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CHAPITRE XV

ASSOCIATION DE LA FIGURE HUMAINE AVEC LE STYLE ORIENTAL ET LE STYLE GÉOMÉTRIOUE.

TYPE DE MILO (1)

Nous avons vu jusqu’ici des vases de style oriental décorés d’animaux ou de motifs végétaux ; la figure humaine, sauf de rai es exceptions et de timides essais, ne s’y est montrée qu’avec des caractères asiatiques incontestables, en particulier dans les types de divinités. Nous arrivons maintenant à la représentation des personnages empruntés à la vie réelle; ee sont eneore des dieux et ils conservent beaucoup de détails orientaux; cependant on y reconnaît une part d’inspiration personnelle. L’artiste a regardé, non les produits d’une industrie étrangère, mais la vie même telle qu’elle se développe sous ses yeux; il représente des divinités, mais il veut leur donner les formes humaines; l’étude directe

(I) Alexandre Conze, Melische Thongefæsse, Leipzig, 1862: De Witte, Note sur des vases trouvés à MUo, dans la Revue nrchéologique, nouvelle série, 1862, t. YI, p. iOl; Bullettlno, 1861, p. 9, remarques de MM. Conze et Brunn ; 1867, p. 103, communication de M. Ilelbig.

TYPE DE Ml 1.0.

lie la réalité et do la nature remplace la convention. C’est cet élément personnel et original qui inaugurera véritablement les débuts de l’art gree; jusqu’iei l’imitation a été la règle; nous allons la voir diminuer de plus en plus jusqu’au moment où elle disparaîtra entièrement.

Comme il arrive toujours dans les arts, aucun changement brusque ne se jjrodnit; la première fois c]ue la figure grecque paraît, elle ressemble encore beaueonp à celle des vases que nous appelons corinthiens; elle est entourée de motifs de décoration empruntés au style géométrique et au style oriental. Un des premiers exemples qui aient été signalés de ce stvle nouveau se voit sur des fragments d’un grand \ ase de Théra (i).

Sur une anse, une femme à ailes recoquillées, les rlieveux noués derrière la tète et retombant en tresses sur les é})anles, vêtue (rime robe (jnadrillée que borde une rangée d’oves, ti(‘ntparla (jnene un lion marchant. Le dessin est en noir relevé de violet; les pieds, une jiarlie du costume sont violets; des taches de la même couleur accentuent la forme des ailes; la crinière du lion est également violette, ainsi que la langue. Dans le champ sont semées des rosaces, des points avec cercle central, des croix recourbées, quatre cercles noirs réunis par une croix; du haut de la bande supérieure pend cet ornement demi-elliptique que nous avons vu dès répo([ue la plus ancienne du type de Santorin (2). Toute la scène a nn caractère asiatique, marqué; mais la figure d’Artémis au nez pointu, <à l’œil ovale, est déjà plus librement traitée. Les bras sont nus et les muscles du coude sont indiqués par deux traits qui témoignent d’une bonne observation de la nature.

Un autre fragment du même vase appartient au rebord supérieur. Deux personnages sont dans un char; on ne voit plus que les bustes. Une femme tient de la main gauche le voile qui lui couvre la tête par un geste qui va se continuer durant toute la durée de l’art grec. Un aurige, probablement un homme, guide ce char; une stéphané serre la chevelure qui retombe abondante sur l’épaule; la poignée d’une épée est peinte ju’ès de la ceinture (3).

Aüus avons ici un premier exemple de ces divinités en char que les potiers vont représenter si souvent. Le cheval, qui a pres(}ue entièrement disparu, a les ailes reco- ([uillées, comme le Pégase de Corinthe; on reconnaît uiu' sorte de montant qui s’élève sur le timon à l’imitation des Assyriens; sur ce montant est un oiseau aquatique, motif cher aux céramiques antérieures. Du haut du ruban supérieur pendent six orne-

( 1) [Cette ju’ovenance n’est pas absolument sûre. M. Conze, p. vi, pense que ce vase pourrait bien être de Milo même. ■ — E. P.]

(2) Voir pl. Il, n°* 16, 18.

(3) Gerhard, Arch. Zeüumj, 1834, pl. LXt et LXIl; pour le second fragment, voir à la première page du texte de Conze, Melische T/iongefæsse. [Aujourd’hui au Musée de Berlin, Furtwangler, Vasensanmd. irn Antiqua7‘ium, n" 301.}

TYI'E DE MIID),

ments elliptiques qui se rapprochent beaucoup des pétales des plats rhodiens. Les yeux, le nez, le type généi-al des profds sont ceux mêmes de l’Artémis saisissant le lion. Le menton est déjà fort, la bouche souriante, comme dans les marbres éginétiques.

Les trois amphores de Alilo que M. Coiizc vit en 1860 à Athènes, deux dans le palais dn roi Othon, la troisième an iMinistère des cultes, sont de grandes proportions (i), et d’une (‘orme déjà élégante. Le pied est léger et bien dessiné, la panse (ine et élancée; le col n’a rien de lourd : les rapports du pied, de la panse et du col témoignent d’nn goût déjà avancé. Deux anses bilides, dont les grandes branches occupent toute la hauteur de la zone principale, sont d’un heureux etïet. Les figures, peintes en brun rehaussé de rouge sombre et de violet, ressortent sur un fond jaune pâle; des retouches à la pointe précisent quelques détails.

1“ Le vase le plus simple porte une zone principale sur lai[uolle deux chevaux libres sont all'roulés des deux côtés d’uue ileur, (jui u'est autre chose qu'au double rinceau eu 8 terminé par deux enroulements, ceux du haut extérieurs, ceux du bas intérieurs; en haut et en l)as les enroulements portent nne})almette centrale, (haute à la partie supérieure, renversée à la partie inférieure. Le même sujet est répété des deux côtés du vase. Dans le champ sont des l)andes d(* zigzags superposés, des ornements en S, dos rosaces, la croix terminée par (juatre boules, des losanges, et sur le sol une Heur que nous connaissons, composée de deux enrouleimmts symétriques, avec des feuilles ou pétales en éventail au centre. Sur le col, des enroulements réunis par groiqtes de quatre, avec des essais de pabnettes aux }(oints de jonction; sur la panse deux autres zones, rune couverte de cercles concentriques, l'autre de demi-cercles terminés par des enroulements intérieurs, avec palmettes entre oha(jue ornement. Sur le pied, 1“ ruban étroit chargé de petits cercles; 2" enroulements compliqués en S et fleur à deux enroulements; 3“ ligne de chevrons ;- 4" denticules (2).

2'’ Le second vase est de la même fabrique, mais d'une ornementation plus com- ])li(piée. Sur le col, deux larges métopes enferment quatre enroulements symétriques semblables à ceux du vase précédent; dans les vides, (|uadrillés; aux points de jonction et à l’extérieur de chaque enroulement, bouquet de (juatre à six pétales. Des deux côtés de cba({ue métope, bandes formées d'S réunies, de telle sort(! (jue la volute de l’une entre dans la composition de l’autre; aux [)oints de jonction des volutes, j)almette renversée (3). A la jointure du col et de la panse, guirlande de Heurs orientales, les unes renversées, les autres droites, réunies par des Hots (4).

(1) Hauteur: la plus ga-ando circontèrence est de l^.do.

(2) Eonze, Melische Thnngefæsse, Titelüuinelfe : pl. I, 2; V, I.

(3) 1(L, pl. 1, i.

(i) Id., pl. 1. 5.

TYPE DE MIEO.

ilti

Zone princijtale. Deux cavaliers, se faisant face des deux côtés d’un fleuron tout à fait semblable à celui qui décore le col de l’ampbore précédente, tiennent chacun en laisse un cheval. Sur le sol la fleur à deux enroulements; du ruban supérieur pendent des demi-rosaces, des triangles terminés par des volutes; dans le champ, rubans de zigzags superposés, losanges isolés ou réunis, losanges recoupés, croix gammée, rosaces, réunion symétrique de fleurs et de ptétales.

Deuxième zone. Deux bandes superposées d’ornements enroulés en S; entre eux, quadrillé semblable à celui que nous avons remarqué plus haut. Sur le pied, grecque, plante formée de deux enroulements, chevrons juxtaposés et dents de loup. (Voir le vase précédent.) (1)

ID Sur le troisième vase, ou l’on retrouve les mêmes ornements de détail (croix gammée, croix à quatre boules, plante à double volute, S avec enroulements, rosaces, ellipses suspendues à la bande supérieure), les figures humaines sont plus nombreuses, r Sur le col une métope principale. Deux hommes face à face, casqués, armés de la lance et de boucliers ronds, combattent. Les cnémides portent l’enroulement en S; la cuirasse recouvre une courte tuni(jue; l’épisème d’un seul bouclier est visible; c’est une Dorgone dont on distingue surtout les yeux très longs. Des deux côtés, métopes secondaires; deux femmes debout assistent au combat {îi). 2“ Zone principale sur la panse, tihar traîné par quatre chevaux aux ailes recoquillées; dans le char, Ajinllon debout tenant une lyre à sept cordes et deux femmes; devant le char et lui faisant face, Artémis, le carquois sur l’éjiaule, saisissant un cerf par sa ramure de la main droite. 3“ Au-dessus de cette scène, bande remplie par des oiseaux passant (cygnes?) (3). 4“ Sur le pied, tète de profil (4).

Ce qui cai’ticléi'isc louL d’abord ce dessin, c’est l’absence d’imitation dans la manière de traiter les formes humaines. Le type n’est ni égyplicn ni assyrien (5); l’artiste a pris pour modèles les gens qu’il avait sons les yeux. Si mal que soit dessinée la ligure d’Apollon, elle paraît être un portrait. Comme tous les dessins primitifs, ceux-ci sont de prolil; le nez est trop long et tout à fait pointu; il fait en général une ligne droite avec le front; les yeux sont de face et aussi très grands, la bouche est entr’oLivertc. Les proportions du corps indiquent des natures fines et maigres; Artémis mesure o'’',2(35, la tète o'",o3. Si les chevaux ont des

(1) Conze, MeUseke Tlionyefæsse, pl. I, I et pl. II.

(2) A/., pl. 111.

(3) Jd., pl. IV.

(i) Ici., pl. 1, 3.

(5) [M. Conze note de la ressemblance avec l’art assyrien dans les ornements, dans la symétrie de la composition, dans le caractère des ailes des chevaux, etc., p. vi-vii, pl. V, 2, 3, a, 8. — E. P.]

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ailes comme ceux des monuments de Ninivc, la raideue des jaml^es, les touffes lourdes de la crinière, la longueur du corps qui est démesurée, indiquent un peintre qui s’inspire de la nature et la rend comme il peut, à scs ris(jues et périls.

Il est difficile de reconnaître le détail des costumes sur des dessins aussi imparfaits, mais il est visible (pie nous avons déjà sous les yeux en grande partie rajustement C[ue la peinture sur vases va reproduire durant jilusieurs siècles. Les hommes, comme les /.7cr,x-ogocovTsç ’Ayaioi d’Homère, ont les cheveux liés et longs cpii retombent en fortes masses sur les épaules; on comprend que le soin de peigner ses cheveux était une occupation importante, et que les Grecs faisaient un sacrifice cpiand ils se résignaient à les couper comme Achille (i). Les femmes portent des tresses; elles sont c'jTrlo/.aij.o'., aussi bien (pic les nymphes, Clreé, Calypso, les Troycnnes et Artémis elle-même dans V Iliade et dans VOdi/ssée. On j)cut les aiipcler £ijcT£''f avet ; un bandeau, im effet, enserre le Iront et la tète et porte sur le devant un ornement élevé (pil fait diadème (2). La tuni(pic laisse les bras nus, ce (pil nous rappelle les Grec(j[ues et les Troyennes aux bras blancs, X£u/,(6X£voi (3), et les femmes aux beaux bras, eùcoXevoi (4)-

Les hommes armés portent une cuirasse qui ne diffère pas beaucoup de celte du soldat de àlarathon; les cnémides et la tunique courte, (pii |)asse sous la cuirasse et ([u’oii voit aussi au haut des bras, achèvent la ressemblance. Le cas([ue a un cimier élevé (o x.opu()o; ©aXoc) ; il entoure toute la tète (7:£pi/.£çpa>.7.iov) ; une forte lame de bronze protège le nez : ce ([ui est la disposition dés petits vases du vC siècle en forme de tète de soldat (5), et celle d’un grand nombre de casques grecs conservés dans les musées (6). Apollon porte le costume de la vie civile, une courte tunlipie à manches sur hupielle est une sorte de chlamydc.

(1) [Voir l'étiulc très détaillée des descriptions homcrifjues comparées avec les monuments archaï(jaes dans l’ouvrage de M. Helbig, Dns homeriscite Epos; i)onr la coifl'nre des hommes, p. 162 et sniv. — E. P.]

(2) [Pour la coiffure des femmes, cf. Ilelbig, l. c., p. 157 et suiv. — E. P.]

(3) Hélène, Aiidromaciue, Nansicaa, Arété, les àa(p';Ti:o).oi et les SawxC.

(i) Ce dernier mot n’est pas dans Homère, mais dans Pindare, Djilli., 9, 31.

(5) Voirp. 198.

(6) [Pour le costume des guerriers, cf. Helbig, l. c., p. 195 et sniv. — E. P. J

TYPE DK Ml LO.

Les j)etits cavaliers semblent de même vêtus d’une tunique très courte c[uc recouvre un vêtement plus court, qui serre le buste (i).

Le vêtement des l'emmes est triple : une grande tunique, un himation et un voile (x.àl'jaga) qui peut se disposer sur la tête et se mettre aussi sur les épaules ou à la ceinture. La dilférencc des dessins indic[ue ces trois parties (fui se prêtent à des combinaisons diverses, souvent très [)eu claires pour nous (2).

Gomme on le voit, ces vases associent ensemble l;i décoration géometricfue la plus dévclo[)|)ée, les ornements végétaux de rOrient et la figure humaine conçue avec une entiêia* liberté. Ils se raf)f)ro(dient du type oriental de Rhodes beaucoup plus que du style coriidhien (3). On remar-

(1) [Pour le costume civil, id., p. 115 et suiv. — E. P.]

("2) [Pour le costume des l'emmes, id., p. 123 et suiv. — E. P. J

(3) |M. douze rapproche surtout des vases de Milo, p. \i, pl. V, t*, im vase trouvé à Vulci (Inghirami, Pitture di vasi elrmchi, IV, pl. CCCll, ECCVlll). Comparez pour la môme époque, mais avec un style d'ornementation ))ien dillérent, le vase rai»porté i)ar Ross de Sanlorin et actuellement à Copenhague. Conze, p. vir, vignette dans le texte. Dans un article des .\nnuH, I87i, p. 171, M. Conze renvoie aussi pour les comparaisons à faire aux poteries publiées par Urlichs Vasen dltesten Stils, /'r<<yramvi der Waynerschen Würzburg, 187f.j, et

au vase de l’archipel grec {Mimumenti, IX. pl. Y). (]uc M. Dumont a déjù rapproché plus haut (p. 170) de la céramique de Rhodes. Ajoutons les deux fragments d’Egine et de Phalère, publiés par M. Benndorf, qui oli'rent beaucoup d'analogies avec le style de Milo, Gr.u. Sirll. Vasetdj. pl. LIV, 1.2; comparez aussi le vase d'Egine, publié par M. Furtwangler, Arc/i. Zei/.. 1882, pl. EX, X. Enfin M. Dumont avait noté, })our en montrer les rapports avec le style di* Milo et de llhodes, une grande amphore du Musée de Berlin, trouvée au pied de rilymette et contenant les ossements d'un enfant; elle a été acquise par rAntiquarium en 1880 et a fait l’objet d’une courte notice de M. Treu dans V.h'ch. Zeit., 1881, p. 255; elle vient d’être cataloguée sous le n“36 dans l’ouvrage de M. Furtwangler, Bcschreihiniy der Vasens. int Anli~ quarium, Berlin, 1885. Voici la description ({ue M. Collignon envoyait à M. Dumont, en 1881, du Musée de Berlin • « Haut. I“,i0 ; fond de la terre jaune pâle ; couleurs variant du rouge vif au bruu très foncé, suivant les degrés de cuisson. 1“ Décoration du cul. Sur une face, scène do combat entre deux guerriers chaussés de cnémides, portant des boucliers, coiffés de casques munis de larges paragnathides. Tous ces accessoires sont peints en retouches de couleur rose très claire. Entre les personnages, des coups de pinceau, des lignes sinueuses. Sur l’autre face, scène semblable; le guerrier de droite aune épée au côté; celui de gauche combat avec l’épée. 2" Décoration de la panse. Immédiatement au-dessous du col, une zone de personnages, partagée eu deux scènes par l’attache des anses; d'un côté, cavalier et à gauche aurige sur un char attelé de deux chevaux; de l'autre côté, scène semblable; le cavalier porte un casque. Au-dessous, ou voit une zone continue, formée par la répétition d’une palmette renversée d’un style particulier, qui ne se trouve pas fi Milo. Sur la pause même, zone principale composée de cinq groupes de guerriers combattant deux à deux ; ils sont

TYPE DE .Ml LO.

(juera surtout la clarté du fond et la manière de eombiiier les principes linéaires avee les fleurs, de telle sorte que la plus grande part reste à l’ornement géométrique; l’artiste modifie même dans ee sens les fleurs et les jialmettes, et dans l’imitation des êtres vivants, surtout pour les oiseauv, il garde eneore quelques traits de l’aneienne convention.

Un pinax du Biâtish Muséum, découvert à Camiros (i), rend tout à fait évidente la |)arenté de ce style et de eeliii ([ue nous avons appelé rhodien. En voiei la description :

Fond jaune clair ; dessins noirs, bistres, blancs, rouge clair et sombre. Deux hommes combattant, ^fénélas et ITector, entre eux Euphorbe gisant à terre, tous trois nommés par des inscriptions; cnémides et cuirasses blanches; tuniques rouges, casque de Ménélas rouge; sur le bouclier ddlector oiseau volant. Entre les deux combattants, ornement suspendu à la bordure sujiérieure ; ijuatre enroulements divisés jiar groujies de deux et portant un triangle divisé en losanges noirs et blancs; des deux côtés du losange deux grands yeux. La scène repose sur une tresse qui coupe la circonférence du plat à la partie inférieure; dans le segment secondaire ainsi formé, trois pétales mûrs alternant ‘axer, un })étale blanc.

Le champ est semé de ces mol ifs que dous avons vus en si grand nond)re. ^lais le potier y a joint la figure humaine. Les deux hommes armés comb;ittent dans l’attitude cjue nous avons remarquée sur le col du plus beau vase de Milo (j). ai6). Les ressemblances de détail sont frappantes. Sur les deux peintures, un casque est à cimier élevé, l’autre à cimier bas; de l’un des boucliers ronds, on voit la face

armés de lances, do boucliers et d’épées, comme plus haut. Dans le champ, entre les jambes écartées de chaque personnage, un oiseau traité clans le style géométrique; entre clnnpie guerrier quatre coups de pinceau groupés en losanges et nn ornement particnlier de forme géométrique. Entin, près du pied, zone d’animaux, six lions on tigres, dans le style de 3Iilo. >» Dans sa notice, M. Treu a noté surtout la rosscmhlance de ce vase avec la céramicpie d’Athènes à style géométrique (vases du Dipylon). Dans le mémo tombeau on a trouvé un petit vase (haut. 0“,09) également acquis par le Musée de Berlin (Furtwanglcr, l.c., lE 57) (jui, d’après M. Collignon, « offre à pou près les caractères du style géométrique; sur le col, cinq oiseaux à longues jambes, comme on en voit sur les vases d’Athènes d'ancien style; sur la panse une palmctto d’un style particulier ». Comparez une œnochoé d’Athènes avec inscription archaïque; style des vases du Dipylon, oiseau et chevreuil, zigzags dans le champ, Furtwangler, M/ttheihmf/. d. deut. Inst, in Alhen, 1881, pl. III. — F. IL]

(1) Salzmann, pl. LUI.

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extérieure, di' l’autre, la faee intérieure. Cuirasses, tuniques et cnémides sont les memes. Le plat de Rhodes est d’nn dessin |)lns habile. Il porte des inscriptions MEA^ELAM, EKTOF’, EV4)OPBOM. Cette |)einturc prouve que le style de Rhodes s’est continué très longtenq^s; elle engage aussi à croire que le style de ÎMilo, qui en est une transl'ormation, n’est pas toujours nécessairement pins ancien que les vases (pie nous verrons dans les (diapitres suivants. La lyre à scjit cordes que porte Apollon sur le vase de Milo indique une épo([ue postérieure à l’olympiade xxm“ (6ÿ6 av. ,L-C.), puisque c’est à cette date (pie. selon les traditions grecques, Terpandre avait ajouté plusieurs cordes à la lyre. J'admettrais avec AI. Gonze (i) et AL de AAdtte (2) ([ue les vases de Alilo peuvent être du viP siècle, surtout à cause de la l'acture et de l’absence d’insci-iptions ; mais la haute antirpiité de ces exemplaires u’empéche pas de croire qu’on en trouvera de beaucoup plus récents (3).

(1) Bulleltino, 1861, p. 9.

(2) Hev. archéolog., 1862, t. YI, p. 403.

(3) [Dans les noies de l’autenr nous trouvons encore un curieux monument qui lui avait été signalé en 1881 par M. Collignon, au illusée de Berlin, comme un libre essai des formes humaines associées avec les motifs du style oriental. C'est un coffret do terre-cuite, déformé quadraugulaire, monté sur quatre petits pieds, qui a été trouvée on Béotie, à Thèbes, et dont chaque côté poric une peinture de couleur brun rouge sur uii fond jaune pâle : t° Artémis porsique tenant de chaque main un oiseau: cheval attaché par une laisse; 2° femme conduisant un cheval en laisse; 3" homme nu, tenant un court bâton à la main et regardant un lièvre ; autre chien poursuivant un lièvre. Ee dessin est rude et maladroit, surtout dans la ligure de l’homme; dans le champ des rosaces et des croix gammées; dans le haut, bordure d’enroulements; retouches pou nombreuses à la pointe. 11 est catalogué sous le n“ 306 dans l’ouvrage de M. Furlwangler, Vasensmnvd. hn Anliquariiüv. . Des vases de Milo et de Rhodes on doit aussi rapprocher les peintures des sarcophages en terre cuite de Clazomène (S. Ileinach, Rev. arcliéoL, 1883, 1, p. 248 et suiv. ; Dennis, Journal of hellen. Studies, IV, p. 1 et suiv. ; C. Ilumann ei O. Duchstein dans les Annali, 1883, p. 168-183; Moniunenti, XI, pl. LUI, LIV); elles olfrent surtout beaucoup de rapports avec la céramique de Rhodes où l’on a d’ailleurs trouvé un sarcophage analogue, aujourd’hui à Londres (Newton, Guide la the hrit. Mus. 7® éd. 1879, p. 8; cf. Annali, 1883, p. 168, 181). La céramique primitive d’Asie Mineure est encore représentée par d’intéressants spécimens de Phocée et de Myrina, Journal of liell. Studies, 1881, p. 304, et Bull, de Corr. hellénique, 1884, p. .609-514, pl. VU. M. Rayet les rapproche des vases de Milo, de Théra, de Camiros et d’une mnoclioé du Musée de Saint- Pétersbourg, trouvée à Phanagoria, colonie de Téos sur la côte du Bosphore Cimmérien. Cette série encore pou nombreuse montre le même art original se développant sur la côte asiatique, en môme temps que dans les îles de la mer Egée. — E. P.]

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