ET EN ÉTRURIE
Les archéologues ont admis longtemps que la poterie noire à reliefs était propre à l’Etrurie. Les nécropoles de l’Italie centrale en ont fourni, en effet, de nombreux exemples. Mais nous savons que ce styl c a été aussi connu des Grecs. AL Salzmann en a découvert à Rhodes quelques spécimens qui sont au British Aluscum (i). Bien que ce ne soient en général (|ue des fragments ou de |)etits vases, et (pic rornementation y soit très simple, iis n’eu sont pas moins importants. Ils nous permettent d’ouvrir pour eux une classe nouvelle où viendront prendre place les découvertes ultérieures. Ces poteries noires sont ; deux plats et une coupe élégante; 2“ une coiqje ornée d’une tète en relief; 3" un petit skyphos; 4“ couvercle dont le bouton est formé par un oiseau; 5" deux alabastres longs et à pointe; G'" plusieurs vases de forme annulaire dont l’anse est plate et occupe le diamètre; on y voit les replis d’un serpent; 7” deux cylindres réunis par des attaches plates (2).
(1) [Vases du même genre, en Sicile, à Sélinonte, Ihdl. Commise, antich. di SicUin, fasc. V, p. 15, pi. IV, n" ‘2; fasc. IV, p. 15; cf. Gaz. archéolng., 1879, p. 103; Catalogue de la Collection Unnnnevllle, n° 213, amphore noire trouvée à Camiros. ün en a trouvé également à Chypre, sous forme de coupes noires sans ornements ou de petites œnochoés noires cannelées, Archæologln, t. XLV (1877), p. 134, pi. XII, 3 ; Furttoangler, Vasensamml. im Antiqunr'nnn , 11"“ 189-192. Los vases noirs de Rhodes ont été déjà remarqués par M. F. Lenormant, Catalogue de la Collection Itaifé, p. 103, et par M.de Witto, Gaz. des Dcaux- Arts, août 1805, p. 177; cf. Mélida, Sohre los vasos griegos, .Madrid, p. 18. M. Lenormant les attribue à une importation venue d’Italie. Voir au contraire l’opinion exjuiméc par M. llelhig, Bullettino, 1875, p. 98, à propos des mêmes poteries que lui avait signalées M. Dumont. — E. P.]
(2) Chambre L arm. 10. [Spécimens de Camiros au Musée de Berlin, Fui twangler, /. c., 1342-13-40.]
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l^es vases à reliefs, de couleur ordinaire, grise ou rouge, plus ou moins foncée, sont également représentés pour les pays grecs [)ar des exemplaires trouvés à Rhodes et conservés au British ^luseum. Ce sont de grandes jarres, décorées de zones sur la panse et sur le col. L’ornementation y est très ancienne; elle rappelle le style géométrique. On y remarque en particulier les crochets ou agrafes que nous avons vus sur un entonnoir d’Ialysos (i). A ce motif s’ajoutent des zones d’enroulements réguliers, réunis deux à deux, comme à Mycènes, des traits droits superposés en biais, la grecque, une ligne droite horizontale portant des traits verticaux tous placés à distance égale, la pyramide renversée, une grande branche de feuillage à spirales régulières; enfin la hgurc humaine traitée de la façon la plus élémentaire et même le centaure figurent sur ces vases (2). Dans le même genre, je n’al vu en Grèce qu’un seul plat décoré de reliefs au moule sur le rebord, chaque cadre répétant le même sujet. Tl serait très important de savoir si ce plat provient véritablement de la Grèce et s’il n’a pas été apporté d’Italie.
Nous ouvrons donc deux classes nouvelles dans les céramiques les plus anciennes de la Grèce pour ces poteries noires et ces vases à reliefs, types qui sont encore bien peu nombreux et dont l’existence en Cirèce était niée, il y a ([u est plus favorisée.
1. TjCS vases noirs étrusques, communément appelés vasi (U hucchero (3), ne présentent aucun détail qui puisse être singulier pour nous.
ekpics années. On sait, à cet égard, combien rJètrurie
(1) Salzmann, pl. XXV el XXVI. Cf. noire planche lit, n“ 13.
Ç2) Salzmann, pl. XXVI et XXVII. — [Il est important de noter (pie Rhodes n’est pas le seul pays grec où l’on ait trouviî des vases à reliefs de ce genre. Il faut ajouter qu’on en a découvert également en Sicile { fhdletlino, 187o, p. 98; Arch. Zelt., 1881, p. -10, 13 ; Kékulé, Die Termeotten von Sicilien, I88i, p. 18-33), quelques fragments en Béotie [MitthcHniujen d. dent. Inst, in Athen., IV, 1870, p. 35) et même sur l’acropole d’Athènes {/Jnllettino, 1875, p. 137). Voir la note à la fin du chapitre. — E. P.]
(3) [Sur les vases étrusques de terre noire, le mémoire le plus complet est celui de F. Lenormant, dans la Gaz. archéol., 1879, p. 98-113; 1880, p. 1-8. Il donne, kl., 1879, p. 101, note 2, une bibliographie complète des ouvrages à consulter sur les poteries noires étrusques. Ajoutez J. Martha, Manuel d' archéol. étrusque et romaine, p. 92-98; J. R. Mélida, Sobre los vasos (jrieqos ciel Museo arciueolog. nacion. Madrid, 1882, p. 18-20 ; Heydemann, Die l ascnsamml. des Museo Naz. zu Neapel, n°^ 393-430 ; Gamurrini, Annali, 1884, pp. 2 1-29, pl. C, D ; Furtwan-
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ail point où nous sommes arrivés dans cette étude; ils sont tout à l'ait conrormes à ce que nous savons des motifs de décoration pour la péiiode orientale. Seulement, comme ils ont duré en Italie alors que cette période était terminée pour la Grèce (i), ils admettent des formes beaucoup plus savantes (2). 11 est admis qu’ils ont d’abord été imités des vases de métal, ce que démontrent la manière d’attacher les anses, la faiblesse des pieds, tout un travail de découpure qui n’est point naturel pour des œuvres céramiques de cette nature (3). Les formes sont celles qu’on doit s'attendre à trouver, le cratère, l’œnoehoé, l’ampliore, les réchauds, les coupes basses et à longs pieds, les plats creux, le sinqnilum , les bouteilles munies d’une passoire; elles indlc[uent une \alsselle d’usage. Ou y trouve aussi des imitations d’animaux, en particulier d’oiseaux, comme on en voit à Chypre (4)-
L’ornementation est de deux sortes, à la [lointe ou en relief. Les graflites reproduisent les tîgures du style géométrique et du style oriental : les (uiroulements, les postes, la forme de la lettre wS verticale ou horizontale, ou bien combinée avec des signes triangulaires, concentriipies, dessillés entre les deux volutes, une chaîne formée de demicercles f[ul se coupent, des demi-cercles ajipuyés sur une bande et concentriipies, des cercles coupés d’une croix, des triangles suspendus parla pointe ou rattachés à une bande par la partie la plus large. Le style
j^'Icr, Ytisomniinnl. Antiqunrhun, Berlin. I880, n““ ISitl et suiv., n'"' 3957 et suiv. Voir aussi une notice de M. Klitschedo la Grange, Sulla teowlotjia del caselhune nero degli anüchi, Rome, 1884-, i)ù raiiteiir étudie les procédés chimiques pour obtenir la belle teinte noire de ces vases; et. Heinie aveludd., 1885, p. 113. — E. P.l
il ) [Cette tabri{|ue était en pleine floraison on Etrurie au v® siècle, puisqu’on a trouvé des poteries de ce genre mêlées à des vases à figures noires et rouges de style attique dans des lombes étrusques; et. Bidkttino dell’ Imt., 1875, p. 99; 1880, p. !2LS; 1881, p. ^71; Helbig, Das litiwerisclie Bpos, j). 31; Lenormant, Gaz. nrdtéol., 1879, p. 110. M. Lenormant assigne comme date e.xtrème à cette industrie le iiC siècle; c’est aussi l’opinion de M. Gamurrini, Gaz. arckéul., 1879, p. 49 et p. 111. — E. F.j
(“2) [Pour les l'ormes, voir Grerjor., 11, pl. xciv et c; NoLd des Vergers, Etrurie et Etrusques, pl. xvii-xx ; Gaz. arckéul., 1879, pl. (5 et 18; Marlha, Manuel d'urrhéoL, p. 37, lig. 40. — E. P.]
(3) [Cr. llelbig, Bullettlnn, 1875, p. 99; Leuormant, Gaz. arckéul., 1879, p. 103, 107; Lüscbcke, Arck. Zeit., 1881, p. 35-40, sur l’imitalion du métal dans la céramique ancienne. — E. P.l
(i) Voir cliap. XIV, p. 201.
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oriental est re|jréscnté par la palinette ordinaire et par celle que nous avons appelée [)hénlcienne ; enfin les graffites servent parfois à graver des zones d’animanx; il est impossible de méconnaître la parenté de cette décoration avec celle du style géométrique; elle est tout à fait la même (i).
Les reliefs reproduisent les tigures des vases de style rhodicn et corinthien. Je eroiscpi’on cliei-cherait en vain dans cette classe des types (pie nous n’ayons jjas vus, et tous ceux cpie nous avons vus s’y remar- (pient : les fleurs, les animaux, l’Artémis persicpie, de sorte cpTici encore la ressemblance est complète (2). On peut donc affirmer que la poterie noire étrus(|ue et le style oriental ont la même origine; seulement
qu’une exception, tandis qu’il a eu chez les Ktruscpies une très grande importance.
II. I jes ^'ases étrusques, de terre rouge ou grise, à dessin au moule, sont aussi décorés des mêmes sujets (jiie les \ ases corinthiens; ils représentent une autre manière d’appli([ucr la décoration corinthienne. En général, sur le rebord du vase, (piel([uefois sur la panse, on a réjiété un grand nombre de fois un même moule (jui portait une sirène, un centaure, un cheval aux ailes recocpiillées, et d’autres sujets d’un dessin
(1) [M. llelbig', IhiUetl'mo, 1875, p. 99, place aussi répo(iue de ces cases di hiurhero immédiatement après les vases à décoration geomélimiue. M. Lenormant, /. c., p. IÜ8, 1U2, altrilnie à répoijue la plus ancienne le système des vases incisés à décor géométrique. Les vases à reliefs, de style asiatique, représenteraient la seconde éporpie, vers le viF siècle. (Juehpios vases de Ghiusi combinent même les deux procédés de graflites et de reliefs. Dans la péi'iode du viU siècle, les reliefs sont imprimés sur la terre molle à l’aide d’un rouleau à cylindi'c gravé en creux. Enfin, dans la troisième période, tin du vi® siècle et au v°, les reliefs sont façonnés au moule on même temps que le vase est modelé. .M. Loscheke, Arch. Zeil , 1881, p. iü-it, place aussi la date des vases à reliefs au vu® et au vC siècle. — E. D.J
(2) [Comparez les tigures de style ancien qui ornentdes plaques d'or de Corinthe et d’Albènos (FnrUvangler, Arch. Zeit., 188i, pl. 8, '9). Cf. aussi les reliefs d’ivoire trouvés à Tar([ninies {Monumenü dell' Inst., YI, pl. xlvi). Sur les tigures de divinités dans les reliefs étrusques, cf. Gerhard, Arch. Zeit., 1854, pl. lxi-lxiv; Dressel et Milchhœfer, Mittheilungen des d. Inst, in Athen, II, 1877, p. 465. Signalons encore une coupe très intéressante de la collection Chigi, décrite par M. Helbig [Bullettino, 1879, p. 6); on y voit le moule reproduit sept fois d'une ligure de nain accroupi qui rappelle le type dcis Falè(pics phéniciens, dérivés du dieu égyptien Dlali. M. Helbig y voit une marque de l’inlluence carthaginoise sur la fabrication des vases di ùucchero; cf. .innali, 1881, p. 145. — E. P.]
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encoi'c |)rimilir(i). Ces figures n’oflVent aucun détail que nous ne connaissions. Ces vases sont piancipaleinent de deux, sortes : des grands plats et des grandes jarres on pithoi. De ce fait qn’on en a trouvé dans la tombe de Céré qni nous a donné plusieurs des coupes de bronze décrites j>lus haut (2), on peut conclure qu’ils sont très anciens et c’est une nouvelle preuve qn’on les fabriquait dans la période de lapins complète influence orientale (3).
Il peut très bien se faire que les poteries peintes de style ancien, qu’on trouve à ^ ulci, à Céré et ailleurs, soient d’impoidation ; mais il est probable que les vases à reliefs sont de fabrique indigène et certain que les vases noirs sont étruscpies (4). Si l’on remarque que les figures rc{)résentées sur ces vases se sont perpétuées dans l’art étrusque, avec des modifications plus ou moins grandes, jusqu’au iv*^ siècle avant notre ère et plus tai’d, et qu’elles y sont restées un élément tout à fait capital, tandis qu’elles ont disparu de l’art grec, on sera amené à penser qu’il doit y a\ oir à ce fait qucbpie raison. Le problème est donc celui-ci. La continidté de rintlucnce orientale est évidente en Ktrnrie ; en Grèce, cette influence ne dure qn’un temps et disparaît devant un art et des idées qui lui sont contraires. Les historiens qui admettent avec nérodote(5), dont le récit n’a point été réfuté, qu’une population venue de l’Asie iMlneure s’est établie
en Ëtrurie une grancle raison de tenir à leui' opinion. Le xU siècle, donné comme date à cette migration ])ar Varron ((3), est justement l’époque où,
(1) [Le Musée du Louvre eu possède de nombreux spécimens; pour ceux du Musée de Berlin, cf. Furhvangler, Vasensamtnl. im Antiquarium, n*”* I6!29-UUo. — E. P.]
(2) Voir p. 123.
(3) [CI. Lenormant, /. c., p. 107. Voir la note à la fiu du chapitre. — E. P.]
(i) [Cf. Lenormaut, /. c., p. 103, 113. Pour l’opinion contraire sur les vases à reliefs, voir la note à la fin du chapitre; pour les vases noirs, Ilelhig, Bullettino, 187a, p. 9S. — E. P.l
(6) [Cité par Censorinus, De die nat., XVII, 17. Cf. O. Millier, Die Elrusker, I, p. 69. Sur l’orig'iue asiatique des Etrusques, presque tous les auteurs anciens sont d’accord; cf. Noël des Vergers, Etrurie et Etrusques, I, pp. 102-149. Pour la théorie contraire, qui considère les Etrusques comme les représentants d’un art indo-germanique qui se serait développé en Europe eu dehors de l’inlluence orientale, cf. ViOme, Annall, 1874, p. 171 et suiv. ün consultera aussi avec fruit le chapitre VllI de l'ouvrage de M. Milchhœfer, Die Anfünqe der Kunst, (jui admet une émigration venue d’Asie Mineure, mais qui attribue surtout une origine pélasgiqiie et aryenne aux Étrusques. M. Ilelhig, ;’i son tour, a combattu cette théorie dans un
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selon les documents égyptiens, finit dans la lAIéditerranée orientale cette grande agitation de Pélasges-Tursènes , de Grecs et d’Asialicpics, qui avaient menacé jusqu’à l’Egypte, agitation de peuples maritimes (pii ne venaient pas seulement au.v bouches du Nil comme des pillards, mais qui amenaient leurs femmes et leurs enfants, et qui cherchaient une terre pour s’y établir. Une partie d’entre eux se serait dirigée sur l’ilalic. Les chants grecs modernes conservent des légendes et des personnages qu’il est possible de commenter avec précision par les monuments figurés, non de la Grèce, mais de l’Étrurie. 11 y aurait donc eu dans les Pélasges-Tursènes un élément qui se rapprochait beaucoup par certains c(jtés des populations anciennes de la Grèce. Certaines idées populaires seraient restées dans l’ombre durant la grande période de la civilisation hellénique, mais sans disparaître, et nous les retrouverions aujourd’hui, très semblables à ce (prêtaient beaucoup de croyances des Etruscpies, et témoignant, comme l’archéologie et avec la meme force, d’une parenté aux origines.
Il est aussi à remarrjuer que, si la poterie étrusque d’origine nationale porte si nettement la marijuc du style géométrlcpie des Grecs et de l’influence orientale, cette [lotciâc a encore pour caractère s|)écial de se rapprocher à beaucoup d’égards, surtout par les formes, du type d’Hissarlik et en [jartlculier des vases de Chypre (i). Dans aucun autre pays du monde classicpie, cette ressemblance ne j)eut être constatée au même point. Nous devons nous bornera signaler ce fait (pii paraît indicpier, dans des temps très anciens, des rapports entre ces diverses civilisations (2
récent article des Annali, 1881, pp. i08-17i; d’après lui, les Étrusques sont venus du Nord et étaient d’abord établis à l’est des Apennins, dans la vallée du Pô, en compagnie de peuples italiotes de môme race et de môme origine (pi’enx; puis, an moment de l'invasion dorienne qui a eu son contre-coup dans la péninsule et sans doute sous la pression des tribus illyriennes, ils auraient franebi les Apennins, entre le xP et le ix® siècle, et se seraient (Hablis dans l’Étrurie proprement dite, repoussant les Sicnlos qui passèrent alors en Sicile. — E. P.]
P) Voir plus haut cbap. I, p. Il, et plus bas chapitre XIV, p.
("2) [L’influence égyptienne s’y fait aussi sentir; M. Ilelbig, J)as hnmei'iscJæ L'pos, p. 31, remarque dans quelques-unes de ces poteries étrusques, à côté du style asiatique qui est jirédominant, certains motifs égyptiens, surtout dans la coiffure et l’exécution des masques de femmes appliqués à ces vases; cf. Annali, 1879, p. 3-18; Monnmenti, t. XI, pl. 2. dépendant M. Helbig ne croit pas que ces anti({ues peuples d’Italie aient fait partie de l’expédition dirigée contre l’Egypte vers la fin du xiv"” siècle, opinion soutenue par M. de Rongé et combattue déjà par Rrugscb; les peuples nommés dans l’inscription de Karnak seraient venus
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d’Asie, peut-ôtre de la Colchide en parlicnlier, et non de Pltalie [Bulleltwo, 1879, p. 0). Celte supposition est conforme à la date donnée plus haut de l’éinigralion des Asiatiques en Etrurie, qui se placerait au plus tôt au xi" siècle. Les rapports de l’Etrurie avec l’Egypte seraient donc postérieurs à cette date.
Pour rinilucnce qu’ont })u exercer les produits de Part phénicien et carthaginois sur les Étrusques, voir un article do M. Ilelhig, Annali, 1877, pp. 398-405, à propos des reliefs d’ivoire trouvés dans une tombe de Chiusi, Monumenli, t. X, pl. 39'^; les centaures, cavaliers, sphinx, cei fs, s’y trouvent comme sur les vases à reliefs d'Étrurie, avec un style plus particulier et plus asiatique. Cf. id.. Die Ilaliker in (1er PoeOene, p. 100 ; Das homerhche Epos, p. 68.
Depuis que ce chapitre a été rédigé par M. Dumont, un article très instructif de M. Lôschcke a paru dans YArch. Zeilung, 1881, p. 29-52, on les vases reliefs, trouvés en Étrurie et dans les pays grecs, sont étudiés en détail. L’époque où commence la fabrication de ce genre de vases est placée vers le vii° siècle. L’auteur (p. 41) ne pense pas que les vases rouges à reliefs soient d’origine étrusque; .\beken {Mlttelitalien, p. 362, 364) avait déjà remarqué que l'usage en est connu en Sicile. .M. Lôschcke insiste surtout sur le caractère essentiellement grec qui est marqué par le genre des représentations. Décoration orientale, bandes d’animaux, lions, panthères, cerfs, taureaux, sangliers, spliinx, griffons, chimères et hommes à queues de poisson; la ressemblance avec le type do Corinthe est nettement indiquée. Les oiseaux d’eau à longues jambes de chaque côté d’un arbuste (Ermitage, 899; Louvre), les chevaux marchant (Ermitage, 901), l’oiseau posé sur la croupe du cheval (Louvre), rappellent le type ancien d’Athènes. Représentations mythologiques, la Gorgone avec la langue tirée (Ermitage, 527; .1/ns. (ireg., II, 100; Louvre), les Centaures avec des jambes d’homme par devant, tenant des branches d’arbre ou la double hache (Ermitage, 909, 1065; .Vus. Gregor., II, 100). Représentations de la vie ordinaire, hachasse au lièvre (un exemplaire au Rrit. Mus., Catdlogue, I, 187; deux au Louvre; un à l’Ermitage, Stepbani, VmensammL, 905; Arch. Zeil., 1881, p. 33), une scène de baïuiuet (Rrit. Mus., 186) et plusieurs de combats (Ermitage, 909 ; Louvre). Ces poteries marquent un degré plus ancien de décorat'on orientale que les vases portant des inscriptions en alphabet corinthien (p. 43). Le lieu de fabrication de cette céramique en Sicile serait peut-être Syracuse (p. 44). Mais elle est imitée des vases en métal qu’on apportait vraisemblablement de Corinthe on Sicile; l’origine véritable en est donc purement grecque. M. Lôschcke montre les rapports curieux qui existent entre ces reliefs et la description faite par l’auteur du Bouclier (l’IIercide; le combat des Lapithes et des Centaures, la chasse au lièvre s’y retrouvent (pp. 4i-45).
Al)rès M. Lôschcke, M. Kékulé a repris la (juestion des vases à reliefs trouvés en Sicile, Die Terracolten von Sicilien, Rcriin et Stuttgart, 1884, pp. 48-53, pl. LV et LVL La provenance principale est Sélinonte. Les types reproduits sont Niké ailée, courant avec une couronne dans la main, des chars à quatre chevaux avec leur conducteur, des combats entre des centaui-es à jambes de cheval et des guerriers, des hommes buvant et dansant, des griffons, des palmettes de forme primitive, etc. M. Kékulé conteste quelques-unes des conclusions de .M. Lôschcke, en particulier que les vases à reliefs de terre rougeâtre aient été importés en Etrurie et qu’il faille chercher en Sicile le centi'e de fabrication de celte céramique; il nie que les reliefs d'Etrurie cl ceux de Sicile soient identiques, au moins pour les vases qu’il a pu étudier. Nous ferons cependant observer que sur un grand plat du Louvre, provenant de Cervclri,on trouve plusieurs fois répété un sujet absolument pareil pour la forme et pour le style à un des motifs de Sicile, Niké ailée courant cl le quadrige conduit par un homme vôlu d’une longue tunique (cf. Terracotlen von Sicilien, p. 49, tig. 105; pl. LV, n°2; pl. IAT, n“ I). - E. P.]