FER (3), DURET
La question reste ouverte.
Tout en souhaitant qu'elle soit le plus promptement possible résolue, je tiens à faire remarquer que la localisation anatomique complétera heureusement la notion des deux ordres de centres psychiques, mais que les deux choses ne sont pas connexes et solidaires ; alors môme qu'on n'arriverait à aucune notion précise sur la localisation anatomique de ces centres, il faudrait maintenir la distinction physiologique et clinique, qui est imposée au médecin par les faits, des centres psychiques supérieurs (0) et des centres psychiques inférieurs (polygonaux).
Je dis : distinction des deux ordres de centres et pas seulement distinction des deux ordres de fonctions. C'est un point sur lequel je dépasse la pensée de Pierre Janet qui a créé la distinction des fonctions psychiques en supérieures et inférieures, mais résiste à accepter la distinction des centres.
«Au point de vue psychologique, dit-il (5), la distinction de ces deux degrés de la conscience est loin d'être absolue, il y a bien des formes de transition et il ne faut pas oublier qu'un môme phénomène psychologique par l'effet de la répétition et de l'habitude passe de l'une de ces formes de conscience à l'autre. Serait-il impossible d'imaginer que ces deux formes de la conscience représentent deux degrés d'activité (jui peuve^it appartenir à
0) Francesco Burzio, Ann. d, Fren. e Se. affini, 1900, t. X, p. 280 {Revue neurologique y 1901, p. 96).
(2) Raymond Cestan et Paul Lejonne, Revue neurologique, IW\, p. 846(lravail important sur toute l'anatomoclinique du lobe frontal).
(3; Karl Scuaffer, Neurolog lâches Cenlralblalt, 1903, p. 54 {Revue neurologique^ p. 1046).
(4^ DcRET, Rapport au Congrès de chirurgie, 1903, Revue neurologlque^ 1904, p. 229.
(5) Pierre Janet. Préface de la nouvelle édition de mon SplrilUme devant la science^ p. xiii.
tous les coUves du cerveau? » C'est Tobj^ectioa que m'avait déjà faite JoFFRo Y (l)au Congrès de Grenoble : «je sais bien, avait-il dit, qu'il faut distinguer les actes volontaires des actes automatiques ; mais je ne pense pas qu'il soit nécessaire de faire présider des neurones différents à leur production. J'admettrais volontiers que les actes nous semblent automatiques quand, sous l'influence de l'habitude, les neurones en jeu sont capables de réagir sous des excitations extrêmement faibles. »
La meilleure des preuves, ai-je répondu, que les centres inférieurs sont distincts des centres supérieurs, c'est qu ils peuvent fonctionner sépar^^'m^nt et simuUatiément, Quand Archimède sort tout nu de son bain, ce ne peut pas élre avec les mômes neurones que, d'une part, il trouve et proclame la solution de son problème et que, de Tautre, il sort de la baignoire et court dans la rue. Les faits cliniques qui dissocient les deux ordres de centres et dans lesquels une lésion organique limitée supprime un psychisme et laisse persister l'autre prouvent bien aussi, et péremptoirement, Tindépendance anatomique des deux ordres de centres psychiques (2).
2. Le groupement des neurones en systèmes, par appa^ reils, est plus important encore que le précédent.
Ce qui fait Tunité et caractérise l'individualité d'un appareil nerveux ou d'un système de neurones, c'est l'unité de la fonction (3) correspondante.
A chaque fonction, simple ou complexe, correspond un
l JoFFnov, Revue neurologique, 1ÎK)2, p. 781.
(2) Dans ic inOmc Congrès de Grenoble Gilulrt Ballct a déclaré vouloir appeler pluLôt supérieurs les centres polygonaux de Taulomatisme et inférieur le centre O. C'est une idée que Ridot a également développée à propos de l'inspiration. On trouvera la réponse que j'ai essayé de faire aux pages 156 et 346 de la nouvelle édition de mon Spiritisme devant la science.
(3; M Dans l'ôtre vivant, dit Morat {loco cit., p. 120), tout est fonction, parce que tout y tend vers une Un déterminée. La notion de
G£N£H.VLIT£S ÀNÀTOMOPMYSIOLOGIQU£S 49
appareil nerveux spécial. J'énumérerai les principaux de ces appareils nerveux à la fin de ce chapitre et c'est sur leur nomenclature et cette classification que sera basé le plan de ce livre.
Notons seulement pour le moment que chacun de ces appareils nerveux, dont la fonction est une, est multiple et complexe à tous les autres points de vue.
Chacun de ces appareils traverse tous les plans de neuroneSf se continue à travers tous les étages, a ses neurones périphériques, ses neurones de relais et ses neurones corticaux. Chacun a à la fois des fibres centripètes, des centres et des fibres centrifiges ; Tappareil visuel comprend des nerfs moteurs indispensables à la vision, comme l'appareil moteur général ne fonctionnerait pas sans ses nerfs kines- (hésiques.
Et ainsi disparaît la division en cerveau, bulbe, moelle... qui ne correspond à rien que de géographique.
Donc, ni unité géographique ni unité de direction de courant nerveux ; le système de neurones en appareil n'a d*unité que dans sa fonction : c'est une unité physiologique.
Fonctionnement du neurone. L'acte réflexe. Action réciproque des divers étages de centres réflexes.
L*acte nerveux simple auquel tous les autres peuvent être ramenés est toujours Yacte réflexe par lequel une impression centripète pénètre par les prolongements proloplasmatiques dans le corps cellulaire d'un neurone, s'y réfonction se relie élroitement et se superpose à la notion de système. La fonction représente le côté dynamique de Tôtre vivant, dont le système représente le côté statique : elle n'est autre chose que le lien qui coordonne les pièces d'un système et lui confère ëon unité. »
Grasset. Les Centres nerveux. 4
fléchit et devient une impulsion motrice centrifuge que transmet le prolongement cylindraxile.
La cellule n'est pas un organe inerte de transmission et les divers actes réflexes sont plus ou moins compliqués suivant que le rôle de la cellule est plus ou moins considérable, que le centre de réfl^exion est formé par un plus grand nombre de neurones associés, que ces neurones ont des qualités différentes, que la transformation de l'impression sensitive en expression motrice est plus ou moins lente ou méditée, par emmagasinement intracellulaire.
Les neurones des diyers systèmes et des divers étages peuvent être le siège de réflexes. Et les réflexes deviennent de plus en plus compliqués au fur et à mesure que leurs centres sont plus élevés dans Téchelle physiologique.
Le tableau suivant donne une idée de l'ensemble .
Tableau II. — Classification physiologique des actes nerveux