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nombre de membres tant français qu'étrangers; il fallut absolument chercher une nouvelle résidence ou nommer une commission, qui arrêta son choix sur l'hôtel qui fait le coin du boulevard Montmartre et de la rue Drouot, alors occupé par un grand marchand de meubles, nommé Lesage, dont on reprit le bail. On dépensa immédiatement cent cinquante mille francs pour l'installation.
Le cercle entrait désormais dans sa période sérieuse.
Je trouve parmi les membres reçus dans ces premières années Je ne cite que les plus marquants) : le comte d'Orsay, le duc de Mouchy, le prince Tufiakin, M. Yakouleff, un Dusse qui jouissait, dit-on, d'un revenu de cinq millions, le comte Germain, MM. James de Rothschild, dud'de Valençay, Casariera, Pourtalès, marquis d'Aligre, Barbet de Jouy, prince Poniatovvski, comte de Flahaut, duc de Palméla, prince Schwartzenberg, comte de Rambuteau, Eugène Sue, MarocheUi, prince de Chimay, M. Lherbette, Iturbide (fils de l'empereur du Mexique), sir Buhver, Grégoire Gltika, M. le comte Walewski, M. de Morny, etc., etc.
M. de Walewski appartenait alors à l'armée ; il était capitaine au 4 e régiment de hussards, après avoir débuté dans la politique à l'âge où on étudie encore le code. A vingt ans il avait été envoyé à Londres pour traiter des destinées de la Pologne avec ces mêmes hommes auxquels il devait transmettre, vingt-cinq ans plus tard, comme ambassadeur de France, les vœux du gouvernement. Il avait coupé ses moustaches de hussard pour se faire publiciste et diriger le Messager des Chambres, signé des premiers-Paris, et donné une pièce en cinq actes à la Comédie-Française, où plus tard il devait, comme ministre d'État, laisser trace de son passage.
Il est probable que le comte de Walewski s'est souvent rappelé sa courfe carrière dramatique, car jamais ministre d'Etat n'insista davantage sur l'importance qu'il y a et cultiver le répertoire classique.
Quant à M. de Morny, il est entré au cercle en 1838, à son retour d'Afrique. Il représentait au Jockey la jeune armée ; c'était un brillant officier. Au sortir de l'école d'état-major il était entré comme fous-lieutenant au 1 er régiment de lanciers, et avait sollicité son départ pourTAlgérie. Attaché à l'état-inajor du général Oudinot, il traversai
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accompagna de son ami, M. Adolphe de Caraman, toute l'armée d' Abd-el-Kader pour rejoindre l'avant garde de nos troupes. Au siège de Constantine, il reçut, h côté du générai Trézel; quatre balles, dont Tune lui rasa le sommet du crû ne, enlevant une touffe de cheveux; l'autre vint s'amortir sur le cuir de sa botte ; la troisième se perdit dans les plis de sa capote, et la quatrième brisa la poignée d'un des pistolets passés à sa ceinture.
Nommé chevalier de la Légion d'honneur sur le champ de bataille, M. de Morny, dans sa courte carrière militaire, laissa les meilleurs souvenirs. Le climat de l'Afrique avait ruiné sa santé; il sollicita un congé de convalescence; on le lui refusa. — C'était flatteur pour lui ; mais comme on n'entrevoyait pas (rengagements sérieux, M. de Morny, très-fatigué de la vie des camps, donna sa démission après six ans de service.
Par ce temps d'autographes, il serait curieux de publier un passage d'une lettre dont M. Véron, qui a fait un joli portrait de M. de Morny, pourrait nous donner des nouvelles; elle est du duc d'Orléans, adressée au duc de Nemours, et contient cette ligne, qui laisse entrevoir les succès de M. do Morny, alors que, comme le Chavigny du Caprice, il avait encore sa taille du régiment :
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« A propos de femmes éptorées, tu sauras que Morny part pour X Afrique. »
Spirituelle comme toute la correspondance du duc d'Orléans, cette ligne ouvre des horizons; on voit défiler, long voilées et les yeux tournés vers la plage africaine, des théories de blanches énamourées.
Il y aurait une bonne étude à faire, un joli portrait à esquisser : M. de Morny, élevé sur les genoux de son aïeule, madame de Souza, l'auteur à' Adèle de Sénanges, est un type d'homme du monde et d'artiste qu'on aimerait à étudier ; il faudrait, pour cela, que le duc n'occupât pas une aussi haute position.
Aujourd'hui l'éloge devient suspect
M. Daru, ex-officier de cavalerie, devenu administrateur de plusieurs chemins à l'étranger, était aussi de ce temps-là. Quant à M. de Montguyon, dont le nom est resté plus intimement lié aux premiers temps du Jockey, il était très-préoccupé des choses du monde dansant, il fut l'un des brillants habitués des coulisses de l'Opéra et très au courant de tout ce qui se passait dans ce monde charmant