‹ Les céramiques de la Grèce propreChapitre 88 sur 94 · DE LA GRÈCE PIDUMIE · texte numérisé non relu

DE LA GRÈCE PIDUMIE

asi

nalure, du costume et du type éj;vptieiis, est très visil)le (1). Sur la coupe d’Ejiiktétos le costume est déjà complètement hellénisé; les ligures se rai)proclient encore du type égyptien. Sur notre vase, qui peut appartenir au second tiers du v'" siècle, à cause du dessin sévère et un peu archaïque de l'Hercule, le lype éthiopien est déjà tourné franchement au grolesque; le crâne chauve et façonné en houle, le développement du phallus, les attitudes burlesques, font penser aux acteurs de (juelquc drame satyrique. Les mêmes caractères, exprimés avec moins de vivacité et d’esprit, se retrouvent SU]’ l'amphore de Bologne et sur l'hydrie de Munich. Sur les trois derniers vases, de l’époque hellénisticpie, on saisit le retour à une conception plus sérieuse, plus théâtrale dans le sens tragique, avec la jirédilection pour les costumes asiati(jues qui est dans le goût du temj)s.

i’i.ANC.HES XIX El' XX.

Tuiles peintes représentant des scènes de la vie familière. — On connaît depuis longtemps des exemplaires de ces curieux monuments qui sont encore rares. M. Benudorf, en 1877, en citait neuf spécimens (ïî) ; actuellement leur nombre est, à ma counaissance, porté à vingt et un, dont quatorze à ligures noires, six à ligures rouges et un sans autre peinture que des traces de couleur rouge et bleue sur un fond blanc (8). Le dernier a été trouvé, dit-on, dans l'île de Rhodes, ce qui indiquerait (|u’on savait en faire usage ailleurs (|u’en Grèce (4). On a longtemps hésité sur la destination de

(l i Cf. Studniczka, 'Ecf. àp/., 188(î, pp. t'i7-D28. Comparez les représentations (rÉthiopiens sur les fragments de Naucralis ( Fl. Peirie, Third Memuir of the Egypt Exploration, pl. v, n" 42) et sur un vased’Amasis [Arch. Zeilung, I8it), pl. 8ii, n’’ 3); le nom même de ce peintre semble indiquer une origine égyptienne ondes relations étroites avec les fahri([ues grecques établies en Afrique.

(2) Gr. and Sied. Vasenh., p. 71.

(3) Voy. la liste dressée par M. F. Studniczka, Jalirbuch des dent. Inst., 1887, p. Gif. note t. J'y ajoute cpialre exemplaires, le n" G de notre pl. xix (voy. p. 383, note 1), un du British Muséum (Salle II, arm. 4; C. S. 1030; à figures noires, provenant d’Athènes (couples d'hommes et de femmes assis face à face; draperies suspendues dans le champï, deux du Musée du Louvre dont l’un, à ligures noires rehaussées de blanc et de rouge, provient d Athènes iMNC. G24. Long. 0,32. A. Amazone décrochant son bouclier suspendu; Amazone à cheval et conduisant un second cheval près d’elle; Amazone marchant à pied, la lance en arrêt. Même style et même sujet que l’imbrex d’Eleusis, Ephéméris archèulog., 1883, pl. 8, n"'* 1, 2, 3. B. Intérieur de gynécée; cimi femmes, dont deux assises, s'occiqicnt au travail de la laine, se mirent, etc. Sur l’extrémité, tête de femme archaïque en relief et guirlande de feuillages blancs sur fond noir). L’autre provenant de l’île de Bhodes LM NB. 3024. Long., 0,27; Vente de la collection Bammeville, n“ 101) et orné d’une tête semblable ne portait pas sur les côtés de figures rouges ni noires, mais une décoration aujourd’hui eflacée en couleur rouge et bleue, sur fond blanc, dans le genre des lécythes blancs iiolychromes.

(4) M. Furtwaengler ne connaissait que des exemplaii'es trouvés en Attique et en Béotie; notice de la Collection Sabouroff, pl. 32, 1.

CHOIX DK VASES

ces demi-cylindres d’argile. On avonlu les expliquer comme nn genre de vases apparenté au rliyton (1). Il paraît aujourd'hui avéré ([ue ce sont des tuiles faîtières qui servaient à décorer le fronton de petits édicules funéraires (2). Oomment ces tuiles s’ajustaient-elles sur le toit? O’est ce qui n’est }»as encore démontré avec précision. M. Studniczka suppose que chacune de ces tuiles représente le couronnement décoratif d’un édicule en hois, ayant les mêmes dimensions que certaines stèles ou 'rASiv. de marbre (3); mais il reconnaît que nous n’avons aucun renseignement sur l’existence de monuments de ce genre. On pourrait, à l’appui de cette hypothèse, rappeler les ex-voto marseillais en forme de petites chapelles (-4), où l’on remanjue que l’arête culminante du fronton a une forme cylindri(jue. Il est probable que ces va.ùîia. ne sont qu'une copie minuscule de constructions (jui existaient, en réalité, dans l’architecture religieuse ou funéraire. Dès lors, l'emploi de tuiles demi-cylindriques, recouvrant l’arête du fronton et bouchant les interstices qui se pj'oduisent à cet endroit, paraîtrait tout naturel. On ])eut supposer encore ({ue des tuiles de ce genre ont pu garnir non seulement l’arête, mais aussi les deux pentes du fronton. Le système de couverture eu terre cuite admet deux genres de tuiles : 1" les GoD.r.vs:, disposées bout à bout, la jiartie creuse exposée à l’air et formant une longue rigole pour les eaux de pluie; 2" les xy.Â'j77Tr,p£;, dis[)osées bout à bout, mais inversement, et recouvrant de leur partie creuse l'arête formée par deux rangées de c(oXr,v£ç (5). Le sont des qu(' nous posséderions, et leur décoration indi(iuerait qu'('lles terminaient le bout d’une rangée. Le rebord saillant, ({ui déborde en dessous du masque de femme, s’appliquerait contre la paroi extérieure du fronton ; les têtes en relief on peintes formeraient, de distance en distance, une série de médaillons décoratifs sur les deux pentes. Mais il reste à expliquer, dans ce système, pourquoi l'on ne trouve jamais qu'une ou deux tuiles isolées, et non ])as une série entière })rov('nant de la décoration d’un toit, pourquoi l'on no recueille pas à coté d’elles les tuiles intermédiaires, les II y a là

certaines obscurités que des fouilles plus scientifiques aideront sans doute un jour à résoudre.

Les exemjdaires dessinés à Athènes par M. Lbaplain appartiennent au Musée de la Société arohéologi(|ue (6). Un seul, à figures noires, se ti'ouvait dans une collection

(1) Hcnndorf, op. /., p. 72, 73.

(2) Fiirtwaenglcr, l. r.: Rayet et Collignon, Cércnnique grecque, p. 38!>-390. .le ferai remarquer qu’on n’a fait que revenir à l’explication la plus ancienne; cf. Hawkins, Catalogue of vas. lu the Hrh. Mus., n“ 713 ; Rirch, llisl. of. auc. Potlery, p. 197.

(3) Jaltrbuch des deut. Inst., 1887, p. 71, et vignette p. (19.

(i) Arch. .\nzeiger, 1866, pl. B ; Schreiber, /y/Werut/as, pl. 13, u“ 1 i.

(3) Voy. cette disposition dans deux constructions d’époque très différente , l’Héraiou dOlympie (Bœtticher, Olguipia, p. 196; Schreiber, op. L, pl. 32, n“ll; cf. Dœrpfeld, fîra'ber, Bormann et Sicbold, Ueber die Verirenduug von Terrakolten ani Geison und Dache grieeh. Bamv.) et un édifice d’Ostie (Campana, Opéré in plastica, 1, pl. 6; Schreiber, op. /., pl. 52, n“ 12).

(6) Dans la pl. xix, les n"* 1 et 2 = Collignon, Catalogue, n° 3ii; Studniczka, L c., N; les

DE LA GRECE P RO R RE

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particulière (1) ; il devait [)urter une tète de femme en relief comme les autres tuiles de cette catégorie. Au contraire, sur tous les spécimens à figures rouges, le masque eu relief, représentant sans doute la déesse protectrice des morts, Déméter ou Coré, est remplacé par une ligure peinte. Le style de ces têtes indique encore le v'' siècle (i^); l’artiste a probablement voulu reiiréseuter la même divinité, mais il y met un accent un peu plus moderne (3). Lu cbaugemeut analogue a eu lieu dans la [teinture des revers : les ligures mythologiques des spécimens à figures noires, Dionysos et Ariane, les Amazones, disparaissent sur les tuiles à figures rouges pour faire place à des scènes familières de gynécée.

Planches XXI et XXII.

Petits vases à ornements dorés, représentant des jeux d’enfants et des scènes d'amour. — Toute cette série de petites œnochoés et de lécythcsaryballisques se rattacbeut à une catégorie atlique fort nombreuse dont nous avons étudié deux des plus beaux spécimens dans les [tlanches vin et xii-xiii. Ceux-ci mar([uent un changement de plus dans la technique; à l’emploi de la dorure s'ajoutent des applications de blanc sur les chairs nues des femmes et des enfants. A la fin du v'^ siècle, les peintres paraissent fatigués de la sobriété monochrome des peintures à figures rouges; ils tendent peu à peu h introduire dans cette classe de vases les tons [lolycbromes qui avaient fait autrefois le succès des vases à figures noires archaïques et, de leur temps même, créé la vogue des poteries à fond blanc (4). C’est donc un retour aux [irocédés anciens; plus tard, à la fin du iv° et au iif siècle, le cercle sera parcouru en entier et la technique des peintres revenue en quelque sorte à son point de départ, au système du vi" siècle, c’est-à-dire aux retouches de deux couleurs, blanches et rouges. Toute la dillerence est que ces retouches seront alors appliquées sur des figures rouges, au lieu de l’être sur des figures noires comme autrefois.

Les petits vases à figures rouges, rehaussées de touches blanches et de saillies dorées, ont fait l’objet de nombreuses publications (5). La forme du lécythc aryballisquo est la

n"* 3, i, 5 -= Gollignon, n° 512; Studniczka, M. Celui de la pl. xx, à lig. rouges = Collignon, n“ 543; Rayet et Collignon, Ci'-rrnnicjue grecque, tig. 144; Studniczka, Ù.

(l) C’est le n” d de la pl. xix que M. Studniczka, /. c., D, assimile à tort au n" 22d du Culalogue de M. Collignon. La description indique un sujet touf différent. Le nôtre, d’après les indications fournies à M. Dumont, a été trouvé à Tanagre.Les figures noires sont rehaussées de touches blanches et rouges. Long., 0,28.

(2j IM. Furtwaengler, /. c., ne croit pas qu’aucun exemplaire soit postérieur à fan 400.

(3) Comparez une tète de femme en médaillon sur un couvercle de pyxis; ('ullection Sahouroff, pl. 55, n" 2.

(4) Voyez la notice des pl. xi, xiv et xxiv.

[o) U. Jahn, Ueher hemahe. Vasen mit Gotdscinnuk, \ deWitte, Revue arc héolug 1863, I, p. 1-1 1 ; Collignon, ihid., 1875, II, p. 1-3, Catalogue d' Athènes, n“® 554-570; Stephani,

C.-Rendu, p. 1863, pl. ii; 1871, p. 201, pl. vi , n““3-5; Froehner, Musées de France, pl. 13,

CHOIX DC VASES

plus fréquente, colle (le la petite œnochoo un peu plusrarc ; quelques vases dont la hase se termine en forme de gland sont tout à fait exceptionnels et très fins de style (1). lleancoup de ces vases oui été trouvés en Grèce même et l’on a des raisons très fortes de penser que c’était une de l’industrie attique (ïl) qui commence dans la

seconde moitié du v*" siècle et qui persiste pendant une partie du iv°. Les scènes sont celles que l’on trouve sur les vases à figures rouges de la même époque, Aphrodite et Éros sous les traits d’une helle jeune femme et d’un garçon, des scènes de gynécée et de toilette, des jeux d'enfants.

Dans notre planche xxi, le n" 1-2 est une œnnchoé du Musée d’Athènes. D’après .M. Collignon (3), le jeune garçon agenouillé retient de la main gauche le col d’une amphore inclinée, et de la droite verse dans l’amphore le contenu d’un petit vase, sorte de prochoos. Il semble qu’il soit occupé à houcher l’amphore avec de l’huile, l’eut-être aussi s’agil-il d'un jeu dont le caractère ne nous est pas bien connu, caries scènes d’enfants jouant avec des vases sont répétées à satiété sur ces peintures (4). On pourrait ])enser (uicore à la fêle attique des < )ivi«7Tr,pta, où les libations de vin étaient confiées spécialement aux enfants (5). Le n” 3 est un lécythe aryballisque de la collection Rendis, qui a passé au Musée d’art et d’industrie de Vienne (6j : Aphrodite on une jeune femme agenouillée et Gros déposent des couronnes sur une petite élévation de terrain dans la(|uelle M, Renndorf verrait peut-être un tombeau; mais il ne me paraît pas nécessaire de prêter un sens funéraire à cette rejirésentation. Les deu.x autres lécythes, n"'' 4 et o, ajtpartiennent, comme l'œiiocboé 1-2, au Musée d’Athènes (7); ils représentent probablement, transportée dans le monde des Eros et des jeunes femmes, une scène de la vie familière, le couronnement et l’adoration des petits hennés, des idoles protectrices du foyer que chaque famille conservait précieusement dans ses àpgàpvx (8) ; d’autres y voient un sacrifice amoureux (9). On remarquera la forme très archaïque que ces idoles ont conservée, ce qui prouve qu’au iv“ siècle encore on avait

n°" 3, -t ; t’iot, archéolofflqiie, 1878, p. 53; G. Robert, Amiall, 1879, p. 222; Arch. Zei-

lung, 1879, p. 78; Kürte, iùifl., p. 93-9ti; Renndorf, Gr. wid Sicil. TV/s., p. 55, 58, 75; Heydeniann, Gi\ V(is(‘nhUder,\). 2, 7, 9, 12; Furtwaengler, Collection Sabonroff, notice de la pl. ti2; E. Müller, Feslgruss de?- a?'c/i. Snninil. de?' Zib'iclte?' Hochschnle, 1887, p. 10-15, pl. 2; Rayet et Collignon, Céi'amiguc g?'ecque, p. 252 et suiv., etc.

(Ij Korle, l. c., p. 95; Furtwaengler, /. c.

(2) Collignon, l. c., p. 79; Rayet et Collignon, op. p. 252.

(3) Catalogne des vases peints, n° 109.

(i) Cf. Gazette a?'chéol., 1878, jd. 7; A?'ch. Zeitimg, 1879, p. 78 et sniv , pl. 0, n"* 1 et i; Renndorf, op. /., pl. 36, n" 5; Heydemann, op. /., pl. 12, n“'‘ 1 et i-lO, pl. addit., iF" i, 8.

(3) llésychius, s. v.; Pollux, ni, 32; vi, 22; Athénée, xi, 494. Cf. l'article de M. Saglio, Chous, dans le Dict. des antiq. g?', et ?'ontaines; E. Müller, op. L, p. 15, pour les rapprochements à faire avec la fôte dos Anthestéries.

(6) Renndorf, op. /., jil. 31, n° 2.

(7) Collignon, cgi. /., n“ 462 (Renndorf, pl. 31, n“ 5) et n° 465.

(8) Cf. E. Pottier, Quamob causant G?'xci /igl. sigilla depos., p. 59-60.

(0) Renndorf, op. L, p. 66.

DE LA r.RÈEE rROPllE.

sous les yeux dos types religieux qui perpétuaient, dans les petits monuments de j)ierre ou d’argile, des formes beaucoup plus anciennes (1).

Dans la jdanche xxii, le lécytlie aryballisque n° 1, autrefois dans une collection d’Athènes, appartient actuellement au Musée de Vienne (ïî) : Aprodite nue est soulevée de terre et assise sur l’épaule d’Eros agenouillé, pendant qu’une autre femme nue, accroupie, présente à la déesse un miroir 11 n’y a pas à chercher autre chose dans cette composition, comme l’a dit IM. Denndorf, qu’un piquant mélange de mythologie et de réalisme qui est tout à fait dans le goût des artistes de cette époque. 11 en est de même pour les deux autres lécythes. Le n” 2, trouvé cà Corinthe, a passé au Musée de Derlin (3) : Aphrodite demi-nue est portée par un cygne volant ^4); Eros la précède à gauche tenant un thymiaterion ; un jeune homme nu, assis à droite, appuyé sur un bâton, regarde cette scène. En vase semblable, découvert à Athènes et sorti probablement des mains du même fabricant, montre comment les artistes répétaient leurs compositions sans pourtant les reproduire identi(juemcnt : Aphrodite au centre est traînée par un attelage de colombes; l’éphèhe assis est placé à gauche, Eros à droit(' avec une coui’onne (5). Le n“ 3, recueilli aussi près de Corinthe, a été dessiné en Grèce dans une collection particulière (h). Eros, dit M. lleundorf, se présente devant une jeune fdle en messager d’amour envoyé par nn éphèbe (pii, appuyé sur deux lances, attend le résultat de l’entrevue. L’oie placée près de la femme ligure très souvent dans les scènes d’intérieur et représente les animaux favoris qu’on nourrissait dans le gynécée.

Planciik XXIII.

Punition de pirates précipités à la mer. — Lécythe à fond bistre et à ligures noires, trouvé en Attique, actuellement au Musée d’Athènes (7). Haut., 0,275. M.G. Ilirschfeld, qui a le premier publié ce vase (8j, l’a expliqué, non sans queh[ues réserves, comme l’épisode des pirates tyrrhéniens punis par Dionysos et l’a comparé à la scène représentée sur la frise du monument de Lysicrate, à Athènes (9). Il a été conduit par ce rapprochement à admettre que le peintre s’est inspiré librement de la sculpture et,

(1) Cf. E. Pottier et S. Itcinach, Nécropole de Mijrina, p. lo4-lo(i, 202, 380-387.

(2) Benndorf, op. /., pl. 38 (en couleurs).

(3) Ibid., pl. 37, n” 3; Furlwaengler, Antiquar., n'’2088.

(4) Pour l’étude do ce type très souvent répété dans l’art antique, cf. Benndorf, 1. c., p. 75- 81 ; E. Pottier et S. Beinach, op.L, p. 277-278.

(o) Stackclberg, Graeber dcrllelL, pl. 28, n” 3; Benndorf, op. p. 81-82.

(0) Benndorf, op. /., pl. 30, n" 2.

(7) Collignon, CaUdoçpie des vases peints, n” 377.

(8) Arck. Zeitung, 1873, p. 52, pl. 5. La planche est mal faite, inexacte dans les détails et dans le dessin des personnages. Dn se rendra beaucoup mieux compte ici de la facture souple et habile de la peinture, qui est seulement un peu hâtive.

(9) Müller-Wieseler, Denktnaler der allen Kunst, I, pl. 37.

CHOIX DE VASES

comme celle-ci est datée (334 av. J.-C.), le vase ne pourrait être que de la lin du iv'' siècle. 11 me paraît difficile de l’attribuer à une époque aussi basse. Il appartient par la tecliniqne au groupe des lécythes à fond clair et à silbouettes noires incisées que nous avons étudiés plus haut (pl. x) ; la couleur noire a disparu dans l’intérieur des ligures et il ne reste plus (jue les contours des personnages avec les traits gravés, mais on n’a pas de doutes sur la catégorie dans laquelle on doit ranger ce monumeiil (1). Le slyle est aussi libre que dans les vases à figures rouges, mais il n’y a pas encoi’o trace de décadence ;i proprement parler. Une solution pins vraisemblable, h mon avis, a été pi'oposée par M. Hrnnn, (jiii la doit à iM. Iv. Ilofi'mann. Il s’agirait d’une j)unition, pratiquée autrefois dans la marine de })lu.sieurs pays et (jue les anciens ont sans doute l'onnne. C’est ce qu’on appelle « donner la cale ». On attachait le patient à des amarres, on le jetait à l’ean et on le faisait passer sous la quille du hateau. Ce bain forcé pouvait même entraîner la mort. Les faits de piraterie, si fréquents dans la vie antique, avaient peut-être rendu ce genre d’exécution assez ordinaire pour qu'un peintre eût l’idée de b* reproduire. Le commandant du navire, assis sur le bord d’un rivage escarpé, ])réside à la punition de deux condamnés qn’on précipite à la mer et qu’on maintiendra sous l'eau plus on moins longtemps au moyen d’une perche. Un troisième attend son tour, attaché à la proue du navire dont on aperçoit une partie à gauche et dont le reste se dissimule derrière la falaise. Deux poissons et une pieuvre figurent l’eau (2).

Planches XXIV-XXVL

Les o/frandrs des parents à ht marte. — M. Dumont a voulu, dans son Choix de vases de la Grèce propre, donner une place considérable aux lécythes blancs atliques. Ces vases se recommandent, en ell'et, à l’attention par la technique même qui paraît emj)runtée directement à la grande peinture on l’usage était de recouvrir la surface d’un enduit blanc avant de peindre au trait les personnages (3), par l’emploi des

tons polychromes et par l’admirable beauté du dessin qui s’inspire des plus purs modèles de l’art atti(pie, en particulier des sculptures de Phidias et de son école. Cette céramique nous olfre l’image la plus fidèle de ce (jue pouvait être un tableau de maître grec dans la seconde moitié du v*" siècle : elle est pour nous le précieux reflet d œuvres à jamais détruites par le temps. De là son importance dans l’bistoire des produits de l’art grec et les travaux nombreux dont elle a été l’objet (4). Pour l’étude de la

(1) Cf. llirschfeld etCollignon, /. c.

(2) On reconnaît encore à quelques traces que l’eau était indiquée. Ces traces sont trop lourdement reproduites dans la planche de VArch. ZeÂiumj.

(3) Cl. flaoul Itochette, /Um/M/'c.s antap inédites, p. 28; Benndorf, Cr. und Sied. Vasenb., ]). 8, 11, 27. I\I. Collignon, Céramitpæ (p-ectpie, p. 227, a rappelé heureusement un vers d’Aristophane (Acc/es/fl:., llülj qui compare à un lécythe blanc les joues fardées d’une vieille coquette.

(i) Stackolberg, Graeher der Hell., pl. .ii-{8; Benndorf, np. l., p. 2o et suiv., pl. 11-27, 33, .)!; E. Bottier, htude sur tes /éci/thes blancs altiijncs, 1883; von Duhn, Arch. Zeitung, 1885,

DE LA GMÈGE PROr'RE.

technique et pour l’introduction du décor au trait simple sur fond blanc, je renvoie à la notice de la planche xi. Sur l’ensemble des sujets traités par les peintres de lécythes blancs, leur rôle dans les funérailles, leur im})ortance dans l’histoire des rites funéraires et des croyances religieuses, on consultera, dans les Mélanges archéologiques du tome second, le com})te rendu de l’ouvrage de M. Benndorf fait par M. Dumont, V Etude sur les lécythes blancs à représentations funéraires que j’ai choisie comme sujdt de thèse sur les conseils de mon regretté maître et ami, et la Céramique grecque de MM. llayet et Collignon.

Le vase de la planche xxiv appartient au Musée d’Athènes (1) ; celui des planches xxv- XXVI a été dessiné dans une collection particulière et a passé au Musée du Louvre (4). Tous deux repi'ésentent l’épisode des offrandes apportées par les parents au tombeau; c.’est celui qui est le plus souvent répété sur ces peintures funéraires (3). Un ]»oint discuté est de savoir si la femme assise sur les degrés de la stèle personnifie la morte elle-même ou simplement une parente. J’ai examiné cette ipiestion (4) en adoptant une solution mixte : s’il est vrai que le plus souvent on a voulu désigner la morte par l’attitude assise et par les gestes de la femme qui reçoit les olfrandes, il est dangereux d’autre part d’établir une règle formelle à ce sujet, car les peintres, comme les sculpteurs de bas-reliefs, ont admis beaucoup de variantes, et ce serait oublier une des qualités essentielles de leur art, la liberté d’invention et de composition, que de vouloir les enfermer dans des formules uniformes. Dans certaines peintures, la femme assise exprime clairement son rôle de survivante par des gestes désespérés, incompatibles av(‘c la dignité solennelle et tranquille de la mort. Ici, la physionomie doucement mélancolique et résignée d’une des femmes assises, les offrandes qn’on place dans la main de l’antre, semblent marquer le caractère }uirement idéal et poétique de ces ligures, ressuscitées un moment par l’imagination du peintre pour venir se mêler à leurs proches et recevoir leurs pieux hommages avec leurs présents (5).

Par le style et la composition, la grâce et la souplesse du dessin, ces deux vases méritent d’être placés à côté des plus beaux produits do la céramique funéraire à fond blanc, comme le lécytbe d’Égine et le lécythe du Musée de Berlin qui représentent le même sujet (6).

p. l-'Si, pl. 2-3 ; Jahrbucli des dent. Inst., 1887, p. 2i0 eiAatIke Denkniüler, 1, pl. 23 ; H. Wright, American Journal of Archeology, II, p. 383, pl. 10-13; Furtwaengler, Collection Saùouro/f, pl. 60; Éphéméris archéologique, 188(i, p. 31, pl. -i ; Rayet et Collignon, Cératnique grec(iue, pp. 225-238.

(1) Collignon, Catalogue, n“ (331. Haut., 0,57.

(2) M. Dumont l’a d’abord publié en vignette dans son article de la Gazette des Beaux-arts , 1874, I, p. 128; cf. Rayet et Collignon, op. L, p. 237, fig. 88.

(3) Cf. E. Pottier, op. L, pp. 51-74; Rayet et Collignon, op. pp. 233-237.

(4) Ibid., p. 03-64. Cf. Furtwaengler, Collection Sabouroff) notice de la pl. 60; Rayet et Collignon, op. L, pp. 233-236.

(5) Sur les oiseaux offerts à la morte, cf. E. Pottier, op. L, p. 20-22, et pl. 4 ; sur la bandelette, l’éventail, la corbeille et les vases, ibid., p. 18, 19, 65-69.

(6) Ibid., p. 121 ; Benndorf, op. L, pl. 25 et 26; Furtwaengler, Antiquarium, n® 2151.

CHOIX DE VASES

l’r.ANciiKS XXYll - XXIX.

La drposil.ioii (la mort an tomhraa par TIanuitos (tt Hypjnos. — Ces deux lécyllies blancs appartiennent au Musée d’Athènes (Ij. M. Dumont a déjà signalé l’admii'able perfection du premier (2j,la beauté poétique de cette fiction (jui montre la jeune femme doucement endormie et déposée dans le tombeau par la Mort et le Sommeil, sous la forme de deux beaux génies ailés. J'ai rassemblé les peintures relatives à ce sujet, en expliquant l’éplièbe placé au second plan comme un assistant, et non comme Hermès Psycbopompe (3). La seconde peinture, inférieure pour la linesse du style, n’est qu'une variante de la même composition, appliquée à un homme. Un autre lécythe représente avec des détails analogues rensevelissement d’un guerrier (4).

Planches XXX -XXXI.

Coupes et fragments (le coapes ornées de reliefs. — Sur l’ensemble de ces vases, voy. la notice de la pl. xi. (.4).

Planche XXX II.

L’exposition (la mort sar sonlit. — Celécythe blanc appartient au Musée d’Atbènes(6) C’est le premier acte de la cérémonie funéraire qui se continue par rs/.9'jpa, ou convoi funèbre, et se termine par l’ensevelissement. Les femmes sont spécialement chargées du soin de faire la toilette du mort, de le couronner de tleurs et de l’exposer sur son lit où il reste à visage découvert, suivant l’iisage qui persiste aujourd’hui encore en Orient (7). La présence des grands lécytbes funéraires, placés à la tête et au pied du lit, nous explique clairement à quoi servait dans les funérailles ce genre de poteries : c’est un commentaire illustré de certains vers d’Aristophane (8), et un scholiaste nous apprend qu’on y plaçait le parfum appelé v.fpov (9). L’oiseau familier, placé sous le lit. sera tout à l’heure, comme nous l’avons vu (pl. xxv-xxvi), apporté en offrande au tombeau (1 0).

(1) Gollignon, op. n®* 630, 631.

(2) Voy., dans les Méhonjes archéologiques du tome second, l’article extrait de la Gazette des J{eaux-.\rts, 1874, I, p. 131-132; Rayet et Collignon, op. /., p. 231, lig. 85.

(3) E. Pottier, op. L, p. 23-33. Je crois actuellement que le spécimen que j’ai publié dans la pl. Il est au moins très fortement retouché et repeint.

(4) Furtwaengler, Antiqunrium, n"2ia6; G. Robert, Thanutos, ))1. 1.

(3) Le numérotage des planches publiées du vivant de M. Dumont ne m'a pas permis de rétablir l’ordre logique et de placer ensemble, comme il conviendrait, tous les vases à reliefs.

(6) Gollignon, op. n“ 620.

(T) Gf. E. Pottier, op. /., p. 11-22.

(8) Ecclesiaz., v. 996, 1032, 1 153.

(9) Schol. Plat. /lipp. min., p. 368 G; E. Pottier, op. /., p. 2, 19-20.

(10) Ihid., p. 20-22 et pl. iv.

DE LA GRÊLE IMiOPUE.

3<Sît

Planche XXXI 1 1.

Fraarnents de coupes ornées de reliefs. — Voy. la notice do la pl. xl.

Planche XXXIV.

[m barque de Charon. — Ces deux lécythes blancs ont été dessinés dans la collection réunie an Ministère des cultes, à Athènes (i). Cet épisode, sans doute emprunté à un tableau de Polygnote (â), est fréquemment représenté (d) avec des variantes d'attitudes et d’accessoires qui attestent ringénieuse adresse des peintres à reproduire sans cesse le mémo motifsans jamais le calquer servilement (4). On remanpicra avec quelle sûreté de goût le peintre a indiqué dans les traits de Cbaron une certaine rudesse, sans s’écartei' du type idéal et ennobli qui marque de son empreinte tontes les œuvres de ce temps (5). .l’ai montré que les croyances religieuses des Grecs, relatives à la vie future et au séjour des morts dans les Enfers, n’avaient pas à jiroprement parler de caractère dogmatique : ce sont des idées pins poétiques encore que mystiques; leur indécision était un charme de plus pour les anciens. On admettait d’une part que l’ombre vit •nifermée dans le tomlteau, qu’elle y reçoit les olfrandes de ses proches, et l’imagination du peintre nous l’a montrée tout à l’heure assise sur les degrés de la stèle, présidant elle-même aux scènes de regrets et de pieux hommages dont elle est l’objet. Mais, d’autre part, rien n’empêchait de supposer une réunion de toutes les ombres au centre d’un royaume mystérieux et infernal, llypnos et Tbanatos porteront doucement la morte endormie au lieu de la sépulture; Hermès Psycbopompe (6) l’éveillera pour la conduire au nocher Charon qui, à son tour, la transportera de l’autre côté de l’Achéron. Ces trois épisodes de la vie future ne sont même pas liés l’un à l’antre par des liens logiques et indissolubles, tant le rôle de l’imagination reste prépondérant! C’est parfois Charon lui-même qui vient chercher le défunt jusqu’aux pieds de son tombeau (7); l’intermédiaire, Hermès Psycbopompe, a été suj>j)rimé. Rien ne fait mieux comprendre la lilmrté des croyances religieuses en Grèce, si éloignées de la netteté précise, de l’autorité impérieuse qui est le caractiu-e des dogmes modernes. La religion n’était là qu’une création de la poésie et de l’art.

(1) Gollignon, op. n“ ti3'2, note d et e; Bidkthide correspondance hellénique, 1877, pl. 1.

Pausanias, X, 31, .3. Cf. E. Pottier, op. L, p. 1 10-1 1 1.

(3) Ibid., p. 34-50; Arch. Zeilnng, 1885, pl. !2-3 ; .\ntike Denhnaclcr, I, pl. 23.

(i) E. Pottier, op. L, p. 108, 121-122.

(5) Ibid., p. 129.

(6) Sur ce genre de représentation, voy. ibuL, p. 39-43, pl. 3.

(7) Cf. ibid., p. 40. De nouvelles peintures ont été publiées : American Journal of A.r ch., II, pl. 12, lig. 2; Antikc Denkmaelcr , I, j)!. 23.

CHOIX DE VASES

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