‹ Les céramiques de la Grèce propreChapitre 32 sur 94 · TYPE DE S P AT A · texte numérisé non relu

TYPE DE S P AT A

corps de lion, une Lète de femme que surmonte une tiare basse et décorée d’une zone d’oves ou de triangles. Les cheveux retombent eu masse épaisse sur le cou, quelquefois eu tresses des deux cotés de la ligure. ()u remaixpie deux soldes de colliers, l’un formé de pendants triangulaires, l’autre de plaques arrondies. Deux de ces sphinx sont en face l’un de l’autre, séparés par une rosace à huit pétales. Les ailes ne sont pas recoquillées. I^es petites plumes sont rendues par un quadrillé, les grandes par des lignes droites et raides ; mais ce qui est le plus remarquable, c’est le long panache qui flotte sur la tète, panache nettement dessiné et dont je ne connais sur poterie qu’un seul exemple découNcrt à Hissarlik ( i ). L’ouvrier d’Hissarlik a re[)roduit grossièrement le type que nous retrouvons sur les ivoires de Spata.

l^a forme humaine sc rencontre sur quatre placpies de ^erre ; ee ne sont que des fragments représentant les jambes d’un homme qui marche, mais ils témoignenl d’une habileté à rendre la nalure f{ue nous n’avions pas vue à lALcènes (2). Une tète en ivoire, qui servait d’applique, est d’un grand intérêt : c’est nn buste d’homme vu de prolil, sans moustache ; la barbe est symétriquement disposée en collier; la chevelure a des divisions nombreuses, régulières et décroissantes, l^a tète est coiffée d’une mitre conique, à plusieurs étages, rayée de lignes parallèlement ondulées. Cette tète est oiientale, sans être nettement assyrienne : elle rap[)elle plutôt certaines slatues de Chypre, où les lèvres soid également rasées.

Un autre motif asiatique nous est fourni par des plaques qui portent des animaux luttant, le lion et Iq taureau. Un animal du genre chèvre, tombant sur les genoux, est mordu au ventre [lar un chien remersé sur le dos. I^a première scène est une des {)lus L'écpicntcs qu’ait reproduites l’art oriental. Elle se trouve toute pareille sur une pierre gravée trouvée en Sardaigne (3). Le lion, à Spata, est traité tl’une façon convcntionnclh* et maladroite ; le taureau est beaucoup plus naturel.

Faxs conel usions de ce chapitre sont évidentes. S|)ata appartient au

(1) Voyez plus haut, p. 9. Dièce d’or de Chios, Itec. ninn., 185i). pl. 11, lig. I.

(2) J’excepte naturellement quelques objets d’importation.

(3) Lévêque, Méui. c/lé, p. 734. De Luyncs, Xtan. des Sat)’apies, pl. XY, lig. io ; de ‘Vogüé, Rev.num., lS5(i, p. 217.

LES PLUS ANCIENNES CERAMIQUES

même grou})C que Santorin, lalysos et Mycènes, mais la civilisation y est plus récente et témoigne d’une influence oriejitalc très marquée.

Les nombreux faits rapportés dans les pages (pd précèdent ])rouvent jusqu’à l’évidence que les types que nous étudions en ce moment, — types constatés depuis dix ans sur quelques points du monde grec et jusqu’alors tout à l'ail inconnus, — se retrouveront dans tout l’Orient de la Méditerranée. Nous sommes revenus plusieurs fois déjà sur cette vérité qui permet de considérer ces produits céramiques non comme l’œuvre de fabriques exceptionnelles, mais comme les témoins de civilisations qui ont été générales. Aux exemples que nous avons cités, nous pouvons en ajouter un autre tout récent. En 1878, des fouilles exécutées sur remjdacement de l’ancienne Knossos ont fait déconvriides vases tout semblables à ceux qui nous occupent. Je ne puis mieux faire (pie de reproduire la description cpi’cn a jiubliée ÎM. Haussoullicr, membre de l’École française d’Athènes, dans le Bulletin de eorvespondauce hellénique, 1880, p. iy/|. (Voy. aussi Rev. ureh., 1880, PI. XXIIL)

«Au mois de décembre 1878, M. iMinos Kalokairinos commença des fouilles près du ^ illagc de Makriteichos, dans un endroit nommé Képhala, sur rcmplaeement de l’ancienne ville de Knossos. Les travaux, interrompus vers la fin du mois de février 1879, ne mirent au jour aucune inscription : on ne découvrit ({uc (pielqucs vases et des fragments de poterie, cpi’il importe de signaler.

«Les vases peints provenant de la Crète sont en effet très peu nombreux ; nous avons visité l’île presejue tout entière, et le seul endroit où nous ayons rencontré des poteries est le village de Khodovani, construit jirès de l’ancienne ville d’EIyros (i) : encore ces jioterics, communes et sans intérêt, sont-elles d’une basse épo([ue. Au contraire, les vases et les fragments découverts par àl. Kalokairinos à Knossos remontent, à n’en pas douter, à une antiquité très reculée : ils offrent des analogies évidentes avec les vases de Santorin, de Rhodes, de Mycènes et de Spata.

(1) C’esl do Hhodovani que proviennent la plupart des antiquités (vases, terres cuites, bijoux en or) que l’on rencontre la Canée. L’importante collection de M. Sandwith, consul d’Angleterre, est presque exclusivement formée d’objets provenant de Hhodovani.

TYPE DE SPATA.

« On ne compte que cinq vases coinplets et soixante-dix IVaginents environ, qu’il lauL ranger dans deux séries différentes (i).

« Ceux de la première série (deux vases complets et une soixantaine de fragments) sont aisément reconnaissables à l’épaisseur et à la grossièreté de l’argile. Ils sont de grandes dimensions, l’enduit est terne.

« Les ornements, peints en noir (noir brun) et quelquefois en rouge brun, sont le plus souvent des ornements végétaux. Ce sont ou de simples zones ou des feuilles en forme de cœur, des fleurs, des plantes.

(( Les deux seuls vases de cette série (pii soient complets ont la même forme et les mêmes ornements, des bandes de couleur noire. C’est la forme du vase de Spata reproduit à la planche Xl\, n"2, du JiulloAin de correspondance helléniqne (2“ année) (2); les vases de Knossos sont plus élancés et de dimensions [)lus grandes. IL, o,4^ ; cire, max., o,()o. — IL, o,4o; cire, max., 0,9b (3).

«Cette forme jiarticulière s’est rencontrée cinq fois à Spata (4); on la trouve également à Mycènes (5), à Santorin (6) et à Khodes (7).

« Les poteries de la deuxième séi-ie, moins nombreuses rpie celles de la première (trois vases complets, une dizaine de fragments), sont d’une argile jaune clair, beaucoup moins é[)aisse et plus fine. Les Aases sont de dimensions plus [letites, l’enduit est couleur d’ocre et plus lisse.

«1. Aryballc. Haut. 0,16. cire. max. 0,18o. Près du col, des postes au-dessous desquelles sont cinq zones de couleur noir brun.

(I) La même distinction a été faite pour les vases de Spata. Voir Calalorjuc descriptif des objets découverts à Spata, Butl. de corr. hetléii., II, p. üo.

(iî'l IManche d’Ialysos, fig. K).

(3) Nous avons vu à Candie, dans la collection d’IIadji-Spiros, deux vases absolument semblables et provenant également de Knossos. Ils sont ornés de simples bandes sinueuses, peintes en noir brun. Le musée du Varvakeion, à Athènes, en possède un autre qui provient de Crète (ll-/é«va iyyzlx, n" 191 i ; il a été acheté à un habitant de Candie); haut. 0,11. Au-dessous du goulot est peinte en ronge Inam une sèche dont les tentacules couvrent toute la panse. Cf. plus loin, les animaux marins qui décorent un autre vase de Knossos.

(1) Voir Bull, de corr. hellén., 11, p. .

(5) Voir II. Schlicmann, Mi/cèncs, p. 119, fig. !2o.

(0) Voir plus haut, p. 26, n” 50.

(7) A lalysos. Voir encore Mécènes, p. 'lUi. — F. Lenormant, l' Ornementât ion florale et pélasdienne chez les peuples yréco-pélasgiques, dans la Gazette archéologupie , 5” livraison, 1879, p. !2ü“2.

LES PLUS ANCIENNES CEIIAMIQUES

<( 2. Les mêmes ornements décorent un vase en forme de tasse à une anse. Haut. 0,08, diam. 0,1 23. L’intérieur du vase est peint en rouge brun.

«8. Kylix. Le pied est brisé. Haut, minim. 0,183, diam. 0,165. De chaque côté, entre les deux anses, est reproduit deux fois un animal marin qui décore des vases de Spata (Ij, de Mycènes (2) et de Khodes (3j.

« Ces rapprochements inonlrcnl l’intérôl des découvertes de jM. Kalokairinos. Si peu nombreux que soient les vases de Knossos, ils n’en tonnent pas moins un groupe nouveau a])partenant à cette épocpie très ancienne dont les traces se sont retrouvées sur d’autres points du monde grec : dans les îles voisines de la Crète, à Jihodes et à Santorin, en Grèce, à Mycènes et à Spata (4)- Tl faudra joindre désormais à ces noms celui de Knossos (5). »

Les tombeaux récemment explorés à Nauplicparla Société archéologicpic d’Athènes n’ont donné jusqu’ici, semble-t-il, que peu d’objets de valeur. H est ce}>endant facile de voir pai- les renseignements et les dessins [)ubliés que les vases, les terres cuites, les feuilles d’or, les pâtes de verre appartiennent d’une façon générale aux styles de Mycènes et de Spata. La forme de la lig. lo, 1^1. 111, s’est rencontrée à Nauplie. Les terres cuites semblal)les à celles de Mycènes, Mycènes, }). i3G, n’y sont pas rares, ’AOcvy.iov, 1878, }). i83, et surtout 1880, p. Ji5 (6).

(1) Jhdl. de curresp. hellén., Il, PL XLA, 11" o. U a été dit en note, page 227, que le fragment avait été par erreur mal disposé sur la planche.

(2) Mycènes, page 213, lig. 213, a, b.

(3) Cf. le vase d’ialysos publié par M. Lenormant dans la Gazelle archéoUxjùjue, 3“ livraison LS79, p. 202, PL XXVII.

[i] Voir Dumont, Découvertes et publications récentes, dans le Bull, de coït. heUén. II, p. 283, 281.

(3) M. Kalokairinos a également trouvé des fragments d'un vase en pierre noire, semblables aux vases en pierre de Spata, voir BnU. de corr. Iiellén., Il, p. 228.

(0) Fragment de poterie trouvé à Eleusis, représentant le murex. Gaz. arc/i., 1879, p. 202. Fragments découverts près de IV/éra/o» d’Argos, Staniatakis, Mitlh. des dénis, arch. inslilutes in Al/ien, t. lll, p. 271; Fnrtwængler et Lœsebeke, ninT.cilé, pl. XIII. Scbliemann, Ordmnenos, ISSl, p. iO et suiv., fragments de vases, mais sans motif de décoration.

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