‹ Les céramiques de la Grèce propre (volume 2)Chapitre 31 sur 48 · SUR UN NOUVEAU MIROIR GREC · texte numérisé non relu

SUR UN NOUVEAU MIROIR GREC

DÉCORÉ DE FIGURES AU TRAIT (Extrait de la Gazette archéologique, 1878, pp. 90-92.)

On sait cpie les miroirs grecs décorés de figures au trait sont encore très peu nombreux. L’année de rnière, je croyais pouvoir en compter onze d’inégale valeur (i). A cette liste, je puis aujourd’hui en ajouter un douzième que j’ai vu récemment à Athènes (2). On me dit qu’il a été trouvé en Attique ; je n’y remarque aucun de ces détails qui pourraient indiquer une origine corinthienne. Il est en forme de boîte. Le couvercle porte à l’intérieur une scène gravée, sur la face extérieure une applique. Le dessin gravé représente une femme et un Eros.

La femme est assise sur une petite éminence, le corps légèrement tourné à gauche, la tête de face. La main droite s’appuie sur le tertre, la main gauche repose sur le genou gauche; la poitrine et tout le buste sont nus; une draperie élégante enveloppe le reste du corps. Le cou porte un

de pendeloques; les proportions du dessin ne permettent pas de préciser avec certitude la nature de ces pendeloques, mais l’ensemble du bijou est tout à fait conforme à ce que nous savons de l’orfèvrerie grecque pour le troisième siècle avant notre ère. La chevelure ondoyante s’élève sur le front et retombe sur les épaules. Eros debout, dans la partie droite du tableau (3), porte une légère cjraperie qui, lais-

(1) Bulletin de correspondance hellénique, t. I, p. 108 [ci-dessus, p. 199.]

(2) [Il est actuellement au Musée du Louvre.]

(3) Par rapport au spectateur.

ORNÉS DE FIGURES AU TRAIT

saut nu tout le devant du corps, s’appuie légèrement sur le bras droit et vient retomber derrière la jambe gauche. Les ailes sont grandes et déployées. De la main droite, qui est étendue, il touche la chevelure de la femme par derrière, soit qu’il montre cette tète gracieuse au spectateur, soit qu’il y pose un objet qui n’est pas visible; de la main gauche il tient un arc.

Le sol est représenté, comme sur les autres miroirs grecs, par quelques lignes ; à gauche, on voit, ce me semble, une pousse de palmier. Dans l’état d’oxydation où est le miroir, il est difficile de reconnaître avec certitude des traces de dorure ou d’argenture.

Le bas-relief posé en applique sur le miroir est une Bacchante, la chevelure flottante et couronnée de lierre. Le cou est incliné, la tête fait un léger mouvement de côté; l’oreille porte un pendant de meme style que le collier sur la scène gravée. J^’exécution de cette figure frappe par le naturel, par l’expression chaude et vivante ; elle rappelle certains bustes d’Alexandre et plusieurs des belles médailles du même temps. L’ensemble de l’œuvre indique une époque bien connue dans l’histoire de la plastique grecque et permet d’assigner comme date très vraisemblable, sinon à l’exécution du relief, du moins à la création du type, la fin du iv° siècle ou le début du iii® siècle.

La scène gravée est de meme style, mais l’artiste a été moins heureux. Nous sommes loin du miroir de Leukas(i) et de celui du Génie des combats de coqs (2). L’ensemble manque de simplicité, les tètes sont plutôt gracieuses que belles ; la coiffure de la femme est d’une élégance adectée ; cependant le buste est d’un bon style, et la scène entière ne rappelle ni la manière des Étrusques, ni celle des llomains. Cette dillérencc de valeiuentre le relief et la gravure s’explique facilement pour une œuvre industrielle ; le relief pouvait n’ètre qu’une imitation d’un type connu, ce qui est très vraisemblable; la scène gravée traitée par une main plus médiocre avait nécessité une part d’invention peut-être plus large, certainement moins heureuse. Fixer une date précise pour une telle œuvre

(1) Monuments grecs publiés par l'Association pour C encouragement des études grecques en France, 1873, p. 26 [ci-dessus, pp. 167 et suiv.].

(2) J. de Witte, le Génie des combats de coqs, Paris, 1868.

T. II

est difficile : on peut seulement dire qu’elle est postérieure au début du ni'' siècle.

Le miroir de Crète qui porte un Génie de la toilette ( i) (aujourd’hui au Britlsli Muséum) montre l’usage des miroirs gravés dans les pays grecs à une époque assez ancienne; le nouveau miroir prouve ([ue, loin d’ètre une exception, les objets de toilette de ce genre ont dit être d’un usage très frécpient, que l’industrie en avait sans doute fabriqué un grand nombre qui n’étaient pas nécessairement des œuvres d’art et qui admettaient, comme il arrive aisément pour ees sortes de produits, à coté de détails parfaits, de graves défauts. On voit aussi, plus les scènes que nous découvrons deviennent nombreuses, que les sujets traités présentent une grande variété, qu’il faut le plus souvent moins y chercher des intentions profondes que des motifs gracieux, et qu’on ne demandait guère à ces tableaux de genre cpie d’ètre agréables.

UN MIROIR GREC

(Extrait du Bulletin de Correspondance hellénique, 1884, pp. 391 à 396, pl. xv, xvi. )

Le miroir en forme de boîte cjue représentent les lig. i5 et i6 a été, dit-on, trouvé à Corinthe; il est aujourd’hui au Cabinet des antiques, à Paris.

Le eouvercle est orné de deux appliques creuses qui ne tiennent plus qu’imparfaitement à la surface cpi’elles décorent et sont très friables. Peu d’exemples font mieux comprendre comment un certain nombre des couvereles de miroirs que nous conservons dans nos musées peuvent avoir porté autrefois des bas-reliefs cjui se sont détachés par l'effet du temps, sans laisser aucune trace.

Le second disque est décoré à l’intérieur de figures dessinées au trait et argentées. Les deux rangées de rectangles et de triangles qui forment bordure sont également argentées (2).

(1) Gazelle archéologique, 1876, pl. xxvii [ci-dessus, p. 195 cl fig. 14.]

(2) Pour 1 usage des bordures purement décoratives qui entourentle sujet principal, voir le

OUNKS DE FIGURES AU TRAIT

iO!)

Ce qui fait surtout l’intérêt de ce miroir, c’est qu’il est grec et gravé au trait. Les objets de ce genre ne coniniencent à être connus que depuis 1867; le catalogue do ceux: qui ont été successivement découverts a été fait à plusieurs reprises (i). En 1880, j’en comptais quinze seulement (2). Ce chilfre fait contraste avec la riche suite des miroirs de travail étrusque décorés à la pointe. Les exemplaires connus jusqu’ici représentent déjà des périodes de l’art très variées (3); il est permis d’affirmer que ce genre d’industrie a été aussi florissant dans les pays grecs qu’en Étrurie, ce que Gerhard avait supposé sans pouvoir en donner la preuve. Quant à la gravure sur métal en général dans les pays grecs, on sait maintenant, surtout depuis les découvertes d’Olympic, quel vaste champ d’études elle offre aux archéologues.

Pour se borner ici aux miroirs, celui que nous reproduisons appartient au iu“ siècle et à la fin de l’art purement grec. Ce tableau est très inférieur à plusieurs de ceux qui ont été publiés, par exemple : Korî)ithos et Levkas (lénie de comtxits de cofjs (5), Deux danseuses

voilées (6). On ne peut même le comparer, pour la fermeté du dessin, au miroir de Crète qui est au British .Muséum (7). Il me semble qu’il faut surtout le rapprocher, pour le style, d’une scène gravée sur bronze (biros et Aphrodite) (jue j’ai vue autrefois à Athènes, mais dont je n’ai jias le dessin, ce qui ne permet pas d’établir une comparaison détaillée et précise (8).

Miroir de Crète, Gazette archi’ologique, 1876, pl. 27; Reoue archrolorjique, 1868, pl. 13[ci-dessus, p. 198, lig. 11.]

(Ij De Witte, l^s Miroirs chez les .4??c/ert.ç, ^Bruxelles, 1872 ; Mylonas, 'E^.T-rivixà xiTou-pa, Athènes, 1876; Rulletin de Coirespondance hellénique, 1877, p. lOb [ci-dessus, p. 199.]

(2) Gazette archéologique, 1880, p. 49; Comptes rendus de l' Académie des Inscriptions et Belles- Lettres, 1878, p. 113.

(3) Voyez aussi un beau disque de bronze de la collection Woodhouse, au British Muséum, avec grafflte, trouvé en Sicile ; il représente deux athlètes et appartient au second quart du V' siècle. Il doit même être rapproché des monnaies de Hiéron (479-466); Newton, .1 guide to the bronze room, t871, p. 33; Lenormant, Gazette archéologique, 1875, p. 131 et pl. 33.

(4) Monuments grecs, 1873, p. 123 [ci-dessus, p. 167.]

(5) De Witte, le Génie des combats de coqs, Paris, 1868; Bec. arch., 1868, p. 372, pl. 13.

(6) Bec. arch., 1868, pl. 1.

(7) Gazette archéolugù/uc, 1876, pl. 27 [ci-dessus, p. 195.]

(8) Comptes rendus de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 1878, p. 113.

MIROIRS GRECS

Apollon est assis sur un rocher; Artémis chasseresse, cpii vient de descendre d’une montagne, se tient debout devant lui (fig. i5). On reconnaît les types qu’avait adoptés l’école de sculpture du iv® siècle et j^articulièrement celle de Scopas. On remarquera Icsgrandes proportions d’Apollon, la couronne, la forme de la lyre, la robe longue et très ample; plusieurs de ces caractères rappellent la statue du Vatican, les monnaies d’Auguste et de Néron et les vases de l’Italie méridionale.

Des rondelles ornent la robe, selon nn usage ti’ès ancien que nous retrouvons jusque dans les tombeaux de Mycènes. 11 est impossible de dire si l’artiste reproduit iei des appliques ou une broderie. Le bras droit d’Artémis est incomplètement dessiné; ses mains sont trop fortes, comme aussi celles d’Apollon; la convention qui sert à indiquer les montagnes est d’un effet disgracieux; l’altération de l’argenture rend parfois les contours indécis; cependant l’attitude générale des personnages, une partie des costumes, la coiffure, un grand nombre de détails sont d’une

ORNES DE FIGURES AU TRAIT

élégante simplicité et d’un naturel qui témoignent d’un goût habitué aux bell es formes.

Ce tableau, comme beaucoup de ceux que conservent les vases peints, est l’œuvre rapide d’un ouvrier, mais ce praticien était entouré d’admirables modèles et en subissait l’influence.

Il est à remarquer que dans le très petit nombre de miroirs grecs dessinés au trait que nous possédons, il en est déjà un qui représente

Fig. 10.

Artémis et Apollon, mais sous des traits barbares et avec d’autres attributs (i).

Les bas-reliefs du couvercle (fig. i6), comme il arrive très souvent dans cette classe d’objets, témoignent de moins de négligence que le dessin au trait (2). On tirait des répliques d’un moule fabriqué une fois pour toutes, et ce moule avait été fait avec soin (3).

(h Gazette archéolofjirjue, 1880, p. 10.

(2) Voyez en parliculier la belle tête de bacchante sur un miroir qui représente au trait Éros et Aphrodite, Gazette archéol., 1878, p. 90 [ci-dessus, p. 206.]

(.3) Ces appliques sont aujourd’hui assez nombreuses. Les sujets principaux sont des

MIROIRS GRECS

Éros, assis sur un rocher, appuie la main gauche sur un arc (i); en face de lui, une femme, également assise, tient de la main droite une pomme. I^a photographie a mal rendu l’objet ([ui est dans la main gauche; M. Chabouillet y reeonnaît un oiseau, et l’examen de l’original prouve, croyons-nous, cpi’il a raison. Cette femme est ailée; on ne peut guère y voir une Psyché; Psyché devrait avoir des ailes de papillon. On ne saurait même y reconnaître sans hésitation une \ ietoire; l’oiseau n’est pas l’attribut ordinaire de la Victoire. Il est vrai qu’il est diffieile de savoir exaetement quel sens les Grees donnaient à tant de figures variées que les inscriptions appellent NiV.r, : Niké se baissant pour prendre une hydrie près d’une fontaine, tenant un llambeau, assise sur un rocher dans l’attitude de la méditation, portant un coffret, pour ne citer que quelques exemples (2).

J’ai vu autrefois à Athènes, dans la collection Sotiriadès, une plaque de bronze sur laquelle était dessinée au trait une femme ailée, tenant de chaque main un objet de toilette, une cassette et un vase (?)(3). Un autre génie de la toilette, mais hermaphrodite, est gravé sur le miroir de Crète qui est au British Muséum, [ci-dessus, p. 198, fig. i4]. Le musée du Varvakeion possède un génie féminin ailé (terre cuite) qui porte un alabastron (4). Ces figures doivent appartenir au meme cycle que beaucoup de femmes ailées qui, sur les monuments étrusques, portent le nom de Lasæ ou de Laræ.

Dans les fouilles de Myrina, MM. Pottier et Reinach ont trouvé les

scènes érotiques, Aphrodite et Éros, Pan, Dionysos, Ménades, Silènes, danseuses, Athéna, Amazones, Ganymède, Hercule et les serpents. Génie ailé tenant une ceinture entre Aphrodite et Hermès ; Mylonas, ouv7'. cilé, p. 28, vingt et un exemplaires: Mitlheil. d. deutschen arch. Inst., HI, p. 270; 1878, p. 26o; Gazelle a>'ch., 1870, pl. 19 et 27; 1880, pl. 9, pp. 50 et 70; Comptes rendus de V Acad, des Insci'ipt., 1878, p. 1 13; Arch. Zeitung, 1876, pl. l; Ihdl. de Corr. hellén., 1877, p. 110; 1880, p. 371, etc., [ci-dessus, p. 201.]

(1) Notre planche rend mal le caractère féminin de la coiffure. Voy. un Éros hermaphrodite sur une plaque d’argent de style sévère, du v'" siècle; de Witte, Gaz. arch., 1879, p. 171.

(2) Benndorf, Gi'iech. wid sied. Vasetibddcr, pl. xix, n® 3; pl. x.xiii, n» 2; Collignon, Catalogue, n““ 380, 396, 154, 155, 156, 157; Fivel, Gazelle arch., 1878, p. 183; Knapp, Ndie in der Vasenmalerei, Tubingue, 1876.

(3) Mylonas, ouvr. cilé, p. 22. Gf. A7-ch. Zeitung, 1875, pl. 11, d’après le dessin de M. Chaplain.

[i) Marlha, Catalogue, n“ 859.

ORNES DE FIGURES AU TRAIT

Nikés les plus varices; rime tenait un coquillage qui servait à mettre le lard; une autre, un coffret; une autre, un rhyton. L’abondance des Nikés et des Eros était telle qu’il a été naturel d’établir une parité entre les deux sujets : « L’idée, disent-ils, qui préside à ces arrangements, « fait de Niké une sorte d’Eros féminin qui, comme sur les vases peints, « s’unit aux autres amours pour faire cortège aux jeunes fdles et aux « femmes. On comprend dès lors pourquoi ces deux représentations « sontsi fréquentes ; elles dépendent en somme du cycle d’Aphrodite ( i). »

Parmi les vases peints trouvés en Italie, je rappellerai un grand plat rond de Vulcl(?.). Au centre est une tête de femme très ornée; autour, quatre génies féminins. Ces femmes sont ailées, nues et chaussées; deux d’entre elles tiennent un lécythe et un stylet, les deux autres une bandelette et un miroir. C’est, croyons-nous, à ce groupe des Victoires réunies à Eros et des génies féminins ailés qu’il faut rattacher la figure du nouveau miroir, groupe d’ailleurs très riche qui comprend Pcitlio, Eudaimonia et leurs compagnes, qui commence à Niké, l’associée del’Eros Victorieux — omnia vincit amor, — pour finir aux simples personnifications des détails de la toilette (3).

Il est intéressant de constater par quelques exemples, dans les pays purement grecs, l’existence de tout un ordre d’images et d’idées qui jusqu’ici étaient surtout connues par des œuvres découvertes en Italie.

Les vases peints, les objets de bronze, tout ce mobilier des tombeaux, qui est d’un si grand enseignement pour nous, n’ont été trouvés jus([u’iel dans les pays grecs qu’à de rares exceptions. Nous avons donc dans cet ordre, pour la Grèce proprement dite, beaucoup moins de documents que pour l’Etrurle et les villes de l’Italie centrale et méridionale. On l’oublie trop souvent quand on dit que la Grèce n’a pas connu telle forme d’industrie, telles images, telles croyances. A la vérité, il faut

(1) Pottier et Reinach, Bull, de Corr. hellén., 1882, p. 573 ; [Nécropole de Mijrina, pi). llti, 335-363, pl. 21-23; Cartault, Collection Lecwjer, notice de la pl. G 5].

(2) De Witte, Calai. Durand, p. 47 4; Raoul Rochette, Peintures antiques inédites, p. 431.

(3) M. de Witte, qui a proposé le nom de Génie des combats de coqs pour la figure représentée sur le miroir de Lyon, ne serait pas éloigné de reconnaître ici un génie d’Aphrodite. Sur les représentations de Peitho ailée, cf. Panofka, .\rch. Zeilung, 1850, pl. xvii; Masco Borbon., ii, 5i; viii, i ; xiii, 6; Helhig, Untersuchungen ü ber die campanische \V and male rei , pp. 216, 219 et suivantes, différentes personnifications sous les traits de femmes ailées.

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