NOTICES PAR E. POTTIER
Planches I — XXX
Comme je l’ai rappelé dans {'Introduction placée en tête du premier volume, c’est en 1872 que .M. Dumont, avec le concours précieux de son collaborateur, M. Cha])lain, étudia et fit dessiner les monuments les plus intéressants des collections grecques. A cette époque, on ne connaissait même pas de nom, en France, les fameuses teiTes cuites de Tunagra qui devaient conquérir si rapidement une célébrité universelle et passionner les amateurs comme les savants. Quelques exemplaires apportés à Ifiiris avaient surpris au plus haut point les experts en la matière. Les nouvelles venues étaient si dilférenles des pi’oduits connus de la Sicile et de l’Italie, la finesse du travail si minutieuse, qu’on hésitait presque à y l’oconnaitre l’ouvrage des modeleurs anciens. Habitué qu’on était aux empâtements larges, aux contours estampés, aux figures inexpressives des statuettes laissées à l’état brut au sortir du moule, on s’étonnait de voir suide simples maquettes les traces d’un travail très soigné de retouches. On vivait dans la respectueuse admiration d’un art grec toujours imposant et majestueux et l’on voyait éclore soudain un essaim de coquettes et familières jeunes filles, une image réduite de la société grecque prise dans ses habits de tous les jours, dans ses occupations domestiques, dans la rue ou dans le gynécée, à la promenade ou à la toilette. Les criti(|ues n’ont pas manqué à ceux qui, en présence de ces nouveautés imprévues, avaient tenu à réserver leur jugement. On peut cependant dire hautement (ju’ils usaient d’un droit strict et se conformaient aux règles de la plus saine prudence. Quand un objet présente des caractères de technique et de style inconnus jusqu’alors dans la série des monuments antiques, on ne doit le tenir pour authentique qu’après en avoir contrôlé rigoureusement la provenance. Tant qu’il n’a pas, pour ainsi dire, d’état civil en règle, il est relégué dans la catégorie des douteux ou des suspects. La mission de M. Dumont
T. II
CHOIX DE TCHRES CUITES, BRONZES ET MARBRES
eut pour résultat de faire cesser ces légitimes hésitations. Il eut l’occasion d’étudier à Athènes des centaines de terres cuites béotiennes, de recueillir les renseignements les plus précis sur le lieu de la découverte, de contrôler les affirmations des collectionneurs et des marchands par les déclarations officielles des administrateurs de musées, de causer avec les fouilleurs eux-mêmes. Sa conviction une fois faite, il revint avec une collection considérable de dessins exécutés sur place par M. Chaplain. Ces dessins présentés à la Conservation des Antiques du Louvre permirent d’apprécier l’intérêt artistique des monuments nouvellement découverts : quelque temps après, par l’entremise d’un archéologue bien connu, M. Rayet, une importante série de figurines tanagréennes prenait place dans les vitrines de notre musée national. La valeur en est d’autant plus inestimable que cet ensemble a été choisi en Grèce à une époque où l'habileté dangereuse des faussaires ne s’exerçait pas encore sur ce genre d’antiquités (1) ; on sait que par la suite les imitations et les surmoulages sont devenus la source d’un commerce aussi lucratif qu’illicite et préjudiciable à la science.
Un peu avant l’année 1870, les habitants de Rratzi, village situé à peu de distance de Grimadha où l’on voit les ruines de l’ancienne Tanagre, commencèrent à exploiter la partie de la nécropole disséminée sur leur territoire (2 ). De proche en proche, les explorations s’étendirent dans tout l’espace compris entre Bratzi, Grimadha et Skhimatari. On évalue à plus de 8,000 le nombre des tombeaux ouverts. On distingue actuellement trois nécropoles : 1” celle de Kokali qui est la plus ancienne, sur la rive gauche du Thermodon, aflluenl de l’Asopos; 2“ celle de Bali sur la ])ente sej)tentrionale du mont Cerycius et dans la vallée qui borde la rive droite du Thermotlon ; 3" celle de Ghélézi, qui paraît être la plus récente, sur la rive droite de l'Asopos, on face de Kokali. La construction des tombes présente quelque variété : outre la forme la plus usitée, le tombeau creusé dans le sol durci et recouvert de quelques larges tuiles d’argile, on remarque des fosses creusées dans le tuf, des sarcophages en pierre calcaire et d’auti'es en terre cuite. Les parois intérieures sont parfois revêtues d’une couche de stuc épaisse; on y a relevé des traces de peintures, dos ornements en oves ou en méandres de tons vifs, bleus ou rouges, et même, prétend-on, des scènes avec personnages, des représentations de chasse, des paysages fantastiques comme à Pompéi. Les tombes archaïques contiennent surtout des vases de style corinthien et peu de terres cuites; les plus récentes, au contraire, ne renferment qu’une poterie en terre rouge, sans décoration, placée à la tête du mort, mais les statuettes y sont plus nombreuses, de troix à six en général, quelquefois en très grande quantité, entassées dans la cavité ou au-dessus du couvercle et même dans les terres avoisinantes. On cite des trouvailles de quarante, cinquante figurines ensevelies ensemble. Elles étaient placées sans ordre, partout où il y avait de la place pour les mettre autour du corps. Les fouilleurs ont constaté
(1) Tel était aussi l’intérêt de ta collection formée à la même époque par M. Sabouroll’, ambassadeur de Russie à Athènes. Voy. FuiTwaengler, Collection Snlioiiroff, II, Introduction aux Terres cuites.
(2) Pour l’historique des fouilles de Tanagre, voy. Kékuté, Thonfiguren von Tanagrn, pp. 11-13; O. Rayet, Études d’archéologie et d’art, pp. 278 et suiv. ; Monume7its de l’art antique, II, notice de la pl.7/ ; Ilaussoullier, Quomodo sepulcra Tanagræi decoraverint, avec une carte des nécropoles, pl. I.
TROUVES EN GREGE
souvent que les terres cuites avaient dû être brisées au moment des funérailles; on trouve, par exemple, la tête d’un personnage à l’intérieur de la tombe et les débris du corps en dehors. Dans quelques cas, les offrandes ont été brûlées avec le cadavre du défunt. Un même sujet est parfois répété dans la même sépulture à plusieurs exemplaires. Les grotesques se rencontrent surtout, paraît-il, dansles tombeaux d’enfants(l).
Tel est, en peu de mots, le résumé des observations faites sur la plus importante source des figurines antiques. La récolte est, comme on le voit, fort maigre et l’on ne saurait trop regretter le malencontreux désordre qui n’a cessé de régner dans l’exploration du plus beau champ de fouilles dont l’archéologie ait jamais pu disposer. Abandonné aux paysans qui cherchaient surtout de beaux objets à vendre et qui, tracassés par la peur des confiscations, opéraient nuitamment au risque de tout briser, occupé à plusieurs reprises par les agents du gouvernement grec qui se contentèrent de fouilles rapides et ne publièrent jamais de compte rendu détaillé, le sol de Tanagre a été retourné en tous sens, presque sans profit pour la science. On peut en dire autant des autres points du territoire grec désignés comme lieux de trouvailles fructueuses. En dehors de quelques rares observations ou descriptions dues à des voyageurs de passage, nous ne savons rien sur la façon dont on a recueilli les figurines de Thèbes, Tliisbé, Thespies, Anthidon, Livadie, Amphissa, d’Athènes et du Pirée, de Mégare et de Corinthe, du Péloponnèse et des Iles. Le plus clair résultat de la loi grecque sur les antiquités, interdisant de fouiller sans l’autorisation du ministre de l’instruction [uiblique et prohibant sans réserves toute importation au dehors, c’est que « tontes les « fouilles sont clandestines, qu’un tombeau une fois vidé est soigneusement recouvert « de terre, afin que personne ne découvre la piste des travailleurs, que les objets dont « le transport ne serait point facile et la vente lucrative restent enfouis ou sont détruits ; « qu’enfin il est impossible à un archéologue de voir des morceaux antiques in situ... « La méfiance des fouilleurs va si loin que jamais ils ne disent à un étranger, de la dis- « crétion duquel ils ne se croient pas sûrs, la vraie pi’ovonance de l’objet qu’ils lui ap- « portent. Insiste-t-il trop pour la savoir, on lui désigne la première localité venue ; la (( Société archéologique d’Athènes ignore ainsi l’origine de la moitié des objets con- « servés dans son musée (2). »
Nous sommes obligé, avec regret, d’entrer dans ces détails pour expliquer le manque de précision qu’on pourrait reprocher à nos notices en ce qui concerne la provenance des statuettes dessinées par M. Chaplain. Quand il a été possible de donner ces indications, nous l’avons fait d’après les notes manuscrites de M. Dumont ou de son collaborateur. Mais, en général, il est entendu que le nom de la localité antique, fourni par le possesseur de l’objet ou par le fouilleur, no doit être admis que sous toutes réserves. Cette circonstance nous a imposé un classement différent de celui (ju’il eût été logique de suivre. Si nous avions disposé de documents bien authentiques, nous aurions rangé les figurines par fabriques, en indiquant les nuances de technique, de
(1) Pour les observations similaires sur le nombre des statuettes, les cassures, l’incinération, la position dans le tombeau, voy. Pottier et Reinacb, la Nccropole de .Uijrina, pp. 101-109.
(2) O. Rayet, Études d'arch. et d'art, pp. 299-300.
CHOIX DE TERRES CUITES, BRONZES ET MARBRES
style 011 de sujet qui les distinguent. Mais une étude de ce genre est fort dangereuse, quand elle prend pour base des renseignements trop peu sûrs : elle n’est permise qu’aux foLiilleurs qui ont opéré eux-mêmes sur place et comparé entre elles des centaines de pièces exbumées sous leurs yeux. Nous avons dû nous contenter d’un système plus simple. Nous avons disposé les figures, autant que les planches depuis longtemps gravées nous le permettaient, dans un ordre chronologique. Nous espérons montrer ainsi le parti qu’on peut tirer de la collection réunie par M. Dumont, prouver que le développement de la plaslique grecque se retrouve tout entier dans l’histoire des terres cuites, qu’on y surprend les modifications successives de l’esprit religieux, des croyances funéraires influencées peu à peu par la philosojihie des lettrés et le scepticisme du public. En considérant en bloc ces petits monuments comme des produits essentiellement helléniques, composés et fabriqués en Grèce, nous sommes sûr de ne pas nous tromper. C’est suffisant pour établir un lien entre eux.
Période archaïque. — Les planches I et II représentent une catégorie de monuments (jni ont déjà fait l’objet de plusieurs études (I). L’active publication des documents archéologiques n’a pas cessé depuis d’enrichir nos connaissances sur ce point spécial. Non seulement on a recueilli des plaquettes nouvelles, mais on s’est elforcé de mieux éditer ou de mieux expliquer celles qui étaient connues (^2). Voici quelques compléments à ajouter aux listes précédemment dressées :
1. — Femme à cheval (Amazone d'après M. Martha, Séléné d’après M. Rossbacb), en deux
morceaux fragmentés (Milo, provenance douteuse), actuellement au musée de la Soc. arch. d’.Vthènes. Martha, Catahupin des figurines du Musôe de lu Soc. arch. d'Athènes, p. i, n" 3; Rossbach, Griech. Antiken in Breslau, p. 23.
2. — Danseuse jouant des crotales devant un homme debout, demi-nu, et un joueur de double
(1) 0. Jahn, Veber Darstcliunijen griechischer Dicltler uuf Vasenhildern dans les Ahhnndlungen der k'ùnigt. süchsischcn Gescllschafl der W'issenchaften, 1861, p. 710, note 29; Ivékulé, Bullettino deW Inst., 1868, pp. 30 et suiv. ; Schœne, Griechische lieliefs, 1872, pp. GO-62, [)1. 30 à 33; Brunn, Sitziingtierichte der bagerisch. Akadeni., Philosoph-Glasse, 1883, pp. 299-331.
(2) Je note ici ]dnsiems additions on corrections à faire à la liste publiée par M. Scbœne, en suivant
sou numérotage. — 2. M. Ueinach (Le Bas et Rrinacli, Voi/age (irchi’olog. en Grèce, pl. 4o-49, 11“ 1,
p. 123) a signalé la complète analogie du sujet avec le monument précédent (n® 1). D’après NVelcker, cette plaque aurait passé avec le 11® 31 au Musée Britannique. Mais .M. Reinach fait observer qu’elle ne s’y trouve pas. Peut-être y a-t-il eu confusion; on peut se demander si la plaque publiée par Stackelberg et celle (pi’a décrite Weicker ne sont pas un seul et même monument ? En lout cas, il me semble que l’auimal placé à côté d’A[)ollon doit être e.xpliqné comme une biebe ou un faon, et non comme un chien. — N® 3 a. Dans la plaque Campana du Louvre le fond n’est pas découpé. Ce monument, par ses dimensions, me paraît rentrer dans la catégorie des plaques décoratives, appliquées en frise sur des murs, plutôt que dans celle des petits ex-voto qui nous occupe. On peut le comparer à une plaque de style archaïsant, conservée à Munich et provenant de l’Italie méridionale (Aphrodite, Éros et Hermès, Annali, 1807, pl. D ). — N® 4. Cf. Martha, Cnlalogue des figurines du Musée de la Soc. arch. d’Athènes, p. .3, n® 1. — N® 6. Cf. Newton, A guide to lhe second vase room, 1878, p. 07, n® 33. — N® 7. C’est le sujet do notre pl. Il, actuellement à Paris dans la collection Piot [Catalogue de vente en juéparation, 1890). — N® 8. Cf. Newton, op. L, n® 32. — N® 8 a. Cf. Martha. op. /., n® 0. — N® 9. C’est le sujet de notre pl. I, collection Piot. — N® 9 b. Provient de Camiros (Rhodes); cf. Newton, op. l., n® 37. — N® 10. Cf. Benndorf und Niemann, Dus Heroon von Gjôlbaschi-Trysa, 1, p. 108, lig. 111. — N® 14. Au
TliOUVKS EN GREEE.
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llùte, en trois morceaux (provenance inconnue), du même musée. Martha, Ihid, n® i.
3. — Personnage barbu accroupi, probablement joueur de lyre, près d’un autre personnage debout qui le regarde; plaquette en mauvais état (Athènes), au même musée. Ihid., p. ,H, n" 7.
-i. — Pelée et Thétis (Tégée), au même musée. Ihid., p. 113, n" .Ho9 et Index, p. S'iS ; Pervanoglou, Nuove Memurie dell' ln.st., IStio, p. 75, pl. VI, n” 2, l’a expliqué sous toutes réserves comme Persée et la Gorgone.
— Fragment de plaque avec encadrement rectangulaire ; buste d’homme nu avec une massue contre l’épaule droite. Hercule? (provenance inconnue), au même musée. /é/V/., n" 8.
ti. — Gorgone ailée, courant rapidement, les mains sur les hanches (provenance inconnue), au même musée. Ihid., p. 6, n“ 9.
”• — Fragment de plaque ; grill’on tourné vers la droite, au même musée. Ihid., n" 10.
t!. — Coq (Milo), au même musée. Ihid., n° 1 1.