‹ Les céramiques de la Grèce propre (volume 2)Chapitre 27 sur 48 · S MIROIRS ORECS · texte numérisé non relu

S MIROIRS ORECS

Tarse (i), la Lycaonie couronne cette ville, IMsanrie et la Carie s’approchent en tenant des couronnes (9.).

Selon toute vraisemblance, le miroir ne faisait cpie reproduire un groupe ou. un tableau consacré par la reconnaissance de Leucade aux Corinthiens. Cette île était une colonie de Corinthe (3); il était naturel qu’elle eût avec la métropole des rapports suivis. Plutarque dit que Thémistocle, quand il fuyait vers l’Épirc, passa à Corcyre et fut pris pour juge entre cette île et Corinthe (4)- H condamna Corinthe à payer vingt talents et déclara Leucade colonie commune aux deux peuples. Ce fait, le seul à ma connaissance qu’on puisse citer ici, ne saurait cependant expliquer le tableau que nous avons sous les yeux. Cette œuvre d’art est de beaucoup postérieure au temps de Thémistocle, et il n’est pas prouvé qu’en cette circonstance Leucade ait eu à se louer de Corinthe. Du moins ce passage, d’accord avec l’histoire générale des colonies de la mer Ionienne, nous montre que Corinthe dut intervenir souvent dans les démêlés de Corcyre et des villes voisines. Un conflit de ce genre fut une des causes de la guerre du Péloponnèse (5).

Une question intéressante pour l’archéologie figurée est celle de savoir comment on personnifiait les cités et les pays à la grande époque hellénique. ]\ous voyons ici Contithos héros, fondateur de la ville; il a les traits de Zeus dont il était fils d’après les traditions les plus respectées ((3). Ce sont seidement les auteurs de la décadence qui lui ont donné pour père Pélo[)s, ou ÎMarathon [-]). L’image dessinée sur ce miroir prouve bien que Corinthe admettait l’origine la plus glorieuse. Athènes sous les traits de Minerve figure sur nombre de bas-reliefs qui déco-

(1) Yaillant, Nuniismala yræca, edit. altéra, Amst., 1700, p. 88; Eckhel, Doct. num., III, p. 75; Mionnet, III, p. 630, n" 13 1.

(2) Voyez encore de XVitte, Recherches sur les empereurs qui ont régné dans les Gaules, pl. i, fig. 6, 13; pl. XXI, lig. 332, 333; pl. xxix, fig. 76; pl. xliv, fig. 8, etc.

(3) Hérodote, VIII, 45 ; Thucydide, 1, 30, etc.

(4) Y*? a’jTwv zp'.TT,; Ttpô; KopwO'O’ji; v/'j'km'/ Siatpopàv ï'ko'^z Tr,v

y.pîvaç TO'j; Kop'.vOiou; y.aTaSa/.Eiv xal AîU/.iSa xo'.vri véaeiv àiAtppoTepwv à-oixov tocle, § 2i).

(5l Voyez aussi Thucydide, III, 7.

(6) Pindare, Néméennes, VU, 155.

(7) Etym. magnum, 529, 48 ; Pausanias, H, 3, 10.

È'yOpxv zGo'j'. -âlavTx

(Plutarque, Thémis-

OUNKS DE FIGURES AU TRAIT

raient des actes publics. M. Schünc a lieureuseinent reconnu (^i) la personnification de Neapohs sur un marbre qui représente la déesse Artémis appelée Partliénos. On voit à gauche Athéné casquée, de grande dimension, qui appuie une main sur un bouclier et donne l’autre à une jeune femme plus petite, coiffée du polos et vêtue d’une tunique talaire. Audessus de cette seconde figure se lit le mot PAPGENOZ. Le décret qui est de la première année de la cvi*" olympiade (356 av. J. -G.) est relatif à une alliance de Néapolis et d’Athènes. 31. Schone reproduit une médaille de Néapolis de 31acédoine qui porte d’un coté le (jorgonium, de l’autre une femme debout, coiffée du polos et vêtue du même costume que la Partliénos du bas-relief. Il montre ensuite que dans les pays grecs du nord on appelait souvent Artémis du nom de Partliénos. 11 en conclut que la ville de Néapolis dont parle le décret est celle de Macédoine, et qu’elle est représentée sur le bas-relief personnifiée par la divinité locale qu’elle adorait. Cet exemple est certainement un des plus remarquables qu’on puisse citer.

Au-dessus d’un décret de proxénie en faveur de Sotimos d’Héraelée ('lIpa/.AeuoTr,;), OU voit Athéné, Sotimos et le dieu fondateur de la ville, Iléraklès, qui la personnifie (2). Un décret de la deuxième année de l’olympiade xcii®, relatif aux Samiens, conserve la partie inférieure d’un bas-relief (3). On reconnaît distinctement à gauche Athéné; à droite on voit la robe et les pieds d’une femme. L’artiste n’a pas voulu représenter le démos de Samos, mais une personnification de cette île, ou plutôt Héra (4). 11 est probable cjue sur le marbre découvert en 1862 au théâtre de Dionysos et qui conserve le souvenir des honneurs décernés par Athènes à Denys, archonte de la Sicile, la femme qui donne la main à Athéné est Déméter, personnification de la Trinaci’ie (5). On sait que la tête de cette déesse figure sur les monnaies que Pyrrhus frappa poui‘

(1) Schone, ouvr. cité, n® iS. Cf. De la Berge, art. cité plus bas, note 5.

{“2) Voy. Schone, n» 5;2. .M. Schone cite un autre exemple sur lequel ligure Apollon auprès d'un Apolloniate, honoré de la pro.xénie, Corpwi inscript, græc., n® 90.

(3) Rangabé, Ant. helt., n® 257. Le dessin de M. Schone est beaucoup plus exact, n® 51.

(i) Schone, n® 19.

(5) Ces remar({ues ont été très bien faites par M. de la Berge, dans un article sur le livre de M. Schone, Revue critique, 16 novembre 1872.

MIRüIUS GRKCS

l’îlo entière (i). Toutefois les villes représentées par la divinité éponyme ou par celle qui protégeait plus spécialement la cité sont encore assez rares. A ce titre le nouveau miroir a un intérêt particulier (2).

Les monnaies de Leucade portent d’ordinaire l’image d’Artémis, protectrice de cette ville (3), debout, vêtue d’une longue tunique et Icnant l’aplustre. La femme placée près de Gorinthos n’a évidemment aucun rapport avec la déesse chasseresse. Il faut reconnaître ici la cité même de Leucade. On admet généralement que ces sortes d’images ne furent en faveur qu’après les conquêtes d’Alexandre. Sparte avait été représentée sous la figure d’une femme tenant une lyre; mais cette œuvre n’était pas antérieure à la cxiv'’ olympiade (4). Les images de y ÉtoHe assise sur les boucliers conquis appartiennent au dernier temps de l’indépendance. La BiÜiynie, sous les traits d’une Amazone, ne commence à paraître que sur les monnaies de Nicomède I". A répoc|ue romaine on sait combien ces allégories devinrent fréquentes; l’art byzantin les reçut du haut empire et en continua la tradition (5). On ne peut sup[)Oser cpie la belle période de l’art hellénique ait ignoré les représentations de ce genre. La race grecque qui donnait un corps à, tous les sentiments, qui figurait sous les traits de génies divers les moindres nuances de la passion ou de la pensée, comme on le voit surtout par les vases peints, personnifiait aussi les institutions politiques et même les qualités civiques. Nous trouvons Y Eutaæia, le bon ordro, la bo/ine adminisf ration^ sous la figure d’une femme, sculptée au haut d’une stèle qui rappelait comment un certain nombre de citoyens avaient rempli les liturgies. Jœ monument est des temps macédoniens (6). Sur un marbre daté de l’archontat de fjachès (xcv® olymp. i , 4oo avant J.-G.)

(1) Torremuza, ouvr. cité, pl. i.

(2) Le Bas, Voyaçje archéologique, pl. 39; Schône, n“ 62; Rangabé, Anl. hclL, l. I, p. 318. En-lôle d'un décret de proxénie : Athéné est à droite; à gauche, personnage, la poitrine nue, appuyé sur un haton; il a les grandes proportions d’Athéné; on no peut donc y voir le proxène lui-même, mais bien plutôt la divinité éponyme de la cité dont le proxène est originaire.

(3) Et aussi Apollon, Achéloüs, Iléraklès.

(i) rausanias, III, 18, 0.

(5) L’exemple le plus complet est fourni par les mosaïques de Saint-Marc, qui représentent les provinces évangélisées par les apôtres.

(6) Le Bas, pl. 37, tig. 2; Sclione, n“ 63.

ORNES DE FIGURES AU TRAIT

et qui conserve les comptes des trésoriers sacrés de la déesse, l’artiste a sculpté dcu.': femmes qui se donnent la main (i). Athéné est faeilement reconnaissable; la seeonde femme, vêtue d’une longue tunique, la tête nue et ceinte d’une stéphané, tient un seeptre; faut-il y reconnaître le sénat, Ro'jTr,, la puissanee publique, l’administration, ’Ap/vi, l’Hestia des prytanes? Muller, Seholl, M. Stephani et M. Selione ont diseuté ces opinions. Ce qui paraît être ineontestable, c’est qu’iei comme sur le bas-relief préeédent, la déesse Athéné représente la ville et témoigne, en lui donnant la main, sa reconnaissance à un eorps administratif personnifié.

Je crois que ce corps est la Bo’jTvi. Dans le catalogue cpie j’ai donné des tessères de plomb athéniennes relatives au sénat (2), on en remarque une sur laquelle est représenté un buste de femme qui, bien qu’imparfaitement eonservé, offre la plus grande ressemblance avee la figure du bas-relief de l’année 4oo. Cette tête, ceinte d’une eouronne (de laurier), est aecompagnée de l’inscription BOAH (3). Une autre tessère, que je n’ai pas vue (4), porte de même un buste de femme et au revers l’inscription AE qui paraît se rapporter à la tribu Léontide. Nous n’avons aucun exemple de tribu personnifiée dans la liste des médailles qui leur sont relatives (d’après mon eatalogue, i4 picees). Il faut donc reconnaître sur ce plomb le sénat et non la tribu. Un bas-relief de la Société archéologique représente Athéné et une femme au-dessus de laquelle on lit BOAH; la tète toutefois est très endommagée (5). Ces exemj)les prouvent que la Rojir, fut personnifiée dès la bonne époque sous les traits d’une femme, et, sauf quelques détails, ces traits se retrouvent sur le marbre de l^aehès. Un bas-relief de la Pinacothèque, à l’Acropole, nous montre avec de légères variantes une autre personnification du sénat. La IWAr,^ sous la figure d’une femme, et le Avigo:, repré-

(1) Le Bas, pl. 1*2; Schône, n“ 54.

(2) fh pluitibeis /esseris apud Græcos, p. 74.

(;T Postolaka, Medaglie inédite del Museo di Atene, Annales de VInsl. de correspondance, 1881), p. 354, n» 281*.

(4) De pluniheis, etc., p. 78, n® 13; Postolaka, Diomhi inediti del Masco numisinatico di Atene, Annales, 1888, p. 271, n® 39.

(5) Schone, n® 94.

MIROIRS GRECS

I Si»

s(MiIé par un homme, couronnent un personnage de petites proportions. Athéné assiste à la cérémonie (i).

I^a Ar,[xox.p7.To'a., la force du peuple, avait été personnifiée; dans un des portiques d’Athènes, on voyait Thésée, la république et le peuple. Sroà

o~igOsv Ypaçàç v/ . . . iizX xôi toi/m tm TTÉpoev 07)G5’j; èari yeypajxv.Évo;,

-/.al Ar,aoy.paTia Te /.al (2). Quant à la représentation du Avîtao;, les textes sont beaucoup plus nombreux et ont été souvent recueillis. Un basrelief, dessiné dans l’ouvrage de Le Bas, porte ce mot au-dessus d’un homme d’àge mûr (3). On reconnaît le démos couronnant un citoyen sur un marbre que j’ai rap[)elé plus haut (4). Les monnaies de Sagalassus portent également le démos de cette ville sous les traits d’un guerrier, et Raoul-Hochette a même cru pouvoir affirmer, — ce qui toutefois n’est ])as démontré, — que, dans la numismatique, un homme près duquel est un chien personnifie le peuple (5). Il serait intéressant de pouvoir fixer le sens du bas-relief qui surmonte la convention d’alliance des Mélhonéens et des Athéniens (6). Malheureusement le morceau est incomplet, et la paidie qui reste a beaucoup souffert. Athéné est assise sur un rocher, celui de l’Acropole, et donne la main à un personnage debout. On ne voit de cette seconde figure que la tunique qui s’arrête au-dessus du genou, et les jambes qui sont nues. Faut-il reconnaître ici Artémis qui se voit sur les médailles de Pydna, cité voisine de Méthone, et supposer que les Méthonéens étaient sous la protection de la déesse? 1^3aut-il admettre que l’artiste a voulu représenter le démos de Méthone? La gravure de M. Schone me ferait déjà hésiter à reconnaître une femme dans ce second personnage; mais un dessin pris par IM. Chaplain, et que je crois plus vrai, fortifie ces doutes. Le port est celui d’un homme; plusieurs détails du buste ne peuvent appartenir à une femme; les jambes ont une l'orce toute masculine (7). Il semble

(1) Schone, n® 75.

(2) Pausanias, I, 3. L’édifice public, appelé AYiao-/pâTj'.a à Salamine, et rappelé sur les stèles ephébiques, prenait peut-être son nom d’une représentation de ce genre.

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