Œdème
a. Œdème névropatliique.
Expérimentalement, « depuis les expériences de Ranvier et de Jankowski, Ton sait la part qui revient au système vasomoteur dans Tapparition de Fœd^me, puisque la ligature de la veine fémorale n'entraîne Thydropisie du membre inférieur que si elle est suivie de la section du nerf sciatique (5).
Cliniquement, c'est dans l'hystérie que l'œdème névropathique semble avoir été observé tout d'abord (6) et par
(1) Voir, plus loin, § III du même chapitre, les rapports entre Tasphyxie locale des extrémités et la sclérodermie. ^ (2) LÉON Ingelrans et Gkohgfis Dlbiquet,' U Asphyxie des exlrémilés envisagée comme symptôme d insuffisance rénale^ Lille, 1902 [Revue neurologique, 1U02, p. 1001).
(3) Louis Bahhk, Asphyxie locale des extrémilés ei albuminurie, thèse de Paris, 1903 [Revue neurologique, 1903, p. 1021).
(4) L'exagération dos réflexes tendineux dans l'insuffisance anlitoxiquc, Semaine médicale, 11103. \'oir aussi la thèse de Germain, Montpellier, 1903.
(b) AcHARD et Levi, Article Troubles vasomoteurs, déjà cité, p. 633. (6) Voir : Gilles de la Toirette et Dltil, Nouvelle Iconographie de la Salpélrière, 188i), p. 251 et 205.
APPAREIL CENTHAL DE LA CIRCULATION 56i
SYnENiiAM. Des observations en sont publiées par Damas- CHiNO (1880), A. Fabre (1883), Weir Mitciiell (1884). CharcoT décrit Vœdème bleu en 1889 et, la même année, Gilles DE LA TouRETTE et DuTiL en font une étude d'ensemble.
« PoRTAL, Lallemand, Gintrac avaient noté l'œdème dans certains étals pathologiques du système nerveux » (Achard et Levi).
Pour rhémiplégio, Vilpian (1) signale l'œdème du membre paralysé et IVwmom) lo rapproche de Tœdèmc observé dans l'alcoolismo chronique (peut-être par névrite). Pierre Marie (2) cite des faits analogues de Oombault (1892) et de Hare (1898) et des observations personnelles dans lesquelles il a démontré, avec Crolzon, que Tinfluencc directe de la lésion cérébrale sur la circulation intime des tissus du côté paralysé est indiscutable.
Dansleur travaildéjà indiqué, Pariion et Goldstein citent Oi»PEMiEiM (1898) qui indique Tœdème du côté paralysé chez les hémiplégiques et l'œdème plus marqué du côté paralysé chez les hémiplégiques brightiques, Strumpell (1899), VON MoNAKOwtl897), BLOcQetONANOiF (1892). Euxmêmes (1899) ont constaté Tœdème 8 fois sur 87 hémiplégiques. Charles FÉRÉa signalé Tœdème précédant l'hémiplégie.
L'œdème est également fréquent dans les maladies delà moelle (3): myélite aiguë, tabès (sur les membres atteints d'arthropathie), syringomyélie (Roth, Remak, Masils, Hoffmann, Colemann et O'Caroll, Louazel).
Enfin « les névrites, — traumatiques, infectieuses ou toxiques — les premières surtout, produisent souvent des œdèmes persistants assez durs et localisés au territoire des troncs nerveux malades; l'œdème des membres inférieurs dans la névrite alcoolique est fréquemment observé. Dans un cas de névrite systématisée motrice, j'ai constaté avec
(1) Vilpian et Raymond, Clinique^ ciléo, p. 5fô.
(2) Pierre Marie, Article Hémiplégie, cité, p. 503.
(3) .\(:hard et Levi, loco cit., p. 633.
dnASSET. Les Centres nerveux. 3G
MiRALLiÉrexistence d'un œdème très intense des membres inférieurs. L'œdème de la face se rencontre parfois dans les névralgies du trijumeau (1) ».
b. Main succulente,
Pierre Marie et Marinesco (2) ont décrit sous ce nom dans la syringomyélie une forme spéciale de main œdémateuse. C'est une main tuméfiée, froide et faible, avec des doigts fuselés, ne présentant pas de crises de douleurs, à laquelle estassociée une amyotrophie Aran Duchenne et le plus souvent une dissociation syringomyélique des sensibilités.
Gilbert et Garnier (3) ont rencontré, chez un hémiplégique, cette main succulente sans amyotrophie ni dissociation syringomyélique. Dejerine Ta constatée dans la poliomyélite chronique, Mirallié dans la myopathie progressive (4) et R. Moutard Martin dans Thémiplégie incomplète d'origine hystérique (5).
BiscHOFSWERDER (6) ct Parhon ct GoLDSTEiN (7) maintiennent avec Marinesco que la main succulente n'appartient qu'à la syringomyélie. C'est vrai du type complet avec amyotrophie et dissociation des sensibilités, mais pas du type réduit à la forme et à l'aspect extérieurs de cette main œdémateuse spéciale.
c. Œdèmes segmentaires et trophœdème (8).
Aldi Société médicale des hôpitaux^ le 15 octobre 1897,
(1) Dejbrini:, loco cil., p. 1051.
(2) Marinesco, Nouvelle Iconographie de la Salpêlrière^ 1897, p. 84,
(3) Gilbert et Garnïer, Sociélé de Biologie, 1897 {Revue neurologique, 1897, p. 655).
(4} Dejerine, loco cil., p. 1051.
(5; AcfiARD et Levï, loco cil,, p. 633.
(6) Bisciioffswerder, thèse de Paris, 1902, n" 139 [Revue neurologique, 1902, p. 566).
(7) Parhon etGoLDSTEiN, loco cil., p. 976.
(8) Voir, pour tout ce paragraphe , Henry Meige, Nouvelle Iconographie de la Salpélrière, 1899, p. 453.
Debove décrit un œdème segmentaire sans cause mécanique, rénale ou pulmonaire. Dans la môme séance, Mathieu cite des cas analogues chez les artérioscléreux et rappelle les. rapports admis par Potain entre les œdèmes névropathiqaes et rartériosclérose. Le même jour, Joffroy et, Tannée suivante, Chauffard cILeviste communiquent des faits plus ou moins semblables.
Meige en rapproche encore des faits de Duckworth (1899) ViGOURoux (1) (œdème dystrophique du membre inférieur gauche), Weil (œdème éléphantiasique des membres inférieurs 1899) et plus anciennement (1893) Mathieu (pseudoéléphantiasis neuroarthritique)... Enfîn Debove en a cité deux nouvelles observations (2).
Tout à côté, on peut placer ce que Meige (3) a décrit (1898) sous le nom de dystrophie œdémateuse héréditaire ou de trophœdème chronique héréditaire : « œdème chronique des membres inférieurs survenant chez plusieurs membres d'une môme famille et pendant plusiuers générations ». II cite une famille dans laquelle huit personnes, échelonnées sur quatre générations, dont cinq actuellement vivantes, sont atteintes de cette même affection singulière : un œdème chronique, blanc, dur et indolore (sauf un cas), apparaissant à Tâge de la puberté, occupant tantôt les pieds et les jambes, tantôt la totalité des membres inférieurs et généralement des deux côtés (un cas excepté).
Cette maladie paraît bien se rapprocher de Tœdèine segmentaire avec l'importante notion de l'hérédité en plus.
Meige rapproche de ses faits personnels ceux de Desnos (1891, œdème rhumatismal chronique), Milroy (1893 : 22 cas, en six générations, dans la même famille), Higier (1894), RicocHON (1895) et conclut à « l'existence d'une
(1) ViGOUROUX, Nouvelle Iconographie de la Salpélrière, 1899, p. 481.
(2) Dkbove, Presêe médicale, 1902, p. 510.
(3) Henry Meige, Congrès d'Angers, août 1898. Presse médicale, 4 décembre 1898.
affection œdémateuse héréditaire et familiale, capable d'envahir progressivement, de bas en haut, les membres inférieurs, tantôt un seul, tantôt les deux à la fois, s*arrétant soit au cou de pied, soit au genou, soit à la racine de la cuisse, affection indolore, apyrétique, chronique et permanente, qui n'entraîne aucun trouble de la santé générale et peut môme persister jusqu'à un âge avancé •.
De nouveaux faits de trophœdème ont été publiés, depuis, par Lannois (1), Rapin (2) (dystrophie conjonctive myélopathique), Hertoghe (3), Mabille (4), André Thomas (5), Meige (6), LoRTAT Jacob (7).
d. Œdèmes angioyieurotiques et maladie de Quincke.
Dans les mémoires déjà cités de Meige on trouvera une série d'autres faits d'oedème nerveux : œdèmes toxiques et œdèmes angioneurotiques.
On a observé des œdèmes toxiques, sanslésions cardiaques ou rénales : chez des alcooliques (Drummond, 1897), des syphilitiques (Tciiirkoff, 1895), après l'intoxication par le sulfure de carbone (Mathieu et Sikora, 1898).
Comme exemples d'œdèmesangfioneMroitgues, Meige cite les faits de Le Gendre (1892), Collins (1893), Gevaert (1895), Henoch, Follet (1895), Lourier (1897), Bbown (1897). Il faut y ajouter ceux de Modinos (8), Théodore
DiLLER (9).
Ces divers œdèmes constituent ce que les Allemands
{[) La^soi^, Nouvelle Iconographie de la Salpêlrière, 1900, p. 631.
(2) Rapin, Ibidem, 1901, p. 473.
(3) Hertoghe, Ibidem, 19^)1, p. 49j : cas de Irophœdème facial.
(4) Mabille, Ibidem^ 1901, p. 503.
(5) André Thomas, Ibidem, 1901, p. 508.
(6) Henry Meige, Ibidem, 1901, p. 465.
(7; LoHTAT Jacob, Société de Neurologie, 13 mars 1902, Revue neurologique, 1902, p. 279 : cas congénital.
(8j Modinos, Gazzeta degli ospedalie délie clinichey 1901, p. 1556 [Revue neurologique, 1902, p. 577) : œdème à chaque période cataméniale.
(9) Théodore Diller, The Journal of nervous and mental Disease* 1903, p. 210 {Revue neurologique, 1903, p. 1021).
appellent maladie de Quincke (1) (irophœdèmes aigus de Meige) (2).
Depuis les travaux récents sur les chlorures et le rôle de la rétention des chlorures dans la pathogénie de certains œdèmes (3), il serait nécessaire de reprendre, à ce point de vue, toutes ces observations d'oedème nerveux.
Dans la production d'un œdème il y a en efTet très souvent deux éléments : un premier élément général (albuminurie, maladie du cœur, rétention des chlorures) qui permet la production d'un œdème dans un point quelconque de Téconomie et un second élément de localisation (altération nerveuse, phlébite, ancien œdème local) qui réalise Tœdème dans telle partie du corps plutôt que dans telle autre.
Dans tous ces œdèmes nerveux il y a Taltération du système nerveux comme cause de localisation sur un point ou sur un autre ; mais il faut aussi une cause générale d'œdème* Dans les cas cités plus haut on dit toujours s'il y a ou non lésion cardiaque, rénale, etc. ; à Tavenir il faudra toujours dire aussi, dans ces observations, s'il y a ou non rétention des chlorures, soit spontanée, soit après l'épreuve alimentaire.