Ostéopathies
La division, adoptée avec tous les classiques, en arthropathies et ostéopathies est artificielle en ce que le plus souvent, quand une articulation est malade, les os le sont aussi : notre premier paragraphe aurait dû être intitulé ostéoarthr apathies. Dans celui-ci sont bien des lésions osseuses sans lésions articulaires.
a. Fractures spontanées (2).
a. Dans le tahès^ on observe des fractures sans traumatisme ou après une traumatisme insigniflant (Weir Mit- CHELL, Charcot). Ccs fracturcs, survenues sans douleur, parfois au cours d'une crise de douleurs fulgurantes, se consolident souvent très vite. Il peut y avoir cal exubé-
(1) Voir Mapsalongo, Huitième congrès de la Société italienne de médecine interne, Naples, 1897, Semaine médicale, 1897, p. 412.
(?) Voir AciiARD et Levi, TraHéde Médecine ei de Thérapealique de Brouardel el Gilbert, t. VIII, p. 673.
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rani (1) ou pseudarlhrose. Richet (1874) décrit dans ces cas une ostéite raréfiante avec dilatation des canalicules de IlAVERset du canal médullaire, amincissement de la substance compacte, destruction des osléoplastes. Regnahd a insisté sur la déminéralisation de Tos et TaugmenlatioTi des substances organiques (2) ; ce qui explique la fragilité de Tos et aussi, dans une certaine mesure, la facilité de formation du cal (3). Pitres et Vaillard, Siemerling ont signalé, dans des cas de fracture spontanée du tibia, des altérations du filet nerveux qui occupe le trou nourricier de Tos : beaucoup d'auteurs attribuent à des névrites périphériques ces complications osseuses du tabès.
CiiARCOTles attribuait plutôt à une lésion de la substance grise médullaire. « A laide d'examens radiographiques, Destot, de Lyon (4), a récemment conclu qu'on devrait probablement attribuer les lésions atrophiques pures aux altérations du système nerveux central, les lésions liypertrophiques à des névrites concomitantes » (5).
p. On a également signalé des fractures spontanées tout à fait comparables: dans la syringomyélie (6), « dans la
(1) Il se fait uae oBléugénèse périoslique exubérante, dit Bouglé {ihèsc de Paris, I8tJ5). Comparer le cas de déformation monstrueuse du tibia en fourreau de cimeterre chez un tabétique hérédosyphilitique publié par Sadrazès (Nouvelle Iconographie de la Salpélrière, 1903, p. 118).
(2) « C'est peut-être à ces modifications dans la composition des os quMl faut attribuer chez les tabétiques la non transmission par les os des vibrations du diapason, alors que cette transmission se ferait toujours chez un sujet normal quand le diapason est appliqué sur un os supcrflciel, tibia, pubis, etc. (Max Egger, 1899) ; cependant des auteurs récents (Rydel et Seiffert, 1903, Minok, Goldsgiieider) n'admettent pas que la transmission des vibrations se fasse uniquement par le système osseux » (Pierre Marie, article Tabès dorsualis Traiié de Médecine, 2* édition, 1904, t. IX, p. 737).
(3) Charcot, Société anatomique, octobre 1875, Progrès médical^ 1876, p. 116.
(4) Destot, Sociélé des sciences médicales de Lyon, 17 mai 1900. (."*) Pierre Marie, Article cité, p. 737.
(6) Voir Louis Renon et Jean Heitz, Presse médicale, \9QI2, p. 711. Ces fractures sont ordinairement d'une consolidation difficile.
Grasset, Les Centres nerveux. 40
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sclérose en plaques (Peacoke), dans la sclérose latérale amyolrophique (Bouchard), Tatrophie musculaire progressive (?), la maladie de Friedreich (Bouclé), la paralysie infantile (Berbez), la maladie de Morvan (Ghipault)(1) ». Enfin on a observé les fractures spontanées dans Thémiplégie cérébrale (Debove (2) 1881) et dans la paralysie générale (3).
h. Atrophie osseuse.
En dehors des cas de fractures spontanées, on a étudié Tatrophie osseuse d'origine nerveuse, constatée cliniquement, analomiquement ou radiographiquement.
Elle a été signalée par Bouchard (1884) et par Benedikt dans l'atrophie musculaire.
Dejerine et Theohari (4) ont montré cette atrophie osseuse dans Thémiplégie de Tadulte par la radiographie. Ils attribuent cette atrophie à l'altération des nerfs périphériques à cause des douleurs vives que le sujet éprouve pendant longues années dans le membre frappé d'atrophie osseuse. Dejerine a rapproché ces cas des faits d'atrophie osseuse à la suite de lésions des nerfs (Moty, 1892). « Cet auteur rapporte deux cas de fracture de jambe avec névrite consécutive et atrophie du squelette du pied et un cas de fracture du col du fémur suivi d'atrophie du fémur entier. »
Mes collègues, Imbert et Gagmere (5) ont repris, avec la radiographie, et complété l'étude des atrophies osseuses calcaires consécutives à un traumatisme, qu'il faut sou-
(1) AcHARD et LÉvi, loco cil. y p. 669.
(2) Debow-:, Société médicale des hôpitaux, 1881.
(3) Voir Froelich, Revue médicale de PEsl, 1890, no 18 et Quenel- DEC, Contribution à Vétude des fractures spontanées en général et en particulier dans la paralysie générale, thèse Bordeaux, 1901. Christian {Annales médicopsychologiqueSy 1885, p. 112) réagit au contraire contre l'idée de fragilité des os, les disposant aux fractures.
(4) Dejerine et TnEOUARi, Société de Biologie, 12 février 18ÎK {Revue neurologique, 1898, p. 735). Dejerine, loco cit., p. 1103.
(r>) Imbert et GAr.NiÊRE, Revue de Chirurgie, 1903, p. 689.
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vent rechercher assez loin du siège de la fracture, qui durent fort longtemps et dont la considération est impor* tante pour l'appréciation des conséquences d'un accident du travail. Ces « altérations osseuses consécutives aux fractures ou môme quelquefois à des traumatismes qui n'ont intéressé que les parties molles, consistent exclusivement en une augmentation de la transparence des os aux rayons X, sans que la forme soit jamais altérée ».
Les mêmes auteurs ont de même « reconnu Texistence d'une atrophie osseuse inconleslable au niveau du carpe et de la main, dans les divers cas qu'ils ont pu examiner d'hémiplégie de cause centrale, môme lorsque la paralysie n'était pas complète et que les malades se servaient de leur bras et de leur main pour presque tous les actes qui n'exigent pas un effort musculaire de quelque intensité ».
Cette atrophie osseuse à la radiographie, qui a été retrouvée par mes collègues chez plusieurs hémiplégiques organiques de mon service et qui manque dans l'hémiplégie hystérique, pourrait devenir un signe de plus pour le diagnostic différentiel de l'hémiplégie organique et de l'hémiplégie névrosique.
c. Arrêt de développemmit.
(Juand la lésion capable d'entraîner un trouble trophique frappe un enfant, le développement des os est troublé et retardé dans les membres atteints. On a spécialement observé la chose dans l'hémiplégie cérébrale infantile, dans la paralysie atrophique de l'enfance et dans les paralysies radiculaires ou périphériques de la naissance ou du premier âge.
Cet arrêt de développement, souvent compliqué d'erreur et d'ataxie dans le développement (hémihypertrophie osseuse de Launois et Fayolle) contribue à la formation de la griffe de Bouchard dans la paralysie cérébrale infantile: main fléchie, sans angles ni saillies; courbe insensible de l'avant bras au bout des doigts.
Ces troubles de la croissance (hypoplasie) peuvent même être le seul indice d'une lésion cérébrale) (1).
Dans la paralysie atrophique de Tenfance, les troubles trophiques osseux ne sont pas nécessairement parallèles à Tamyotrophie. Seeligmuller aurait môme observé un allongement des os dans des membres atrophiés. Achard a très bien étudié, avec Joffroy (2) et Leopold Levi (3), par la radiographie, l'état des os dans cette maladie.
'< La névrite grave du plexus brachial, survenant pendant l'accouchement ou le jeune âge, est suivie d'atrophie des os (4). »
d. Scoliose.
Je n'ai pas à parler ici de toutes les scolioses qui peuvent se produire dans les maladies du système nerveux. N'appartiennent pas à ce chapitre les scolioses par paralysie, contracture ou amyolrophie, telles que la scoliose de la sciatique (Gharcot 1886), des paralysies ou des amyotrophies des muscles rachidiens (Duchenne), de la paralysie atrophique de l'enfance (5) (Messner 1892), de l'athétosc double et de la chorée chronique (Audry, Hallion), des diplégies cérébrales infantiles (Oppenheim), de la maladie de Friedreich (6)..., encore moins de la scoliose myxœdémateuse (7) qui est probablement rachitique.
(1) Kœnig, Archiv fur Psychiatrie und Nervenkrankheiten, 1901, p. 233.
(2) Joffroy et Achard, Archives de Médecine expérimentale, IS89, p. 57.
f3) Achard et Lévi, Nouvelle Iconographie de la Salpétrière, 1898, p. 262.
(4) Achard et Lévi, Traité de Médecine eî de Thérapeutique de Brouardel et Gilbert, t. VIII, p. 670.
(5) D'après Leyden, les troubles trophiques osseux pourraient jouer un rôle dans la pathogénie de la scoliose dans un certain nombre de cas de paralysie atrophique de l'enfance (Dêjerine, /oroc/7.,p. 1103).
(6) Voir une étude d'ensemble de toutes les scolioses d'origine nerveuse, in Dêjerine, loco cit., p. 837.
(7) Chipault, Société de Pédiatrie, 10 mars 1902, Revue neurologique, 1902, p. 1040.
De tout ce chapitre de la « scoliose neuropathique d, étudié par de Bûck (1), je ne reliens que les cas dans lesquels la scoliose est réellement et directement trophique, par ostéoarthropathie vertébrale.
On en trouve des exemples dans le tabès : la colonne vertébrale peut être touchée (Koenig, Pitres et Vaillard) ; c'est alors une arthropathie vertébrale, analogue à celles que Ton observe dans les membres (Dejerine).
Mais les meilleurs exemples de la scoliose, trouble trophique vertébral, sont donnés par la syrmgomyélie.
Cette scoliose, trouble trophique ostéoarliculaire, a été signalée par Bernhardt(1889). Elle siège le plus souvent à la région dorsale et « d'après Hallion sa convexité regarde habituellement le côté atteint le premier et le plus fortement, dans les cas toutefois où la maladie prédomine notablement d'un côté du corps... Suivant certains auteurs elle serait due à une arthropathie vertébrale (Kroenig) ; suivant d'autres, à l'action musculaire (Rotii). Il semble plus naturel d'admettre avec Morvan (2) qu'il s'agit là d'un véritable trouble trophique d'origine névropathique (3) ». Broca, Schlesinger admettent aussi que les déformations de la colonne vertébrale dans la syringomyélie sont dues aux troubles trophiques osseux et articulaires (4).
Dans une autopsie récente de syringomyélie typique avec cyphoscoliose très accentuée, Nalbandoff (5) a fait l'examen chimique et microscopique des vertèbres, a trouvé
(1) De Bûck, Journal de Neurologie, 1901, n« 23. Voir aussi Hallion, Des déviations vertébrales névropathiques^ thèse de Paris,
(2) Morvan plaçait cette scoliose « h côté du panaris, de l'arUiropathie, de la fracture spontanée ».
(3) Pierre Marie et Guinon, Article Syringomyélie Traité de Médecine y 2- édition, 1904, t. IX, p. 839.
(4) Dkjerine, loco cit., p. 839 et 1101.
(5) Nalbandoff, Deutsches Zeitschrift fur Nervenheilkunde, 1901, t. XX, p. 248.
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des lésions fort semblables à celles de rarthrile déformante de la colonne vertébrale, de la spondylile déformante et a conclu que la cause primordiale en sérail un trouble trophique des os eux-mêmes.
c. Ostéite déformante (maladie osseuse de Paget).
Je dois dire un mot ici de cette maladie, quoique le rôle palhogéniquedu système nerveux soit encore très discuté.
Décrite en 1877 et en 1882 (1), la maladie osseuse (2) de Paget est caractérisée par « augmentation considérable de volume et courbure des os longs des membres et des os du tronc et de la tête, produisant un aspect tout à fait particulier ; les fémurs et les tibias sont fortement courbés en avant, les jambes sont écartées, le tronc et le cou sont fixés dans une flexion antérieure très accentuée, par suite de lésions analogues du rachis, la respiration e&t gênée et à type presque exclusivement diaphragmatique à cause de l'hypertrophie et delasouduredescôtes(3)». Dievlafoy(4) complète ainsi ce tableau : « c'est un trouble trophique qui diminue la résistance de l'os tout en provoquant Texubérance du tissu. Les os devenus moins résistants s'infléchissent et se déforment. Les déformations osseuses, habituellement symétriques, ne sont généralement que l'accentuation des courbures [normales et semblent indiquer un certain ramollissement de l'os atteint d'ostéite hypertrdphiante. Toutefois, ce ramollissement est minime, car les autres ne sont pas fragiles et les fractures sont exceptionnelle (5) >.
(1) Paget, Medicochiravgical Transactions, 1877, t. LX cl IW^, t. LXV.
(•2) « Osseuse » pour distinguer de la maladie de Paget « du mamelon ».
(3) Pierre Marie, Revue de Médecine^ 1886, p. 329.
(1) Dieulafoy, Manuel de Pathologie interne^ 1904, 14' édition, l. IV, p. 761 et Clinique médicale^ t. IV, p. 34G.
(5) Voir, comme autres documents cliniques : Wilson, Philadeiphia médical Journal^ 190*2 [Hevuc neurologique^ 1902, p. 013}; Cadet,
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On a beaucoup discuté raclion éliologique de la syphilis, Paget el les premiers auteurs la niaient résolument. Aujourd'hui au contraire LANNELONGUEct Fourmer(1903) Tadmettcnt. La même opinion est soutenue dans les thèses de Frechou (l)et de Negellen (2). Cette question du fond nosologique ne préjuge en rien celle du rôle du système nerveux dans le mécanisme pathogénique de la lésion osseuse.
Au point de vue de Taction du système nerveux, Gilles DE LA TouRETTE a publîé avcc Magdelaine (3) et avec Ma- RiNEsco(4) deux autopsies de maladie de Paget avec lésion de la moelle. Lévi (5) en a publié une autre, mais dans laquelle il ne considère la lésion médullaire que comme une coïncidence. Hudelo et Heitz (6) ont, dans un autre cas, trouvé les mômes lésions de moelle sénile que Lévi; ils n*ont constaté aucune altération du groupe cellulaire décrit près du canal central par Curcio (7) comme le centre trophiquc médullaire des os.
Béclère (8), Hudelo et Heitz ont insisté sur les lésions athéromaleuses fréquentes chez les Paget et proposent d'attribuer les lésions osseuses à l'athérome de l'artère nourricière de Tos. Seulement ceci ne supprime pas complètement Télément nerveux. Gilles de la Tovrette (2*'au-
Contribation à Vélwle clinique de Vosléite déformante de Paget, llicâc de Pitris, lUOl, n» 1.
(I) Ji:an Fhkciioi;, Des rapporls de Ihérédosyphilis osseuse tardive {type Lannelonguk;, avec Vosléite déformante progressive {type Pat;Kr), Ihèrte de Paris, 1003, n«510.
/2) Paul Kmile Henk Nhgellkn, De Vosléite déformante {maladie osseuse de Paget), thèse de Paris, 1903, n' 411.
(3j Gilles de la Tolrette el Magdelaine, Nouvelle Iconoyrapfiie de la Salpétrière, 1804, p. 1.
(4) Gilles de la Touhette et Marinesco, Ibidem^ 1895, p. 205.
(5) Leopold Lkvi, Ibidem, 1897, p. 113.
((>/ Li'ciKN Hldelo et Jean Heitz, Ibidem^ 1901, p. 415. (7) C'.i'u«:u), Annali di medicina navale^ 1898 [Revue neurologique^ (8j Ukclèhe, Société médicale des fiôpitaux^ 19 juillet 1901.
topsie), Léyi, Hudelo et Heitz ont noté dans leurs autopsies une névrite interstitielle du nerf nourricier de l'os, qui pourrait expliquer « le trouble profond de la nutrition et de révolution du tissu osseux ».