CHAPITRE XXI
DÉVELOPPEMENT DE LA PEINTUFtE A FIOURES NOIRES LES SKÎNATURES D’ARTISTES
I. Les plus iinporLaiiLs des vases à ligures noires, après ou à eoté de ceux: cpie nous venons de citer, peuvent être désignés par les noms des jjotiers et des peintres qui les ont t'abrit[ués. Nous avons déjà cité dans les chapitres précédents quelques noms (.l’artistes, Gharès, Timonidas, Ganiédès, Aristono[)hos, à propos des plus anciens produits des tabriques corinthienne, Imotienne, attique. Il nous reste à passer en revue les principaux noms qui représentent l’apogée de la peinture à tigures noires, son complet perfectionnement vers la lin du siècle, enfin sa prolongation jusqu’au iv*' et sa décadence. Je me sers ici de ces signatures jjour caractériser certains genres de peintures aisément reconnaissables ; il est facile ensuite d’en rapprocher les vases non signés (pii sont du même type et qui sortent probablement des mêmes ateliers. Bien cpic la majorité de ces peintures aient été trouvées en Italie, on peut croire qu’elles ont été exécutées' pour la plupart dans la Grèce propre; on verra par la suite (i) que beaucoup de vases signés, découverts en Italie, peuvent être considérés avec nue grande vraisemblance comme soiTis des fabriques de la Grèce.
Uue classe bien définie est composée de poteries qui sont en général des coupes. L’artiste re|)résentc sur des surfaces jieu étendues un grand nombre de petits personnages. Le mouvement est im|>arfait, les mouvements sont violents, les retouches de couleur \iolelte abondent;
(I) [Voy. dans les Mélanges archéologiques (Xn tome second le chapitre relatif aux signatures trouvées en Grèce même.]
DEVELOPPEMENT DE LA PEINTUME
oiilin (les iiisceiplioiis (;n noinljre coiisiflceal)le sont souvent inscrites an|)r(‘s des ligures, (ie type peut prendre le nom du potier Glankytès (AUAVKVTES ) ( I ) ; les (euvres les pins soigini'es que nous ayons en ce genre sont sigm'-es de lui : il travaillait (ui eoinmuu avec Archiklès (AP+IKUEV) (2). Celle des œuvres de Glaukytès qui jjermet le mieux de se figurer ce qukdait ce genre de peinture est une coupe de la Pinacothèque d(' Munich (3) qui repi’ésentc d’un c(')té une chasse au sanglier, de l’autre Thè'sè'e et le Miiiotaure. On n’v compte pas moins de vingt-six figures, sans comptei' les animaux, et cha(pie ligure a au moins une inscri[)tion. Une aulre coupe, également de Glaukytès, porte une quarantaine de petites ligures (guerriers combattant, cavaliers et chars) (4). On v“roil pouvoir attribuer une troisième cou|)e Ibrl importante du Musée de Berlin (5) au même peintre, à cause du style, du nombre des personnages ci de la mention du nom d’éphèbe (HIPOKPITO^ KAH5- TOS) (b) qui se trouve aussi sur un des vases de Glaukytès. On y remar((ue autour des personnages une loide d’inscriptions qui ne donnent aucun sens intelligible, comme sur la catégorie des amphores attiques influencées par l’art corinthien, (pie nous avons étudiées dans le précédent cha[)itre. La ressemblance avec les œuvres les [dus
(l)[Nous renvoyons pour la nomenclature détaillée des signatures d'artistes au livre si utile de M. W. Klein, Die r/riechisclien i^asen mil Meîslet-sif/naturett, édit., Vienne, 18<S7. On remarquera que l’ordre d’énumération adopté par M. Dumont diffère sensiblement de celui de M. Klein. La chronologie de ces différents artistes n’est pas encore établie, en effet, sur des bases solides : on no peut raisonner le plus souvent (pie d’après l’impression faite parle style de cbacnn d’eux et il est difficile de s'accorder absolument sur des nuances aussi délicates.
(!2'i [Klein, ap. /., pp. 7(i-7iL]
(3) [O. Jabn, \ iisi’nsamml . zu Mïmehen. 11“ 333; Monumenti dell' Jnsl., IV, pl. oO; Gerhard, ÀKserl. Vasen//., [d. :235, 53().]
(■4) [Klein, op. /. , j). 78, 11“ 5.]
(a) [Gerhard, A t/.ser/. i'asenO., pl. 61; Furtwaengler, VasensnmrnI. im Antif/uarinm, n“ !79f>.]
(61 [Les noms des éphèbes à la mode, (pie les peintres de vases aimaient à faire figurer sur leurs ouvrages, sont très précieux pour permettre d’attribuer telle ou telle poterie à tel peintre. G’est ainsi, pour ne parler ([ue des vases à ligures noires, qu’on lit sur les poteries (le Taleidès les noms de Kallias, Klitarebos, Néokleidès, ceux d’Onétoridès et de Stésias sur les produits d’Exékias. On verra plus loin ([ii’une inscription du iiK'mie genre établit un rapport chronologique entre deux peintres, .Xndokiéès et Timagoras. Sur cette question, voy. Klein, Eupkrunios, 2“ édit., pp. 16, 261; Meislersiynuluren, 2' édit., p. 227, et la note placée à la lin du présent chapitre.
A FIGURES NOIRES
anciennes de la fabrique corinLbienne s’acense, dans ions les produits de eciie labriqne de conpes, jjar l’élroilesse des zones (pii donne aux personnages de très petites dimensions, la prodigalité des noms distribués à tons les acteurs de la scène, y compris les animaux, la présence des animaux symbolicpies. ^lais la techni([ne en est tonte atticpie, précise dans ses incisions, fidèle dans la re|jrodnclion des proportions humaines, habile à éviter la confusion malgré la mnltiplieité des silhouettes. On y sent les qualités de netteté un peu sèche, d’amonr de l’ordre, de souci de la composition, (jiii dégageront peu à peu la jjersonnalité des ])eintres atliqnes de rinfinence des céramiipies voisines.
Une coupe d’Ergotimos (EPAOTlMOUi, trouvée à Kgine ( i), bien (pu' le dessinateur ne soit |)as encore sur de lui et que les mou\emenls soient raides et exagérés, témoigne déjà d’nn \éritable progrès. Le sujet s’inspire des scènes de y.wy.o; bnrlescpie, si frécpientes sur les vases eorinthiens. Mais cette poterie est secondaire et il ne faut v voir que l’expression imparfaite et rapide des rpialités d’une é|)ocpie.
Un associé d’iArgotimos , Klitias (KUITIA^), a signé avec lui une (cnvre monumentale, le ^ ase François, trouvé à Chinsi et eonserxé à Florence (2). Ce cratère, le plus grand et le |)lns remarquable ({ue nous possédions, est le type parfait du style (pii prodigue les scènes et dans chaque scène multiplie les figures. Klitias suit, à cet égard, les mêmes jirineipes ([ne Glankytès. Tous les deux sont les derniers représentants de l’ancienne imagerie (pie nous avons étudiée [précédemment et ([ui avait produit le coffre de Gypsélns. On a dit a^ec raison ([iie [pour se faire une idée de ee coffre, il fallait édudier le Vase François. Il y a toutefois lieu de remar([uer ([ne le cratère ne reproduit (pie ([uel([nes scènes, tandis c[ne sur le coffre on en voyait un bien [pins grand nombre. Mais Klitias a choisi des sujets qui comportent une foule de person-
(1) Gerhard, Àuse)'/. Vnsenb., t. lll, pl. 238; j Klein, op. L, p. 37.]
(2) \Mrmw)tenti delf InsL, IV (1848), pl. 54 à 08; Klein, op. /., pp. 32-37. M. le professeur iMilani, de Florence, m'a obligeamment commnnicpié les renseignements suivants sur la technique du vase François : la terre est d’nn ronge jaunâtre, analogue à colle des vases corinthiens; le blanc et le rouge violacé des retouches sont placés par-dessus le noir suivant la technique ordinaire des vases attiques ; quelques détails sont peints dans le blanc en lignes d’un brun pâle;' les yeu.x des hommes sont incisés et présentent soit deux petits cercles concentriques, soit un cercle muni d’un apex de chaque côté.]
Sit>
DÉVELOPPEMENT DE LA PEINTURE
nai;cs. Telle est toiil d’aliord la procession des dieux qui se rendent aux noces de Thélis. Tout l’Olympe vient assister à cette fête, les grands dieux dans sejjt f[uadrigcs, les Heures, les Muses, les Parques, l’Océan cl \ uleain. Thétis, assise sous un j)orti(pie d’ordre dorique, attend les in\ités que Pelée va recevoir et que précède le centaure Cliiron. La seconde zone se compose de deux tableaux : le jiremier a pour sujet Achille poursuivant Troïlos, scène cpii permet de représenter et de nommer les personnages les plus illustres de Troie, Priam, Hector, Anténor; dans l’autre, c’est Héphaistos ramené au milieu des divinités de l’Olympe par Dionysos et les Silènes. La troisième zone est décorée de combats d’animaux. Le col a deux registres : sur le premier l’artiste a peint les jeux aux funérailles de Pati-ocle, le combat des Ceidaures et des l^apithes; sur le second, la chasse du sanglier de Calydon, Thésée et le Alinotaurc. Tous ces épisodes comportent un très grand nombre de personnages. A coté de Thésée et du Minotaurc l’artiste a représenté les Athéniens et les Athéniennes qui vont être déliM’és, une foule de jeunes gens et de jeunes filles qui tous ont un nom. Enlin le pied et les anses sont ornés de ligures; sur le pied on voit le combat des Pygmées contre les Grues; sur chaque anse Ajax j)ortant le corps d’Achille, l’Artémis persique et un personnage ailé à ligure hideuse, <Pôêo; ou Aeiij.ôç.
L’Artémis jjersique, les animaux se dévorant entre eux, deux griffons et deux sphinx des deux cotés d’une palmette (pii l'emplace l’arbre sacré des Assyriens, montrent l’influence orientale encoi'c très forte; la décoration orientale que le peintre a imitée est celle que les Perses et leurs tributaires d’Asie-Mineurc et de Syrie faisaient connaître aux Grecs. Les robes (pie portent un grand nombre de personnages, Thésée, les Parques, les Heures, sont des étoffes asiatiques; on y reconnaît des zones d’animaux ailés entre des bandes de palmettes, de Heurs et de boutons de lotus. iNous avons là sous les yeux les broderies de Chypre, de Phénieic et de Carthage, dont nous avons eu occasion de parler et (jLii étaient célèbres dans l’antiipiité (i). L’homme qui nage près du
(1) [Voy. le passage cité d’Aristole sur le costume d’Alkisthénès de Sybaris, orné de broderies avec des zones d'animaux, p. 109 et note i. CL Athénée, XII, p. 5tl R.]
A FIGUHES NUIHES.
bateau de Thésée doit être eappeoehé d’une représentation toute semblable dont les coupes de taljrifpie |)liénicicnne nous ont olïert des exemples ( i ).
La com[)osition est à la fois compliquée et variée; l’artiste ne se lasse pas d’inventer des personnages rpii souvent sont imaginaires, comme la plupart des jeunes lilles et des jeunes gens que délivre Thésée. H mêle les sujets grecs aux motil's orientaux, les tableaux tirés de la vie des dieux à des scènes t'amilières cpie ses contemporains avaient sous les yeux, le grave au comique. Le retour d’Iléphaistos dans l’Olympe, le combat des Centaures et des Lapithes, la lutte des l^ygmées et des Crues, comportent des scènes très variées que l’artiste sait rendre heureusement. 11 est moins habile cpiand il s’agit d’exprimer le rc])OS et la gravilé; l’cxécntion est inégale. Itn général, les animaux sont traités avec vérité ; le groupe d’Ajax et d’Achille, le jeune homme à la l'ontaine, Arès dans l’Olynij^e, Troïlos à cheval, beaucoup de détails du combat des Pygmées, sont aussi libres (jue naturels. La Iranchise et la naïveté sont entières dans toute la composition, lors même (pie l’exécution technique fait défaut à l’artiste. t.,e type des figures mancpie encore' souvent de beauté ; le nez est pointu, le front fuyant; l’œil de face dans les profils, tantiït ovale, tantijt rond, ajoute à rex|>ression bizarre' des personnages, l^cs mouvements, surtout dans les scènes graves, ne perdent pas le plus souvent la raideur des époques précédentes. IVous reconnaissons un grand nombre de sujets que nous ont déjà fait connaître les autres fabriques, entre autres la céramique corinthienne, par exemple la chasse du sanglier do Calydon avec ses personnages distribués symétriquement de ehacpic ci'ité, le chœur d’hommes et dt' femmes se tenant par la main comme une longue chaîne, les courses de chars, etc. iMais dans ces scènes elles-mêmes on sent une invention plus piquante, une disposition plus ingénieuse : on reconnaît un artiste très bien doué, tout à fait grec, qui ose beaucoup et parfois avec bonheur. H est rcmarcjuable de Irouver dans son tableau plusieurs figures vues de face, ce cpii reste une exception tout à fait rare dans la peinture des vases de style sévère, quand il s’agit de personnages
(1) fVoy. plus haut, p. lit*, n” ;F2;Cesnola, Cypriis, pl. XI.]
DEVELOPPEMENT DE LA PEINTURE
(le la vie r('‘elle et non de masques hideux eomnie ceux des Gorgones.
L’areliiteeture de la fontaine dans la seène de Troïloset celle du palais de Pelée indiqiuml des matériaux en bois. Les colonnes traversent le chapiteau; on voit les poutres sous le toit; les pilastres portent au sommet des godrons de ■st} lc égyjjticn. Les ajjplications de métal, les gros clous de bronze enfoncés dans le bols, se voient sur la porte du palais de I^riam. Les détails semblent prouver que les constructions en marbie de style grec étaient encore rares. Sans attacher à ces rcmar([ues trop d’importance, il me [)araît évident que ce vase est |)Ostérieur à l’amijhore de Burgon fabia'c}uée après 56G (i). 11 serait, d’autre part, dlftieih* de descendre jusqu’aux sculptures d’iègine qui sont de l’année 48o cl des années suivantes? Il est certain que Ivlitias est de l’école qui a lormé |dus lard les Eginètes, qu’il comprend le corps humain comme eux, (pi’il connaît la plupart des principes j)ai‘ Icscpiels ils se sont réglés; mais il doit être antérieur d’un assez crand nombre d’années aux seul-
pleurs (pii ont décoré les l'rontons (2). Je crois (pie la coupe d’Ergolimos, Iroinée à lègine, bien que moins Importante, est un peu plus récente (pie le \ ase Framjois : l’art y est déjà plus sûr de lui.
Le style de Killias n’est représenté en Grèce jusqu’ici cjuc ]>ar de rares fragments, bien (pie nous ayons toute raison de croire, comme on le verra }>lus loin (3), (pi’Ergolimos et Klilias avaient leur atelier en Atticpie. La merveille de cérami(pie créée par Klitias et son collaborateur re|)résenl(‘ le jjoint culminant de la vogue dont le cratère et l’amphore ont joui pendant une longue période dont le début date de la fabi 'ication corinthienne et chalcidienne. \iitour d’eux se groupent un certain nombre de peintres cpii restent attachés au système des grandes ligures noires. C’est de beaucoup le stvle qui se voit le plus fréquemment dans nos musées. Au milieu d’une grande quantité d’œuvres communes ([(d sont négligées, mais qu’il ne faut pas attribuer à une époque ignorante, on reconnaît des tendances dil'férentes cpic (juclqucs noms [lourront aider à jiréciser.
(1) [Cf. plus haut, pp.
(-) [Voy. la note placée à la lin du chapitre. Il paraît nécessaire, dans l’état actuel de nos connaissances, de faire remonter le Vase François juseju’à l’cpoijuc de Pisistrate.]
(3) [Voy. les Mélançjes archéoloyinucs du tome second.]
A FK’.URES NOIRES.
L’unique rragmcnt que nous [)0.ssédous de Néarchos (NEAP4-05) (i), Achille debout devant sou char, montre la recherche de.s grandes proportions noblement conçues. Les ehevaux: sont très habilement traités, les ligures des hommes plus imparfaites. Tl faut rapproeher de ces peintures une autre catégorie de monuments, les pUupiettes de terreculte peintes, dont quelques-unes portent des signatures d’artisles qui sont sans doute contemporains de ces grands peintres de vases : les fragments de l^aséas, de Skythès et d’Euphilétos (2) sont des spécimens inq^ortants de ce style. Mous en avons encore des e\em|)le.s non signés, mais reniarcpiables , dans des plaques dont l’une est aujourd’hui au Loinre (scène d’exposition funéraire) (T), l’antre à Athènes (Hercule et lolaos) (4). A coté de grandes inexpériences, la dignité des attitudes, le naturel des mou\ements et des expressions, l’arrangement général de la composition, montrent les [)rogrès réalisés par les peintres d’ex-voto, contctnporains et émules de ceux qui dénmraient les grands vases.
iXéarchos a deux lils qui continuent la profession de leur père, mais f|ul se consacrent plus spécialement à la fabiâcation des coupes. De l’un, Ergotélès (EPAOTEUE5), on ne eonnaît encore qu’un exem[)laire sans figures (5); l’autre, Tlésoii (TUE50N), qui a produit plusieurs spécimens du même genre, signe aussi un assez grand nombre de coupes (6) (pil rappellent de loin la manière de (Jrlaukytès, mais f[ui se distinguent par la sobriété des figures : ce sont généralement des animaux, placés isolément de chaque coté du revers du vase. Il semble que la fabrication des amphores et des plaquettes peintes a exercé alors une salutaire influence sur la teehnique des coupes et qu’on abandonne l’ancien système, familier au groupe de (ilaukytès et inspiré par les Corinthiens, où l’étroite zone réservée sur le revers du vase était remplie
(1) [Klein, op. L, p. 38; Benndorf, (jr. loal Sic. Vasenh., pl. 13; Sliidniczka, dcul.
Inst., 1887, p. lii, note 19.]
(2) [Klein, o/j. /., pp. i8-i9.Voy. aussi le fragment signé par Lydos , p. 217) et rapprochez son nom d’origine barbare de celui de Skythès.]
(3) [Voy. la description de cette pla(iue au chapitre précédent, p. 323.]
(i) Benndorf, op. /., pl. i et ni. [Ajoutez les magniliques spécimens du .Musée de Berlin qui sont encore inédits (scènes de funérailles); Furtwaengler, Fus’, im Antti/uanum, n““ 181 1-182(5.] (oi [Klein, op. L, p. 73.J ((5) [/ôid., p. 73-73.]
DEVELOPPEMENT DE LA PEINTURE
de peliLs personnai'es et d’inscriptions. (3n se rend compte qn’on met mieux en valeur une figure en l’isolant; on remarque aussi que rinterieur de la coupe est ce qui frajjpe le pins souvent les regards et que cet ('spaee oITre an pinceau un champ non moins commode que le revers pour V disposer un groupe ou un personnage. On s’achemine ainsi peu à peu vers la méthode si heureusement pratiquée plus tard par les peintres de coupes à ligures rouges qui placeront de ])réterence une ligure isolée dans l’intérieur même de la cou|)e. Auprès des lils de Néarchos, d’autres peintres de coupes, Encheiros (EV+EP05), qui est lils d’Ergotimos (i), llermogénès f^HEPMOAENES) (2), TIenpolémos (TUENPOUEMOS) (3), Sakonidès (5AI<ONlAE$) (3), Epitimos (EPlTiMOS) (5), 3Iys{)ios, (MV5PI05) (6), Soklès (50i<UE5) (j), s’ins|u'rent des memes principes.
Les coupes de IdirMios (45PVA/05) (8) et de Xénoclès (+<E/^01<UE5) (q), le canthare tie Théozotos (0EOIOTO$) (i o), au Musée du Louvi'e, me paraissent former, avec des qualités analogues, un groupe particulier et voisin. On y remarque le soin du ilétail, suiTout de la décorai ion et des broderies, l’intenlion évidente de préciser le dessin. Les mouvements sont encore gauches , les formes lourdes; le nez est long, le front bas et fuvant, toute la ligure a un aspect grotesque. Jj’œil des hommes sur la coupe de Ehrynos est plutôt ovale que rond. Ces dessins, bien inférieurs à ceux de Klitias et des [)elntres de grands vases pour le naturel, sui)érieurs [)Our la jiréclsion à ceux de (jlaukytès et de la ]>lupart des peintres de coiq)es, semblent marfjuer le commencement d’nne tendance qui sera plus tard le caractère propre tle l’école d’Exékias et d’Ainasis.
Le système d’isolement des ligures, qui commence à prévaloir, apparaît mieux encore dans la catégorie des amphores et des hydries fabri-
(1) jVoy. Klein, /., p. 72.1
(2) [Ihid., i)p. 82-8 LJ (H) [Ihid., p. 8 LJ
14) [Ibid., p. 80. J (.'Ô [Ibid., p. 84.]
(8) [Ibid., p. 84.] p J [Ibid., p. 79. J (8) [Ibid., p. 82. J (!') [Ibid., p. 80. J
(D)) [Ibid., p. ;!l; Lenormant cl de Wiüo, Idhle des mon. céramogr., Ill, pl- '8L]
A FIGUHES NOIRES.
quées par Taleiclès (TAUEIAES) (i), Tiinagoras (TIMAAOPA.) (2), Tychios (TV+IO^) (3) et Charilaios (+AP1TA10^) (3) : ils représentent la simplicité de la forme et de la composition. Ils ne s’attachent pas an détail; ils recherchent la vérité des proportions et la trouvent. L’amphore de Taleidès, sur laquelle est peint Thésée tuant le Alinotanre (5), bien que d’iin dessin encore sec, nous offre nn tableau très bien composé; les mouvements de Thésée et du Alinotaure sont calmes; les deux hommes (jiii assistent an combat, immobiles comme des statues, nous avertissent de la grande influence qne la sculpture a eue en Grèce sur tons les arts dn dessin. Sur une œnoehoé du même j^eintre (Dionvsos et un joueur de Ilute assis l’un en face de l’autre) (6), le sujet n’appartient ])as au grand art; quelques parties de l’exécution, les tètes surtout sont imparfaites, mais l’ensemble est sim|>le et largement traité. Une livdrie de Timagoras, encore inédite, qui est au LouMe (Hercule et INérée), est décorée d’après les mêmes princijjes, ainsi qu’un antre vase de même forme et signé du même nom (un char monté par deux personnages). D’autres peintures d’hydries non signées de la collection (iampana (7) sont tout à fait du même style et j)robablement du même atelier. Elles font très bien comprendre cet art encoi’c ancien et déjà si habile, j)robabIement contemporain des Eginètes , et qne nous sommes tentés de rapporter au début du v" siècle (8).
On i’emarc|uera aussi qn’à cette époque l’hydrie tend à entrer en concurrence avec l’amphore, qui représentait depuis longtemps l’élément national de la production attique. Par sa forme, par la eourbure très abaissée de la panse à sa jonction avec l’épaule du vase, l’iiydrie a l’avantage de présenter au pinceau deux champs très nets et bien dis-
(I) [Klein, op. pp. 46-47. J
[i) [Ihid., pp. 50-31. J
(3) [Ihid., p. 50.]
(4) [Ibid., p. 31.]
(3) [Millin, Müniunents inédits, II, pl. !2-4; Vases peints, pl. 61.]
(6) [Gerhard, Auscrlesene Vasenh., pl. 316.]
(7j [Cf. Catalughi del Mus. Campana, IV, u”“ 33, 786, et d’autres hydries exposées au Louvre, t'iles sont reconnaissables à la double branche de lierre qui encadre de chaqiu; côté le sujet principal.]
(8) [Elles doivent être encore du vC siècle. Voy. la note placée à la fin du chapitre.]
;Vi8 DÉVELOPPEMENT DE LA PEINTURE
lincls. Aussi la composil ion eliange d’allure. Ce ne sont plus des jnirLies superposées, comme dans l’amphore, où l’une des zones doit rester purement décoi‘ative, pour ne pas nuire au sujet principal. La décoratioti de la zone supérieure, sur l’épaule de l’hydrie, devient un véritable lablcau, de dimensions plus petites, mais qui admet des personnages et des scènes mythologiques. La technique des couleurs s’améliore également: le \ ernis noir gagne en lustre et en éclat; la couleur rouge sombre des ligures prend une belle teinte foncée.
Kolchos (+0U+05) (i), Exéklas (E-t-^EI<lA$) (2) et Amasis (AMA5I$) (3), sans être de mclllenrs tlessinateurs, ont un soin minutieux des moindres détails; ils donnent an vernis du fond et aux couleurs des personnages un éclat qui témoigne d’une très grande habileté pratique et atteste les progrès considérables l'éalisés à la fois dans l’application et dans la composition tles matières employées. Kolchos est le moins habile des trois; c’est celui qui a |)orté le moins loin les prineipes de cette école (combat d’IIerenle et de Ryknos) (4). L’amphore du British Muséum, qui représente Achille et Penthésilée (5), donne une juste idée du style d’Exékias. Malheureusement les reproductions qu’on en a faites sont insuffisantes. I^a couverte, d’un rouge orange claii', est appliquée avec le plus grand soin; le vernis noir brille d’nn lustre éclatant; les retouches à la pointe ont été faites avec les plus grandes précautions et avec une admirable minutie. C’est une œuvre de graveur et de ciseleur, autant que de jjeintre : le travail de la pointe n’y a pas moins de part f[ne celui du pinceau. Tous les traits sont extrêmement lins, et même les lettres des inscriptions. Ces fjualités sont aussi frappantes sur la célèbre amphore du Musée Grégorien où Achille et Ajax jouent aux dés (6); leurs manteaux sont ornés de dessins répartis en six compartiments au moins, et, ce qui doit être remarqué, empruntés au style géométrique et au style oriental, croix gammées, croix à branches arrondies, grecques, méandres, rosaces, étoiles. La
(1 ! [Klein, np. L, p. 48.]
["l) [/hkl., j)p. BS-'ei.l (3) [Ibld., ])p. 4:3-46.]
(i) [Uei'hiird, Auserl. Vasenh., pl. U2“2-123.j (3) [Ibid., pl. 206.]
(6) [Moniüiænti dell pl. 22; Gerhard, Etriisk. loid Camp. Urts., pl. D, 4 et o.]
A FIGURES NOIRES
panthère et les écailles des serpents sur les boucliers, les cheveux et la barbe des personnages, témoignent d’une exécution mer\ eillcuse dans sa minutie. Cette grande linesse donne aux figures une expression très [larticulière, surtout sur l’autre coté où fartlste a peint le départ des Tyndarides, Castor et Pollux : il arrive à une sorte de grâce un peu apprêtée qui contraste avec la raideur des mouvements. La recherche extrême de l’élégance, alors que l’art n’est jias encore maître de tous ses moyens, produit ici un effet assez semblable à celui ((ue nous constatons avant la Kenaissancc sur quehpics primitifs, mais ce contraste même, qui se retrouve à d’autres époques di' l’histoire de l’art, doit faire hésiter à reconnaître sur ce ^’ase un archaïsme d’imitation (i). Sur une amphore du Musée de Berlin (Hercule étouffant le lion) (2), le style d’Exékias est plus large; mais les inexpériences sont les mêmes et dans quelques parties on retrouve l’artiste amoureux du détail. La même remarque s’applique à un vase de même forme, au iMiisée du Louvre, sur lequel Exéklas a peint Hercule et Géryon (3). Une coupe (Dionysos dans une barque dont le màt porte des pampres et du raisin) re|)réscnte un autre côté de son talent (4)- Ces sortes de vases étaient
(I) [La théorie sur l’archaïsme d’imitation dans les vases peints a été surtout développée par M. Rrunn dans deux mémoires, Pru/jlemc in der (ieschichte der Vusenmnlerri (Munich, 1871 1, (Jeher die Ausgrafjun(/en der Certusa von Bolognn (Munich, 1887), et par un do ses élèves, M. P. Arndt, dans ses Studien zur Vasenknnde, Leipzig-, 1887. Un petit problème d’archéologie se pose au sujet d’un col de cratère qui porte la signature d’Exékias en caractères attiques (E-4-5El<lA$MEnOIE5E) et au-dessous une dédicace on l’on remarque les lettres corinthiennes X = s et M = (XPAINETOMMXAOKXN+APO- POl). M. Rrunn y voit {Problème in der Geseb., p. 11) une marque d’afl'ectalion et d’archaïsme voulu. M. Helhig- a combattu cette opinion [Ihillettino dell /nsi., 187(1, p. 115); il attribue les deux inscriptions à deux mains différentes. Le vase aurait été l'ahriqué et signé par Exékias en .Mtique, puis acheté par Epainétos, auteur de la seconde inscription et habitant d’une ville où l’alphabet corinthien a été employé tardivement, comme Syracuse (cf. Kirchhoff, Sindien, p. 83), enlin transporté par te commerce de Sicile en Ltrurie on il demeura enfoui dans un tombeau. M. Klein reconnaît dans la dédicace le dialecte de Sicyone [op. /., p. 38). On pourrait songer à une autre hypothèse. G’est que le vase aurait été commandé au fabricant attique par un acheteur originaire d’une ville on se conservait l’alphabet corinthien, avec recommandation expresse de tracer la dédicace dans le dialecte de son pays. Ouoi qu’il en soit, on remarque dans les inscriptions d’Exékias d’autres détails qui attestent une haute antiquité, par exemple l’emploi du Ç» dans le mol KAUiÇOM E qvlcin, op. l., p. 39).]
()2) [Gerhard, Etr. und Camp. Vas., pl. 12.]
(3) [Gerhard, Anserl. Vasenb., pl. 107.]
(■4) [Jbid., pl. 49.]
DÉVELOPPEMENT DE LA PEINTURE
moins précieux tpie les amphores; on les décorait plus vite et avec moins de peine; la peinture est donc rapide, moins compliquée, moins "rave: mais la main est la meme. Exékias signait aussi des vases sans
dessins; nous avons déjà remar([ué ce l’ait au sujet de raryballe de Ganiédès (p. aSq) et l’on peut citer un assez grand nombre de peintres à ligures noires qui n’ont pas cru inutile de signer des vases sans peintures : Archiklès, Glaukytès, Xénoklès, Tléson , Hermogénès, Nieostlîènes (i). Ceci nous prouve qu’il est fort important de tenir comj)te de la valeur toute relative que les tableaux avalent aux yeux mêmes des potiers. Le façonnage et la cuisson des pièces, qui exigeaient une grande expérience pratique et une habileté de main consommée, n’avalent pas un moindre mérite, aux yeux des anciens, que la décoration peinte : de là vient que l’on distingue souvent la signature du peintre (éypail-sv) de celle du potier (è-of/iaev), et l’on a la preuve, par la série des inscriptions connues, que les plus grands peintres n’ont pas dédaigné de se faire ]>otlers à l’occasion (2).
Dans l’œuvre assez complète aujourd’hui d’Exékias, si nous trouvons des différences de mérite très sensibles, le style du moins est îe même. Il serait assez difficile d’établir des différences précises entre sa manière et celle d’Amasis; les principes sont les mêmes. Il suffit de comparer les sujets semblables qu’ils ont traités l’un et l’autre, par exemple Achille et l^enthésilée. Le vase d’Amasis et celui d’Exékias sont l’im auprès de l’aulre au British àluseum; on pourrait les croire du même auteur (3). L’amphore d’Amasis, au cabinet des Médailles de Paris
(I) [Vuy. Klein, op. pp. 4-5. On connaît aussi des noms de potiers qui appartiennent probablement à la même période des vases à figures noires, d’après le caractère ancien de leurs inscriptions, et dont nous ne connaissons que des vases sans peintures, par exemple, Ergotélès, Teisias, Kriton; Klein, ihtd., pp. 73, 212- "218. J i2i lOuand le môme artiste a façonné et peint le vase, il a soin de le noter (è'ypx'isv v.x\ Cependant M; Klein pense (jue la simple formule la plus usitée à l’époque
ancienne, doit comprendre, sous une forme abrégée, le double travail du façonnage et de la peinture {Mcislrrsi(jnaturen, p. H). Sur l’emploi des formules sttoîîi, sypaeps, st:o(t,'î3v, sypx'|îv, voy. Klein, op. pp. 12-22; Brunn, l^robleme in der Gesch., pp. 1-9.]
(8) Los deux planches de Gerhard, Auserl. Vasenb., t. lll, pl. 20() et 207, bien qu’elles ne puissent remplacer l’étude des originaux, montrent cependant les grands rapports qu’ont entre eux les deux tableaux.
A FIGURES NOIRES
(Athéné et Poséidon, Dionysos et deux Ménades) (i), est remarquable par le soin du détail uni à une grande inexpérience dans la manière de traiter les mouvements. Scs œnochoés, au British Muséum et au Louvre, encore inédites, sont d’une facture minutieuse et soignée, mais aussi frunc grande raideur d’attitudes.
IL II suffirait de regarder rapidement les vases à ligures rouges pour reconnaître que beaucoiq) d’entre eux ont dù être l’abriqués dans le temps meme où l’on peignait encore des vases à figures noires : le style l’indique clairement. Mais nous avons d’autres preuves irrécusables : les memes poteries portent d’un coté des peintures noires, de l’autre des peintures rouges; les memes artistes ont signé des tableaux des deux genres (2). Entre les premiers peuntres à figures rouges et ceux à figures noires nous constatons j)ar les inscrij)tions des relations cpii pi-ouvent qu’ils étaient contemporains, amis ou rivaux. Les différeuces de stvie que nous cherchons à montrer ne supposent pas un long intervalle de temps. Les progrès de la peinture sur vases se sont faits surtout dans la première moitié du v® siècle et il est possible de prouver que beaucouj) des artistes les plus connus ont vécu dans le même temps (3).
« Parmi les céramographes c(ui nous sont connus (comme ayant peint des figures rouges), dit M. de Witte (4), Andokidès est peut-être de tous celui qui se distingue par son style empreint d’archaïsme et par ses ligures droites et raides, où les détails les plus minutieux, les plus délicats, rappellent les vases les plus soignés à ligures noires, par exemple' ceu.x d’Ainasis. » Andokidès (ANAOKIAE^), en eltet, a peint des ^'ases à la fois à figures noires et à figures rouges, des vases à figures rouges et même à figures blanches (5). Ce seul fait indiquerait qu’il vivait à une époque de transition; le style le montre également. Enfin nous en avons une autre preuve : Tlmagoras nomme Andokidès comme son contemporain, sans doute plus jeune que lui, d’après rinscrlptlon :
(1) [Lenormant et de Witte, Elite céruniocj., 1. 1, pl. 78 ; de Luynes, Desci ipt. de vases, pl. 1-3.] ('2) [Voyez la liste de ces artistes donnée par M. Klein, op. /., p. 7. J
(3) [Les noms d’éphèbes aimés, placés par les peintres sur leurs vases, sont surtout précieu.x pour cette démonstration; voy. Klein, op. /., pp. 23-26.1 ( I) Etude sur Es vases peints, p. 75. fo) [Klein, op. l., pp. 188-191.]
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fîox.sî Ttu-ayùpa (i). Nous avoiis vu que Timagoras appartient aux groupes d’Ainasis et probablement de Taleldès. Les sujets traités par Andokidès appartiennenl j)resfjue tous au genre grave ; il jjeint des dieux et des déesses. Cependant, sur une ainj^hore du Louvre à Tond noir et à figures blanches (a), on voit le connncnceinent de la peinture de genre qui emprunte à la vie réelle scs motifs. D’un côté sont des Amazones, mais de l’autre est une scène de bains où il faut moins reconnaître des Néréides que les l'emmes que les artistes ont depuis si souvent représentées.
Nicosthènes (NIKO^OENEC (3), dont les œuvres sont très nombreuses, présenle plus que tout autre un curieux mélange des deux styles; il est à la lois un ancien et un moderne. Sur près de quatre-vingts de ses œuvi*es aujourd'hui connues, trois seulement sont à figures rouges, deux à la fois à figures rouges et à figures noires. Il connaît tous les procédés de' la peinture noire; il aime les zones d’animaux, les divinités comme l'Ai’témis persique, le sphinx, la sirène; il reproduit la palmette orientale, la Heur et le bouton de lotus. Ses petites amphores, si bien connues de tous les antiquaires (4), ont à la lois un caractère très ancieïi et un air beaucoup plus moderne ; ce n’est pas, à notre avis, que le peintre recherche un archaïsme de convejdion, mais il profite des grands progrès ([ue l’art a faits, et il a une manière un ])eu différente |)Our chaque genre de vase, bien que partout, ce me semble, on reconnaisse sa main. Ses amphores sont des œuM'cs rapides. Quand il décore un grand vase, il lait |)reuve d’une exécution beaucoup ])lus habile. La terre, la couveite, la couleur, tout est plus soigné. Le cratère du British Muséum lune Gigantomachie) est intéressant à ce point de vue (3); il est
^ 1 Hydrie du Louvro ; Brunn, Gescli. (1er çp'. Kunsller, LSo9, t. II, p. 737 ; [Klein, oyj. p. oO. M. Rninn conclut, au contraire, de cette inscription qu'il faut rattacher Timagoras à une époque plus récente; Problème, p. H). Une inscription sur marbre, récemment découverte à 1 Acropole [Mitlheduugen des deut. Insl. iii Athen, tHS7, p. 112; Jahrb. des deut. Inst., 18<S7, p. 113), mentionne le nom d'un .Andokidès qui est sans doute le i)eintre, car il est accompagné d’un nom de potier ; Nr,'7iâo-r,; /.spags-j; p.£ xal 'AvôoxîÔy); àv£9TjX£v.] i2) [Klein, op. p. 189, n” 2. Cette intéressante peinture vient d'être dessinée pour M. J. Six qui comj)te la publier dans la Gnzelle ((rché(dogujue.\
(3) [Klein, op. /., pp. 51-71.]
( 1) [On en connaît aujourd’hui cinquante; et. Klein, /. c.; E. Pottier, Gazelle archéologujue , 1887, p. 108; J. llarrison. Journal of helL sludies, 1887, p. 291.]
•)) lllavvkins. Catalogue of the vases in the hrit. Mas., 1851, n" 5(10.1
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du poLlcr qui a l'aiL laut de vases eouimuns, mais ce joui-Ià Nicosllièiics a mis à son travail tout le soin fjue méritait une œuvre de |)ri\. On voit bien cjne son archaïsme n’est pas d’imitation et (pi’en meme temps il a pu déjà beauconp apprendre. Ses coupes à figures noires (i) sont d’un style qui tient le milieu entre celui des grands vases et celui des petites amphores. Ses œnochoés ou petites cruches à fond blanc jaunâtre rappellent Amasis et Exékias avec plus de naturel dans les attitudes (2); mais ce qui montre le mieux le temps où il a vécu, c’est le canthare qu’il a peint à figures rouges (3). Le sujet (des femmes et des jeunes gens), la manière dont il l’a traité, la vivacité, le naturel et l’esprit de la composition, qui est malheureusement trop libre pour être reproduite, sont déjà dignes des meilleurs peintres à ligures ronges. Nous savons qu’il était leur contemporain, puisque Epiktétos a associé son nom au sien sur une conpe dont l’intérieur jjortc une figure noire et le revers des figures rouges (4). L’œuvre de Nicosthènes a une grande unité, malgré les apparences contraires que l’on a |)rélendu quelquefois y remarquer. Ses peintures diffèrent selon les vases qu’il décore; il a des nuances de style, selon qu’il peint des figures rouges ou des figures noires, selon qu’il traite des sujets religieux ou (pi’il s’inspire de la vie réelle, selon qn’il fait une œuvre de prix ou une poterie ordinaire; mais tous ces aspects divers d’un talent très varié conviennent fort l)ien à un artiste de transition et ses peintures ne sont pas d’nne antre époque que les masques en relief d’un aspect encore ancien fpi’il place parfois sur ses vases.
Si nous possédions plus de vases d’Hischylos (HI5-l-Vfi05) (5), de Chélis (XEUb) (6), d’Epilykos (EPlUVKO^j (7) et de Typheithidès (©V4>EI©1AE$) (8), qui paraissent avoir recherché la combinaison des figures noires avec les
(1) iQiiatre sont publiées; Arch. Zeitumj, I880, pl. 18; Journal of hell . studi.en, 1885, pl. 19; Gerhard, 'frinksdialen., pl. 1; U«ses et coupes du Musée de Berlin, pl. l.J
(“2) [Deux appartiennent au Musée du Louvre; Annali ddl' Inst., 1851, pl. 5-8.]
(3) [De “SVitte, Catalogue Durand, n" 882; Klein, op. L, p. 70, n® 75.]
(i) [AreJt. Zeitung, 1885, pl. 16. J
(0) I Klein, op. /., pp. 97-99; Jahrbuch des deut. Inst., 1888, pl. 12, p. 311.]
(8) [Ibid., pp. 1 18-1 17. J
(7) [Ibid., pp. 111-115.]
(8) [Ibid., p. 97.1
DÉVELOPPEMENT DE LA PEINTURE
ligures rouges sur leurs coupes, nous trouverions, je crois, qu’ils avaient de grands rapports de style avec Nicoslhènes. Parmi les contemporains de ces artistes de transition, il ne faut pas oublier de ranger deux fabricants de coupes très importants par le rôle qu’ils jouent dans la céramique à figures rouges, mais qui, malgré leur prédilection marquée pour ce genre nouveau, n’en ont pas moins conservé sur c}uelqucs-uns tle leurs ju’oduits l’ancien système à figures noires. Ce sont Epiktétos (Enil<TET05) et Pamphaios (PANoAlO^). Le premier a signé avec Nicosthènes et Hiscliylos des coiqies dont les revers sont à figures rouges et dont l’intérieur porte une figure noire (i). Pamphaios est aussi un collaborateur d’I^piktétos (a) et il a signé seul des coupes mi-partie rouges et noires (3).
lit. Nous pouvons donc affirmer que la révolution qui substituait la technique à figures rouges au système des figures noires ne s’est pas opérée brusquement, mais (pi’elle a été préparée et accomplie par les efforts lents et prudents de toute une génération d’artistes parmi lesquels on compte les fabricants les plus actifs et les plus habiles. Nous aia ivons ainsi au seuil d’une ère nouvelle qui va changer complètement les conditions de la peinture antique : la couleur noire qui servait à dessiner les personnages eux-mèmes ne sera plus qu’une couleur de fond et de remplissage; les figures se détacheront en clair sur une surface foncée; le travail sec et anguleux de la pointe sera mis de coté, pour laisser au pinceau plus souple le soin d’indiquer les mille détails du costume, du visage et tle la chevelure. C’est un bouIcN ersement complet, un horizon nouveau ouvert aux artistes, et l’on ne peut comparer à cette révolution féconde et créatrice (pie celle cpii eut lieu au commencement du xv" siècle de notre ère, lors de la découverte de la peinture à l’huile. Après Aiidokidès, Nicosthènes, Kpiktétos et Pamjihaios, c’est une floraison subite d’artistes de premier ordre comme lùqihronios, Kachrylion, Douris et Brygos, qui en cpielcjnes années portent à son plus haut perfectionnement la technique essayée par leurs
(1) jKlein, op. pp. D)l-10"2.]
(2) [Ihid., p. 102, n“ 6.]
(3) [Ihid., p. 01. J
A FIGURES NOIRES
cc.sseur.s. Mais, si Iriompliante qu’elle ait été dès ses débuts, la labricatioii à figures rouges ue put pas annuler complètement l’ancien système à figures noires qui avait pour lui des siècles de pi'atique et qui réussit à prolonger son existence pendant une période encore longue. Aussi, j)our en finir avec les vases de cette classe, devons-nous descendre raj)idement dans le cours des temps et arriver juscpi’à des produits dont les uns datent tout au plus de la liu du v' siècle et dont les autres peuvent être rattachés avec certitude au iv".
('certains peintres, tout en restant attachés à l’ancienne technique, n’ont pas négligé de profiter des progrès réalisés par l’art nouveau. Leurs figures noires sont tracées avec toute l’habileté de dessin et la soiq^lesse tle piticeau qu’on est habitué à remarquer dans les j)einlures à figures rouges : c’est ce dont nous avons (juelques exemples sur des rragments qui probablement proviennent d’amphores panathénaïques ( i ). L ne amphore du cap Colias se rapj)roche de ces fragments, mais fait encore à la convention une part qui, [)our être très restreinte, n’en est pas moins sensible (a). Tl sidïit de la comparer à un autre vase de même forme, à figures rouges, qui représente une exposition funéraii’e et (jui a été troiné au même endroit (3). I^es figures rouges sont bien supérieures aux figures noires. Cependant, sur le vase à peintures noires, le mouvement des hommes qui descendent la bière dans la fosse, les draperies des femmes, plusieurs attitudes sont du plus grand art.
Si la peinture à figures noires ne disparut pas lors même que les ligures rouges furent devenues d’un usage général (4), il semble qu’elle fut surtout réservée à des vases d’un* caractère traditionnel, comme étaient ])ar exemple les lécythes funéraires et les amphores panathénaicfues : nous connaissons une amphore |)anathénaï((ue signée de l’ar-
(1) Benndorf, Gr. iind Sicil. Vas., pl. xi, fig. 1 et '2.
('2) Monumenti deU' Inst., I. VIII, pl. iv, Irt, ; pl. v, I/', 1//.; Collignon, Catalogue, n“ 2U0 bis.
(3) Ibid., pl. V, 2a, 2b, etc.
(i) M. (le Witte, Etude .su?' les vases jteints, p. 12, cite une amphore à ligures noires sur la- (juelle les lettres H et A sont employées (Gerhard, Auseidesene Vasenbilder, t. III, pl. cev, .Achille et Penthésilée, Achille et Memnonl. Le vase est d’une épociue avancée, mais négligé, ün voit bien, si l’on étudie cet exemple, la dilférence qu’il faut faire entre le style à ligure.s noires traitées rapidement quand la peinture rouge est déjà en usage, et les vases soignés, mais anciens, qu'on a cru des imitations d’archaïsme (voy. la note 1 de la p. 3Pt).
DEVELOPPEMENT DE LA PEINTUHE
tisle Sikélos ($IKEUO$j ([u’oii peut eiicoir aUi’ilxicr à la période du \' siècle (i). Meme au in*" siècle, ces vases de destinaliou religieuse gardèrent loujoui's quelque chose de la raideur et parfois de la négligence du style primitif; nous retrouvons (pielque chose' de ce style de convention sur un monument de l’année 3 [3 (si) et, dans tous les cas, les amphores j)anathénaï([ues dont nous connaissons la date (367-3i3) sont bien intérieures comme œio res d’art aux monuments de la même époque ; il me suffira de rappi'lei’ les e'ii-tètes sculptés des décrets datés que j’ai étudiés ailleurs (3).
De cette dernière période du style à figures Jioires nous ne connaissons qu’un artiste ([ui a signé une amphore panathénaiVpie du British iMuser.in, Kittos (KITTOSI) (4); il doit être, d’après la disposition générale du tableau, de (pielques années antérieur à l’année dfiy. L’Athéné archaïfpie, longue, tournée à gauche, est de convention; mais le i-evers, un concoui’s de pancrace, est d’un art libi'e et sûr, d’une e.xéeution habile, bien que i‘a|ji(h‘. T^e revers d’un certain nombre' d’amphores [)anathénaïcjues (5) montre epie dans tous les sujets où la tradition ne s’imposait pas à l’artiste, la |)cinture notre a sui\i le jerogrès généi'al du goût et du dessin. Ce fait est eh' (;eux cpii jjrouvent le mii'ux combien il faut admettre avec réserve la théorie du stvie d’imitation dans la peinture à figures noires, à moins d’avoir de très forte's raisons de croire (ju’un modèle anticpie s’inqjosait au potier pour des motifs religieux qui ne imi'mettaient pas d’en changer le stvie (b).
(1) [Klein, o/y. p. SlL]
(*21 \Momnmnli delV t. X, 1S77, pl. 4.Srt; de Witle, Aunali, 1877, p. ;i:2i.J
(;i) [CL Bullelin de co7-7'rspnndnnee hellénii/iie, II, 1878, pp. 5o!'-o6i).]
(i) \Mo7iu7Jie//tl deH' Inst., 1. X, pl. iS/y, B, et 18//, n” 1:2; de 'NVille. o/>. /., p. 3'2t); Klein,
(5) [Voy. M(jniu7ienti delt hist., 1. X, pl. 18, e, /', <j, /y.]
(6) [Depuis que ce cluipilre a été imprimé, on a publié des inscriptions récemment découvertes sur l’Acropole d’Athènes (|ui fournissent des renseignements très importants pour la chronologie des vases peints et (pii modilient d’une façon assez sensible les conclusions aux- (pielles on s’était arrêté généralement. On a trouvé plusieurs hases de marbre, portant en caractères archaïcpies les noms do peintres connus, Euplironios , Andokidès, Nésiadès, Skythcs. Ces inscrijdions ont été publiées en fac-similés dans le second fascicule des Siiijplo/ienta du jiremier volume du Co/'jjiis Jnsi‘7‘ip(io7i/i77i A/licn7’n77i jiar M. Kirchhoff en 1887, et dans un article du Jah'buch des dent. m-ih. histitnls, 1887, pp. 135 et suiv., par M. Fr. Studniczka. I^es lettres sont de forme très ancienne et datent d’une époque qui paraît
A FIGURES NOIRES
Ici s arrête le manuscrit de M. Dumont. Nous avons expliqué, dans V Introduction, les motifs qui nous ont déterminé à ne pas compléter davantage son travail et à laisser de cête tout(^ l’histoire de la céramique à ligures rouges. Nous nous contenterons de renvoyer aux Mélangeii urchéolof^/iques du tome second et aux ouvrages d’ensemble qui traitent de cette période, comme la préface d’D. .lahii au Catalogue des vases de iMunich, l’htude S7(r les vases peints d(' M. de Whtte (recueil d’articles sur le Musée Campana publiés Gazette des Beaux-Arts, 1864-1866), VEuphronios de .M. Klein (2*= édi¬
tion, Vienne, 1886), Die jüngeren attischen Vasen de .M. Winter, la Céramique grecque de MM. Rayet et Collignon (pour paraître en 1888).]
antérieure aux guerres médiques. Ou suppose que ces bases servaient de supports à de grands vases, consacrés })ar les donateurs sur l'Acropole. En outre, dans les remblais de terre qui ont été accumulés au temps de Gimon, après les guerres médiques, près de l’emplacement de l'ancien Partbénon brûlé par les Perses, on a recueilli en grand nombre des fragments de poteries parmi lesquels on reconnaît des peintures il figures rouges du style de Hiéron et des anses de coupes portant la signature de cet artiste [MiUheilungen des dent. Instituts, tS87, p. 1 12 ; Studniczka, /. r., p. KU). Ges précieux documents sont venus confirmer d'une façon positive ce que l'on soupçonnait déjà d’après quelques fragments à figures rouges signalés autrefois par Ross sur le même emplacement (O. Jabn, Vasrnsaruud. zu München, Einleit., p. CLXxiv; Klein, Euplmmios, '•E édit., p. 36, et vignette, p. 52) : c’est que l’invention de la technique à ligures rouges remonte à une époque antérieure aux guerres mi'diques, peutêtre môme à la lin du vP siècle. Epilvtétos et les peintres qui ont pratiqué les deux systèmes à figures noires et à ligures rouges doivent être placés dans une période voisine de Clisthènes (vers 310 av. J.-C.); il s'en suit que tout le groupe des peintres qui les précèdent et qui n’ont connu que le système des vases à figures noires doit être contemporain des Pisistratkles. C’est dire qu'on arrive à reculer de trente à quarante ans les dates qu’on avait admises jusqu’à présent. 11 faut modifier dans ce sens la chronologie proposée dans les chapitres qui précèdent.
M. Studniczka a tiré de ces faits d’intéressantes conclusions pour les noms d’éphèbes à la mode qu’on lit sur les vases signés à figures rouges. Le beau Léagros, l’ami d’Eupbronios, ne serait autre que celui qui mourut stratège vers 407 et dont parle Hérodote (IX, 73). Glaukon est le fils de Léagros et exerçait un commandement au début de la guerre du Péloponnèse, d’après Thucydide (I, 31). Panaitios, dont le nom revient souvent sur des coupes d’Eupbronios et de Doiiris, est peut-être un des glorieux combattants de Salamine (cf. Studniczka, /. c., p. fOi). On pourrait voir dans une coupe polychrome, qui porte le nom d”.-C'.xi- S'.zor,; xzArL, une allusion au célèbre général athénien; sur un fragment de vase à figures noires est gravé le nom de Xanthippe, fils d’Arriphron et père de Périclès [Ibid., p. 10 Ij. On voit de quelle importance sont ces faits nouveaux pour la chronologie des vases et quelle base de raisonnement solide ils substituent à l’incertitude qui régnait encore dans ces matières. — E. P.]
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