur, à côté et en face des faits physiologiques. Or, les faits cliniques me paraissent constituer un groupe absolument éloquent.

Aux 24 observations réunies par Brown-Sequard dans son mémoire de 1863 est venu s'ajouter un très grand nombre de faits nouveaux, dont plusieurs récents et avec autopsie ; tous établissent la réalité du syndrome de

Page 1