‹ Les céramiques de la Grèce propre (volume 2)Chapitre 28 sur 48 · PI · texte numérisé non relu

PI

(4) Schone, n“ 75.

(5) Mémoires de numismatique et d’antiquité, p. 236; de la Berge, art. cité.

(6) Le Bas, pi. 3i; Schone, n» 50.

(7) M. Schone exagère la saillie de la poitrine, atténue la vigueur des jambes.

OUNIiS DE FK^URES AU TRAIT.

donc que nous ayons sous les yeux le démos de Méthone, de plus petite proportion qu’Athéné, dans un costume très simple, comme il convient à une ville à laquelle Athènes l’aisait de dures conditions, et qui était évidemment, d’après les traités, dans un état de modeste infériorité à l’égard de la puissante république. Nous trouvons, semble-t-il, la représentation du démos de Kios de Bithynie sur un autre marbre (i). Il est enveloppé d’un vaste manteau et donne la main à Athéné. L’inscription Kioz est gravée au-dessus de la tête (a).

Si l’usage de représenter l’Eutaxia, le sénat, le peuple et sans doute beaucoup d’autres eor[)S politiques, ainsi que les qualités de la vie publique, était reçu à la grande époque, il est naturel de penser qu’on a du parfois aussi personnifier les cités et même les provinces. Il est vrai que la province fut surtout une division romaine; mais, au temps de l’indépendance grecque, certaines circonscriptions, comme les îles, étaient parfaitement nettes; des territoires qui portaient un nom précis et se trouvaient soumis à une seule administration formaient des unités qui offraient à l’esprit des images bien arrêtées. On connaît le beau vase à figures rouges du musée de Naples, qui représente l’Asie et l’Europe accompagnées de leurs noms, œuvre, il est vrai, qui ne paraît point être antérieure à l’époque macédonienne. Les nombreux exemples que nous pourrions citer sont presque tous postérieurs au temps d’Alexandre (3). Les monnaies d’Élide, sur lesquelles on voit une déesse agonistique, assise ou courant, et tenant une couronne, ne semblent pas conserver une personnification d’Olymple, mais seulement le génie des jeux (4). La même remarque s’applique au tableau d’Aglaophon, qui représentait Alcibiade dans le sein de Némée couronné par le génie des fêtes olympiques et par celui des fêtes isthmiques. Il faut admettre, on le voit,

(1) Le Bas, pl. 33; Schône, n“ 53.

(2) Il serait difficile de reconnaître ici Kîoç, le compagnon d’Hercule, celui qui passait pour

avoir fondé la ville de ce nom; Strabon, XII, 561.

(3) [Je crois qu'un des plus anciens types allégoriques qu’on puisse citer dans 1 art giec est la figure de la ville d’Eleusis assistant à la réunion de friptolème, Déméter et leiséphone, sur un cratère a figures rouges du peintre lliéron, qui est une œuvre du milieu du v' siècle. Yoy. Monuments de l'Institut, IX, pl. 13; Klein, Meistersi^nnluren, 2' édit., p. 171, n“ 18.]

(1) Gœttiny, yelehrle Anzeiger, 1827, n" 167, cité par Ottfried Millier, Hundbuch, § 11 1, n* 3.

MIROIRS ORECS

([lie les [jeesoniiiricalions de villes et de cités jusqu’à la fin du iv*' siècle ne nous sont encore ([uc très peu connues par les textes et par les monuments. Getle rareté fait l’intérêt de la figure qui couronne Corinthos ( i ).

Le nouveau miroir montre par un exemple Intéressant comment les Gi ’ees personnifiaient les villes quand ils ne les représentaient ni sous les traits d’une divinité tutélaire ni sous ceux du démos (2). Cette image allégorique et toutes celles que nous venons de rappeler donnent lieu à une observation générale : la simplicité était à la belle époque la loi de ces sortes de figures. L’artiste choisissait un beau type d’homme ou de femme; il se préoccupait si peu des attributs, qu’aujourd’hui, pour reconnaître le sujet, les inscriptions sont presque toujours indispensables. On est quelquefois surpris que sur un si grand nombre de monuments on ait gravé le nom des personnages. Ces indications étaient

(1) Un des plus curieux exemples de cités personnifiées devait se voir dans le temple où Ptolémée IV avait fait représenter autour d’Homère les villes qui se disputaient l’honneur d’avoir donné naissance au poète; Élien, Variæ Hht., XII, 21. Il est à peu près certain que l’artiste avait donné à chaque ville un caractère distinctif, comme l’avait fait Eutychidès pour la Tù/Y| d’Antioche couronnée par Séleucus et Antiochus; Visconti, Museo Pio Clement., III, p. 72.

(2) L’île de Leucade, Aeu/.x;, la hrillnnle, dut son nom à l’aspect de ses côtes. L’antiquité connaissait plusieurs Asa/âç, AE’jxâoE; lH-:pxi, Asaxà? àxpx, xVsaxâSoi; a/6o;, en Bithynie, en Phénicie, en Grèce. Sur la côte de Lucanie était l’île de Asaxx-îîx. C’étaient là des dénominations géographiques dues, comme il arrivait souvent, aux apparences qui frappaient le voyageur. Comme toutes les villes, Leucade dut avoir une légende où l’on racontait qu’elle avait été fondée par une divinité dont elle portait le nom. Je ne crois pas cependant que nous connaissions de Nymphe, de Sirène ou de Naïade qui passât pour avoir présidé à la naissance de Leucade. Leucadios, fils d’Icarios et de la Naïade Polycaste (Strabon, p. 452), ne figure pas sur le miroir. Aeuxx? était un nom de femme dont nous avons quelques exemples. Caylus, Recueil d'antiquités^ t. Il, pi. 3, a publié une cornaline sur laquelle on lit : AEuxàç xalù /aïps; Gruter, 417, 4, une inscription dédiée à une femme appelée Leucas. Ce nom se retrouve aussi dans Properce. C’est ce qui semble indiquer qu’il devait y avoir une sirène xVsuxâç, comme nous savons, par Denys d’Halicarnasse, que les Lucaniens révéraient AEuxaaCa. Sur les monnaies de Leucade, qui portent une tête de femme à laquelle on ne donne aucun nom, voyez Postoloka, Kxtxàoyoi; -rôiv àpyxioiv vou.i'jp.àxt.jv IvEpzùpaç, Asuxdcôo;, xt7...., èv ’A6T,vaiç, 1868, n“® 658-661. Il est évident qu’ici, quand la légende est aussi peu connue et aussi vague, la divinité et la

de la ville se confondent. Un texte nous apprend qu’une Héra Leucadiu était adorée à Sybaris, ce qui semble indiquer pour Héra de Leucade une faveur particulière, dont ni les auteurs ni les monuments n’ont parlé (Plut., Moralia, 674, 15). H est impossible de trouver à Levkas les traits de la déesse Héra.

ORNÉS DE FIGURES AU TRAIT. USo

nécessaires, même pour les Grecs; cpiand elles manqnenl à Pausanias, sa criticpie est souvent eu défaut. Qu’on prenne, par exemple, la tcssère de plomb consacrée à la Ito-Ar, ; sans ce mot, tontes nos recherches seraient vaines. Tl en est si bien ainsi que la tète empreinte sur l’autre face, et qui n’est pas désignée par une légende, reste pour nous une énigme. Il en serait de même, sans le mot aeykaz, de la femme qui couronne Corinthos. En cela, les Grecs avaient un sentiment de l’art plus vrai que les Romains et que les modernes. I.ies attributs qui chargent une figure allégorique contribuent rarement au bel effet de l’ensemble. Ti’allégorie dans la plastique est une sorte de métaphore qui donne la forme humaine à une idée abstraite. Entre la forme et l’idée existe un rapport naturel et général; la multiplicité des détails accessoires ne peut qu’altérer la simplicité de cette relation. C’est le caractère d’ensemble seul qu’exprimait la grande époque; au lieu d’attribut, elle gravait une inscription. Ainsi le spectateur ne s’arrêtait pas aux fatigues d’une exégèse curieuse, et, si l’inscription manquait, il restait une belle œu\re. On voit par là combien le désir de faire naître dans l’intelligence un grand nombre d’idées étrangères au sentiment de l’art était contraire au génie antique.

La métaphore dans la création des dieux, l’allégorie dans la plastique, ont eu les mêmes destinées. Aux origines, tout se bornait à quelques rapports essentiels entrevus par la vive intuition de la jeunesse. L’activité de la pensée et le raisonnement donnèrent le goût de la précision; on voulut arrêter des figures qui n’étaient vraies que si elles restaient à bien des égards flottantes ; la vérité des détails détruisit la vérité de l’ensemble. On [)arla dès lors à l’esprit; mais ce n’est point l’esprit qui, dans l’art ou dans la religion, saisit les harmonies, ressent ce qui est vraiment grand et vraiment beau.

Sous le fauteuil de Corinthos, l’artiste a dessim* une rosace ; cet ornement végétal se trouve si fréquemment à Corinthe, en particulier sur les vases (jui portent des reliefs polychromes, qu’il peut être dans bien des cas une indication de provenance. 11 figure sur un grand nombre de poteries des collections Rendis et Tripos. Placé sous le siège du héros, il se rapporte à la ville de Corinthe, il est un de ces symboles discrets que l’art grec mettait sur les monuments et qui servaient a la belle

18fi

harmonie de rensemble en même temps qu’ils rappelaient la légende et l’histoire. Les feuilles marines qui entourent cette fleur conviennent au fondateur d’une ville que baignaient deux mers.

A droite et à gauche du groupe on voit deux fleurs à longue tige. Les fleurs des monnaies de Leucade, comme celles que la numismatique ancienne a multipliées sur les monuments, offrent des types qu’il est difficile de classer scientifiquement. M. Postolaka s’en est occupé récemment en décrivant la belle collection de médailles des îles Ioniennes de l’Université d’Athènes (i). Il a constaté qu’on ne pouvait y reconnaître l’iris, plante qui était une des richesses de l’île, au témoignage de Pline, et malgré le concours de deux naturalistes, iM. de Heldreich et M. Orphanidès (2), la question est restée incertaine. Les anciens connaissaient une plante qu’ils appelaient Aeu/.â;. Il se présentait donc ici un de ces rapports de mots auxquels les Grecs n’étaient pas indifférents. De pareilles similitudes, sans qu’ils en eussent conscience, ont eu parfois une grande influence sur la formation de leurs dieux ; à plus forte raison, devaient-elles séduire les artistes. On en trouve de nombreuses preuves dans l’archéologie figurée, en particulier sur les basreliefs funèbres et sur les monnaies. Placer une plante près d’une ville qui porte le nom de cette plante est tout à fait conforme à l’esprit antique. Les descriptions que donne Dioscoride de la leuzaç (3) et du Xsuxôïov (4) sont trop peu précises pour qu’il soit possible de proposer une identification scientifique de ces types. 11 est, du reste, probable que ces noms, qui indiquent la couleur blanche, ont du être employés pour désigner plusieurs espèces de fleurs. De l’avis des botanistes que j’ai consultés, il faut reconnaître ici le muguet {convallaria majalis^ lis des vallées), plante traçante qui porte une ou plusieurs tiges droites. On consultera avec intérêt la figure reproduite par Matthiolus , dans son Commentaire de Dioscoride (5), sous le nom de lilium convallium ; elle

(1) Ra-raAoyo; xwv àp/ocCwv n" 704-706, et à l’Appendice, remarques de M. Or¬

phanidès.

(2) Remarques de M. Orphanidès, ’Ecp-/]|A£pl<; àpx^ai.oXoYi,x-^), nouv. sér., p. 44i.

Page 1