‹ Les Cèpes dans leurs Rapports avec l'AlimentationChapitre 11 sur 25 · DAT · texte numérisé non relu

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mier abord ; en réalité, c’est impossible. On nous dira : Placez sous la cloche d’une machine pneumatique les espèces sur lesquelles vous voulez opérer, faites le vide que vous maintiendrez un temps suffisant pour éliminer l'air inclus dans le parenchyme; vous déchirerez ensuite la chair, soit dans le vide, soit dans un gaz inerte que vous ferez rentrer sous la cloche, et l’expérience ainsi faite sera décisive. |

La réponse est des plus aisées : l'air ne quittera pas le tissu, car ce dernier représente un système de lacunes et d'espaces très capillaires, et l’on sait par des expériences de physique très certaines que l’on ne peut chasser ni par aspiration, ni par compression les gaz emprisonnés dans des conditions pareilles.

Mais cette quantité d’air, en somme trés minime, peut-elle être suffisante pour déterminer le phénomène du bleuissement ? Nous le pensons, car la quantité de matière colorante formée est en somme très peu considérable et ne doit exiger qu’une quantité d'oxygène presque infinitésimale, Vous demanderez encore peutêtre pourquoi cette coloration ne paraît que par le froissement de la chair et $a mise au jour, si l'oxygène se trouve par avance au contact du parenchyme? Cest que, probablement, le phénomène d’oxydation n'est possible qu’au moment où les tubes rompus par le froissement laissent échapper le principe qui, en s'oxydant, produit la coloration.

On voit, d’après cetle discussion, que nous nous rattachons à une des théories qui font procéder le changement de couleur d’une oxydation, et que nous allons étudier maintenant.

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Schœnbein (1), dès 1856 attribuait à l'ozone le bleuissement des champignons chez lesquels il admettait la coexistence de deux principes : l’un agissant comme chromogène, l'autre, capable de transformer en ozone l'oxygène, Phipson, admettant la même théorie, attribue au chromogène les propriétés suivantes : «soluble dans l'alcooletdifficilement miscible à l'eau, il serésinifieà l'air. Il possède les propriétés de l’aniline et donnelieu avec les agents oxydants aux mêmes combinaisons.» Bourquelot et Bertrand ont poussé plus loin l'étude des deux principes et voici les conclusions de leurs études sur ce sujet. «Nous croyons que ces phénomènes de coloration sont liés à l'existence dans les champignons du ferment oxydant en même temps que du principe particulier colorable (2).

On peut préparer cette dernière substance sous forme de solution. Pour cela il faut porter à l'ébullition de l’alcool! à 95°. découper le bolet en menus morceaux et les laisser tomber de façon qu'ils restent à l’air le moins possible. Maintenir l’ébullition pendant un quart d'heure, laisser refroidir et filtrer.

Le liquide est à peine teinté de jaune. Il peut se conserver, même après addition d’eau au contact de l'air parce que le ferment a été détruit sous l'influence de la chaleur. Si après l’avoir étendu de son volume d’eau on l'’additionne de ferment, si, par exemple, on l'agite avec le suc non coloré d'un champignon riche en ferment comme celui de R. cyanoxantha, on le voit prendre,

(1) Bul. de la Soc. mycologique. T. XII. p. 27-1896. (2) Id.

au bout d’une demi minute une teinte pourprée qui passe ensuite rapidement au bleu. En examinant le mélange sans l’agiter, on voit que la coloration bleue est d’abord plus foncée dans les couches liquides supérieures.

Ces expériences ont été faites avec B. Cyanescens, B. luridus et B. erythropus. Nous avons nous même expérimenté sur B. scaher dont la chair prend une couleur vineuse.

Reste à expliquer ce qu'est ce ferment oxydant nécessaire pour l’obtention du phénomène. Voici le procédé qu'ont employé pour l'obtenir Bourquelot et Bertrand (1): «125 grammes de Russula fœtens, particulièrement riche en ferment, ont été coupés et réduits en bouillie, puis celle-ci a été mise à macérer avec son poids d’eau chloroformée. Au bout d’une heure, on a filtré et obtenu environ 60 cent. c. d’un liquide jaune pâle au début, qui s'est coloré peu à peu en rougeûtre sale. Ce liquide présente des propriétés oxydantes très actives, donnant une coloration bleue avec la teinture de gaiac, une coloration brune avec le laccol, une coloration foncée avec l’acide gallique.

La présence dé ce ferment est-elle indispensable pour obtenir la coloration bleue chez les cèpes ? Nous avons fait avec la solution de principe colorant extraite de B. scaher et préparée selon le procédé de Bourquelot quelques expériences pour nous en assurer.

La première a consisté à mettre en présence d’ozone naissant cette solution. Le dispositif employé était le

(1) BOURQUELOT et BERTRAND. Bul. de la Soc. mycologique, T, XI. p. 123, 1895.

suivant : Un tube de verre d’un diamètre intérieur de 1 centimètre et demi, de 40 centimètres de longueur, était fixé horizontalement. L'une de ses extrémités était fermée par un bouchon percé d’un tube et communiquant avec le réservoir d'oxygène. L'autre était également fermée et laissait passer dans l’intérieur du tube 2 filsmétalliquesentrelesextrémités desquels jaillissaient les étincelles d'une bobine de Rhumkorff. L’appareil étant ainsi monté, une quantité de solution de 2 ou 3 centimètres cubes étant versée dans le tube de façon à présenter une surface aussi grande que possible ; l'oxygène du réservoir fut mis sous une pression de 15 centimètres d’eau environ et la bobine de Rhumkorff mise en activité. L'expérience fut arrêtée au bout de 3 heures, aucune modification n'étant survenue dans la couleur de la solution. Le même résultat négatif a été obtenu dans une seconde expérience faite dans les mêmes conditions, Nous n'avons pu non plus obtenir la coloration de la solution en l’additionnant d'essence de térébenthine prise dans les conditions où ozonisée elle constitue un réactif oxydant ; bref, la présence du ferment oxydant des champignons ou d’un ferment analogue nous a paru nécessaire pour obtenir l’oxydation de la substance chromogène,

Que conclure de cetle étude au point de vue de la toxicologie des cèpes? Que le changement de couleur ne peut servir de criterium de la nocivité d’une espèce. Aucunde ces deux facteurs, principechromogèneetferment, qui déterminent le phénomène n’est toxique par luimême puisqu'ils se rencontrent isolés ou réunis dans des espèces comestibles: B. scaber, Ps. campestris,

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