CHAPITRE XIII
POTERIES ÉMAILLÉES ET VASES A FOllllE HUMAINE
I. Le Louvre et le Brltish MuseLim possèdent des vases à couverte vitreuse (i) qui proviennent de Gamiros. Les formes sont celles de l’alahastre en pointe, apode et à base étroite plate; on trou\c aussi des bouteilles sans anse, à col bas, a jjanse plus ou moins renllée. La terie est l'oug-c; la couverte vitreuse, bleue ou verte, avec tlessins blancs, bruns ou violets. 1 l’ornementation consiste eu points, chevrons, métopes, oves. Voici, par exemple, quehjucs spécimens empruntés au Mu séc du Louvre ;
1" Alabastre en pointe; six bandes verticales en forme de fuseau, trois émaillées
(I) [Salzmann, Camiros, pl. YI, VII; Longpérier, Mus. Mapol. 111, pl. El; Perrot, llist. de l'Art, t. III, pl. VI, VII, VIII, IX. Cf. Mus. Elrusc. Grcfjor., II, pl. CIV, CV; Frœhner, Collect. Chnrvel, p. 37 et suiv., pl. I et II ; Slackelberg, Grüber der llellmen, pl. LV; Rirch, Ancïenl Potlcrtj, 1873, p. 433, u“ 17'2; Ccsuola, Cyprus, pl. III, I, (I; Mazard, dans le Musée Archéuloydpie, I87!t, p. 383-443 ; yoaraa/ of hell. Stuflies, 1883, p. ['à ; Aiumli, 1884, pl. B; Hall, de curr. hellén., 1883, p. 199. La plus belle colleclion particulière en ce genre est celle de .M. J. Créan, à Paris, qui contient beaucoup de spécimens inédits; quelques-uns seulement ontiHc inibliés par M. Perrot, l. c. On verra en consultant les ouvrages cités que cette pofeiie à l'inail vitreux, qu’on a pris riiabitnde d’appeler a été ré'pandne un peu partout dons les
pays grecs, sur la côte d’Asie, dans les lies et en Italie. On remarquera, en outre, que cet émail a été employé non seulement pour la couverte des vases, mais encore pour la décoration des terres cuites, dont les ligurines funéraires de l’Egypte otfrent des exemples si nombreux ^Rirch, Ancient Puttenj, 1873, pp.6ti-(i8, lig. 38-60; Perrot, ///s/, de /’Ar/, 1. 1, pp. 1 50, 82 1 , fig. 9(3, 97, 349 i et dont on retrouve des spécimens, répandus sans doute par les Phéniciens, dans tout le bassin méditerranéen, sur la cote de Syrie (Perrot, t. III, p. 203), à Chypre [PL, pp. 408, 517; lleuzey, Culaloy. des fi yur. unt. du Mus. du Louvre, pji. 202-203), à Rhodes [Id., pp. 212-219; Salzmann, Carnlros, pl. IV), en Sardaigne et en Italie (Perrot, t. III, p. 671; Annali, 1882, p. 44; Von Rhoden, Terracoll. von Ponipel, p.61). Ce procédé a été appliipié simultanément aux terres- cuites et aux vases et la fabrication en a duré sans doute fort longtemps. — E. P.]
POTERIES ÉMAILLÉES
on gris verdâtre, trois blanches chargées de chevrons renversés, alternativement noirs et gris.
me forme. A la partie supérieure, bande blanche semée de points violets, encadrée par deux filets de même couleur; au-dessous, cinq métopes bleues, encadrées de lignes violettes; quatre de ces métopes ont une rosace centrale; à la partie inférieure, longs pétales bleus et violets (1).
3» :\iè me forme. Ala partie supérieure, zone blanche chargée de deux lignes de points bruns; au-dessous, quatre métopes vertes, encadrées de bandes droites, blanches et brunes; à la base, pétales alternant, bruns et verts (2). La hauteur de ces vases varie entre 0”,l!2 et 0”,i8.
4° Alabastre simple; bauteur, 0“,22. Sur le col, qui est vert, rangée d’oves en blanc et en brun; sur la panse, six métopes vertes portant une rosace centrale brune et blanche, encadrées entre deux rubans bruns et blancs. Au-dessus et au-dessous des méto[)es, larges bandes blanches, la plus haute chargée de deux rangs, la seconde diî trois rangs de points bruns. A la base, languettes vertes, brunes et blanches (3).
0° llouteille à base plate; hauteur, 0“, 15. Col vert; au bas du col, ruban blanc encadré de deux filets et chargé de jioints bruus. La panse est occupée par une grande zone verte, décorée en haut et en bas de chevrons bruns et blancs. A la partie inférieure, filets blancs et bruns et rangée de points; au-dessous, languettes brunes et vertes (4).
6“ Même forme; bauteur, 0"‘,18. Col vert; en haut, bande blanche encadrée de deux filets bruns et chargée de points bruns. Sur la panse, quatre métopes vertes, avecrosace centrale blanche, tachetée de points bruns, encadrée de rubans blancs, mouchetés de brun. Au-dessous, lilel brun, bande blanche avec les points ordinaires, languettes brunes, blanches et vertes (5).
iM. de Longpérier remarque que ce.s deux dernières formes sont celles mêmes des jarres trouvées dans les fouilles du palais de Nimroud (6) et que l’alabastre à pointe était usité en As.syrie (7). Ces vases portent la marque évidente de rintluencc orientale. L’ornementation que nous y voyons est le style géométrique pur; on a déjà vu la grande importance qu’ont tes chevrons à NiniNc, oii ils sont prodigués partout. Nous avons
(1) Ces deux vases sont reproduits en couleur dans Longpérier, Mus. lYapol. III, pi. LL n““ 2 et 3.
(2) Reproduit en couleur dans Perrot, Ilisl. de iArl, t. III, pi. VI.
(3) Longpérier, Le., n" t.
(4) Perrot, /. c., pl. VL
(3i Id., /. c.
(0) l^ayard, Diseoeeries in the ruins of Ninevelt. 1853, p. 574.
(7) Layard, The Monunt. of AIneveh, 1849, pl. XCVll, 10.
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ici une nouvelle preuve de l’anliquitc du style géométrique et surtout des métopes et des oves que nous avons refusé (ehap. ^ If, pp. 89-90) de considérer comme le privilège d’une industrie non orientale ( i i.
II. On trouve aussi dans les pays grecs et en Italie un certain nombre de vases recouverts d’un émail bleu ou vert elair, en forme d’alabastre, de bulle plate, de gourde, de petite œnochoé, d’aryballe, qui sont décoi’és de dessins a la pointe ou de légers reliefs. Ces \ases rappellent à première vue les pâtes égyptiennes; les sujets aussi sont en partie égyptiens et on y lit même parfois des hiéroglyphes. Les dessins témoignent d’une grande habileté. Comme ces vases se rencontrent dans les nécropoles les plus anciennes, où l’art national est encore primitif, nous avons la une raison de plus de croire qu’ils ont été importés par le commerce.
Tous les musées possèdent de ces vases. Rhodes en a fourni un certain nombre qui sont au Rritish Muséum (2). Je prendrai pourcxemples quelques-uns de ceux tlu Loinrc, jirovenant aussi de Camiros, que M. de L ong[)érier a étiuliés avec un soin jiarticulier et dont il a montré toute l’importance (3) :
1" Forme de l'alabaslre; couverte bleu clair; doux registres de figures ; arbre entre deux taureaux et lion accroupi; arbre entre un taureau et une aiitilojie; taureau combattant (4).
(L) [.Notons encore que cette céramique à enduit vitreux a son origine en Égypte (Rirch, Ancient Potlerij, 1873, pp. 5i-55, fig. 39-ii). « Les vases sont d'ordinaire de couleur bleue ou vert pomme », dit .M. Perrot iHisl. de /’.LV, t. l, p. 8“21). L'ornementation se compose surtout de llenrs de lotus ; on y voit aussi le décor géométrique, le losange, les imbi ications, les chevrons 1 A/., fig. 551, 553). Les formes sont celles de l'arvlialle et de la phiale. Le même genre s'est renconlré à Chypre; voir quebiues vases do Dali dans Cesnola, Ci/iirus, p. 1(12, et Perrot, t. lit, fig. iS3. Ce genre de céramique a duré longtemps. On a trouvé à Tanagre un vase à couverte vitreuse, semblable à la porcelaine égyptienne, qui est de forme purement grecque et ne peut se placer à une époque antérieure au iiP siècle, d'après M. Furtwangler. Collection Sabouroff, pi. LXX, 11° 3. Cf. Frœhner, (iollect. Charcet, pp. 12- t t, qui s’appuie sur un texte de Strabon (.XYI, 2, 25) iiour montrer que jusque sous FCmpire romain l’Egypte est restée uu centre important de fabrication pour la verrerie multicolore de ce genre. — E. P.]
(2) Salzmann, Camiros, pl. V.
(3) Mus. Nap. lll, pl. .XLLX.
(1) Pour plus de détails, au sujet de ce vase et de ceux (jui suivent, voyez Longpérier, /. c.
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2° MiMiie forme, moins svelte; dans le premier registre, antilopes; dans le second, taureaux et antiloiies.
3° Forme de bulle plate; personnage accroupi, étendant les bras et déployant les ailes, latète surmontée d'un disrpie. Au revers, tète de lion surmontée d’un disque.
4" Petite umoeboé; deux oiseaux palmipèdes [chœnalopex).
S” Même forme; rosaces.
6° Aryballe à base plate; dans la zone principale, double cartouche de Psammétik II (I) ; de cbaque côté, épervier, uræus et une jdante de papyrus. Au-dessous, zone occupée par une guirlande de Heurs et de boutons.
7“ P(‘tit vase en forme de tète de femme surmontée d’un goulot.
8“ rVryballe; zone principale décorée de cannelures A crticales.
(des sortc.s de vases ne sont pas rares en ldgvj)te; ils réunissent des éléments asialiijnes et des motifs égyptiens, |)ar exemple les animaux passant et des cartouches, des hiéroglyphes, des divinités; mais ils ne re])roduiscnt les tvpes qu’ils pi-ennent })Our modèles (pi’en les altérant. Sur le n" 3 les figures de la déesse Khou et de la déesse Pasht sont imitées d’une façon assez incorrecte. Sur le n” fi la répétition du cartouche, l’absence des titres royaux, les détails des types accessoires sont contraires aux habitudes égyptiennes (2). iM. de Longpérier signale dans le Mu séc égyj)ticn du Louvre un alabastre qui porte Isis, Horus et Nephtys, et trois proscynèmes à Osiris « qui paraissent avoir été copiés sans intelligence par un imitateur asiatirpie ». ÎVous reconnaissons ici une industrie intermédiaire comme celle cpii a fabricpié les coupes de bronze (chap. T\), c’est-à-dire une fabrication sans doute phénieienne (3). Un alabastre semblable parla forme au n“ 2 a été découvert à
[Les n'"’ 1,2 et (î sont reproduits aussi en couleur dans l'ouvrage de M. Perrot, Hist. de l’Art, t. 111, pl. y. — E.P.j
(1) [M. Perrot, /. L, p. 681, y voit le cartouche d’Apriès qui succéda à Psammétik II. M. de Longpérier y lit le prénom de Psammétik II « qui devint le nom de son successeur Ouaphrès (Apriès, XXVP dynastie) ». M. Ileuzey, (Uitahn. des lifi. du Louvre, p. 213, cite aussi des vases de ce genre avec les noms d’Apriès, de Ramsès le (drand et de Thoutmès III. — E. P.]
(2) [M. Perrot, Uist. de l'Art, t. III, p. 682. étudie aussi ces doux vases et arrive aux mêmes conclusions. Pour lui, le n” 6 serait un ouvrage phénicien, exécuté vers le commencement du vP siècle. — E. P.]
(3) [M. Perrot, p. 680, est aussi d’avis qu’on ne doit pas attribuer aux Grecs la fabrication de ces poteries émaillées. Cependant il cite comme exception un iietit vase de Cauiiros, an Musée britannique, modelé on forme de dauphin, de style grec, qui porte une inscription greciiue iIIjOîm gravée sous le vernis bleu. Cf. llenzoy. Gaz. arclicologu/uc. p. loO: