Amblyopie croisée capsulaire
1 . U amblyopie unilatérale directe est le symptôme de la lésion d'un nerf optique (1) : rétrécissement, concentrique ou irrégulier, du champ visuel ; diminution de Tacuité visuelle jusqu'à Tamaurose ; dyschromatopsie, achromatopsie ; scolome central avec zone amblyope autour ; phénomènes entoptiques (2)... L'examen du fond de Tœil est particulièrement instructif dans ces cas.
Une lésion au niveau même duchiasma peut produire une hémianopsie héiéronyme{3) : la moitié interne ou nasale de la rétine est anesthésiée des deux côtés ; c'est V hémianopsie temporale ou externe : c'est la moitié externe du champ visuel qui est supprimée des deux côtés (4). En réalité, c'est une liemiamblyopie bilatérale (5).
On a signalé ce symptôme dans Vacromégalie (6) dont la
(1) Par ce que nous avons dit plus haut de l'anatomie des voies optiques, on voit que, malgré son nom, le nerf optique appartient bien déjà aux centres nerveux et par suite à notre sujet.
(2) Voir, pour tout cela, les traités spéciaux d'ophtalmologie, notamment celui de Truc, et aussi Mayet, Traité de diagnostic médical et de séméiologie. WM, t. II, p. 75.
(3) Hémianopsie droite de l'œil droit et hémianopsie gauche de l'œil gauche.
(4; On qualifie chaque hémianopsie par le côté du champ visuel qui est supprimé. Ainsi hémianopsie droile veut dire suppression de la moitié droile du champ visuel et par suite anesthésie de l'hémirétine gauche,
(5) Très rarement et par une double lésion de l'angle externe du chiasma des deux côtés, il peut y avoir hémianopsie nasale bilatérale (Dejerine, loco c//.,p. 1160).
(0} Voir notamment Solza Leite, De Vacromégalie, maladie de Marie, thèse de Paris, 18. 0.
lésion serait habiluellement dans le corps pituitaire (1). 11 existe notamment des cas de Schultze (2), Boltz (3) et Packard (4), MONTEVERDI et TORRACHI (5)...
Ce même symptôme a été observé et étudié par OppeniiELM (6) (méningite syphilitique de la base), Spanbock et Steinhaus (7) (diabète insipide), Dariex (8) (méningite chronique de la base ou tumeur intracrânienne), Gabrielides (9) (tabès)...
2. Lamhlyopie unilatérale croisée a fait partie du syndrome des lésions de la capsule interne. Pour la comprendre avec la semidécussation du chiasma (10), il faut des hypothèses compliquées que j'avais exprimées autrefois dans un schéma ^11), mais qu'il me paraît falloir abandonner.
(1) Voir le chapitre VI.
(2) SciiLXTZE, observation XVII de la thèse de Souza Leite sur Vacromégalie, 1890.
(3) Boltz, Deulsches medicinische Wochenschrifi, 1892, p. 635 fCil , Rauzieh, Traité cité, t. II, p. 230..
(4) Packard, The american Journal oflhe médical Sciences, 1892, p. 660.
(5) MoNTEVERDi et ToRRACHi, Rivisla sperimenlaledî frenialria^lS^l {Revue neurologique, 18î)8, p. 111).
(6) Oppenheim. Berliner klinisches Wochenschrift, 1887, Citât. Rauzier, Traité cité, t. II, p 952.
(7; Spanbock et Steinhaus, Neurologisches Centralblatt, 1897, p. 491 .
(8) Dariex, Congrès d'ophtalmologie, Paris, 1898 {Revue neurologique, 1899, p 285).
(9; Gabrielides, Archives d'ophtalmologie, 1898 {Revue neurologique, 1896, p. 647).
(10) Que nous avons vu plus haut être admise par la plupart des auteurs malgré les objections Taites.
(11) Montpellier médical, 1883, t. L,p. 159. On m'a beaucoup reproché (Seguin, Archives de Neurologie, 1886, t. XI, p. 176) le double entrecroisement (en boucle) du nerf optique dans ce schéma. Mais il y a d'autres schémas analogues (Landoizy, Progrès médical et Société anatomique, 1879 pour la déviation conjuguée ; Brissaud, Leçons sur les Maladies nerveuses, 18î6, p. 555, pour les voies intramédullaires de la sensibilité, etc.) avec des doubles entrecroisements, que d'ailleurs la notion des neurones successifs rend plus acceptables. La vérité est qu*on ne pouvait pas admettre le schéma de Charcot, sans le compléter par le mien (voir Lagrange, Précis
352 CHAPITRE QUATHIÈME
Il est probable que dans beaucoup des cas décrits comme capsulaires organiques il y avait de l'hystérie.
Si quelques faits ultérieurs, bien observés et suivis d'autopsie complète, résistaient à cette interprétation, on pourrait reprendre la théorie de Lannegrace (1) que Bechte- REW (2) a défendue ensuite et d'après laquelle Tamblyopie dans ces cas ne serait pas un symptôme direct de la lésion des voies optiques en un point quelconque de leur trajet intrahémisphérique, mais une conséquence de la lésion du trijumeau, exerçant indirectement son action sur le nerf optique lui-même. En fait, il y a un rapport constant (Féré) entre Tamblyopie et l'anesthésie oculaire du môme côté. L'amblyopie serait alors le résultat d'un trouble trophique de la rétine concomitant du trouble sensilif (Lannegrace) ou le résultat de l'irrigation insuffisante de la rétine par spasme artériel (3) (Bechterew).
En tous cas, il reste acquis pour la clinique que Vamblyopie unilatérale n*est le symptôme direct de la lésion d'aucunpoint spécial des voies optiques au delà du chiasma.
Hémianopsie. 1. Variétés cliniques de rhémianopsie. — 2. Siège anatomique des lésions. — 3. Rapports de rhémianopsie et de la cécité verbale. — 4. Cécité corticale et cécité psychique.