‹ Les céramiques de la Grèce propre (volume 2)Chapitre 26 sur 48 · PLANCHE XXXI · texte numérisé non relu

PLANCHE XXXI

Les difieeentes parties de l’archéologie grecque sont encore loin d’avoir toutes été étudiées avec une égale attention. On connaît bien les grands édifices : la suite des rpfitauratmis duesauN architectes de l’Ecole française de Rome forme une œuvre de premier ordre. L’épigraphie peut être considérée, depuis trente ans, comme une science rigoureusement constituée. Nous avons de 'nombreux recueils consacrés aux bas-reliefs, bien qu’iei il reste beaucoup à faire pour expliquer ces représentations, pour les attribuer aux pays et aux temps auxquels elles appartiennent, surtout pour les ranger jiar séries où nous suivions, en toute sûreté, les transformations des types et des scènes. Ces diverses sections de la science, si importantes qu’elles soient, ne la constituent pas tout entière; celles qui ont été négligées n’ont ni moins de valeur, ni moins d’intérêt. Telles sont, pour ne pas entrei'dans le détail, l’étnde des vases, la connaissance des terres cuites, celle des bron/cs et en général de tous les objets de petites [proportions. Le premier livi'c s|)écial sur les vases grecs a commencé à paraître il y a ([uatre années seu-

T II

MlUOIliS GRECS

lemcnt; il est reste inachevé ( i). Nous n’avons pas d’onvrage d’ensemble sur les terres cuites, bien que Gerhard ait monlrc depuis longtemps la

l’histoire de l’art que celle des idées morales et religieuses (2). A peine citerions-nous quelques monographies sur les armes et sur les statuettes de bronze (3).

L’archéologie étrusque et italo-grecque ne donne pas lien aux memes regrets. Aux tlesiderald (|ue nous signalons pour la Grèce, on sait quelle suite d’études sur les monuments de l’Italie il nous serait facile d’opjmser. Il y a là ]jour la science des antiquités un danger qui n’échappe à personne. C’est en Grèce seulement qu’on peut trouver la réponse à la plupart des (juestions d’origine, d’influence et d’époque. L’Hellade a été l’institutrice de ses propres colonies et des Étrusques. C’est elle qu’il faut interroger presque toujours, si l’on veut résoudre les principaux problèmes qui composent l’archéologie.

De toutes les causes qui expliquent pourquoi nous connaissons si imj)artaitemcnt de nombreuses séries de monuments grecs, la moins contestable est la lenteur, la timidité, l’incertitude des recherches faites dans le pays même. Le royaume hellénique et la Turquie ne possèdent que très peu d’antiquaires; les savants étrangers, dans leurs visites nécessairement trop courtes, n’ont jamais bien vu les collections déjà lormées, ils n’ont entrepris des fouilles que ]>ar exception. On peut être sur qu’aucun pays du monde ne nous réserve plus de vrais trésors que

(1) Benndorf, Griechische und sici/ische Vasenbtlder. L'ouvrage, d’après la préface de l'auteur, doit être très considéral)le ; deux livraisons seulement ont paru. [11 a été complété depuis par deux autres livraisons parues en 1877 et 1883. Yoy. ci-dessus, p. 3 et p. lOo.] M. lleydemann, qui s’était donné une tâche moins longue, l’a conduite à bonne tin, Gidccliische \asenbdder, Berlin, 1870, in-fol., 12 pl. et 1-i pages de texte.

(2) Arch. Zeit., juillet ISOi. Les lecteurs des Monuments (jrecs ont vu, du reste, par le mémoire qui ouvre ce fascicule, toute la haute portée du sujet pour l’histoire de l’art et des croyances helléniques. [11 s’agit d’un article de M. lleuzey. Recherches sur les ftfjures de femmes voilées dans l'art (jrec.]

(3i La numismati(jue même, qui est la base de toute l’archéologie, car elle représente la transformation des types, offre un champ si vaste que les monnaies d’un grand nombre de pays helléniques, en particulier des îles, du Péloponnèse, de la Grèce du Nord, attendent

encore un savant qui les reproduise fidèlement, les interprète et leur consacre un livre de doctrine.

ORNÉS DE FIG U H K S AU TRAIT

le sol tle la Grèce; on peut ôlre sur aussi (|uc loiit examen séiienx des eolicclions qui existent dès aujonrd’hni donnera de belles decouvertes. C’est ce que nous ne saurions trop répéter aux membres de notre b^cole française d’Athènes : ils n’ont ([ii’à ouvrir les yeux, ([u’à étendre les mains pour trouver des sujets de travaux qui compteront dans la science. Ici des exemples récents sont faciles à citer et parlent assez haut.

Il est peu de questions plus importantes en archéologie que celle des noms des céramistes. Quand jM. de Witte en 1847, brnnn en 1859, publièrent l’un et l’autre un catalogue des peintres sur terre cuite, ils ne donnèrent que six noms lus sur des vases grecs, tandis qu’ils en recueillaient au moins soixante et quinze sur les vases italo-grccs. Le fait était surprenant, propre à embarrasser les antiquaires; il a donné lieu aux hypothèses les plus diverses. Pourquoi, si la Grèce a fabriqué la plupart des vases qu’on découvre en Etrurie, les slgnalures sont-elles rares en Grèce? Il n’y avait à cette question qu'une réponse à faire : on comptait peu de signatures dans la Grèce propre, parce qu’on ne les cherchait pas. En 1869 et en 1870, deux jeunes archéologues, ÏM. Benndorf et iM. Ileydcmann, passèrent quelques mois à Athènes; ils ne donnèrent |)as un cou J) de pioche, ils se bornèrent à regarder les nilisées. Leurs travaux ont porté à seize le nombre des artistes dont les noms se lisent sur des vases grecs. Six de ces noms sont communs à l’Italie et à la Grèce : chiffre qui met hors de doute les rapports commerciaux des deux pays pour les produits céramiques. De plus, comme on possède pour le moment environ cinq fois moins de vases grecs que de vases italo-grccs, il est évident que, toute proportion gardée, les signatures sont plus nombreuses en Grèce qu’en Italie (i).

11 importe toujours au progrès de la science de constituer des séries nouvelles de monuments. Nous savions depuis l’année 1826, grâce à nue publication du chevalier de Brœndsted, que les Grecs avaient fabriqué des pla(|ues de terre cuite décorées dans le système adopté pour les vases; mais cet exemplaire était resté unlcjuc. En 18G7, la découverte d’un tableau semblable, acquis par Photiadès-bey, rappela l’attention

(I) [Voy. ci-dessus, pj). 3 et suiv., 79 et suiv.j

MIROIRS GRECS

des archéologues sur ces monumenls. M. Benndorf voulut en trouver d’autres. 11 donne aujourd’hui la description de treize de ces phupies, prescpie toutes d’un beau travail (i).

En 1867 les métrologistes n’avaient signalé dans les musées que deux mesures grecques de eapacité. L’intérêt qu’offrent ces doeuments m’engagea à décrire tous ceux que je rencontrerais. Le catalogue que j’ai récemment donné compte déjà vingt-huit numéros et s’enrichira chaque jour de nouvelles découvertes (2).

Beaucoup d’autres exemples sont présents à la mémoire de tous les savants qui s’occupent de l’antiquité. Le miroir que nous reproduisons (pl. xxxi) est du reste une nouvelle preuve à l’appui de ces courtes remarques.

Les miroirs étrusques gravés au trait sont nombreux ; tous les musées en possèdent, le seul recueil de Gerhard en reproduit plusieurs centaines. Get illustre antiquaire avait été amené à croire (pie le miroir étrusque décoré au trait était imité de modèles grecs. L’histoire générale de l’Etrurie, les sujets qui décorent ces monuments, lui paraissaient justitier cette opinion. Toutefois on lui répondait que la Grèce n’a pas conservé un seul miroir recouvert de ce geni’e de décoration. L’objection n’était^jas sans valeur; aussi Gerhard a-t-il demandé bien des fois aux savants d’Athènes et aux voyageurs s’ils ne pouvaient pas lui signaler un miroir grec ou même un simple fragment de miroir orné au trait.

Ce qui rendait plus grave l’objection faite à la théorie de Gerhard, c’est que même en Italie on ne trouvait les miroirs ornés au trait que chez les Etrusques. Nous ne connaissions qu’une exception très peu imjiortante, un miroir de Crotone sur lequel on voit une Gorgone (3). On citait, il est vrai, deux miroirs qui conservaient des inscriptions grecques. Le premier, qui a été publié dans les Etruskische Spiegel, porte ces mots APOAAASEPOIE : on y voit la lutte de Thésée et du Minotaure; l’origine en est inconnue (4). J’ai souvent examiné le second, cpii est

(1) [Voy. ci-dessus, pp. 39 à

('2) Mélanges archéologigues, fasc. 1 cl ii, Paris, 1873, Didier, éditeur.

(3) Minervini, Bull, aj'ch. napolil., nouvelle série, t. II, pl. iii; Gerhard, Etruskische Spiegel., pl. CCXLIII, A, 1.

(ij Gerhard, np. pl. ccxliii, A. 2.

ORNÉS DE FIGURES AU TRAIT. I71

conservé au musée du Yarvakeion à Athènes (i). J^a surface n’a jamais reçu de figure; on y lit cette dédieaee aux dieux sauveurs :

IIMONQEOISSflTHPIOlZ

Je crois qu’il faut reconnaître ici un disque plutôt qu’un meuble de toilette (2). Quelle que fut du reste la valeur de ees objets, on ne pouvait songer à y trouver la preuve que les Grees avaient pratiqué poulies miroirs la gravure sur bronze, telle que l’avaient eonnue les Etrusques (3).

(Quelques mois après la mort de Gerhard, arrivée le 12 mai 18G7, j’achetais à Corinthe un miroir, reeouvert d’une épaisse patine. En l’examinant attentivement, j’y découvris d’abord quelques traits et bientôt deux figures de femmes. Ce miroir, dessiné par M. Schône, fut annoncé au |)ublic par AE de Witte (4). Il représentait des ligures parfaitement greeques qui rappelaient des jjeinturcs célèbres d’Herculanum et deux bas-reliefs découverts au théâtre de Dionysos. Pour le style, l’expre.ssion, l’élégance, rien ne ressemblait moins à l’art étrusque; mais le pro-

(1) Arch. A)izeiger, ISëli, p. 17i.

("2) Voy. plus bas (p. 173, note 3) le disque d’Égino, publié par Wolf.

(3) A ces deux monuments il faut ajouter un miroir que mentionne M. Frnest Desjardins; il provient de Celei, bourgade de la petite Valacbie, et porte une inscription :

THKAAC n I KAAGü

Le style des lettres indi([ue le deuxième siècle après notre ère; l’orthographe est barbare; le nom de femme ’Ejuix-aAlw est sans exemple {Sur quelques vnscrqjtions inédites de la Bulgarie et de la Valachie, Rome, 18(18, p. 27). M. Desjardins n’a pu voir le monument original. Il serait à souhaiter qu’on nous donnât une description précise du disque et l’estampage de l'inscription.

ün possède neuf miroirs qui portent des inscriptions latines; M. de Witte en a donné la liste : les Miroirs chez les Anciens, p. 1 i, in-16, Rruxelles, 1872. Ils se rapportent au cinquième ou au sixième siècle de Rome (200 à 130 av. J. -G.). Un seul des miroirs trouvés en Italie paraît être de travail romain (Gerhard, Elruskische Spiegel, pl. ccccix.) Je renvoie au travail de -M. de Witte; il résume aussi exactement qu’il est possible sur ces ([uestions l’état de nos connaissances.

(i) [Comptes rendus de l' Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 1807, p. 332; Bevue archéologique, 1808, I, pp. 80 ctsuiv., pl. 1. Il est actuellement au Louvre.)

MIROIRS GRECS

cédé de gravure était le même, et cela seulement importait. Il avait, eu effet, toujours été évident que les dessins des miroirs étrusques n’étaient pas l’œuvre d’artistes grecs.

Cette déeouverte fit eonnaître un miroir qui avait éehappé aux recherches de Gerhard. Il provenait de Corinthe, où M. Aimé Bruyas l’avait acheté en i844i pour le donner au musée de Lyon. Bien qu’il figurât au Cala/ofjue Conmrmond, il n’avait pas pris rang dans la seience (i). Ce miroir est supérieur à eelui des deux femmes vôilées. M. le baron de Witte y a reconnu le génie des combats de coqs (2) et en a publié une gravure digne de la beauté de l’original. Nous constatons, par ce nouvel exemple, quel soin les Grecs avaient mis aux décorations de ce genre.

Durant le dernier séjour que je fis en Grèce en 1871 et en 1872, je fus attentif à rechercher les miroirs gravés au trait. Les deux publications que je viens de rappeler avaient montré aux marchands la valeur des objets de ce genre. Ils s’en étaient occupés, et, comme il arrivera toujours en pareil cas, leurs recherches n’avaient pas été inutiles. On avait trouvé à Corinthe trois autres miroirs; ils ont été acquis par un des principaux musées de l’Europe (3). Il y a lieu de croire que ces monuments seront avant peu reproduits par la gravure. Quelques collections me montrèrent un objet de toilette qui comporte une décoration au trait sur bronze. Ce meuble élégant, dont j’ai fait dessiner les types principaux, se compose de deux plateaux posés sur une lame de bronze. Au centre s’élève une longue tige cpii, à la partie supérieure, porte une plaque ornée en général d’une figure tracée au burin. Les exemples grecs de gravure sur bronze devenaient ainsi assez nombreux, cjuand j’eus le plaisir à Corinthe, dans la collection Rendis (4), de voir une œuvre tout à fait capitale, un nouveau miroir, d’un art plus pur c[ue les précédents, et orné d’inscriptions.

Friederichs l’a très justement remarc[ué : ce ne furent sans doute ni les Grecs ni les Etrusques qui inventèrent la gravure au trait sur

(I) N“ 312, description accompagnée d’une lithographie.

(2'i Le (jénie des combats de coqs, Paris, 1868.

(3) [Voy. plus bas, p. 173, la note -i.]

(i) [Il est actuellement au Musée du Louvre.]

ORNES DE FIGURES AU TRAIT

bronze (i), {juisqu’oii en trouve de très anciens exemples à Chypre, en particulier à Citinni on l’on a découvert l’admirable patère qui est aii Louvre (2), et ici, comme pour toutes les questions d’origine, c’est vers l’Orient qu’il faut remonter. Mais le point n’est pas de savoir quel peuple grava le premier sur métal, procédé facile qui dut être trouvé de l)onne heure (3); il est seulement de rechercher si les Étrnscpies, qui de toute évidence ont dn beaucoup aux Grecs, pouvaient aussi leur avoir emprunté le miroir orné de figures au trait, et c’est en ces termes que Gerhard avait posé la question; le problème ainsi défini est aujourd’hui pleinement résolu.

Le tableau représenté sur le miroir de Corinthos et de Levkas est une œuvre achevée. Un pays qui a su graver une scène aussi parfaite connaissait à fond l’art d’orner le bronze au burin; il le tenait en haute faveur. Un seul fragment de ce miroir suffirait |)our prouver que la Gi œce a pratiqué ce procédé décoratif, qu’elle y a excellé. On n’arrive pas à cette sûreté, à cette élégance, sans de longs essais. L’objection faite à la théorie de Gerhard n’existe plus. Nous possédons six miroirs ornés de figures au trait; il n’est pas téméraire de prévoir qu’on en trouvera beaucoup d’autres (4).

(I) Friederichs, Herlins anlilce Bildioerke, t. II, pp. 20-;2l .

(‘2) La patère d'Idalio nous montre aussi l’emploi de la gravure au burin à Chypre (Ceccaldi, La patère d'Idulie, Revue archénloguiue, novembre 1872). Les figures ont d’abord été travaillées au repoussé, puis précisées au burin.

(3) L’histoire de l’art en Grèce compte un grand nombre de Inreutistes; dès la soixantième olympiade, Sparte envoyait à Crésus une vaste chaudière ornée de s^SCo'.;, figures ciselées où la gravure au trait avait certainement été employée pour compléter la décoration (Hérodote. I, 70). Voyez encore Gerhard, Ant. Liildiverke, 1, pl. lxxx (cerf déchiré par deux lions). Cf. Millier, Ilandb., pl. xv, 58; Masco Rartoldi, pl. lvii, n. i(i, mais l’origine de ce monument n’a pas été déterminée avec certitude. Wolf, \nn. de llnsl., IV, 1832, p. 75, jil. B, a publié un disque trouvé à Egine, travail ancien et d’un beau style. [Cf. un disque du môme genre trouvé en Sicile, au British Muséum; Schreiber, BUderatlas, pl xxii, fig. 15.]

(A) L’extrait suivant d’une lettre que veut bien m’écrire M. Newton intéressera tous les antiquaires : « Je vous envoie ci-jointe une note sur trois miroirs conservés au British Muséum. J’ai des raisons de croire qu’ils sont tous de Corinthe. Premier miroir, rosette gravée sur fond de bronze; sur le couvercle, tète d’Aphrodite en relief. Deuxième miroir, bacchante gravée; elle tient le tbyrse et le tympanon; sur le couvercle, Aphrodite en relief, tendant un masque à Eros qui se retourne. Troisième miroir, grande étoile gravée; sur le couvercle, très belle figure de femme en relief, sacrifiant sur une stèle. » Le procédé d’argenture est le môme que sur les miroirs rappelés plus haut. L’objet de cette note est seulement de mon-

MIIIOIRS GRECS

Bien que je n’ale pas vu retirer ce miroir de terre, il résulte avec nne grande probabilité des renseignements qu’il m’a été possible de recueillir, qu’il a été découvert dans un vaste sarcophage dépourvu de tout ornement, comme on en voit beaucoup dans les nécropoles de Corinthe, et qu’il n’élait accompagné que d’objets très communs (i). M. Rendis conserve quelques-uns de ces objets; ce sont des poteries à figures rouges qui n’ont aucun style et qui par suite n’appartiennent pas à une époque précise (2). Nous constatons une fois de plus par cet exemple que le mobilier des sépultures pouvait renfermer des objets de valeur très inégale, une œuvre de premier ordre et des vases tout à fait populaires (3).

Le miroir est en forme de boîte. Il mesure en diamètre o’",i6. Le couvercle porte un bas-relief en applique que le temps a beaucoup altéré; le métal très mince s’est oxydé et se brise facilement. On peut toutefois recomposer la principale partie du sujet; le bas-relief représentait une femme voilée ((ui rappelle à tous égards celles que l’on voit sur le premier miroir de Corinthe.

lœ second disque porte à l’intérieur le sujet que reproduit notre gravure (4). Les parties occupées par les dessins sont sur fond d’argent;

trer que les miroirs gravés sont aujourd’hui assez nombreux; pour les détails de ces trois représentations, il faut attendre la publication et le commentaire de M. Newton.

fl) Cette nécropole est à droite du chemin de Caurtésa (Cléones), à un quart d’heure de la vieille Corinthe.

(“2) En particulier un aryballe portant un sphinx.

(3) C’est ce que j’avais reconnu également en 1871, en suivant les fouilles faites près d’Athènes, sur l’emplacement du dème d’Æxone, par M. Sotiriadis. L’inventaire des objets trouvés dans chaque tombeau montre des vases d’un travail exquis, à côté de poteries du dessin le plus grossier.

(i) Il a paru deux reproductions de ce miroir, l’une gravée en 1872 dans la Revue archéologique [N. S., t. XXIII, p. 297, pl. X1I; elle ne donne que la disposition générale de la scène; l’autre, faite également d’après le dessin de M. Chaplain, pour un très bon article que M. Milonas a inséré dans ia nouvelle série de V Éphéméride archéologique d’Athènes. M. Milonas prépare sur les miroirs grecs un travail d’ensemble dont il a déjà publié plusieurs parties

ORNKS DE FIGURES AU TRAIT. 175

le l'este du talileaii est couvert d’une couche d’or. C’est là une disposition (jui paraît être jiroprc à la fabrique eorintliiennc. J’avais cru la reconnaître sur le miroir des danseuses , mais quelque doute restait encore possible et nécessitait de nouvelles découvertes. Ces incertitudes ne subsistent plus. Les danseuses, comme le Corinthos al Leekas,

SC détachaient sur un fond d’or et étaient de meme tracées sur une légère couche d’argent. Le génie des combats de coqs sur le miroir de Lyon est également argenté, et le fond, dit M. Bruyas, « est Jaune d'or » .

Il est l'acile de comprendre comment on faisait usage de cet objet. Quand il était fermé, il formait une véritable boîte et l’on ne voyait que le bas-relief; quand on l’ouvrait, la lace intérieure du couvercle, soigneusement polie et argentée (i), réfléchissait l’image. Une remarque généi'ale qui s’applique à tous les miroirs grecs de ce genre, c’est que l’un des d eux disques est sensiblement plus épais et plus lourd (pie l’autre. Cette particularité que présenté le miroir des danseuses se constate également pour celui de CorintJios. Lutin l’e-xamcn de ces objets de toilette et l’étude des miroirs sans ligures, nombreux dans les collections d’Athènes, portent à croire que les charnières ne devaient être que d’un usage très rare (-a). La technologie est pour l’antiquaire ce qu’est la grammaire pour le philologue. Toutefois trois exemjdes n’autorisent

dans l”A0r,vaXov et dans T’Etp-fiaspU [(Jn trouvera plus loin un compte rendu de

cet ouvrage.] En mettant, comme nous l’avons fait, M. Ghaplain et moi, sans réserve aucune, à sa disposition tous les dessins qui intéressaient ses travaux, nous répondions au but de notre mission, qui était de contribuer au progrès des études relatives à l’archéologie de la Grèce. Il faut, en effet, que cette science ne soit pas étudiée seulement par les voyageurs qui visitent le royaume hellénique, mais par les Grecs, par les savants qui sont nés sur ce sol, qui y vivent, qui peuvent en faire sortir toutes les merveilles (ju’il renferme, et qui doivent par tous les moyens être encouragés à ces sortes de recherches. Plus ils se passionneront pour ces études, plus les progrès de l'archéologie seront rapides.

Les autres dessins que M. Milonasa empruntés aux cartons de .M. Ghaplain sont surtout des jtieds de miroir, au nombre deciinj, statuettes de bronze comparables à ce que latorentique ancienne nous a laissé de plus parfait. [Voy. nos planches xxxii à xxxv.]

P) Sqr le miroir de Lyon la gravure est à l’intérieur du couvercle; Art. cUc, Lettre de M. Kimle Bruijas à M. de Wille. 11 arrivait souvent que les deux dis(pies étaient destinés a renfermer des miroirs plus petits; ils formaient alors une véritable boite à miroirs.

(^2) Je dois remarquer que dans la collection Rendis le miroir est encadré, ce qui rend certaines observations de détail très délicates.

T. II

MIROIRS GRKGS

pas à établir eu celle maüère les règles générales que les découvertes ultérieures seules leront connaître (i

Le héros Corinthos est couronné j^ar Levkas. Les scènes de ce genre avaient été traitées souvent par l’art antique. Les textes et les moniinients nous en ont conservé des preuves nombreuses. Un groupe représentait le démos des Athéniens couronné par Byzance et Périnthe. Démosthène le cite dans le de Corona{‘i). M. Dethier, à Constantinople, possède une statue colossale de femme d’un assez bon style, découverte à Périnthe; il la regarde comme un des restes de ce monument. Le démos de Uliodes couronnant celui de Syraeuse est mentionné par Polybe (3). Euphranor l’fsthmien, qui florisSait entre la civ'" et la ex® olynq)iade, avait représenté Arété couronnant Hcllas (4). On voit encore sur l’Acropole d’Athènes quelc[ues marbres de l’époque classique qui montrent combien les scènes de ce genre étaient fréquentes (5). Dans la collection que j’ai formée en 1872 de bas-reliefs athéniens datés (G), je trouve les représentations suivantes :

1” Le cosmète Eîpzvaîoc Aej/.iou KufL/Ozvz-uj; couronné par les éphèbes Xsu/Mç et ’ApiGTÔêo’jÀo: en présence de leurs camarades Aiovucrio; et riscu/aV.; ; archontat de ILAxatvo; rapyzTTto;, ccxiv® olympiade ('7);

2" Le cosmète AtovuAio; ’A'Cvivis'j; couronné par un éphèbe ; archontat de Wi-Xvj' AD.io; B'.éoAJao: ccxxviii® olympiade;

3“ Le eosmète ’Ap/iAao; ’AtcoVaovE'j Ileipa.uu; couronné par un éphèbe; archontat de <1A. ’A).•zlél7.r^/■,; Ilatîcvu’jç, ccxxix® olympiade;

4” Le cosmète Aùp. Ao-rCOso; couronné par deux éphèbes; archontat de A'.ovij<ji.o; To’j Aiovj-rto’j ’A/apvc'j;, ccxLviii® olympiade.

A ces monuments il faut ajouter une stèle sur laquelle est sculpté le

;Ij [L’auteur avait raison de faire cette réserve, car le Louvre possède actuellement quatre boîtes de miroirs à charnières.]

(i) OU. Millier, Handlnicli,^ 411; [Pline, f/isl. tint., XXXIV, 77; cf. Pausanias, 1, 3, 3]. Sur Antioclius et Séleucus couronnant Antioche, voyez plus bas, p. 18 i, note I.

(3) Richard Schône, Griechischc Reliefs, 11°" 73 et 76.

(6) [Voy. le Rulletin de correspondance hellénique, 1878, pp. 539-569, pl. x, xi, xii.]

(7) Pour ces dates, voyez Fastes éponymiques d'Athènes, nouvel essai sur la chronologie des archontes postérieurs à la CXXIF olympiade, un vol. in-8“, Paris, Thorin, 1873.

ORNKS DE FIGURES AU TRAIT

cosmèlc couronné par un cplièljc, mais sans que rinscri|)lion que le marbre de\ait recevoir ail été f>ravéc, et un fragment représentant un éplièbe nu, portant une palme de la main gauche et levant la main droite pour couronner un personnage qui a disparu (i).

Toutefois ces représentations sont d’une basse épocpie.

t. ne des scènes de couronnement les plus remarquables se voit sur un didrachme de Loeres que iMillingen a expliqué (2).

'I été de Jupiter laurée.

Kv. AOKPnN; femme assise, s’appuyant sur un bouclier et tenant une lance, couronnée par une femme debout; la première désignée par l’inscription PfiMH, la seconde par le mot miTIZ.

>Iilli ngen, d’accord avec Eckhel, croit que cette médaille fut frappée en l’an 206 av. J.-C. Tel n’est pas l’avis de Al. Th. iMommsen qui la l’egarde comme plus ancienne et pense qu’elle n’est pas postéiieure à l’année 274 R''. J.-C., épo(pie de la dernière défaite de Pyrrhus (3).

Le couronnement de la ville de Gélas, sous les traits d’un taureau à figure humaine, par Sosipolis (Zj), est une exception dans la numismatique de la Sicile (5); ces médailles sont certainement antérieures à celles de Loeres.

Les monétaires de la république romaine multiplièrent ce motif; il SC retrouve en [jartictdier sur les médailles des familles Poblicia, Cornulicia, vEmilia, Gæcllia, Cornella (6j. Les monnaies de l’empire nous en offrent beaucoup d’autres exemples. Cette scène se compliqua même singulièrement. Au temps de Septime Sévère, sur un médaillon de

(1) Tous ces monuments sont au Varoakeiun à Athènes, [aujourd'hui au Musée central de Patissia].

("ij Cons'idcrations sur la numismatique de rancicnne Italie, par James Millingen, Florence, USil, p. (i7; Pellerin, Peuples et villes, t. I, pl. vin, u° (i; Eckhel, Pocl. num. veter., t. I, p. 176.

(8) Histoire de la tnonnaie romaine, traduction française par le duc de Rlacas, publiée par M. de Witte, l. lil, pp. i20;2, "203.

(t) Torremuza, Siciliæ veleres nummi, xxxii.

(.3) Voyez cependant xcvi, monnaies de Cossura, buste de femme couronné par un génie ailé.

(6) Famille Poblicia, Cohen, Description (jênérale des monnaies de la répuhl. rom., pl. xxxiii, lig. o: Cornuticia, pl. xliv, 11° 26; Æmilia, pl. i, n" 7; Gœcilia, pl. vm, n" i; Cornolia, pl. xiv, n®” i, 3, 6, 12; Cornuficia, pl. xv, n®“ 1 et 2. Les exemptes de la Victoire couronnant un quadrige ou un troph(-e sont beaucoup plus nombreux.

Page 1