‹ Les céramiques de la Grèce propreChapitre 86 sur 94 · NOTICES PAR M. E. POTTIER · texte numérisé non relu

NOTICES PAR M. E. POTTIER

PlAiN'CHES I ET II.

Vases de Sa7iform. — Voyez le chapitre II, pp. 19-42 (I).

Peanche III.

Vases d’Iahjsos. — Voyez le chapitre III, pp. 43-46, et le chapitre X, p. 171, note I.

Planche IV.

Vases deMycènes. — Voyez le chapitre IV, pp. 47-58, et le chapitre VIII, pp. I03-I04.

Planche V.

Vases de style géomêU'ique et (Mental; type des des. — Voyez le chapitre VII, pp. 81-92 (2).

Planche VI.

Sapho et ses conipagnes. — Ilyclrie à figures rouges du Musée de la Société archéologique d’Athènes (3), trouvée à Vari; en haut de la panse, bande de palmetles réunies par des volutes; en bas, grecque régulière mêlée de croix semées de quatre points. Haut. 0“,30. Depuis que ce vase a été gravé pour l’ouvrage do M . Dumont, il a été publié do nouveau par M. Comparetti qui a réuni les peintures relatives à Sapho (4). Elles

(1) On trouvera dans les Mélanges archéologiques du second volume un article publié par M. Dumont dans le Bulletin de corresqtondance hellénieque sur des vases trouvés à Marseille, dont la forme dérive du type de Santorin.

(2) On trouvera dans les Mélanges archéologiques du second volume un article extrait du Bulletin de correspondance hellénique sur les vases de style géométrique et sur le type des îles.

(3) Cüllignon, Catalogue des vases peints, n" 317, pl. v, 11“ 2ti.

(4) Museo llaliano di Antichità classica , Florence, lS8ti, t. II, jip. i l-SÜ, pl. vi.

CHOIX DE VASES

sont au nombre de six : une hydrie de la colleclion Dzialinsky (1), de style archaïque, avec le dessin du personnage en lignes incisées sur le fond noir et des applications de blanc sur les chairs (2) (Sapbo debout, marchant à droite et jouant de la lyre; inscri}»tion oSAoO) ; un cratère du Musée de Munich (3), à ligures rouges de style sévère (Alcée et Sapho debout et tenant chacun une lyre; inscriptions AUKAIO^, 5A<hO); un vase de la collection Middb'ton (4), à figures rouges de style libre de la tin du v'' siècle (Sapho assise devant Eros volant qui lui tend une couronne; inscrijitions 2IAP4>A, TAAA5I) ; un lécythe cà ligures rouges, d’un lieau style un peu plus tardif (5), dont on a perdu actuellement les traces (Apollon et les Muses, Thamyris assis jouant de la Ivre. Sapbo groupée avec Aphrodite, Peitho et des Eros; inscriptions APOAAAN, OAMYPIE, SIAO. .); enlin une hydrie à figures rouges d’Athènes (G) dont on ne connaît qu’une descriiition (cinq femmes jouant de la musique et parmi elles Sapho assise avec la lyre; inscription $AP4>V) et l’hydrie atlique qui fait le sujet de notre planche.

D'après le style de la peinture et le caractère des inscri])tions (emploi de l’A, du i et du /. forme du A et du P), ce vase peut être de la seconde moitié du v" siècle. 11 y a quelques divergences dans la lecture des inscriptions faite par les savants qui ont examiné l’original à Athènes. 11 n’y a pas d’hésitation sur les noms des compagnes de Sapho, NIKOPOAl^ et I<AAAI5. M. llalhherr, qui a étudié les inscriptions pour M. Comparetti, lit le nom complet de la poétesse, 5APPA? (7), là où MM. Dumont et Collignon ne donnent que ^AP. Sur les côtés du volnmen que tient Sapho assise, M. ÎTalhherr a lu ; PTEPAE(+E)[n et EPEA, c’est-à-dire "xspà é'yyi è'-ea, réminiscence de l’expression homérique -KTepôsvra. M. Collignon a déchiffré pour les premiers mots IITEPAET[1]; M. Dumont, IITEAAET; M. Ileydemann, IITEPOETI (8j. L’inscription centrale se lit assez facilement jusqu’à la huitième ligne : OEOIHEPIANE-

(1) H. de Longpérier, lievue archéolori'ujue , nouvelle série, 1868, i, p. 345; Comparetti, op. /., pp. -iT-ol, pl. III, n° 1; de Witte, Anliqi(il(‘s de l’ hôtel Lambert, n° 32, pl. iii (en couleurs).

(2) Cette technique très particulière se retrouve sur un petit nombre d’exemplaires. Le Mu séc du Louvre en possède des spécimens inédits, trouvés en Grèce, en particulier deux lécythes dont fun représente Iris ou Eos volant, avec un caducée et un coffret dans les mains; sur l'autre est figurée Eos tenant dans ses bras le corps de son fils Memnon ; silhouette entière des personnages en lignes incisées sur le fond noir, applications de couleur rougeâtre et blanche par-dessus le noir. Voy. la notice de la pl. vu. Cf. aussi Collignon, op. /., n” 312; .Xotizia dri vasi dipinti i'inv. a Cama, pl. 5, n“ 2.

(3) O. .lahn, Vasensaavalunrj zu Maachen, n“ 753; Comparetti, op. L, pp. 51-57, pl. iv.

(t) O. Jahn, Ueher die Darstelhmfjen <jr. Dtchler nuf Vasenbild. (extrait des Abhandl. der k. sachs. Gesell. de?- H7ss.), Leipzig, 1861, p. 712, pl. i, I; Comparetti, op. L, pp. 57-59, pl. ni, n“ 2.

(51 Michaelis, Thamij?-h ?ind Sappbo, Leiiizig, 1865; Comparetti, op. L, pp. 59-64, pl. v; Baumeister, /)i-?tk))td/rr des klass. Altert p. 1727, fig. 1809.

(6) Mylonas, Hidlrtin de cor?'esp. bellé?iique, IV, 1880, p. 373; Comparetti, op. L, pp. 7 4-76.

(7) Génitif jiour 'Li.'ppm:.. Le vase décrit par M. Mylonas donne aussi un génitif, ïa7:9[o]'j[;]. Cr. Comparetti, op. L, p. 67 et note 2.

(8) Ileydemann, Epujraphisches auf priech. V((sc?i, dans le Ithenisches Museimi, t. xxxvi, nouvelle série, 1881, pp. 469-470.

PEilNAP+OMAI, Osoi, r,sptcov è-awv xp/o;7.7.t (1). M. Com|)arelti suppose ensuite un mol comme yi^Acov qui ne donnerait pas de sens ]>récis. L’hypothèse de M. Collignon est plus séduisante, «'"'[alo:] vfacov] 'j[p.]vjwv], et elle s’accorde assez bien avec la lecture de M. Dumont, mais elle laisse beaucoup de place aux restitutions. M. Ileydemann propose de lire à'pyoaoci ak^eivl. On ne retrouve malheureusement pas dans les fragments qui nous ont été conservés de Sapho ce début })lein de gravité. Mais il n’est pas douteux qu’il ne fasse partie des œuvres saphiques. Dn connaît plusieurs exemples de ces citations de vers lyriques que les peintres avaient dans la mémoire et ([ui étaient probablement po[)ulaires (2).

M. Comparetti a donné du sujet représenté sur ce vase une interprétation pleine de tact et de goût. On sait quelle répugnance les jieiutres de vases antiques ont eue pour les sujets et les personnages historiques : à peine peut-on citer cinq ou six exemples de ce genre (3). L’inspiration des artistes s’est toujours maintenue dans une région de ])ure impersonnalité, dès qu’il ne s’agit plus de héros empruntés aux mythes, à l’épopée ou à la tragédie. Ce caractère d’idéalisme, attribué aux scènes mêmes de la vie la plus familière, s’est conservé dans tous les ateliers avec une rigueur qui ne laisse pas de déconcerter parfois notre curiosité. Comment comprendre que l’époque de la guerre du l*élopounèse ait été l’époque de la plus féconde production céramique, à Athènes, et que pas une seule peijiture de ce temps ne l’appelle par un trait quelconque ces tragiques événements? Nous y avons perdu sans doute beaucoup, mais d’un autre côté, on ne saurait trop admirer la nature idéaliste de cet art grec du v' siècle qui vit étranger aux réalités de l’histoire et qui sait rejiroduire b's scènes les plus intimes de la vie quotidienne sans qu(î l’actualité y mêle rien de ce (ju’elle a de passager et de vulgaire. Il n’y a nulle part de réalisme plus vivant, et souvent plus hardi, que dans ces peintures; mais ce réalisme naît tout entier de l’observation des formes et des attitudes, de l’étude approfondie de l'homme en général, jamais d’un homme en particulier. C’est ce qui donne à ces esquisses une liberté de dessin et de composition, (]ui rend très difficile le rôle de l’interprète moderne. Jusiju’à quel point l’artiste a-l-il voulu reproduire la

(1) C’est sans doute une erreur d’imprimerie quf s’est glissée dans la transcriiition de ■M. Comparetti, p. (iti, àp/oaïi. M. Ileydemann lit irspl twv èitÉwv au lieu de r,ïp«'jv izéojv.

(2) Monumenli delP Inst., IX, pl. oi; Arc/i. Zeilttii;/, 1873, |)p. 1 et suiv.. pl. i, coupe de Douris; Car]), inscr. (jvxc., n^TlKSO; Kooliler, Millhrili(7i(/en des dctit. Inst, ni Alhen., 1881, p. 2, pl. 1, coupe de Tanagre, citation de Théognis. Pour d’autres inscriptions dont le sens n’esi pas intelligible, cf. Cnlalof/. vf cases in lirit. J/as-., n“'* 903, 905; Gerhard, 7 cinksc/icdeu und Gefnesse, pl. 17, n" 2; Momnncnti deU' Inst., 1830, pl. 20, etc.

(3) O. .lahn, Ueber die Darstell. (jr. Didüer, cite Codrus, .Arcésilas, Darius et la Grèce, la Chasse de Darius. M. Comparetti ajoute la représentation d’Harmodius et d’Arislogitoii {Arch. Zeit., 1802, p. 28.1; 1809, p. 100; 1883, p. 215). Nous citerons aussi le magnificpie vase du Louvre, Crésus sur le bûcher [Monumenli dell’ Inst., 1833, pl. 54). Parmi les poètes désignés par des inscriptions sur les vases, ou ne connaît que Musée, Orphée, Linus, Alcée, Sapho et Anacréon. Homère ne s’est pas encore rencontré une seule fois, malgré le grand nombre de peintures inspirées par ses poèmes (cf. Comparetti, p. 43.)

CHOIX DE VASES

physionomie de tel personnage qu’il désigne par une inscription? Dans quel monde réel ou imaginaire l’a-t-il placé? Quel grain de vérité historique a-t-il entendu conserver, tout en faisant la part la plus large à l’invention? M. Compai’ctti a résolu ces questions, en ce qui regarde Sapho, avec beaucoup de délicatesse. La Sapho que nous représente l’hydrie d’Athènes est l’image convenue et idéale de la prêtresse lesbienne, telle que l’imaginaient les artistes attiques du siècle. La réalité historique y occupe fort peu de place. La légende de Sapho amoureuse et courtisane en est complètement absente. Si le peintre n’avait pas précisé le sujet en inscrivant le nom de Sapho au-dessus de la femme assise et en traçant sur le rouleau qu’elle tient une citation de ses hymnes, nous aurions sous les yeux une de ces scènes de gynécée, si fréquentes sur les vases de cette époque, où les femmes se réunissent pour chanter et faire de la musique (1). L’est ce même modèle, courant dans les ateliers, qui a été répété ici : l'auteur l’a simplement rajeuni et lui a donné plus de piquant en transformant en Sapho la femme assise (2). Mais tout le reste a gardé son aspect de convention idéale. Les noms mêmes qu’on voit auprès des compagnes de Sapho n’ont rien qui rappelle les disciples connues de la grande Lesbienne. Ce sont des noms de femmes libres athéniennes, tels qu’on les lit sur d’autres vases du même temps (3). C’est donc une scène de pure invention qui traduit le rôle important de la musique et de la poésie lyrique dans le monde des femmes athéniennes, en personnifiant ces arts sous une figure plus symbolique encore qu’historique, celle de Sapho.

Planche VIL

Deux femmes drapées. — Ce joli alabasire, trouvé à Athènes, a été dessiné par M. Chajdain dans une collection particulière, d’où il a passé dans celle de M. Sabourolf et en dernier lieu au Musée de Berlin. Haut. 0'^,i5. M. Furtwaengler a publié ce petit vase dans son ouvrage sur la Collection Sabouroff [k] et il a fait remarquer combien la technique en est précieuse pour l’histoire de la période de Irausition entre la céramique à figures noires et celle à figures rouges. L’alabastre tout entier est revêtu d’un vernis noir brillant, par-dessus lerjaelXes, figures ont été peintes en rouge. On sait que l’usage commun est de réserver les personnages sur la couleur naturelle de l’argile rougeâtre; ce n’est que dans la période de décadence, qu’on trouve la couleur rouge rapportée par-dessus le noir (5), et c’est même alors un cas exceptionnel. Ici, nous

(1) Voy. Gomparetti, p. 69.

'2) C’est pour cette raison qu’il faut se garder, comme le dit justement] âl. Gomparetti (p. 50, note 3), de donner le nom de Sapho aux sujets de ce genre qui n’ont pas d’inscriptions. Le concept de la scène du gynécée est né le premier, et c’est ensuite qu’on lui a appliqué le nom de Sapho, d’une façon exceptionnelle et en précisant alors par des inscriptions.

(3) Voy. les vases cités par M. Gomparetti, p. 68 {Bull. arch.Nop., nouvelle série, pl. iii, d; Elue cérariiogr., ii, pl. 80; Cinp. inscr.gr., 8150).

(4) Pl. Liv, n" 1; Vasetisammliing an Antiquarium, n° 4038.

(5) Voy. comme autre exemple à l’époque du style sévère, Furtwaengler, Yasensananl. im Antiqmiraim, n” 4029.

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