TYPE D’ATHÈNES. — L’INFLUENCE CORINTHIENNE
.l'ai (lù rédiger ontièrenii'ul ce chapitre pour lequel .\L Dumont n’avait laissé qu’un petit nombre de notes. J'ai étudié en particulier dans la troisième partie les vases du .Musée du Louvre dont la série est fort intéressante et dont la plupart sont inédits. — E. IL]
[I. La l'altfiqiie aUlcjue, dans celle péciotle (|n’oii jjeiil rajtpoflec à la lin du \U’ siècle ponc l’ensemble des vases (jne nous éUiflions (^i), n’a pas encore le rôle prépondéranl que lui donneronl les grands peinlres qid onl signé les vases du v'’ siècle, bd le rivalise avec les l'abriqnes voisines de Corinlhe el de (ibalcis, mais elle ne les sui'passe pas encore en originalilé; souvenl meme elle leur emprnnle leurs procédés cl leur lechnique. Ponrlanl, ses |)rodnils ne se dislingiienl pas setdemenl par la nature des inscrijtlions rjn’on v lit en dialecte alliqin* : certaines formes, certains détails fl’exécntion, enlin le elioix des sujets, oti se révèle souvent le patriotisme national, permettent de saisir les efforts laljorieux des eéramistes d’Athènes pour dégager leur personnalité pro|)re de la masse des poteries grecques qui (’ommençaient à aitluer sur tous les marchés du monde ancien.
Les plus anciennes |)eintures de cette fabrique sont celles (jui montrent le plus d’originalité ; elles sont, en généi'al, de la seconde moitié du nU siècle. Elles maintiennent la tradition brillante, inaugurée par les beaux vases du Dipylon et par les poteries de Phalère (a). La forme de
( 1) [Parmi tous ceux ([ue nous citerons, il en est, sans doute, qu'on peut attribuer au commencement du V' siècle; mais ils ne font (|uc continuer une tradition établie antérieurement.]
("J) [V. le chapitre VHI. H est important d’ajouter qu’on a trouvé des vases du style du Dipylon dans les îli's de la mer Egée, tà Jlilo, à Tbéra, à Chypre, en .\sie Mineure et même
TY1‘E D’ATHÈNES
I amphore e.st perleclioiuiée et devient un des types les plus parl'aits de la céramique grecque (i ). Le lustre noir s’étend sur la plus grande partie du vase. C’est probablement aux Attiques qu’on doit l’invention du cadre réser\ é sur les deux cotés du vase,conime dans les amphores dites à tahleauæ (2), on les figures noires se détachent vivement sur le fond clair de l’argile, tandis que le reste du vase est j)eint en noir. Cette disposition se voit sur les plus anciens spécimens de la fabrique attique, comme l’amphore panathénaïque de Burgon, l’amphore trouvée dans la tombe d’Aristion, l’amphore de Taleidès, qui sont toutes des produits du M® siècle. A mesure que la technique se perfectionne, on voit le lustre noir des vases gagner en éclat et en beauté; il acquerra lentement cette apparence de vernis resplendissant qu’on admire sur les beaux vases à figures rouges du \“ et du iv*’ siècle, i^’argile elle-même pi-end une teinte plus rouge et s’éloigne peu à peu du ton jaunâtre (ju’oflrent les Nases corinthiens. La terre du cap Kolias, plus mêlée d’ovyde de 1er, se prêtait à cette modification; mais on croit que les potiers eurent l’idée d’ajouter encore à ses (pialités naturelles en y mêlant du minium (yÀAroç) (3). Enfin, tout en employant comme les fabriques voisines les i‘etouches blanches et rougeâtres pour varier la monotonie des figures noires, les Attiipies ont usé dès le vi" sièele d’uii procédé ipii paraît leur être particulier ; ils ont [dacé les retouches pai“-dessus la couleur noire, et non point directement sur l’argile, comme dans la plupart des vases corinthiens (4). Us trouvaient sans doute plus de commodité à peindre toute la silhouette du jjersonnage en noir et à appliquer les différenti's. retouches par-tlessus.
dans r.\fi'iqiie septentrionale. M. Helbig(/>«s hoinerisc/i'' Epos, p. 00) en conclut que ce.s vases ont pu être fabriqués dans les îles ou en Asie Mineure, plutôt qu’en Attique.]
q) [Il faut remaiajuer que la fabri(|ue cbalcidienne dont nous avons parlé plus haut (chapitre xviii) a peut-être devancé les .\tti(pies dans la fabrication particulière des amphores. La question de priorité sur ce point n’est pas encore définitivement tranchée.]
(2j jCf. Loeschcke, Annall de! T Inst., 1878, p. 309. On trouve aussi cetle disposition sur des vases corinthiens (v. p. !258 et note i) ; cf. Furtwaengler, Vasmsnnnnl. im .Xntlyuai'tion , n“" 1632-1 034; mais, d'après M. Loeschcke, c’est un retour de l’iidluence attique sur la technique corinthienne, quand on eut constaté les heureu.v effets de cet arrangement sur les produits d’Athènes.]
(3) (Cf. H. Blümmer, Tecltnnlofile nnd l'enninolof/ie der GeirerOe und Kiinste, 11, p. 36.]
(4) [Cf. Furtwaengler, Ai-ch. Zeitionj, 1882, p. 203.]
TYPE D ATHÈNES
P()ui‘ juf>ei‘ le (lévelo[jj>emeiit du style atlic{iie dans la seconde moitié du nT' siècle, nous nous adi*esserons d’abord aux vases (jui ont été Irou- \és à Athènes même ou dans le voisinaj^e. Avec on sans inscriptions, e(‘s poteries sont de jjrécienx documents pour la connaissance des dilTél'cnts essais tentés par les artistes athéniens pour créer une céramique nationale. Ces vases de la Grèce propre sont encore beanconp moins nombreux que ceux qu’a fournis l’Italie; ils S(‘ réduisent parfois à de simples fragments.
()n a signalé plus haut (i), en le com|)arant aux vases de llhodes, le h'bès tie Burgon cpii l'cpréscnte deux lions affrontés de chaque coté d’une fleur à volutes et à pétales : c’est un des |>lns anciens j)roduits atti(]ues et il appartient à une é])oque jdns reculée (pie les vases dont nous étudions ici le dévelop|)cment, comme le montrent la forme très primitive et lourde du ^ase, les oi-nemeuts géométriques dont le sujet principal et le revers sont décorés, l’absence complète d’incisions, la couleur terne et mate du noir. A ce titre, il méritait d’ètre ran^é dans les catégories plus anciennes, où n’a[q3araît pas encore la ligure humaine. Alais il est utile de le rappeler ici, pour montrer le lien qui l’iinlt aux produits plus récents. En tète de eeux-ci, il tant placer un autre vase rapporté d’Athènes par Burgon et également placé au xMusée Jîritannique [2.].
r Celle amphore paiiatliénaïqiie d’un coté représente Atliéné casijuée, hrandissani la lance et tenant nn lionclier avec dauphin en épisème; inscription de droite à gauche TON AOUor/ ; EMi - de l'antre côté, un char à deux chevaux
conduit par un aurige tenant le fouet à deux lanières; les rayons des roues du char se l•omposent de deux jiièces placées à angle droit, rune plus haut ipie Cautre. Sur le col, d’un côté, une sirène; de rautre, une chouelle. Les deux sujets sont placés dans un cadre réservé sur l’argile de chaque côté; le reste du vase est noir. Détails incisés; retouches blanches, très elfacées et placées par-dessus le noir.
f.,e progrè.s c.st très sensilde dans la forme cpii, malgré uu dévelojjpement un peu lourd de la panse, réalise déjà le type élégant de l’amphore
i 1) [V. p. Iti!».]
{-2) [Millingen, Ancleyil nnedited Mon., pl. i et ii; Hawkins, Cata/oyue of vos. Brit. Mus.. Il" Corj). hiscript. <j)‘æc., n” 33; de Witte, Anna/i deU' lustit., 1S77, j). 299.]
(3) [L’omission de Le dans ’.\t)Y;vT,0(£)v avait d'abord fait expli(|U(n' t(Ôv 'MVepUy/ à07.ov. On a reconnu ensuite la formule légale : -Cy/ LVOriVc/JEv àO'Àwv sîu.':.]
TYPE D'ATHENES
(|ui est une des plus heureuses iin entionsde l’esprit a( tique et qui s’oppose heureusement aux proportions massives de l’amphore eorinlhienne, dite amphore à colonnettes et plus semblable à un cratère (i). La couleur noire qui a envahi une grande partie de la |)anse montre tout le parti que les céramistes sauront tirer plus tard de ce beau lustre (pii fait ressortir les teintes claires de l’argile et des retouches blanches et rouges. Mais, comme dans le lébès ILirgon, l’exéeution (‘sl encore rude (‘t inexpérimentée; la couleur, terne et inégalement répartie, (ie vase (‘st d’autant plus important jjour nous qu’il est possible d’en lixer la date aiqiroximativement et de s’en sci'vir comme jioint de rc|ière pour Ih'dude de la céramique de celle éjxxjue. Il lu' |)eul pas cire antérieur à l’olympiade LUI, 3 (366 av. J.-tb), car (éest à <‘ette date, sous l'ar- (“hoiitat d’Hippocleidès, (|ue turent instituées les Ibinathénées (2). S’il n’est pas des premières années de (’clte institution, il n’est pas invraisemblable de le l’aire remonter à l’épocpic des Pisislratides (3).
Un autre vase (ju’on peut dater a[)pi‘OximatiN cmeut est l’amphore (pii a été troinée à Athènes dans le tombeau d’Aristion (pie rinseri[)tion de la stèle permet d’attriliuer sûrement au vi' siècle. On y voit un «•adre réservé d(‘ cluupie c(')té, comme sur ranqihore Rurgon, et dans chaque cadre nue tète de cheval linement exécutée (4)- lie vase ne porte |)as d’inscription, mais il est lort [irécieux à cause du lieu de la découverte (5). Un autre \ase atti(pie, sans inscription, nu'rite d’ètre signalé, parce fju’il a été trouvé à Phalère dans une tombe lort ancienne et qu il
(I) [Nous en avons cité de nombreux exeinplei? dans le chapitre XVII. ;
{'■2) [Clinton, Fasti f/ellenici, I, p. 23S; Curtins, f/ist. (jrrnjnr, tradnet. Bouché-Leclere(i, 1, p. ioo; V, p. iotC]
(3) [(jf. Ch. Lenormant, Hev. archéoloy., l.Si(S, p. 235. M. !.. von Crlichs, /ieitfàye zur h'tüisfgescln'sclite, p. 33, en fixe la date extrême à l’olympiade LX iStO av. .l.-C.). M. Loescheke, Annn/i deU' Inst., 1878, p. 310, le place vers l’an 550.1
(■i) [Le Musée Britanuicpie possède des amidiores du même genre, trouvées a Bhodes . dans le cadre réservé, un lion courant, la gueule ouverte, la langue tirée; sur un autre, tele de lion dressée, la gueule ouverte. Voy. au .Musée de Berlin, une amidiore a cadre lésené avec tête de cheval [Furtwaengler, Vasrns. nn Antiqnnr., n“ I05ij; au Musée du LouMe,deux amphores semblables, avec tête de cheval, provenant des fouilles de (iéré, en Italie (Salle des vases corinthiens; et une œnochoé avec nue double tête de cheval sur le cadre ré.senc, trouvée en Crèce même (Salle des objets trouvés en (irèce).j (5) [Cf. Fphêméris archéologique, I, p. 130, 18; Loeschcke, AnnuJi deW lust., 1878, p. 309.
TYl'E D’ATHENES.
présente la même leehnique que le précédent : dans eliaqne cadre est représenté un casque à cimier vu de profil, autour duquel s’enroule une guirlande de myrte ou de lierre, tracée à la pointe (i ).
Les deux fragments suivants forment une transition intéressante entre les vases de Mllo (it de ddiéra du mi" siècle et les produits attiques du vi".
''2° Fragment d’im très grand vase de dimensions analogues à ceux dn Dipylon, trouvé à Fgine, au Musée de la Société archéologique d’Athènes (2 ). Le style en est fort ancien et peut se comparer à celui du fragment de ïhéra (chap. xv, p. 214 ). Le fond de la terre est bistre sombre; il y a des retouches blanches et rougeâtres. — Sur le col, deux cygnes se suivent; ornements en crochets suspendus à la bande supérieure; dans le champ, rosace à sept points, groupe de zigzags parallèles. — Sur l’épaule du vase, zone composée de larges dents de loup noires et blanches, alternant avec des dents plus petites. — Sur la panse, il ne reste (jne la tête d’un homme barbu, à la chevelure pendante et serrée par un lien enroulé en spirale; sur le vêtement, oraiements en X. peints en blanc. Au-dessus de la tête, commencement d’inscription : AA.
3» Fragment d’un grand vase, trouvé à rhialèrt; (3). Le style en est très arcbaïqne et identique au précédent. Le fond de la terre est bistre sombre, les incisions fines et nombreuses. Il y a des retoncbes rougeâtres, mais pas de blanc, sur la partie conservée. — Au-dessous d’une ligne noire à laquelle sont suspendus des ornements en volutes, des groupes de zigzags parallèles et horizontaux, on voit, à gauche, le corps et les ailes d’un grand oiseau volant, percé de deux tlèches ; en face de lui, une tête d'homme barbu, les cheveux serrés par une large bandelette ornée. L'œil est incisé et rond, avec deux petits traits horizontaux de chaque côté, comme dans les vases corinthiens. Audessus de la tête s’élève un objet cylindrique qui doit être le liant du poteau auquel 1 homme est attaché. M. llenndorf, en effet, y voit Prométhée délivré par Hercule, qui Iterce l’aigle à coups de tlèches, et il complète la scène en rapprochant de ce fragment d’autres peintures de vases. 11 le compare pour le style au lébès d' Fgine, que nous décrivons ci-dessons (n° 4) et qui maiijue un degré de développement supérieur dans la technique attiqne.
Un vase du M usée de Berlin, par sa forme h’ès priiuilive, le ton mat des couleurs, le souvenir encore vivace des ornements géométriques,
(1) [Collignon, Catalorjue des vases peints du Mus. de la Soc. arc/t. d’Aik'enes, n" 221 ; Loeschcke, /. c.j
(2) [Benndorf, Gr. und Sicilische Vasenbüdev, p. 104, pl. liv, n“ 1 ; Collignon, Gala.huj. des vases peints du Mus. de la Soc. arc/i. d'Atfi., n» 194.]
(3) [Benndorf, Gv. and Sicilische Vnsenbilder. j). 103, pl. liv, n” 2.]
TYPE D’ATHENES
mérite de prendre place dans la catégorie la pins ancienne; les inscriptions prouvent qu’il est attique. l^e © est d’une forme archaïque et indique le vf siècle (i). On remarquera que l’influence corinthienne se fait sentir en partie sur ce vase, en particulier dans la zone d’animaux qui décore la partie inférieure de la panse et dans la façon de rendre les chairs blanches des femmes.
4" bébés à deux anses et à bec, du 4Iusée de Berlin (Egine) (2). La forme très ancienne est à comparer à celle du lébt-s Bnrgon (p. 1(59) ; celui de Berlin est muni de deux grandes anses massives qui s'élèvent au-dessus de l’emboncbure et sont ornées d’une tresse de style asiati(jne. Près du rebord, bande d’oves; double méandre régulier audessus et au-dessous du sujet principal; bande de damiers noirs et de zigzags droits 1 ornement fréquent sui’ les vases clialcidicms) au-dessus de la frise d’animaux; large zone de palmettes orientales au-dessous; près du pied, arêtes rayonnantes. Le ton de l’argile est rouge pâle; les figures sont noii’es avec des retouches l'ougeâtres. 11 n’y a pas de blanc rapporté sur le noir, comme dans les vases plus récents de la même fabrique : dans les ligures de femme, comme celle d’Athéiié, le contour peint enferme une partie réservée sur l'argile mômi' ; c’est la technique des vases corinthiens anciens (par exemjde celui d’IIercule chez Lurytios, p. 250). — Zone supérieure. Face : la partie gauche, où devaient se trouver le roi Phineus et les Boréades, manque; à droite, deux Ilarpyes ( APpPKlA) aux ailes recoquillées, vêtues d’une tunique courte, les cheveux épars et serrés par un lien, se sauvent; l’une d’elles a les doigts crochus. — Bevers : la partie gauche, oii devaient se trouver les deux Gorgones et Méduse décapitée, maiKjue; à droite, la jambe d’un }iersonnage qui doit être Hermès, Athéné sans armes, drapée et voilée ( A0ENA1A), Persée courant et bondissant en l’air vêtu d’une tuniijue courte, coillé du pétase conique tei’miné en haut par un anneau, les talonnières ailées aux pieds, une épée susjiendue au côté et portant dans le dos la gibecière qui contient la tête de Méduse. — Le champ est rempli d’ornements inspirés encore itar le souvenir des décorations géométriques, les rosaces de points, les groupes de zigzags, les enroulements suspendus à la bande supérieure, etc. — Zone inférieure : deux sphinx affrontés, deux chevaux paissant, deux taureaux, deux lionnes et deux lions; mêmes ornements de style géométrique. Les animaux sont d’un dessin très fin et déjà ferme; ils font contraste avec les animaux ordinaires de style corinthien : on y sent une imitation plus habile de la nature.
(1) [Cf. Kirchhoff, Stu'lien, 1877, p. 81.]
(2) rFurtwüngler, Arc/i. Ze'dung, 1882, p. 198 et siiiv., pl. 9, 10; ] asensaminliDu/ ii/i Ati/iifiiarûnn, n° 1682. Ce vase ne provient pas d’un tombeau; il a été trouvé dans un puits avec d’autres fragments corinthiens et a dû être rejeté d’un sanctuaire. M. Rayet, Cérennù/ue f/recfpie (en préparation), pp. 86, 88, voudrait y voir le produit d’une fahriipie particulière et locale d’Egine même.]
TYPE D’ATHENES
Bien que le vase suivant ne porte pas d’inscriptions, le choix du sujet prouve qu’il est attique et nous devons en tenir compte comme d’un des spécimens les plus Intéressants de la technique attique ancienne. M. Bayet serait disposé à le faire remonter jusqu’au vu'" siècle. INous ne sommes pas d’avis de lui attribuer une antiquité aussi reculée, à cause du système d’exécution où l’on retrouve le genre d’incisions, les retouches blanches et rouges des vases corinthiens; on remarquera aussi cjue le blanc est jjlacé par-dessus le noir, ce ((ui n’est pas le procédé le plus ancien dans lequel, nous l’avons dit, la couleur blanche est appliquée dii'ectement sur l’argile. Si archaï(jue qu’il paraisse, ce vase est certainement plus récent que les vases de Milo ou le fragment de Théra, que nous avons attribués au mY siècle; il paraît donc suftisant de le rapporter, comme les autres vases attiques dont nous venons de parler, au m*" siècle.
0° Coupe profonde à deux anses horizonlales, à pied très bas, de forme ancienne (1). trouvée à Tanagre (an Musée du Louvre) (2). Argile rouge pâle. Près du pied, arêtes rayonnantes. Le noir des figures est d'un ton mat; les vêtements sont reluiussés de touches rouges; les visages des femmes et quelques accessoires peints en blanc })ar-dessus le noir. Tous les yeux des personnages, hommes et femmes, sont incisés et ronds. Dans le champ, quelques ro.saces noires incisées. — Face : Thésée, barbu, vêtu d’une tunique courte, saisit par une corne le Minolaure et lui enfonce son éjiée dans le sein; le Minotaure a une tête longue de cheval plutôt que de taureau. Derrière lui, sept hommes et sept femmes drapés, plus petits, sont rangés en deux files superposées, représentant le tribut payé au monstre. Derrière Thésée, Ariane debout et drajtée tient une grosse boule avec un bout en spirale qui représente le fameux peloton de fil du Labyrinthe (3). — Devers : à gauche, Dédale ailé (la tête manque) vole horizontalement dans le champ; à droite, un guerrier cascpié, armé d'une lance, galojie sur un cheval (Minos ou le géant Talos?).
(1) [V. dans Collignon, Catalogue, pl, i, lig. 10. J
(2) [0. Rayet, Gazette archéologique, 1884, p. 1 et sniv., pl. 1-2.]
(3) [M. Rayet croit que c’est le seul monument ofi apparaisse cet accessoire fameux. On h* voit figurer aussi sur une plaque d’or de Corinthe et sur un relief de vase ( Fiirtwaengler. Arch. Zeitung, 1881, pl. vin, n° 3 et p. 107). Je pense qu’on peut aussi le reconnaître dans une peinture d’amphore attique, au Musée de Berlin (Fiirtwaengler, Vasensauiml. lui Autiquariuui, n“ 1698, p. 235) ; Ariane tient dans ses mains un objet rond et rouge, que M. Furiwaengler interprète comme une grenade (?). Il est plus vraisemblable d’y loir un peloton de fil pareil :\ celui-ci.]
TYPK D’ATHKNKS.
La Béotio a 1 ourni un aulre iiioiuinieut ini|>orlant que nous rattachons sans hésitation à la même série attique. Dans cet intéressant monument, rinfluence corinthienne se révèle par la |)résenec des zones d’animaux. Mais les sujets emjn'untés à la vie réelle, les scènes de li^vmnase, la technique et les lettres de l’inscription révèlent une exécution tout attique, bien que le lieu de la découverte soit en Béotie (i). 1^’antiquité en est encore attestée ])ai’ l’imitation du mevd)le en métal, qui est sensible dans la forme du trépied; les pieds se lerminent en griffes de lion.
6“ Trépied de terre cuite supportant un lébès profond à couvercle (Tanagre) (2). Toutes les parties de ce curieux meuble sont décorées de peintures à figures noires, ba terre est d’un rouge pâle; le vernis noir brillant est inégalement réparti sur la surface, qui prend nu ton brun jiar endroits. Le style, très arebaïque, a une grande naïveté d’exécution. — Sur le rebord supérieur du vase, frise d’animaux ; spbinx, lions, oiseaux à tète d’homme, lionnes. Sur le couvercle, deux ebiens jioursuivaut un lièvre et suivis d’un homme armé d’un hàtou. ■ — La pause est divisée en trois compartiments, où sont représentés ; 1" nue scène de sacrilice (homme barbu conduisant un porc devant l’autel allumé, jomuir de double llùte, deux hommes tenant nu rameau) ; 2” uii banquet (deux hommes couchés sur un lit, joueur de double flûte, serviteur versant à boire); 3“ un x.wgoç (cinq hommes dansant, joueur de double flûte). — Sur la partie inférieure de la panse, un lion dévorant un taureau, deux spbinx affrontés, deux oiseaux à tète d’homme barbu de chaijue côté d’uii ornement en fleur de lotus. — Les trois pieds du support sont ornés cbacuii de deux zones de peintures : 1" en haut, Persée (^VaSRBT) barbu, avec les talonnières ailées, portant la gibecière, s’enfuit à toutes jambes, les bras étendus; en bas, un athlète nu lance le disijue en présence d’un juge drapé; S" Méduse ailée, eu courte tunique, sans tête, est tombée sur un genou; une Gorgone ailée, vue de face, court les bras étendus; en bas, deux athlètes nus se prennent par les mains et luttent; 3° une seconde Gorgone court comme la précédente; en bas, deux athlètes nus se frappent au visage avec des cestes.
f^es fouilles de l’Acropole d’Alhènes ont fourni à diifércntes reprises des fragments de vases cpii devaient faire partie des offrandes consacrées dans les sanctuaires de la citadelle. On jmut en citer quelques
(1] (Parmi les anciens produits attiques trouvés à Tanagre, signalons encore une jolie pyxis, sans inscriptions, divisée en trois scènes représentant Jupiter, Hercule et Minerve combattant les (iéants, Hercule combattant une Amazone, Néoptolème tuant Astyanax sur le corps de Priam (Furtwàngler, Collection Sabournff, pl. xLix et l, n“ 1).J
(2; [Loeschcke, Arch. Zeitung, 1881, p. 30 et suiv., pl. 3, i, 5; Genick et Furiwaengler, Griechische Keramik, pl. 24; Furiwaengler, Vnsensamnilung hn Anliquurnim . n» 1727.]
TYPE D’ATHÈNES
s|)éciinens intéressants pour l’ancienneté du style et qui paraisscnl dater de la lin dn vP siècle , an plus tard du coinniencenient du siècle.
V Fragment de grand vase trouvé sur l’Acropole d’Athènes dans des fouilles récentes (1). Le vase a subi une forte incinération; ou ne distingue pas de retouches blanches ni rouges. Les incisions sont nombreuses et minutieuses dans le travail de la chevelure et des vêtements. — Combats des Dieu.x contre les Géants (2j. A droite, sur uii char. Hercule et Zeus (IEV5) hrandissant la foudre; une femme placée à l’arrière-plan, sans doute Gè, paraît l’implorer; Hermès (...ME5) perce de son épée un géant tombé sur le genou (EVPOriE ou EYpOflE) et vêtu en hoplite armé; à gauche, Dionvsos (dont la tète manque) combat un géant armé de môme (POl^ — ); le dieu est secondé par un grand serpent qui dresse sa tête contre le géant et par trois lions (bHEON), dont un est étendu mort par terre; ;i l’extrémité du fragment, ou aperçoit le bras d'un autre combattant (EP-PO.. i.
V coté des \ases [)eiiils, il est nécessaire de rappeler, coninic œuvres alliques de style archa'ique, les plaques de terre cuite peintes (pii étaient dédiées comme ex-voto aux morts ou aux divinités, et dont jM. Benndorf a dressé le catalogue (3). Oueltpies-unes sont d’un style fort ancien et portent des inscriptions, entre autres la jilacjuc d’Athènes, (pii est actuellement au xMusée du Louvre (4). La technique est celle des vases. L’argile est encore d’un ton jaunâtre; des retouches rougeâtres sont l)lacées sur les vêtements, des retouches Ijlanches sur le visage des lemmes, la barbe et les cheveux du père du mort, et quelrpics acces-
(I ) ['Iv.ir,aïpi: àpyawyo/.'.x.T, , 1886, pl. 7, p. 85. |
(tJ) [Cf. un fragiiienl analogm* de style archaïque, avec le mémo sujet et des inscriptions attiques ((üollignnn, Cataloijue, n“ 23!2 é/si. Un autre fragment de vase très archaïque, sans inseiiptions, ])rovenant des fouilles de l’Acropole, représente une femme coni'onnée, vêtue d'une tunique ornée de bandes d'animaux, que saisit un homme nu placé derrière elle (rapt de Latone parTityostué par Apollon?), pendant qu’un guerrier casqué se précipite à gauche avec un arc et lance un trait contre le ravisseur (Mylonas, 'CcpTippU àpppaO.oy., 1883, pl. 3, p. 00). Voy. aussi de petits fragments de style ancien, analogue à celui du Vase François, trouvés sur l’.Vcropole d’Athènes, avec inscriptions, dans Benndorf, Gr. tend Sicil. Vasen/t., pl. XI, n®* 0 et 6; pl. xii, n" 6. Nous rappelons que les vases signés, trouvés en Grèce et de la même époque, prendront place dans le chapitre xxi sur les signatures des peintres de vases à ligures noires.]
(3) [(i!\ Kiid Stcliisc/ie Vasenhllder, p. 3-21.]
(I) [Ihid., ])1. I.]
TYPE D’ATHÈNES
soires. Ce blanc est, comme dans les vases, placé par-dessns la conlcninoire (i). Les incisions sont fines et nombreuses.
Sur un lit à pieds ornés est étendu, do droite à gauche, un jeune homme mort, enveloppé dans un linceul orné, le visage découvert. Devant lui est, debout, sa mère, METEP. Au chevet du lit, à droite, la petite sœur, AAEUcPE. Derrière la tète du lit, deu.x femmes qui se lamentent : la grand’mère, 3030, et une tante, ^1030; entre elles une inscription dont le sens n’est pas bien déterminé {'i). Au pied du
lit se tiennent la tante du côté paternel, OEOI5 PPO^ PATP [oç], une autre OEOI$ et une jeune fdle, au pied du lit, à gauche. Toutes ces femmes font des gestes de douleur. A gauche, derrière les femmes, sont debout les hommes, le père PATE P, tourné vers un chœur de trois hommes, parmi lesquels le frère AAEU005, qui chantent le thrène funéraire; par devant, le petit frère. Dn lit dans le champ des exclamations d(; douleur OlMOl , d’autres inscriptions moins claires, comme Tli'O'l et ^OTV >0>l.
Un autre fragment, de style très fin (3), représente l’apothéose d’IIercule debout avec Athéné sur un char à quatre chevaux et accompagné par Tolaos. Dn lit les inscriptions HEPAK.., lOUEO., A1AM30A.
D’autres plaques de même style, trouvées à Athènes, portent les noms des artistes Skythès, Paséas, Euphilétos (Klein, Meistersignatttren, 2“ édit., ]). 48, 49), et prendront place parmi les œuvres attiques signées (chap. xxi).
II. Les vases trouvés en dehors de la Grèce propre l'ouriiissenl une catégorie plus nombreuse encore. Parmi les vases trouvés en Italie, il en est un assez grand nombre qu’on jnuit eonsidérei* comme des œuv res attiques, introduites par le commerce à une épotpie tort ancienne'. Ces poteries présentent des caractères lout à lait semblables à ceux de Grèce que nous venons de décrire; les inscriptions en dialecte attique qu’on y lit sont un critérium sur qui ne permet pas d’en méconnaître l’origine. J’en citerai les spécimens les plus intéi*essants , en choisissant ceux qui ont le caractère attique le mieux marqué, encore libre ou, à peu près, de rintluencc corinthienne qui a marcpié d’une empreinte si prolondc toute une série d’amphores, dont nous aurons à parler jilus loin.
(1) [On remarque au contraire, sur les plaquettes corinthiennes du même genre, dont nous avons parlé plus haut (p. 242), ([ue les détails de couleur claire sont simplement réservés sur l’argile; nous avons dit qu’on jugeait par ce procédé de la différence de techniipie des deux fabriques (p. 315).|
(2) [Toute cette partie, droite, n’avait pas été retrouvée (juand M. Benndorf a publié la plaquette; il a supposé à tort qu’on pouvait y voir la place d'une joueuse de llùte; (îr. und SicH. T rt.s., p. 4, note 9.]
(3) [Benndorf, Gi'. and Siril. Vasenb., j)!. ni.]
TYPE D’ATHÈNES
r (’.ralère à deux anses trouvé à Géré (1), de forme peu élégante, décoré de figuri's bruni's, relevées de blanc et d(‘ gris sur fond jaunâtre. Sur le rebord du col, groupes de traits parallèles; dans le champ, entre les personnages, semis de cercles avec un point central: sous la zone principale large bande de damiers; près du pied arêtes rayonnantes alternant avec des tleurs de lotus de forme élancée. — La zone principale représent(* cinq hommes nus à la fde, tenant un pieu dont ils percent l’adl d’un personnage assis à terre (Polyphème) ; derrière Polyphénie une claie pour égoutter le fromage (?) et un récipient pour le laitage. — Revers : deux bateaux. vr,£: •/'.zTzrrTpcoToi ; sur run, rameurs et trois hoplites casqués, armés de la lance et du bouclier; sur l’autre, trois hoplites armés de même. Le mât de ce bateau porte une ligure, un petit guerrier, dont on distingue la tète et le bouclier rond. Le peintre a sans doute voulu rendre naïvement un personnage [)erché dans la hune. Sur les boucli(‘rs, épisèmes représentant des crabes, une têt(‘ di' bœuf, une rosace à pétales arqués régulii-rement, des croix, etc. Pans le champ, étoile à pointes triangulaires, zigzags, ormnnent formé de dimx triangb's réunis par la pointe. — Sous l’anse, un crabe ou araignée de mer.
preniiiM* éditeur de ce Mise, (M. R. Forster, l’a considéré coinnie tout à lait contraire aux lialiitudes de la céramique grecque et coinini* une imitation grossière des poteries archaïques de la (Irèee, eeinre d’un jiotier de Géré (2). l^our nous, au contraire, cette peinture est tout à l'ait sendilable à lieaueou|) de celles qu’on a trouvées en Grèce. Sans réfuter en détail la dissertation de IM. h’orster, il suflira de rajijiclei' les \ases de style ancien d’Athènes, où la ligure humaine n’est pas mieux traitée et même l’est beaucoup moins liien (3). Les guerriers sont semblables à ceux d’un fragment de jioterie trouvé à Mveènes (4). Le petit appendice, sorte de bai'biehe, d’ülysse et de ses comjiagnons, se voit au menton des cavaliers sur un vase de Milo (5). Les profils sont du même genre et présentent les mêmes exagérations : l’étroitesse de la tète et le développement du haut des cuisses sont un
\)\^M(munienti flell’ lnsl., pl. iv; Forster, .fwi/fl//, 1869, pp. lo7-17!2: [et. Heydemaiin,
\jinali, 1878, p. 228; Klein, Meisterùrjnatm'en, 2'’ édit., p. 27.]
(2j [M. Ileydeinanii y voit aussi un vase archaïsant et recule la date de fabrication jusqu’à l’époque des successeurs d'Alexandre, suivant le système de M. Brnnn. M. Klein, au contraire, le place en tète de la série des œuvres des maîtres anciens ; Meisters'Kjnntiiren, 2“ édil.,
(3) [V. PP 9(), 97, 100.] ft) [ïè pp. 103-101.]
0) ["ï’. pp. 21(1-217. Alême appendice dans la figure barbue du vase de Myrina, Buil. de Cuit. heU., 1881, pl. vu ; et. plus haut ]>. 220, note 3.]
TYPE D’ATHÈNES
(lélilil que nous avons souvent remarqué (i); les ornements aecessoires ne lions sont j)as moins eonnns. (^)nanl an eombal naval, bien loin d’ètre line exeeption, il était, an eontraire, lont à lait lamilier aux potiers ^rees primitils, en particulier aux peintres atticpies, comme le proinent <b‘ nombreux exemples [)ubliés {p.). Pour nous donc, à première vne, <‘e \asc vient prendre place dans la série des [)lns anciennes peintures d’Athènes.
An-tlessus de l^olyphème, on lit une inscription écrite négligemment.
Annales la reproduisent ainsi, écrite de droite à gauche, et mi eereh* de haut en bas :
V\^?10n350®0H0T^ISA — ’Apt'TTÔvo'po: i-oî(r,W3v (^3).
L’alphabet n’est eeiTainement pas corinthien; il est peu probable tpi’il appartienne aux colonies aehécnnes qui ont écrit longtemj^s 5 el h= i (4j- Il j>ourrait à la rigueur appartenir aux colonies chalcidiennes, mais les rap|)rochemcnts rpie nous avons laits avec les peintures primitives d’Athènes nous engagent l)ien jilutot à croire (pi'il est athénien ; h's lettres sont exactement celles d’Athènes an milieu du \\' siècle (5).
INTitc amphore de la colleclioii Canqiana (Eéré). au Louvv(‘(6). Fond d’argile jaunâtre très [)à]e. Sur leeol paluK'tti's orientales: en haut d(' la ])ans(', godrons noirs et rou-
i2) I V. plus liant, p. 98; et. Monwnenti dell' Jnst.. t. IX, pl. iv el \l; Aiuifil(, 187'il, pl. i; (’.artault, la Trière alh&nieane, pl. i et n; Monuinenls grecs piihliés par l'Assocla/ioa pour l'earouragernenl des études grecques, ISS'S-IHSi, pp. 10-38, pl. 1; (lazette arc/iéolog., 188l-8îl. pl. ;>8, 59. J
pl) [.\I. Fôrster a lu ’Ap'.'TTwogo;; M. Heydemann, /. c., propose de lire ’ApwTl/.ooo;.]
(■4) [Kirchhott, Studleu, tabl. ii.i
'5) !.\I. Aiilchhoefer, die Au fange der Kunst, p. 179-180, considère aussi rc vase comme très ancien, antérieur à la série des vases dits cyrénéens à tond blanc et ayant (|uelque rafiport avec les fragments de Alycènes à ligures de guerriers Mgrèues, lig. 51 le M. Klein, Euphronios, 5*^ édit., p. 7;-i, note I, trouve dans ce vase des particularités qui, d’après lui, en rendent l’attribution dilïicile. 11 le rapproche d’une coupe qui se trouve à Wurzburg { Monunieuti, pl. 8i et conclut que la technique y révèle un art ionien très ancien. .\I. vonDuhn a cherché à démontrer que ces vases pouvaient provenir d'une fabrique de Alilet [Jleidelherger Teslscltrifl, p. 109.)]
pi) X'alaloghi del Musen Carupaua, Sér. IV-VIl, n" 157; Anuali delT /us/., l8o(>, pl. \, I, p. 13. Preller a interprété à tort le personnage central comme Léto. I.e lambda atti(iue n a l)as la forme A à celte époque ancienne (v. Kircbholl , Sludien, i». 80); on voit sa vraie