‹ Les céramiques de la Grèce propre (volume 2)Chapitre 29 sur 48 · III · texte numérisé non relu

III

(5) Conimenlarii m libros sex Dioscoridts, Venise, 1558, p. 454.

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monti'c, en effet, à coté d’iine tige coinplèteinent développée et en pleine floraison, une antre tige naissante, détail que notre gravure indique également.

Le dessin de M. Chaplain et la gravure de M. Jacquet rendent toute la beauté du miroir. C’est surtout le héros Corlnthos qu’il faut regarder avec soin. Le torse de ce personnage est un chef-d’œuvre d’anatomie : peut-être parfois les lignes sont-elles un peu fortes, mais nous devons tenir compte de la nécessité où était l’artiste de rendre tous les détails à l’aide de traits simples sans hachures, sans aucun autre secours. On remarque l’aisance avec laquelle le dieu est assis, l’absence de toute raideur, de tout effort. Si on considère ensuite les moindres parties de cette représentation, chaque contour, si faible qu’il soit, chaque incision témoigne d’une parfaite connaissance de la nature. Tous les traits qui dessinent le deltoïde correspondent à un muscle. L’artiste a Indiqué, avec un scrupule minutieux, jusqu’à quel point descend chacun de ces muscles, leur longueur, leur position, leur force relatives. Il n’est pas un seul coup de burin qui soit donné au hasard. Pour la charpente osseuse, surtout pour celle des côtes, on s’en rend compte aisément; mais les plus délicates sinuosités des pectoraux, en particulier les trois très petites courbes qu’on remarque sur les bords, sont conformes à la nature. Qu’on prenne une figure d’anatomie, qu’on la compare à notre miroir; tous les traits de ce dessin ont un nom dans la science. Il est vrai de dire qu’il fallait choisir un admirable modèle, un homme dans la force de l’àge qui eût une complète beauté, un corps qui laissai voir le libre jeu des muscles, ce qui est si rare dans nos climats. C’esl cette perfection de la beauté humaine que la Grèce mettait à si haut prix et que nous ne comprenons plus que par l’étude, parce que nous n’en avons pas sans cesse le spectacle sous les yeux.

La netteté trop préeise avec laquelle les muscles sont accusés rappelle nombre de vases de la bonne époque où l’artiste est si soucieux de la vérité physique qu’il dessine le corps sous les vêtements, souvent au prix d’une évidente invraisemblance. Il est certain aussi que même pour les

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poteries cominiiiies, tant les règles étaient respectées de tous, on se préoccupait surtout de poser le personnage nu, et qu’ensuite l’habillement était un accessoire, un détail qui donnait peu de souci. Il y a\ait là une ancienne tradition ; elle s’expliquait par les origines mêmes de l’art qui s’était formé en étudiant les athlètes; dès le début, il rechercha l’exacte imitation du corps, et dans le corps il s’attacha surtout à rendre les muscles et les saillies des os. Cette préoccupation fait comprendre le caractère des premières œuvres. Le sculpteur indique ses préférences par les fautes mêmes qu’il commet, l'autes très particulières qu’on ne retrouve pas aux origines de la plastique chez les autres peuples. De là, ces personnages musculeux à l’excès, les tendons trop forts, les articulations dures et sèches, les détails de la poitrine trop nettement accusés. L’étude corrigea ces imperfeetions, mais il resta longtemps à l’artiste l’habitude de bien mettre en vue ces détails, un goût très vif pour un scrupule qui ici pourrait être poussé moins loin sans nuire à l’effet de l’ensemble. Cette précision même de l’anatomie est un signe que l’œuvre n’appartient pas à la seconde moitié du iv® siècle, mais plutôt à la première. Le corps est certes traité dans le style des plus beaux vases à figures rouges, mais sous l’influence de traditions plus anciennes : ce sont ces traditions dont il faut voir ici le résultat, sans chercher à reeonnaître dans ces mille détails le goût minutieux de ceux que l’antiquité appelait les difftciles. L’école des xocTaTzEixe/vot (i), au Heu de représenter la foree et la beauté du corps humain, se complut à des afféteries, à des mollesses f|ui étaient la négation même des principes dont s’est inspiré le graveur de ce miroir.

Ce scrupule, dans un monument de ce genre, montre jusqu’à quel point était arrivée même pour les artisans l’étude de la natui’e. Dans la perfection de cet art la vérité savante était de rigueur; elle ne craignait pas (le se laisser voir, mais aussi tous les détails devaient être subordonnés à l’ensemble dont ils avalent enseigné l’harmonie. L’artiste avait la passion, la religion du vrai; par cela seul qu’il l’avait étudié avec tant de soin, il se gardait de ces prétentions qu’on appelle réalistes; il représentait ce qui est le propre du corps, ce qui en est l’essence et par suite

(1) Kof.Ta-cYixw, signifie diminuer, affaiblir.

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la beauté. Par suite aussi l’esprit qui animait ee corps gardait tous ses droits et apparaissait lumineux à travers les moindres contours de l’enveloppe transparente qui le renfermait.

La tète du héros Gorinthos rappelle les plus beaux bustes de Jupiter du iv' siècle et de l’époque macédonienne. La sévérité des temps antérieurs est tempérée par la fitiesse sans que la majesté de la figure soit encore sensiblement altérée. Il n’est pas une de ces nuances qu’on ne rencontre par exception dans la Grèce moderne,, modifiées, moins nobles, mais telles que nous devinions ce qu’était la race d’autrefois. Un des charmes les plus attachants des voyages en ce pays sera toujours d’y reconnaître les expressions qui ont avec l’art antique une évidente parenté, et d’imaginer ainsi les modèles dont cet art s’inspirait.

C’est dans les couvents, surtout chez les dignitaires, qu’il faut rechercher quelques ressemblances avec cette figure. Gomme le héros Corinthos ils portent de longs cheveux; dans la vie ordinaire, ils les nouent sous leur bonnet; quand ils font acte religieux, ils les laissent tomber sur les épaules; comme lui, ils les partagent au milieu de la tête; ils ont une longue barbe flottante. L’habitude du repos leur donne l’apparence de la réflexion. Leurs grands yeux noirs largement ouverts semblent suivre de profondes pensées; l’inaction a marqué sur leur figure une douceur presque efféminée; le teint brille de reflets dorés; le nez est fin, les narines sont intelligentes; la lèvre inférieure trop forte ajoute à la gravité une discrète expression sensuelle. Certes les différences sont grandes et la lourdeur même de l’ensemble, si on n’y regarde pas attentivement, détournera de ces comparaisons qui doivent toujoui's inspirer tant de scrupules. Cependant 1rs rapports sont évidents; on sait, du reste, combien la Grèce garde de nombreux souvenirs des religions antiques. Le type de Ju])iter est peut-être la figure idéale du prêtre grec, diverse selon les époques, tantôt noble, tantôt plus commune, marquée par chaque temps d’expressions nouvelles et cependant à beaucoup d’égards toujours semblable à elle-même. C’est une loi de nature de donner souvent à la divinité les traits mêmes de ses ministres.

Il est un dernier détail de la l'eprésentation du héros Gorinthos qui surprendra beaucoup d’antiquaires. Les chairs de la poitrine ne sont pas nues; l’artiste n’a pas voulu se borner à reproduire exactement les

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imiscles; il a élc dans l’imitation fidèle de la nature jusqu’à une vérité à laquelle ni la peinture ni la seulpture ne nous ont habitués (i). Il semblerait qu’une si exaete fidélité ne dût se retrouver que chez les personnages du chœur de Dionysos et chez les divinités inférieures. En fait, nous ne pouvons citer ici aucun autre exemple parmi les grands dieux; bien des gens de goût préféreraient peut-être que l’artiste eût été moins scrupuleux. Le détail qui nous étonne est conforme à la nature ; il en parachève l’imitation ; il donne au héros un caractère plus complètement vrai, il est un signe de force, il n’enlève rien à la beauté de l’œuvre. 11 ne choquait pas des hommes habitués à voir tous les jours sous l’éclat d’un chaud soleil des poitrines nues. Il faut s’habituer à ces sortes de surprises; elles seront nombreuses encore. On se hâte d’enfermer dans des formules précises les préférences et les antipathies des Grecs; chaque jour une nouvelle découverte élargit les formules, modifie les doctrines.

La dé esse Levkas reproduit les traits ordinaires des femmes grecques représentées dans une action grave et religieuse. L’artiste n’a cherché aucune nouveauté, aucun détail qui frappât le spectateur; nulle attitude ne saurait être plus simple; tous les peintres savent que cette simplicilé même est ce qu’ils atteignent avec le plus d’effort. 11 faut faire poser vingt fois le modèle pour trouver le geste qui paraît être, dès qu’il est entrevu, le seul naturel, ce geste auquel on ne peut comprendre qu’on n’ait pas songé tout d’abord. Le péplos est celui que portaient les Corinthiennes; pour voir ces plis d’un si bel effet, il suffisait de soidir sur l’Agora, sans perdre les jours à étudier les mouvements de l’étoffe sur un mannequin ou sur une maquette. Toutes les diversités qu’imagine dans l’atelier un de nos contemporains au prix de mille peines, la réalité les faisait passer sous les yeux des Grecs, infiniment variées dans les dispositions et dans les effets que produisait la libre activité de la vie. Ces corps aussi étaient ceux qui se prêtaient le mieux à ces drape-

(1) [Il faut remarquer cependant qu’on en trouve des exemples dans la peinture de vases au v“ siècle, en particulier à l’époque de Douris et de Hiéron ; voy. Gerhard, TrinkscJtalen imd Gefaesse, p\. xi-xii; Auserlesene VasenbildcT, pl. 278-279. Cette indication réaliste des parties velues persiste encore dans certaines œuvres du peintre Aristophanès, à la fin du v® et au commencement du iv' siècle; Gerhard, Trinkschalen und Gefaesse, pl. 2-3.]

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ries; les eostuines avaient été imaginés pour eux. Le eorps, le costume et l’esprit, comme il arrive du reste toujours, formaient un tout subordonné aux harmonies les plus étroites. L’arbitraire et le caprice ne sont qu’apparents dans ces sortes d’unités, si difficile qu’il soit souvent de saisir les mille liens qui unissent le physique au moral, les préférences du goût dans la décoration du corps aux caractères les plus particuliersde la race et aux variétés de la pensée.

Ce qu’ on appelle l’idéal chez les Grecs était surtout pour eux la beauté réelle, telle qu’ils la voyaient. La part de la convention resta longtemps presque nulle dans leur art. Nous le remarquions à propos des allégories et de la représentation des idées abstraites. Les basreliefs, les stèles funèbres, les frises de quelques temples, surtout celle du Parthénon, le montrent plus nettement encore. Rien n’est inventé dans le costume des éplièbes, rien n’est factice dans les attitudes et dans les attributs. Ces jeunes filles, ces jeunes hommes, Phidias les a vus, tous ses contemporains les voyaient; son génie à lui fut d’ètre frappé plus qu’aucun autre par la réalité belle, et de îa rendre comme il la sentait. Que le nu dans cette procession de marbre tienne plus de place que dans celle que les Athéniens célébraient en l’honneur d’Athéné, le fait est assez probable; mais c’est là le seul point où l’artiste s’écarte de la scrupuleuse vérité. Les divinités mêmes sont si bien la perfection de la nature humaine, sans détail accessoire, qu’on peut discuter longtemps sur les noms qu’il leur faut donner. C’est pour les modernes, pour les sculpteurs surtout, que la convention pèse lourdement sur l’art et en compromet la liberté; l’idéal que nous devons imiter nous vient d’un peuple dont nous n’avons ni les mœurs, ni les idées, ni le costume, ni la forme physique. Au lieu de nous borner à regarder la nature, il nous faut souvent la créer, habiller à l’antique un modèle d’atelier, ou, si nous lui ôtons ce déguisement, lui faire chercher, au prix de mille efforts, les attitudes que le Grec prenait sans y penser, dès qu’il avait laissé tomber les draperies légères qu’une (ibulc retenait, vêtement lait entre tous pour être quitté sans cesse.

Dans quelle mesure le type de Levkdÿ était-il conloiane à ceux que le graveur avait sous les yeux? Le nez droit, le front bas, les lèvres régulières et saillantes, le menton fort et massif, les joues pleines, le

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buste et tous les membres plus Termes que gracieux, la taille haute, tout cet ensemble est bien connu des artistes et des antiquaires. Nous le retrouvons non seulement dans la grande sculpture et sur les médailles, mais sur les stèles funèbres qui devaient se rapprocher davantage de la réalité et qu’il faut étudier de préférence. On voit dans les musées des bas-reliefs sur lesquels ces caractères traités par une main incertaine sont exagérés, et par là nous comprenons mieux combien ces détails étaient vrais. Toute une classe de lécythus communs à fond blanc, du iv" et du ni® siècle, si imparfaits qu’on les dédaigne, nous permettent encore plus sûrement d’arriver à l’intelligence de ces formes grecques. Le pauvre potier a mal guidé son pinceau; mais ces fautes méritent notre reconnaissance; elles offrent entre elles d’étroits rapports; on peut les classer, les définir, les soustraire à l’explication du hasard qui ne rend compte de rien. Il faut le reconnaître : un seul mot convient à une telle œuvre; le céramiste malhabile a fait une caricature; cette image qu’on payait deux oboles a cependant un mérite, elle reproduit le type meme dont la grande sculpture faisait une si belle œuvre.

Ce type, comme du reste le sinqile bon sens le dit assez, était donc dans la nature. Ou réjiète qu’il ne se retrouve plus en Grèce; il est extrêmement rare, il est vrai, dans les villes; mais on le rencontre dans les cantons montagneux, surtout dans la Grèce du Nord. Les membres y ont moins la force qui vient de l’exercice qu’une solidité, une dureté même, qui semblent être dans les ehairs aussi bien que dans les muscles. De là pour les nerfs une grande difficulté à transmettre les Impressions; par suite la lenteur et la gravité du mouvement, par suite aussi la régularité de tous les traits. Les émotions sont évidemment rares, souvent obscures; le visage n’a pas cette mobilité qui dans notre pays est une condition de la grâce; le sourire remue la figure par larges masses au lieu de se jouer dans mille nuances aussi rapides que délicates. La marche est régulière, presque lourde, accompagnée parfois de ce balancement cadencé que la poésie grecque moderne célèbre en le comparant à celui de l’oie. Au repos, le eorps est d’aplondj; la ligne des hanches ne décrit pas la courbe chère à la sculpture du moyen âge.

La Grèce antique a certainement connu d’autres types; elle a été bien loin dans l’expression de la grâce et de la « vénusté ». La Grèce mo-

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clerne ne nous offre que les formes inajeslueuses et graves dans leur plus heureux développement. Que l’on compare cependant la T^evkas du miroir, les Caryatides de l’Acropole, les plus délicates statues d’Aphrodite, les Grecques de l’Etolie moderne; ces figures sont très différentes entre elles; mais les caractères communs et une étroite parenté l’emportent sur ces différences. Ces traits particuliers, que nous ne trouvons ni au moyen âge ni à la renaissance, expliquent en partie les préférences de l’art grec selon les temps, la carrière qu’il a poursuivie.

C’est le privilège du génie grec de recueillir de siècle en siècle des admirations sans réserve; mais chaque temps aussi le comprend à sa manière, et les fidèles de cette religion, quand ils précisent leur acte de foi, parlent des langues très différentes entre elles. Il serait trop facile de rappeler ici tout ce qui a été écrit de contradictoire sur ce génie, d’opposer les uns aux autres les plus illustres de nos contemporains. Leurs jugements sont sérieusement motivés; mais les motifs de l’un sont rarement ceux de l’autre, et il n’y a de commun entre eux que la piété avec laquelle ils parlent de leui’dleu. Il faut bien le reconnaître : cette divinité, comme toutes les autres, et peut-être par cela même qu’elle est vraiment supérieure, ne s’est pas laissé encore enfermer dans une formule précise. Elle se joue de nos efforts, comme si l’heureuse fortune de chercher à l’entrevoir était déjà une récompense et portait avec elle le plus sur des enseignements.

Renonçons, dans la mesure où il est possible, aux affirmations rapides. L’esprit grec, si complexe, formé par l’inlluence de la race, des institutions, du climat, sous l’action d’une histoire et d’une l’eligion qui sont encore imparfaitement connues, de mœurs qui ont si peu de rapports avec les nôtres, de mille forces qui furent à la fois cause et effet, à un âge du monde qui avait ce que nous n’aurons plus, la jeunesse, cet esprit est certes un des plus beaux sujets d’études que les mieux doués d’entre nous puissent aborder. Comme il arrive d’ordinaire, la science a d’abord procédé par affirmations , elle a tout simplifié. Elle*a vu ensuite qu’il fallait sourire de ces charmantes naïvetés; (jue l’idée simple devait se trouver au terme et non au début de nos recherches. Une période nouvelle s’est ouverte, période de scrupuleuse analyse, ({ul recueille et

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note tous les détails sans se hâter d’arriver à des formules générales, qui cherche le rapport de ces détails entre eux, qui les subordonne, qui les explique les uns par les autres: nous voyons enfin que la longueur et la minutie des analyses est le chemin le plus court pour atteindre la vérité.

La compréhension d’une des formes les plus parfaites du génie humain, tel est le but de l’archéologie grecque. Cette science est l’étude des expressions matérielles par lesquelles ce génie s’est traduit. Elle comporte de longs prodromes c|ue l’érudition la plus minutieuse et les recherches de technique doivent remplir. Sans ces prolégomènes, elle n’existe pas; mais ils ne sont que des moyens, et, par delà ces difficultés, ce qu’elle veut atteindre sous l’apparence matérielle, c’est le rapport de la pensée à la forme. Ici il est facile de comprendre que l’examen des images que l’antiquité nous a laissées d’elle-même est une des voies les plus sûres que nous ayons pour arriver jusqu’à l’esprit. Le grand danger, quand il s’agit d’un peuple disparu, est de se le figurer de tous points semblable à nous. L’erreur est fréquente; elle tient à l’une de nos plus précieuses qualités, au sentiment impérieux du moi. Les basreliefs, les vases, les statues, les bronzes, toutes les figures qu’étudie l’antiquaire, ont ce privilège que, dès c{u’on les voit, on reconnaît des formes qui ne sont pas les nôtres. L’intelligence la moins préparée aux délicatesses de la critique court ici bien moins de danger que si elle aborde des textes écrits dans une langue que nous ne comprenons jjresque jamais sans effort. La vue des objets que nous a laissés la Grèce nous donne le sentiment profond de la différence de ce peuple et de nous, et c’est là le commencement de la science. Nous nous habituons aussi aux cotés extérieurs de la société antique; en considérant les attitudes des personnages, leurs costumes, les expressions de ces corps et de ces figures, les types que la Grèce trouvait les plus beaux, nous nous pénétrons de sa propre nature; nous arrivons sous l’influence seule de ce spectacle si varié, parfois aussi grand et aussi noble qu’il est possible, à cette qualité sans laquelle il n’y a pas de critique, au don de sentir par le tact, plus encore que desavoir par la raison, ce qui était grec, ce qui ne pouvait pas l’être.

avais l’honneur d’enseigner l’iiistolrc

grcc([ue devant un auditoire

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d’élite, j’ouvrirais d’abord sous ses yeux un riche écrin des plus Icelles pierres gravées; je lui montrerais longuement la suite des médailles datées; j’essayerais de lui faire comprendre les caractères de ces formes, les changements qui les ont modifiées, les nuances de chaque époque depuis les guerres médiques jusqu’au temps de la prise de Corinthe. De la forme, je passerais au sentiment qui a moulé la matière et la poésie à son image, du sentiment à la pensée, de la pensée à l’histoire des constitutions et à l’intelligence des faits, en suivant la marche parallèle de la langue et de l’art, de la philosophie et de la politique, expressions d’un même génie. Certes, une telle méthode ne donnerait pas la pleine lumière, que nul peut-être ne trouvera jamais; elle nous garderait du moins de mille erreurs, surtout des jugements grossiers et de la banalité qui, en pareil sujet, nous choquent plus qu’en nul autre; elle nous mènerait très près de la vérité; elle nous montrerait que ce génie tant admiré, et qui a inspiré des pages si belles, attend encore à bien des égards la seule forme d’admiration qui soit tout à fait digne de lui, celle qui aura pour principe l’intelligence sans réserve de tout ce qu’a de particulier et d’original une aussi complète perfection.

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