‹ Les céramiques de la Grèce propreChapitre 64 sur 94 · COFFRE DF GYPSE LUS · texte numérisé non relu

COFFRE DF GYPSE LUS

La scn ipi Lire en Grèce ne eomiiienee guère avant le vi® siècle. Les premières statues d’athlètes qui soient mentionnées, en bois de cyprès ou de figuier, celle de Milon dont les pieds n’étaient pas séparés, les métopes de Sélinontc, ne sont pas antérieures à la i/ olympiade (oSo-o-y). Il en est de même des monnaies; il en est bien peu (ju’on puisse croire plus anciennes que cette date. Dès le i\® siècle cependant, les traditions des Grecs avaient trouvé une tonne précise dans la jjoésie homéi'ique; la plupart des sujets que l’art de la grande épocpie devait traiter étaient arretés ou allaient l’ètre jiar les autres jioètes cycliques. I.a (in de la poésie cyclique coïncide avec les débuts de la jilastique et de la peinture. Durant cette très longue période qui est celle de la grande |)oésic épique, l’art grec ii’a à sa disposition ijue des moyens secondaires ; il s’essaye cependant, lui aussi, à reproduire les sujets cpic ehanlcnt les poètes. Il sculpte le bois; il l’incruste d’ivoire et d’or : nous le savons par des témoignages positifs; nous pouvons aussi démontrer qu’il peint les vases. Ainsi, il y a toute une époque, qui dure plus de deux cents années, où la principale forme de l’art, la plus |)opulaire et la plus répandue, estime sorte d’imagerie sur bois et sur terre cuite, qui illustre la religion et l’iiistoirc. Cette imagerie est née directement de la poésie épique qui seule rexplicpic; elle a ensuite beaucoup donné aux sculpteurs et aux peintres ; elle sert de transition entre le temps où les Grecs ne connaissaient que l’industrie orientale et celui où le grand art s’est produil.

Nous venons de voir sur les vases de Milo le premier essai de la figure humaine traitée à la manière greeque. Une de ces œuvres de bols sculpté, le coffre de Cypsélus, que Pausanias vit vci's l’année lyd après notre ère à Olyinpie, va nous montrer ce qu’étaient ces compositions (i). Kieii ne ressemble plus complètement aux vases que nous étudions en ce moment. On l’a souvent remarqué, mais peut-être n’y a-t-on pas assez

(1) [Paus., V, 17-20. Cf. Hérodote, V, 92, 4; Dio Clirysost. ()rat., XI, 45. J

COFFRE DE CYPSCLUS.

insisté. Nous ne savons [jas exactement la date de la fabrication de ce coffre; il avait été placé dans l’Héraion d’Olyinpie parles Cypsélides; il est donc certainement antérieur à l’année 582, époque où finit cette dynastie dans la personne de Psammétichos (i). La tradition disait que Cypsélus, tyran de Corinthe (657-625), avait été caché à sa naissance dans ce coffre, ce qui nous reporte pour l’époque de l’offrande, après la mort du fondateur de la dynastie, aux environs de l’année 620. Pausanias ajoute que le grand-père de l’enfant avait fait cette accpiisition (2); nous ])ourrions donc remonter jusqu’au jiremicr tiers du Ml" siècle. Pausanias déclare rpi’il n’a pu découvrir l’auteur de cet (juvrage merveilleux ; mais il observe d’aboi'd que les inscriptions y sont écrites [io’j<jTpoor,(Ljv, ce qui est une marque de haute anticpiité; ensuite, d’après la rédaction des £7rtYpa.j.[j.aTa qui accompagnent les personnages, il croit reconnaître le genre habituel d’Eumélos de Corinthe, et il s’autorise en particulier du chant (jue ce poète avait fait jiour Délos. Il ajoute du reste, avec beaucoup de l’éserve, cpie ces inscrijitions peuvent être de tout autre. Eusèbe fait vivre Eumélos durant la ix" olympiade (744) (3). On est, je crois, dans le vrai en supposant que l’habitude de l'aire de pareils coffres était déjà en usage dans la seconde moitié du viii" siècle et au vu" siècle. Elle se continua plus longtemps, comme nous le verrons.

Le cotlre de Cypsélus était de cèdre, lapvac; xa^pou, xiêcoTo;, décoré de figures de bois taillées et relevées d’or et d’ivoire. Ce ne devait jjas être une très grande boîte, puisque, selon la tradition, il avait servi à cacher un enfant cpii venait de naître (4). Bien qu’il fût de petites proj^iortions, l’artiste y avait accumulé les scènes et les peicsonnages. On n’y voyait pas moins de trente-cincj .sujets différents; beaucoup de seènes comjj-

(1) Clinton, Fasti lleUenici, 1831, tome 1, p. 230; Bouché-Leclercq, Atlas pour servir à l'histoire grecque de Curtius, p. 43.

(5) 'O TO’J Ivu'^O.ou -pijyovoç K&pîvO'.O!; te wv xal Tr,v Aâpva/.a aÙT(~) -toi.o’j]xevo(; XTr,[j.a. Paus., V, 18.

(3j Clinton, Fasti llellenici, tome I, p. Itil. [Overbcck place la date du coffre vers la X' olympiade ("40), Schriftquellen, n° 256. Rrunn dit qu’il est peut-être plus ancien, mais en tout cas qu'il ne peut être postérieur aux olympiades 30-40, Die Kunst bel Homer, p. 21 ; Murray a adopté comme chilfre rond l’an 700, History of gr. Sculpt., 1880, 1, p. 62. — E. P.]

(4) [Le mythe de Persée, enfermé comme Cypsélus dans un colfre de bois, a fait l’objet de peintures de vases où l’on peut voir la forme et la taille de ces coffres grecs; Welcker, Ah. Denkrn. V, pl. XVll ; (Jverbeck, Fuustiiiythol. Atlas, pl. VI, 4, o. — E. P.]

COFFRE DE CYPSELUS.

taient cinq ei six personnages, cl [)lLisienrs d’entre elles nn nombre pins grand encore. Je me bornerai ici à quelques remarques générales qui intéressent l’histoire de la céramique. Ce coffre, qui a élé souvent étudié (i), mérite de l’ètrc encore à nouveau et en détail; ce serait un vrai service que de donner la description de Pausanias en l’accompagnant d’un commentaire perpétuel qui fit ressortir tous les renseignements arcbéologifjues que nous fournit le texte, et en les rapprochant des plus récentes découvertes.

Le coffre avait fjuatre faces et un couvercle. Pausanias décrit chaque face (//jp'y.), en commençant par le bas (^pEay-=vw iva'jxo-cîcrOa-. xarwOev). Bien qu’il ne parle pas tle zones, il est difficile qu’il n’y en ait pas en; on ne peut guère supposer tous les sujets sur une même ligne. Il est aussi probable que ces bandes étaient horizontales comme celles des vases grecs, et non verticales, usage (pie nous voyons seulement dans la céraniicpie chypriote. Nous [louvons donc nous figurer cette décoration assez semblable, pour la disposition générale, à celle des anciennes poteries. L’or, l’ivoire, la couleur naturelle du bois et ([uelcpies teintes simples, par exemple le noir (jue note le périégète, suffisaient à varier ces petites figures. Des teintes jieu nombreuses, juxtaposées sans nuance, sont nne nécessité dans une ciselure primitiNC. C’est là encore une ressemblance avec la cérami(|ue, où le noir, le violet et le lilanc suffisent à l’artiste. Sur cette lapva;, comme sur cerlains vases, non seulement les sujets étaient très nombreux, mais la fantaisie de l’artiste avait multiplié les personnages jjour chaque scène. On reconnaît une vive imagination ([ui ne se lasse pas facilement et (pu veuh rivaliser avec les créations des poètes. Les sujets sont ceux mêmes cpic la céramicpic a traités le j)lus souvent (2) : les exploits d’IIercule; (Jinomaos poursuiNanl Bélops;

(1) iGt'. Overbeck, Aùlianrllung. (1er k. Sdclis. des. (ter Rà’ss. P/iilol(j(j. Ilistur. Cl. t. I\ , p. oiU et suiv.; Gescluclite der Ptaslik, H® édit., I, p. Dfi-ot»; Schubart, Fleckeisens Jahrhiieh. f. Philoloij., 1865, p. 639; Bninn, Die Kunst. bel Hoiner, 1868, p. 21-22; Jliirray, Hisl. of (jr. Seuil)!., 1880, 1,p. 61-61; .YACm, Z ur Kiji)^cle der Kypsclidenin Olumpin, Ans der Sitzum/ber. Akad. de)\ tKùs. Wien, 1883; Fandazidis, ’.\.0r,vx!.ov, t. l.\, fasc. 2, 3 pl.; des remarques intéressantes dans Vllermès, IV, p. 381 et suiv.; Arch. Zeliuiuj, 187(i, p. 113, note 17; Loschcke, Dorpat Programui, 1880, 1». 8. — E. P.]

(2) [O. Jahn a le premier insisté sur la ressemblance des sujets du coflre avec les vases peints, Vasensaiiiml . zu )Iunehcn, Introduct., p. clxvii. — E. P.]

COFFRE DE CYPSELUS.

Amphiaraos et Ériphylc; des jeux en l’honneur de Pcdias sons la présidence d’IIcreule , course de chars, pugilat, saut, disque, avec les trépieds destinés aux vainqueurs et une nombreuse assistance; Phineus de Thrace, délivré des Harpyes pai’ les fils de Borée; des dieux poursuivant des mortelles ; Médée,Jason et Aphrodite; Apollon cl les Muses; Thétis saisie par Pélée; Persée poursuivi par les sœurs de Méduse; 15orée et Orythle ; Thésée et Y\rianc; des combats singnliers, Achille et Memnon avec leurs mères auprès d’eux, Ajax et Hector, Goon et Agamemnon, Étéocle et Polynice; les Tyndarides ramenant Hélène et Æthra; Paris conduit par Hermès pour décider entre les trois déesses; Ajax arrachant Cassandre de l’autel; Dionysos au repos.

On sait qu’il est peu de sujets plus fréquents dans la céramique que les combats singuliers, les courses de char, le jugement de Paris, les travaux d’Hercule, etc. De toutes les com|)araisons qu’il est naturel de faire entre le coffre de Cypsélus et les vases, j’en choisirai une qui montrera, pour une scène compliquée, que les potiers et l’artiste qui a sculpté ce eoflre s’inspiraient des mêmes idées et des mêmes modèles. l’ausanias décrit ainsi le départ d’Am[)hiaraos :

On voit la maison d’Amphiaraos ; une vieille femme sans nom porte Amphiloclios enfant; Eriphyle est debout devant la maison et tient le collier; auprès d’elle sont Eiirydice et Pemonassa, ses deux filles, et Alcméon enfant, tout nu. Asios dit dans ses poésies qu’Alcmène était aussi fille d’Eriphyle et d’Amphiaraos. Eaton, l’écuyer, tient d’une main les rênes et de l’autre une lance. Amphiaraos a déjà un pied sur son char, l’épée nue à la main; il est tourné vers Eriphyle et tellement irrité [qu’il paraît avoir peine à s'emjièchcrJ de la frapper. Non loin de la maison d’Amphiaraos on voit les jeux qui furent célébrés à la mort de Pélias (t).

Voici maintenant la ancienne (2).

description d’un vase corinthien d’époque très

Un édifice d’ordre dorique; en avant est un enfant nu sans nom, et derrière lui quatre femmes, ^YPYAlhA, A^YSPHA, AAMO(F|AYAMA [yX G'jyaTspa; EêpudAr, /.al ArqacovaGcraj. Le vase représente de plus A’lviT7-a. Demonassa remplace la vieille femme

(1) Pausanias, V, 17.

(2) Trouvé à Géré, aujourd’hui à Berlin, Annali, 187 i, pp. 82-1 10; Monumcnli, X, pl. IV-V ; [Furtwangler, V nscnsammluinj int Anllquariwn, n" 10oo|.

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