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Zonas

Le zona est une éruption d'herpès à distribution nerveuse (périphérique, radiculaire ou segmentaire).

Le plus classique est le zona thoracique, mais il y en a dans une série d'autres régions.

Zona de la face : Erb a observé un cas d'herpès labial ; Gellé(1876), Després (1877), le zona de la langue ; Hoe- NiscH, le zona de toutes les branches du trijumeau. Hv- BORD (1872) et CoppEz (1873) ont bien étudié le zona ophtalmique (voir la leçon de Brissaud (5) sur le zona ophtalmique avec hémiplégie croisée).

(1) Marandon de Montyel, Encéphale, 188S, p. 257 et Revue de Médecine^ 10 juin 1904. Mabille, Archives de Neurologie, l^SS^ n» 46. FÉRÉ, Nouvelle Iconographie de la Salpêlrière^ 1889, p. 156.

(2) AciiARD et LÉvi, loco cil , p. 680.

(3j Voir aussi Tomasczswski, Miinchener medicinische }^ochenS'' chrifl, 1902, p. 779.

(4) Leçons de Clinique médicale^ A* série, p. 156. (5} Brissaud, Leçons sur les Maladies nerveuses, 1899, t. Il, p. 85.

A ce zona de la face se rattachent : le zona du cuir chevelu et le zona du cou.

Zona des membres : Dumontpallier a décrit un zona du musculpcutanéy Hanot (1887) du sciatique, Sander du médian, Wilhelm Magnus (1) du cubital, Duncan de la cuisse, Payne du crural.

Classiquement, on groupe ces zonas des membres, de Vahdomen et des lombes en : zona brachial, zona lombofémoral el zona sacroischiatique ; à ce dernier se rattache le zona génital (2) (Mauriac 1876).

Ces diverses variétés topographiques de zona peuvent d'ailleurs, en clinique, s'associer entre elles. Tels : le zona bifurqué de Fabre (demi-ceinture et partie interne du bras) et les zonas multiples du même auteur (3).

Dans ces diverses régions, le zona affecte, suivant les cas, la distribution d'un nerf, la distribution radiculaire ou la distribution segmentaire.

' a. La distribution suivant un nerféisiii autrefois considérée comme caractéristique et entrait dans la définition du zona (4). C'est une exagération. Mais il ne faut pas nier le zona à distribution périphérique.

Dans cette catégorie il y a les zonas par traumatisme d'un nerf, ceux par névrite alcoolique, tuberculeuse, du béribéri, scialique (5)... ; et aussi les zonas dans lesquels on a trouvé des lésions des nerfs (Pitres et Vâillard) (6).

(1) Wilhelm Magnus, Norsk Afagazin for Loegevidenskaberif 1902, p. 517 {Beuue neurologique, 1902, p. 1117).

(2) Voir: Ra vaut et Darré, Gazelle des hôpitaux, 1903, p. 1175.

(3) Fabre de Commentry, Progrès médical, 1903, p. 259. -

(4) Voir tou9 les classiques et spécialement : Hardy (Dictionnaire de Jaccoud, 1886) ; Leroux {Dictionnaire encyclopédique, 1889) ; Thi- BiERGE {Traité de Médecine, 1. 11, 1892} ; Sallard {Manuel de Médecine, 1894, L II) ; Gaucher et Barbe (Tra/Ze de Brouardel el Gilbert, 1897, l. 111) ; DiEULAFOY {Pathologie interne, i. II) ; Collet (Précis de Pathologie interne^ 1899, t. I)...

(5) Voir Hanot, Archives générales de Médecine^ 1887, 1. 1, p. 340.

(6) Pitres et Vâillard, Archives de Neurologie, 1883, n** 14 : obser-

« Toulefoîs, dit Dejerine (1), il doit s'agir ici d'une névrite d'une nature spéciale, étant donnée rextréme rareté du zona ou des éruptions zostériformes, au cours de la polynévrite de cause infectieuse ou toxique. »

b . La distribution radiculaire est celle des cas dans lesquels on a trouvé des lésions d'un ganglion (Baerensprung 1868 ; Çharcot et CoTARD 1865; Sattler 1875 ; Chandelux) (2).

Vladimir Skalicka (3] a observé 3 cas dans lesquels l'éruption correspondait aux distributions périphériques des racines postérieures. Armand Delille et Jean Camus (4) ont publié (du service de Dejerine) un cas de zona à topographie rigoureusement radiculaire des trois premières racines lombaires. A propos de ce fait, Dejerine déclare qu'il a toujours trouvé la topographie radiculaire dans le zona vrai et il cite un important travail de Head et Campbell, dans lequel ces auteurs déclarent avoir toujours constaté la topographie radiculaire et avoir trouvé des lésions ganglionnaires dans les 21 cas qu'ils ont autopsiés.

Collet (5) a observé aussi, chez un tuberculeux, un zona étroitement limité au territoire cutané de la cinquième racine cervicale droite (6).

c. C'est Brissaud (7) qui a nettement établi l'existence et

Valions de Werdner, Kaposi, Charcot, Rouget, Mitchell et personnelle.

(1) Dejerine, /oco c//., p. llll.

(2) Chandelux, i4rc^/yes de Physiologie^ 1879, p. (ï94. — Voir aussi Faure Beaulieu, 1903, p. 1329.

(3) Vladimir Skalicka, Sbosnik lékarsky, 1901 et III Congrès des médecins et naturalistes tchèques à Prague, 1901 [Revue neurologique, 1902, p. 922 et 923).

(4) Armand Delillb et Jean Camus, Société de Neurologie, 6 novembre 1902, Revue neurologique, 19(»2, p. 1072. — Discussion : Dejerine.

(5) Collet, Revue neurologique, 1902, p. 1088.

(6) Voir aussi Gustave Lanp.evin, Etude sur la métamérie cutanée, en particulier dans le zona et les fièvres éruptives, thèse de Paris, 1903, n« 186.

(7/Brissaud* loco ci/., p. 33 -et suiv.

les caraclères cliniques du zona à distribution segmeniaire. Si, à la partie supérieure du thorax, le zona suit toujours les espaces intercostaux, le parallélisme entre le zona et les nerfs intercostaux ou leurs racines n'existe plus à la base du thorax et encore moins à Tabdomen.

Brissaud cite ensuite des cas de zona à distribution segmentaire : au membre supérieur (Head, 1894; Mannkopf, 1888) et au membre inférieur (Grasset et Vedel) (1). Un autre cas de zona métamérique du membre inférieur a été publié par WiDAL et Le Sourd (2), un autre par Brissaud (3).

Dans rhistorique de la théorie nerveuse du zona, il faut citer les noms de Parrot qui a montré dans le zona un trouble trophique de la peau, deDANiELSEN, Baerensprung, Weidner, Chandelux... qui ont, les premiers, décrit les altérations nerveuses...

Tout le monde n'admet pas cette pathogénie nerveuse et certains auteurs lui opposent une théorie vasculaire ou une théorie infectieuse et toxique.

Briquet avait déjà voulu attribuer la distribution segmentairedesanesthésies hystériques àuneorigine vascuZair6 et non nerveuse. Abadie (4) a repriset développé cette idée, spécialement pour le zona. J'ai discuté ailleurs (5) cette théorie vasculaire et essayé de montrer que : 1^ la théorie directe des vaisseaux n'est pas soutenable, la distribution des vaisseaux n'expliquant pas les zonas segmentaires, les relations intimes du zona avec d'autres symptômes nerveux et avec les maladies nerveuses étant indiscutables ; 2^ si Abadie veut simplement substituer les nerfs vasomoteurs

(1) Grasset et Vedel, Société des Sciences médicales de Montpellier, 4 mars 1896. Nouveau Monlpellier médical, 1898, p. 236.

(2) WiDAL et Lesocrd, Société médicale des hôpitaux, 1901 (Revue neurologique, 1902, p. 233).

(3) Brissaud, Société de Neurologie, 2 juin 1904. Revue neurologique, 1904, p. 630.

(4) Abadik, BulleHn médical, 1890, p. 377.

(5) Leçons de Clinique médicale, 4* série, p. 203.

aux nerfs irophiques et aux nerfs sensitifs comme vecteurs de TactioD trophique pathogène du zona, ceci peut se discuter et en tous cas laisse le zona, non dans les maladies vasculaires, mais dans les maladies nerveuses (1).

La théorie infectieuse date des travaux de Landouzy (2), pour qui le zona ou fièvre zoster est une maladie générale, fébrile, spontanée, aiguë, presque cyclique, épidémique (3) et contagieuse (4). Erb (5), Weigert, Kaposi, PpEiFFERonl insisté aussi sur les cas endémiques ou semiépidémiqueset admettent la nature infectieuse de la maladie (6). Dans ce groupe des zonas infectieux il faut placer le zona de la tuberculose (Leudet), de la rougeole (Adenot) (7), du tétanos (Mastri) (8), de la pneumococcie (Kaposi), de la grippe, d'une infection spéciale (Boix), de la syphilis (Gaucher et Barbe, Jullien, Spillmann et Etienne) (9), de la staphylococcie (Josias et Netter 1899)..,

De ces zonas à origine infectieuse (dont le nombre croît tous les jours), il faut rapprocher les zonas par intoxication (oxyde de carbone, cocaïne) (10)...

(1) Voir encore Abadie, à propos d'une communication de Barthélémy, Société française de Dermatologie et de Syphiligraphie^ 1904 {Revue neurologique, 1904, p. 77).

(2) Landouzy, Semaine médicale, 1883 et 1888.

(3) Voir les thèses de Honzier Joly (Zona, Fièvre zosler et éruptions zostériformes, Etiologie et Pathogénie. Relation d'une épidémie de zona. Montpellier, 15 mai 1895) et de Debray (Paris, 1894, n* 441), le travail de Féré, Revue de Médecine, 1890, p. 393...

(4) Brissaud cite le mot de Hardy : « un cas de zona n*est jamais isolé dans un hôpital. »

(5) Erb, Neurologisches Centralblatty 1882, p. 529.

(6) Rauzier {lococil., t H, p. 271, note) cite encore, sur la nature infectieuse du zona, les travaux de Letulle, Gauthier, de Luca, Weiss, von Wassilewski, Barthélémy, Fox...

(7) Adenot, Revue de Médecine, juillet 1891.

(8) Mastri, Riforma medica, 1901, p. 642 {Revue neurologique^ 1902, p. 739).

(9) Gaucher et Barbe, Presse médicale, 1897, 12 août ; Jitllien, Congrès de Moscou, 1897 ; Spillmann et Etienne, Presse médicale, 15 décembre 1897 (cit. Brissaud).

(lO)AcuARD cILaubry, Gazelle hebdomadaire, 1901, p. 1129.

Il ne faut pas opposer ces faits toxiinfectieux à la théorie nerveuse. Ces agents pathogènes (très fréquemment indiscutables) peuvent agir sur la peau directement, par les vaisseaux ou par le système nerveux. La question reste donc entière.

Tout ce que nous avons dit permet de la trancher. Dans la plupart des cas (sinon dans tous), le zona a son point de départ dans Taltération d'un ou de plusieurs nerfs (distribution périphérique), d'un ou de plusieurs ganglions (distribution radiculaire), d'un ou de plusieurs centres supranucléaires (distribution segmentaire).

Ce dernier groupe des zonas médullaires est encore démontré par certains examens de liquide céphalorachidien.

AcHARD, LcEPER et Laubry (1) out pu cultiver des microbes dans 8 cas sur 17 : bacilles d'espèces différentes, staphylocoque citrin, streptocoque, staphylocoque blanc, bacille pyocyanique ; dans 9 cas, lymphocytes fort nombreux ; dans un cas, 6 pour 100 de polynucléaires dans les leucocytes. Dans le liquide céphalorachidien aussi Ravaut et Darré (2) ont constaté la présence d'éléments cellulaires en nombre d'autant plus considérable que l'herpès (génital) est plus étendu et que l'examen est pratiqué à une date plus rapprocliée du début.

Donc, en somme et en résumé, le zona est le plus souvent une trophonévrose. Seulement il ne faut plus dire que cette trophonévrose dessine toujours un nerf ou est toujours sous la dépendance d'une altération ganglionnaire. Le zona est, suivant les cas, périphérique (nerfs), radiculaire (ganglions) ou segmentaire (moelle).

(1) AciiARD, LoEPER, ct Laubry^ SociéU médicale des hôpitaux, 1901 {Revue neurologique^ 1902, p, 233).

(2) Ravaud et Darré, Gazelle des hôpitaux, 1903, p. 1175 {Ibidem, 1904, p. 353).

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