CHAPITRE XIV
TYPE DE CHYPRE
Chypre (i) a été considérée j)ar quelques archéologues comme le point du monde ancien où l’influence orientale s’est exercée le plus fortement sur le génie grec, et on attribue à l’art de cette île une grande part dans tes origines industrielles de la Grèce. L’histoire et l’art de Chypre présentent les mêmes caractères. Cette île, peujdée en grande pai’tie de Grecs, colonisée de bonne heure par les Phéniciens qui s’établirent
(1) Sur la céramique chypriote, consulter en particulier :
L. Palma di Cesnola, Cypt'us, ils ancient citiez, tombs and temples, Londres, 1877, et surtout l’appendice de M. Murray, On the pottery nf the Cypriis, pp. 398 et suivantes, travail où l’on trouve à la fois une grande expérience pratique des monuments et nne réserve qui donne plus d’autorité aux opinions de l’auteur. — • J'Jie Anliqvities ofCyprns discovered [principallq on the sites of the ancient Golyoi and Idalium), by General Lnigi Palma di Cesnola^ photographed by Stephen Thompson from a sélection rnade byC. T. Newton; Introduction by Sidney Golvin, Londres, Mansell, 1873. Remarques iinportantes dans l’introduclion sur les vases de différents styles qui ont été trouvés ensemble. — Antiquités chypriotes provenant des fouilles faites en 1898 par M. de Cesnola, Paris, 1870; catalogue par M. Frœhner. — Collection de M. Albert Barre; antiquités grecques, poteries cl verres chypriotes, Pai’is, 1878; catalogue par M. Frœhner. — Doell, Die Sarnrnlunq Cesnola, 1873. — R. S. Poole, Objects discovered by B. H. Lang at Cyprus, dans les Transactions of Boyal Society of Literuture, XI, nouv. série. — [iSeiv Monthly Magazine, 187il, pp. 190-198. — On the different styles of pottery found in ancient tombs in the island of Cyprus, by Thomas Sandwilh, dans V Archxologia or Miscellaneous Tracts relating to antiquity, Londres, 1877, t. XLV, pp. [Hl-XMl, pl. IX à XIII. — Lan, Die griechischen Vasen. pp. 17-18, pl. I et II. — Archæologisch-E pigraphische Mittheilungen aus Œsterreich, 1877, M'ion, I, pp. 108-110. — Mus. espanol de Antigüedades, 1880, p. 4-11-48:2. — Ohnefalsch-Richter, dans les Mittheilungen des dent. Inst, in Alhen, 1881, et dans le Journal of hell. Studies, 1881. — S. Reinach, Catalogue du Musée impérial, Constantinople, 1882. — Gazette archéologiriue, 1883, p. 97, pl. 14; p. 119, pl. 23; p. 329, pl. al. — Perrot, Histoire de TArl, t. III, 1883, pp. 084-732. — A descriptive Allas of the Cesnola collection of cypriote nntiquities in the metropoUlan Muséum New- York, vol. I, wilh préface by S. Birch, Berlin, 1885. — Fuidwilnglcr, Vasensumml. im Anliquarium, Berlin, 1885, n°“ 00-192. — E. P.j
TYPE DE CHYPRE
siirtouL à CiÜLim, à J^iphos et à Amalhonte, conquise ])ar l’Égypte, plus tard par l’Assyrie au vni'' siècle, dominée de nouveau par les Pharaons, a mieux; connu qu’aucun autre pays grec les types et les procédés de l'Orient. On sait qu’on trouve à Chypre des statues de style égvptien, de style assyrien, de style chypriote et de style grec, des Inscriptions as.syriennes, phéniciennes, grecques, chyj^riotes, des cylindres asiatiques, assyriens, phéniciens, des pierres gravées égyptiennes ou d’imitation , et que les objets ([ui paraissent appartenir aux
épo(pies les plus difrérentes se rencontrent réunis dans le même lieu; rcxcm[)le le plus remarquable à cet égard est fourni [)ar le trésor de (airium. Il est iuq)ortant de savoir si les caractères généraux de la céramif[uc chvpriote eonlirment les oj)inions <juc nous avons été conduit à admettre jusqu’ici par l’étude des faits, ou s’ils les infirnn'nt.
Les poteries les plus fréquentes à Chypre peuvent se rangei' ainsi cpi’il suit :
1” Vases de petite dimension, souvent revêtus d’une couverte noire ou rouge, formés d’un récipient sphéri({ue, munis d’un goulot élevé. La base est ordinairement arrondie et rend nécessaire un support q). Lécythes, amphorisques, gultus, skyphoi.
(1) Exemples nombreux au Louvre, au British Muséum; quebiues spécimens à Sèvres.
TYPE DE CHYPRE
œnochoés, etc. Dessins à la pointe on ornements en relief; cercles, traits, rectangles, losanges, triangles formés par des traits juxtaposés (1). Ces ornements sont dispersés sur le vase ou grou[)és dans des zones verticales ou horizontales. l']xcmples fré(pients à Alambra, près de Dali, où l’on a trouvé ce type avec des terres cuites de très ancien style.
Douteilles à deux goulots avec bec eflilé (2); formes compliquées, bouteille sur trois petites sphères qui ont chacune un pied (3); trois skypboi juxtaposés et surmontés d’une seule anse (4); petites bouteilles annulaires (5). Nombreuses oreillettes; il n’est pas rare d’im compter de dix à vingt, et même davantage (6). Anse double, triple, munie d’appendices.
Formes grossières d’animaux avec anse et goulot; dessins géométriques à la pointe, oiseaux, en particulier cygnes ou canards (7); vases terminés iiar une tète de vache; nombreux vases en forme de taureau (8); guttus formé de la moitié d’un taureau et de la moitié d’un oiseau réunies (9); rhyton en forme de corne de taureau; tète de chèvre sur un corps ovoïde, type fréquent à Dali (lOj; poisson sur quatre pieds et muni d’une anse (11); vase en forme de rhinocéros (12).
3“ Crandes amphores à large })anse, à goulot large et élevé; anses petites sur la panse (13). La terre est souvent grise ; dessins géométri(|ues bruns. Cratères analogues à ceux de lalysos (pi. Ill, fig. 12j (14). Récipients cylindriques à anses biPides, sur trois }deds en volutes (io).
4° Petites amjjhores, à deux anses adjacentes au col ou placées sur la panse; zones de traits circulaires; décor iloral ou frise d’animaux itassant (1(1).
(1) |Fig. 40. Cr. The AntiquUles, pl. 111; Avchœnioi/in, t. XLV, pl. l.X, 2, 4; Cyprus, pl. II, VII, l.X, p. 408; Docll, Samml. ('esnola, pl. XVT, 10, 11; Perrot, Hist. de l'Art, t. III, lig. 48o.]
(2) [Cesnola, Cypru^, p. 400, lig. 23, jd. A’II, l.X; Archæolofjia, t. .XLV, pl. l.X, 5; Doell, Samml. Cesnola, pl. XVI, 13. 1
(3) [Cypriis, pl. IX; Perrot, t. III, lig. 400.]
(1) The Anliquitics, pl. II.
(o) The Antlqiù lies, \)\. \\\.
(0) Cf. Collect. Barre, n°* 20, 31, 37; iP 32, qiiin/.c oreillettes; iP 38, lécythe à quinze oreillettes; n“ 40, vase pisciforme, quarante oreillettes; [cf. Perrot, t. Ill, lig. 402, 4!t3.]
(7) [Gaz. arehcol 1883, pl. 23; Cqprus, pl. VHl ; Docll, pl. .XVI, 1 0 à 20 ; Perrot, pp. 700-70 1 . j
(8) [/(•/., lig. oOO.]
(0) [fd., fig. 409.]
(10) Cyprus, p. 98, pl. VUI; Collect. Barre, p. o; [Perrot, lig. 50 1.]
1^11) The Antiquities,\)\. II. Voyez aussi Collect. Barre, n" 9.
(^12) [Perrot, fig. 502.]
(13) Exemples remarquables au Louvre et à Sèvres. [.\.rchæolo(jia, t. .XLV, pl. .XIII. J
(14) [Fig. 43. Cypras, pl. II, 2, p. 247.]
(15) [Fig. 40-47; Archxoloyla, t. XLV, pl. .XII, 5; Docll, Samml. Cesnola, pi. .XVH, 12-13.] fl6) [Fig. 41. 42. Cf. Cypras, pp. 05, 181,347, 404, 512; Perrot, lig. 512, 510; Docll,
pl. XVI, 12. 13.
TYPE DE CHYPRE
5” Yases eu forme de tonneau avec goulot central (1); gourdes plates ou bombées, ordinairement fond uni avec dessin géométrique (2).
G“ Jîouteilles à tète de femme; la panse spbérique est décorée de divers dessins; deux goulots à la place des seins ou un seul (3).
l'iG. t't.
7“ Jlouteilles de forme ovoïdale, à col bas et à une anse (4); meme type avec un goulot en haut de la panse (o); ampbores de diverses formes, grands récipients cylindiiques sur j)ieds très faibles (6); coupes profondes à pied élevé (7). Ce qui caractérise surtout cette classe, c’est la décoration qui est mêlée d’éléments végétaux et géométriques ,3).
(1) [Perrot, t. III, lig. 4!M;; Ccsnola, Ci/prus, p. 405; Arr/ixolofjin, t. .\LA^ pl. X, 5; üoell, pl. XYI, -S.]
(2) The Antiquiiies, pl. I; [Perrot, lig. 4!*7.j
(3) Longpéricr, Complet rendus de i Académie des InscripUuns, IS74, p.t'o; Cesnola, Cyprus, pp. 39i, 401, 402, pl. XLII; [Perrot, lig. 304, 522 et pl. IV; Doell, pl. XVI, 23],
(4) [Fig. 49; Cyprus, p. 55; Journal of hellen. Studies, p. 103; Perrot, lig. 510, 513, 521, 527.'!
(5j [Fig. 48. Cyprus, pl. .XLII, lig. 3. J
(6) [Fig. 43; cf. Cyprus, p. 247, 208 ; Doell, pl. XVII, 8, 9; Perrot, fig. 525.1
(7) [Fig. ii, Cyprus, p. 404, lig. 10; p. 405, lig. 18, 20; Doell, pl. XVII, 10; Archxologui , t. XLV, pl. XII, 1.]
(8) [Fig. 44, 43. Cf. Perrot, lig. 507, 523; Lenormant, Gaz. urchéoloy., 1883, pl. XIA .]
TYPE DE CI1YP15E
8" ('oupes légi-res, .apodes, à une ou deux anses; même forme et môme décoration qu’à Santorin (1).
Les vases suivants sont des exceptions :
(Irandes œnoclioés élégantes à une anse; sur le col. une femme en relief tient un vase (]ui sert de goulot (2).
Lrande amphore dont le style est identique à celui des vases anciens d’Athèm's (3).
Amphore de pâle blanche, ornée sur la panse de larges volutes et de palmcttes tout à fait semblables à des vases trouv(''S à Rhodes (4).
Une hydrie d'ancien style grec à figures noires. Sur le registre supérieur, deux lions de face; sur la panse, Iléraklès terrassant un lion; inscriptions grecques. Je ne connais ce vase que par un dessin trop petit (o).
Routeille plate, à panse cylindrique et à long col; motifs végétaux; style de la décadence grecque; sur le col : KlTlAi; (?) (6).
(1) [A7'chæoiogiu, l. .YLY, pl. IX, i; pl. X, 2.1 (-) ph XLIII ; Perrot, fig. o06.]
(3) [Id., pl. XXIX; l’errot, (ig. oll.]
(l) Cijjmis, p. ilO, fig. 30; füoell, pl. XVII, 1.]
(.3) Id., p. il I, fig. 32. [.M. Perrot, pp. 721-722, signale aussi ce vase, mais il ne pense pas (jifon doive le rattacher à la fabrication indigène dos poteries chypriotes. Le style en est purement grec; il iiroviendrait plutôt des îles ou du continent hellénique. Même remarque pour un autre vase, C//pr>ts, p. 410, qui est peut-être de fabriijue rhodienne. — E. P.]
(0) Cj/pt’us, p. 40.
TYPE DE CIIYPIIE.
Comino on le voit, ccs formes sont très peu compliquées; ce sont celles que nous avons trouvées en Grèce, à l’époque primitive, avant l’influence orientale, lèlles ont subi quelques modifications, mais ce développement original a été presque nul. 1! suffirait de les regarder pour comprendre que la céramique chypriote a dù rester stationnaire.
Bien (juc les comparaisons soient faciles à faire et que j’en aie déjà signalé plusieurs dans les chapitres précédents, je réunirai ici les plus frappantes pour (pi’on puisse les considérer d’ensemble et qu’on en voie tonte l’importance.
Ilissarlik. Type ordinaire des ainpliores à col largo cl à })olitcs anses. Formes de vases compli(jnées. tlntlns à bec effilé. bnreLles à deu.v anses; trois vases à panse sphériipie réunis. Complication innlile des formes; oreillelles et anneaux de suspension. Imitation de la ligure humaine et des formes d’animaux (1). C’est avec le type d'IIissarlik que Chypr(> a le pins de ressemblance (2). iJe pins, les poteries de Cbvjirc à décor géométrique sont souvent incisées comme celles d'IIissarlik.
Saittori)i. Coupes de terre fine, apodes, à une ou deux anses, avec ornementation de bandes an trait; vases imitant un corps de femme (3).
labjsos. Cratère primitif. La forme de la planche lit, ligure 12, est fréquente à Cliypo'. Décoration imbriquée (1).
I ÎJ‘s Iles. Forme de cratère primitif à deux anses; ornementation en bandes et zones circulaires; motif fré(|nent de deux oiseaux se faisant face, de chaque côté d’un ornement central (5); cygne on canard très usité; série de traits parallèles et verticaux, placés i)crpcndiculairement à des zones circulaires (6).
Attique. Figure humaine grossièrement re})roduite et animaux passant, associés à un dessin linéaire très avancé et compliqué (7). tJne amphore de Curium, déjà signalée
(1) [Voir la planclie de bois. p. 11; comparez Cesnola, Ci/prtts, p. 402, fig. 12; Doell, pl. XVI, 24; Perrot, lig. 503. — E. P.]
(2) [Même remarque dans Perrot, p. 725. Cf. Olmefalsch Richter dans ./oaraa/ of Itell. Stii- (lles, V, p. 103. — E. P.l
(3) [Cf. Arcliæoloqia, t. XLV, pl. IX, 4, 8; pl. X, 2; Cqprits, p. 2t7. Comparez pour la forme notre planche I, fig. 3. avec Doell, pl. XVI, n” 10. M. Perrot, p. 725, note aussi la ressemblance avec Santorin. — E. P. |
(4) [Comparez Ci/prits, pp. 2 17, 208, pl. II, 2, avec notre planche III, 12. Comparez aussi la fig. 4 de la pl. III et Perrot, lig. 50S, avec la forme dos trois pieds en volutes, fig. 40-47. Pour les imbrications, voir notre planche Ht, 15 et (Ajprus, p. 2i7. — E. P.]
(5) [Comparez pl. V, 11”“ 10, 10, et Perrot, lig. 509, 512.]
(0) [Comparez lig. 4i ctpl. V, 10, 17, 19; Perrot, pl. III et fig. 508. Voir plus haut, p. 92, note 1].
(7) [Voir plus haut, p. 104, note 1.]
TYPE DE CHYPRE
ci-dessus parmi les vases d’e.xceplioii, olFre une ressemblance si grande avec les vases du Dipylon qu’on peut se demander si ce n'est pas un objet d'importation (1). Œnoclioés à une anse, bec trilobé, dessin géométrique sur la panse, trouvées dans des tombeaux voisins du port de Pbalère et très analogues à celles de Chvpre (5).
Rhodes:. U'iuochoés cà forte panse et à bec trilobé, forme fré([uente (b); rapport des coupes de métal trouvées cà Chypre avec les plats de Rliodes (4) ; large dessin floral qui occupe la panse du vase (b).
Sicile. — Vases trouvés à Agrigente, remarquables par leur oruementation très semblable à celle de Chypre; mélange régulier de losanges, lignes verticales et horizonlales juxtaposées, traits verticaux et parallèles (6j.
Italie. Vases trouvés dans la nécropole d’Alambra, près de Dali, dont la terre noire rappelle les poteries di Imcchero nero, trouvées à Chiusi (7). dessin géométrique, sur certains vases de Chypre, est incisé, au lieu d'être peint, ce <{ui est encore un trait de ressemblance avec les vases étrusques de la période la plus ancienne (8), comme avec les vases d’IIissarlik mciitionués plus haut. Dans une tombe de Tarquinies (9), vases semblables à ceux de Chypre, cratère à couvercle avec bandes d’oiseaux passant, œimchoé à dessin géométrique, guttus en forme d’animal avec ornements peints et bande d’oiseaux, cratère })rimitif à deux anses avec même décoration. Comparez aussi d'autri's vases (10) de la même nécropole de Tarquinies.] (^1 1 1
La décoralion c.sl com[)Osce crélcniciits (jiie nous connaissoii.s déjà :
(1) [Cyprus, pl. XXI.X; Perrot, lig. oli.]
(“2) \Annaii deU' Inst.. ESTi, p. 2(il. tlf. Murray, dans Cyprus, pp. Rio, i(J7. Comparez Id., p. iOi, fig. 15; p. 68, lig. 29, pour la ressemblance avec le style géométrique d'Athènes.]
(3) [Voir plus haut, p. 163; comparez fig. 19 et Perrot, fig. 511, 513, etc.]
(I) [Voir p. 161.]
(5) \Cyprus, p. 110; M. Murray note un vase presque identique à Camiros, p. lit. M. Perrot, p. 722, incline à croire que l’exemplaire chypriote est de t‘abri(pic rhodienne.]
(6) [A. de Cculeneer, Xntice sur deux vases archaïques, dans le Rulletin de l'Académie royale de lielyùiuc, 2“ série, t. XLVIl, 1879, n" 6.]
(7) [Cr. Perrot, p. 685; EurUvanglcr, Vasensamud. vu Anliquariuin, n'”’ 189-192.]
(8) [Voir plus haut, p. 189 et note 1. Cf. Lenormant, Caz. m'chéoloy., 1880, pp. 1-8; Perrot p. 685.]
(9) [Monumenli deU‘ Inst, arch., X, pl. 10% n'”' 5, 6, 7, 8. Cf. llelbig, Annali, 1871, pp. 219 et suiv.]
(10) [Monumeuti, t. XI, pl. 59, n“® 18, 28; pl. 60, n'’’ 13, 15.]
(II) [Toute cette partie du texte, placée entre crochets, n’existait pas dans le manuscrit rédigé par M. Dumont; mais la place en était indi(iuée, et nous avons cru devoir la comploter. Tous les vases reproduits ici ont été découverts par M. de Cesnola à Chypre et photographiés par lui; les fig. 10, 18, 19 se trouvent dans son ouvrage Cyprus, pl. VU, pl. XLII, fig. 3, p. 55; cf. Perrot, fig. 518. Le vase fig. 16-17 est reproduit en couleurs dans ÏArchæologia, t. XLV, pl. XII, 5, et dans Doell, Samml. Cesnola, pl. XVII, 12, 13; les vases fig. 40, il, 13 dans Doell, Samml. Cesnola, pl. .XVI, 13, 1 1; .XVII, 9. .M. de Cesnola m’a informé que
TYPE DE CHYPRE
ce sont ce(i\ du style géométrique et du style oriental (i); il n’y a de nonvean ici (|Lie la maladresse a\ec laquelle sont traités les motifs orientaux. (^)nant à la ligure luimaine, quand le potier n’imite pas un modèle étranger, il la l’eproduit avec une inex|jérience enfantine (2).
Fig. 48.
Dans l’histoire de la céramique, Chvjjre représente pour nous une école qui n’a jamais dépassé la période d’imitation orientale, qui n’a rien
le vase lig. 40 a disparu avec d’autres dans l’incendie d’un bateau (jui transportait des antiquités. Rien qu’il n’y ait point d'indication à ce sujet dans le manuscrit laissé par l’auteur, il est visible que son intention a été de donner ici comme spécimens les vases de Chypre (lui montrent le mieux l’inflnence des civilisations orientales sur cette céramique. — E. P. J
(1) [M. Perrot, pp. 698, 700, 705-709, insiste à plusieurs reprises sur l’imitation très fréquente des ornemenis égyptiens et assyriens, comme la Heur de lotus, la palmette, le cartouche entre deux rosaces, la tresse, etc. Voir ici les lîg. 41,45, 46, 47, 48, 49; cf. Journal of kell. Studies, V, p. 103; Gaz. archéol., 1883, p. 97. Pour l’importance du style géométrique, cf. Murray, Ci/prus, p. 398 et siiiv., 405, 407; sur l’imitation des types égyptiens et assyriens, Sidney Colvin dans 'The Antiquities, pp. 3-1. — E. P.]
(2) [L’imitation du type égyiiticn est sensible dans la fig. 48 {Ci/prus, pl. XLIl, 3); celle des animaux assyriens dans la ligure 49 (Ci/prus, p. 55); au contraire, la fig. 43 reproduit dans toute sa gaucherie l’elfort fait par l’ouvrier pour représenter un char et des personnages qu’il avait sous les yeux. Cf. Cyprus, pp. 247, 268, pl. .\LIV, fig. 33. Sur cette question voir Perrot, pp. 708-721 ; imilation des types et costumes égyptiens, fig. 520, 521, 522, 527, 528; imitation des animaux assyriens, fig. 517, 518. La gaucherie et la maladresse d’exécution est sensible même dans ces figures imitées. Pour la reproduction du type local, voir surtout le vase d’Orinidia (fig. 523), un vase d’.Vmathoiite ifig. 525j, une coupe do la Collection Barre ijig. 526), le col d'une grande amphore du Louvre (fig. 531). — E. P.]
TYPE DE'CHYPHE.
eu de personnel, et (fui a tiré le j)arti le |)lus médiocre des motifs que la Grèce recevait dans le même temps. Les (^Jiypriotcs midlifdiaient les oreillettes, les ajjpendiccs, quand ils n’y |)onvaicnt trouver anenne utilité ; ils compllcfnaient les formes sans antres raisons (pie les eajudees d’nn goût bizarre (i); le seul détail d’ornementation (pii fionrrait leur être propre, l’nsage des zones ^’cr(icales (2) n’est pas henrenx; la zone horizontale convient beaucoup mieux à la forme même des vases.
Nous (rouNons à Chypre des points de comparaison avec toutes les fabrications les plus anciennes et même avec les bitrusqncs, non (pie les [iroduits ehvpriotcs remontent tons à ecs époifues reculées, mais parce que cette île, avant rcen ces motifs et ecs formes, a continué à les rcfirodnirc'. Je ne voudrais pas chercher par hypothèse ce (pi’il faut conclure (h“ la ressemblance tonte particulière des formes d’IIissarlik et de Chvpre, mais il y a là un fait important que la science expliquera sans doute
par la suite.
Les éléments mainfuent pour classer chronologi(juement ces vases; ils diffèrent trof) fien entre eux. On trouve très souvent des styles différents dans les mêmes tombeaux. 11 est vraisemblable, nous dit iM. de Gcsnola, (fue beaucoup de vases décorés de lignes on de motifs végétaux ont été trouvés à Dali à deux ou trois jiieds au-dessous d’un cimetière grec ou gréco-romain (3), mais ce renseignement est encore trop vague ; la période tout à fait grecque commence très tard à Chypre. Il ne serait pas surprenant (fu’on ^înt à démontrer (pie ces styles d’origine si ancienne se sont continués dnns file jus({u’au vC et au iib siècle (4). 11 est remarquable (fiie les foYmes céramiques primitives se
( I ! i Siir l’élrangelc el la niulliplicité de ces formes, cf. Frœhner, Calalofjuede la ('oll. /Sarre : Perrot, p. 723.]
(2) [Perrot, fig. i97, p. (itU; Ci/pras, pp. 181, 273, pl. 11; Arc/ueologia, t. XLY, pl. .XI, 2; pl. .Xll, 1 ; Doell, pl. XVI, 3, 6. M. Collignon a noté au Musée de Berlin f 11° 21)93) un vase tout à fait analogue, en forme de gourde à deux anses, orné sur la panse de cercles concentrif|uos disposés verticalement, cpii vient do Thèbes; si la provenance indi)piée est certaine, c’est là un motif très exceptionnel dans la (Irèce proprement dite. — E. P.]
(3) Anlirj. cinjprintes, p. II.
(i) [M. Perrot, t. III, pp. 681-683, remarque la persistance des modèles anciens jusque dans la céramique actuelle de l’ilc. Voir ses réflexions, p. 732, sur un vase du Musée Britannique, d’aspect tout à fait archaïque, mais qui porte sur l’épaule une ligure de femme (pii ne peut Cdre que du temiis des successeurs d’.Xlexandre. — E. P.j
TYPE DE CHYPRE
retrouvent si nombreuses clans le pays grec cjul a subi au plus liant point rinflueiice orientale et en particulier celle des Phéniciens ; il n’est ]ias moins remarcpiablc cpic le style géométricpie y soit général et cpi’il se trouve même accompagné d’inscriptions phéniciennes (i). Ces laits s’accordent avec les opinions (]uc nous avons admises sur l’origine asiatique de ce style; mais ils sont tout à fait contraires aux théories cjue soutiennent actuellement de graves autorités (2).
(1) [Cyprm, p. 08; Perrot, p. (iTO et fig. 179; Reinach, Gaz. archéoL, 1883, p. 329, pl. oi.J Cf. les remarques de M. Sidney Colviu, dans la préface de The Anliquilies, p. 3, et les réllexions très réservées que fait M. Murray dans l’appendice à (\i/prus, On Ihc potlery of the Cyprus, sur la doctrine de M. Conze.
(2) Voir plus haut, chap. Vil, p. 80-92.
l’iG. 49.
CONCLUSION
[ L’inlentioii de l’auteur était sans doute de marquer à la fin de cette Seconde Partie, comme il l’a fait pour la précédente (chap. yi), les conclusions générales qui résultent des laits exj)Osés ci-dessus. Nous ne croyons pas devoir compléter cette lacune du manuscrit par un chajiitre nouveau. Notre principal souci étant de conserver dans son intégrité absolue la pensée de notre regretté maître, nous ne voulons pas entreprendre ici des dévelo[q»cments qui risqueraient d’exprimer plutôt nos sentiments (jue les siens. Nous essaierons seulement, pour la clarté de l’exposition, de résumer l’ensemble des idées que doit faiivi naître dans l’esprit la lecture attentive des cbajiitres qui précèdent.
Cette Seconde Partie montre une nouvelle phase dans l'évolution de l’art céramique des Grecs. Pour les poteries primitives d’Ilissarlik, Santorin, lalysos, Mycèiies et Spata, on se souvient (jue l’auteur avait admis une part d'originalité incontestable dans l'invention des motifs d’ornementation et une imitation directe de la nature (pp. 68-69), tout en faisant cette réserve expresse qu’il n'est jtas le moins du monde démontré que, même à cette épO({ue très ancienne, !’< hâent n'ait pas eu sa part d'intlucnce sur les produits du monde grec, en particulier sur ceux de xMycènes, parmi les(piels on trouve des objets qui attestent sûrement des relations avec les peuples d’Asie (i»}). 54-o6). Mais il lui avait paru diflicile, dans l’état de nos connaissances, de marquer exactement la part qui revient à l’Orient dans la première api»arition du style géométrique; impossible de dire que cette }uirt est nulle; impossible de montrer où elle commence. C’est une question réservée pour les découvertes ultérieures (j). 88).
Dans la Seconde Partie, qui conijirend le type des Iles, d’Athènes, de Rhodes, de Corinthe, d'Etrnrie et de Chypre, l’auteur croit pouvoir être un peu jilus afiirmatif, sans se départir de la réserve prudente que lui impose un sujet aussi neuf et encore obscur. Il conteste la légitimité de la théorie tpii attribue à la dillusion d’un art pélasgique et aryen, formé en dehors de l’intluence asiatique, tous les produits du style géométricpie, épars dans le monde ancien et répandus jus(ju’en xAllemagne, en Hongrie, en Danemark, en Suède et en France (pp. 86 et suiv.) (I). 11 fait remarquer que l’orne-
(1) [Cette théorie de l’art aryen est reprise et un peu modifiée dans un ouvrage de M. O. Rayet qui est en préparation, la Céramique grecque, pp. 31-36; pour la Grèce, l’auteur écarte les Pélasges et préférerait « attribuer la paternité de cette carieuse céramique aux Hellènes, et particulièrement aux Ioniens, dont la capitale .Athènes paraît avoir été la fabrique la plus impoitante » (p. 3a). J
CONCLUSION
inentatiou llorale aurait au moins autant do titres à être considérée comme la plus ancienne dans les pays grecs et, dans ce cas, il faudrait donc supposer que les Pélasges et Aryens ont réussi à imjioser leur style géométrique aux populations des lies, déjà maîtresses d’une ornementation céramique particulière? On comprend l'art grec primitif transformé ou profondément modifié par ses relations avec l’Orient, car il est de règle que le jieuple le plus avancé intlue sur celui qui l’est le moins. Mais que savonsnous des Aryens et des Pélasges? Sur quelles preuves s’appuyer jiour leur jirèter cette influence décisive? Si l’on admet, au contraire, qu’une jiart assez grande déjà revient à la Phénicie dans la première introduction du style géométrique en Grèce, toute celte céramique garde son unité historique et rentre dans les conditions d’un développement normal.
En effet, après iMycènes et Spata, nous assistons maintenant à une nouvelle phase du style géométrique qui atteint son plus haut degré de perfection avec le type des Iles (chap. vn) et avec les vases du Dijiylon d’Athènes (chap. vin). Il faut même remarquer (jue celte nouvelle phase a le caractère d’une sorte de rénovation et de renaissance dans le système linéaire, qu’on sentait déjà monotone et pour ainsi dire vieilli dans les produits de Mycènes (}). 67). D’oii vient celle renaissance? Est-elle due à un développement naturel et heureux de l’esprit artistique, cherchant à varier rnniformité du style géométrique par rintrnduclioii des figures d’animaux (p. 85) et même des figures luimaines (p. 96)? Faut-il y voir un progrès du à l’imitation des modèles orientaux? E’.intenr aime mieux reconnaître que nous ne savons encore rien sur ces questions de détail (pj). 158-159) et (jn’il faut en laisser la solution aux découvertes de l’avenir.
Ce qu’il importe de constater, c’est (jne cette seconde période du style géométrique nous démontre : 1° la continuité de révolution accomplie, puisipio ce style conserve des rapports indéniables avec les produits de l’àge antérieur (j). 85); 2“ un progrès consi- (léral)le dans le goût artisti(pie, car les formes des vases sont jdus élégantes, la décoration pins habile, la symétrie moins monotone, la profusion évitée, les sujets variés (p}». 84-85); 3“ un acheminement de pins en plus sensible vers les formes orientales qui fournissent à ce style des éléments nouveaux, comme l’emploi des zones, les métopes, la pyramide, le triangle et le losange, la grecque ou méandre, etc. (pp. 89-90); la faiblesse des pieds et des anses contribue aussi à prouver nue imitation de modèles en métal qui ne peuvent venir que de l’Orient (pp. 91, 95j. Pourtant, l’originalité native du génie grec persiste à travers celte période d’influence orientale très mar- (|uée; dans la fabrique jtrimilive d’Athènes ([tji. 96-104), on voit déjîi se former le système que la cérami(^nc grecque conservera en le perfectionnant an vC et an v“ siècle : imitation des motifs étrangers pour les détails d’ornementation, mais conception personnelle et indépendante de la figure humaine comme sujet central (1).
Pour la question des dates, la chronologie de ces vases resti' encore assez obscure.
(Ij [M. Helbig, qui est d’accord avec M. Dumont sur l’origine orientale du style géométrique, va lieaucoup plus loin que lui sur ce point et reconnaît une influence asiati({ue même dans l’exécution des ligures humaines sur les vases du Dipylon, l>as homerische Epos, pp. 26-27. — E. l’.l
CONCLUSION
On s accorde cepondaiit à recounaîlre que le style géométrique des vases du Dipvloii était llorissant à Athènes au viU siècle (jip. 104, 159); mais les débuts peuvent en remonter à une époque plus ancienne. Ce type géométrique dos lies l’a certainement pr écédé, et d’autre part, nous devons supposer entre celui-ci et les objets de Mycènes un intervalle de temps assez long, qui ex})lique le renouvellement des formes et les [irogrès accomplis (pp. 158-159, note 1). Si Mycènes et Spata nous reportent aux xu® et XI® siècles (p. 75), nous serions donc voisins du x® et du ix® siècle (1) pour le début de cette seconde phase du style géométri([ue, pendant laquelle les (Irecs des Iles et du continent commencent à produire des ceuvres où l’influence orientale est de pins en plus sensible, mais où l’imitation libre et les procédés de l’àge classique s’annoncent déjà par des caractères incontestables (p. 142). Les monuments conservés par nous dans les Musées ne sont sans doute pas d’une épO([ue aussi reculée; le vin® et le vu® siècle sont les dates les plus lointaines où l’on puisse remonter avec une suffisante rigueur scientifique (p. 142); mais ils marquent le développement d’une phase dont le début doit sans doute être placé jilus haut, ce qui permet d’établir une suite chronologique et ininterrompue entre les produits des plus anciennes céramiques et les fabriques de l’àge historique.
A côté du style géométrique et à la même éjtoque, c’est-à-dire au x® et au i\® siècle (p. 131), s’est développée l’ornementation orientale (jui, outre des motifs particuliers, comme la tleur de lotus, la palmette, la tresse, etc., a fourni à la céramiipic grecque les types très importants des animaux, réels ou fantastiques, et les premières figures de divinités qui ont un caractère purement asiatique (p. 163-166, 174-178). Si l’on admet avec l’auteur la parenté aux origines de ces deux styles, on comprendra qu’ils se soient mêlés l'im à l’autre sans ell'ort. Peu importe que l’un ou l’autre soit prédominant; c est une affaire de goût et de fabrique locale. Pendant que le style géométrique reste prépondérant dans la céramique de Miloetde Santorin (cb. vu), de l’Attique (cb. vin') et de ce qu’on peut appeler la seconde période de Mycènes (p. 104), les motifs orientaux, au contraire, se développent avec plus d'abondance sur les poteries peintes et émaillées de llhodes (cb. x et xiii), sur les reliefs d’Ltrurie (cb. xii), surtout sur les vases corinthiens de la première périodi' (cb. xi) ; enfin, Chypre (cb. xiv) est peut-être la fabrique qui montre la combinaison lapins' impartiale du style géométrique et du style oriental. Ilemarquons que cette circonstance est tout à fait en faveur de la théorie présentée par l’auteur sur l’origine asiatique des deux styles, puisqu’on saccorde à reconnaître que les Chypriotes ont plus que tout autre peupb; suivi docilement les inspirations venues de l’Orient, dans tous les produits de leur art national.
Dans les fabriques où le style oriental est prédominant, nous trouvons plus rarement les essais originaux de la figure humaine qui ont été signalés sur les vases géométriques d’Athènes, de Pbalère, de Mycènes (chap. vin), et la raison en est facile à comprendre. L’imagerie oi’ientale, transportée dans tous les pays grecs par les Phéniciens sous
(I) [Nous laissons à ces dates et aux suivantes le caractère liypothétique sur lequel 1 auteur a insisté déjà (p. 73), en faisant observer qu’elles sont simplement destinées à donner plus de clarté à l’exposition et à rendre la suite du raisonnement plus facile. — E. P.]
CONCLUSION
forme (l’armiircs, de cuiras.scs, d'ivoires, de tentures, de vases de métal et peut-être de terres cuites (p. 131), fournissait de nombreux modèles aux artistes qui hésitaient à se mesurer avec les dilTicultés de la laqirésentation humaine ou animale (1); de là ces types de divinités et d’animaux qui sont purement asiatiques, l’Artémis pei'sique, les génies anguipèdcs et ailés, la, sirène, le grilfon, la chimère, et les grands fauves inconnus à la Grèce, le lion et le tigre; même les animaux que les Grecs pouvaient avoir sous les yeux ont un caractère d’imitation bien marqué; ils sont tels qu’on les voit sur les coupes phéniciennes de métal (p. 112-126). Pourtant les artistes de la Grèce continentale n’abandonnent pas tout à fait l’idée de copier par eux-mêmes la nature, et l’on trouve à Corinthe, sur les vases de style oriental, comme en Attique sur les vases de style géométrique, la marque d’un elfort persistant et louable pour aborder la représentation humaine (p. 178). C’est cet elfort qui aboutira enfin vers le viC siècle à une rénovation de l’art céramique et qui reléguera de plus en plus au second plan l’imitation des motifs f)rientaux, jusqu’à ce qu’ils disparaissent complètement dans la suite. Dès le viiU siècle probablement, dans les œuvres plus importantes de l’art industriel, le style oriental avait commencé en Grèce à perdre de sa prépondérance; nous en avons pour prc'uve le coll're do Cypsélus (cbap. xv, ii) où l’on voit une nouvelle imagerie grecque constituée, qui n'est déjà plus tout entière empruntée à l’Grient (p. 131); c’est celle ({ue les peintres de vases vont un peu plus tard adopter et répandre à profusion.
En somme, des deux côtés nous aboutissons au même résultat. C’est entre le x“ et le viiU siècle apparemment que se développe et tlcurit le style oriental, en même temps que le style géométrique de la seconde période. Tous deux se mêlent plus ou moins suivant les fabriques; tous deux persistent dans la céramique, longtemps après que le déclin de ce système a commencé dans l’art grec; ils se conservent alors par la fore de la tradition, peut-être même jusqu’au iv'^' et au lu® siècle dans certains pays comme Chypre (p. 207y. Tous deux sont l'épandus jiarle commerce jusqu’aux confins du monde ancien, et l’on ne doit pas s’étonner d’en retrouver des exemplaires un peu partout. Malgré cette diversité de provenances, malgré les nuances nombreuses de style et de décor introduites {(ar le goût particulier de chaque région dans le système d’ornementation des vases, il semble difficile de méconnaître le caractère d’unité des céramiques de cette période, leur communauté d’origine, et l’intluence considérable que l’Orient a exercée sur elles. — E. P.]
(1) [Sur les difficultés du dessin à ses débuts, voir les judicieuses réllcxions de M. Perrot, dans un récent article dn Journal des Savants, mars 1885, pp. 158-159, à propos du livre de .M. Milclihœfer, Die Anfamje der Kunst in Griechenland, qui conteste beaucoup l’importance de rintluence phénicienne sur l’art grec et qui donne de préférence une place prépondérante aux traditions et aux procédés fournis par la civilisation phrygienne. M. Perrot a discuté cette idée dans un nouvel article, id., mai 1885, p. 276-282. — E. P.]