‹ Les cercles de Paris, 1828-1864Chapitre 43 sur 69 · L'HOTEL DE NESLE — LA DUCHESSE DE CHATEAUROUX · texte numérisé non relu

L'HOTEL DE NESLE — LA DUCHESSE DE CHATEAUROUX

C'est plaisir pour l'artiste de trouver pour décor à la scène qu'il essaye de joindre un fond pittoresque . et de pouvoir, à propos d'une étude moderne, évoquer quelque fleure historique. Il est bon de vivre avec le passe, quand un parti pris de calme et d'indifférence en matière de polémique vous éloigne de toute discussion.

Jusqu'à présent, 1 rs nobles hôtes que nous avons rencontrés soit au cercle de T Union, soit au Joe* key-Club, posaient dans un fond architectural plus approprié par son luxe à leurs besoins et à leurs habitudes; mais les lambris eux-mêmes n'avaient pas d'ancêtres, et cette modernité était mal en rapport avec les noms historiques que nous citions. Aujourd'hui, nous sommes en plein dix -huitième siècle, et la société que nous allons peindre est bien dans son milieu. Cet <» circonstance particulière ajoute un certain intérêt à cette étude; elle cuin-

w entoure pabisihns

plète le caractère si cher, à juste titre, à ceux que préoccupent le pittoresque et le côté plastique.

Le Cercle agricole, vulgairement désigné sous le nom d'un tubercule

qu'en ses doctes emphases,

Delille a consacré par quatre périphrases,

est établi au coin du quai Voltaire et de la rue de Bc-iune, dans l'hôtel de Nesle, donné par le roi Louis XV à la belle veuve du marquis de la Tourne! le, pour laquelle il créait le duché -pairie de. Clu\teauroux; considérant, disent les patentes, que cette bien-aimée cousine Marianne de Mailly est très-attachée à la reine notre très-chère compagne, et qu'elle joint à ces avantages toutes les vertus et les plus excellentes qualités du cœur (1).

Madame la duchesse de Ch&teauroux, qui n'était encore que la veuve du marquis de la Tournelle, était si vertueuse, qu'un jour, à Choisy, elle pria

(1) Mémoires de Maunpm.

LB CBECLS AOB1C0LB »

madame de Chevreuse de changer de chambre avec elle, pensant bien éviter le roi ; mais la duchesse avait deviné 1 arrière-pensée et ne se souciait pas de bénéficier du quiproquo; la marquise se barricada et feignit de dormir pendant qu'un roi se morfondait à sa porte.

Hâtons -nous d'ajouter que quinze jours après, on se passa de main en main, dans les petits appartements, un drageoir d'or aux armes de France, trouvé sous l'oreiller de la jolie veuve.

L'hôtel de Nesle devint dès lors l'apanage de la duchesse, et les mémoires du temps parlent en maint endroit d'une porte qui donnait sur la rue du Bac, entrée familière au roi , à M. de Richelieu , au P. Pérussot et au valet de chambre du Bien-Aimé.

L'hôtel a subi de grandes modifications; mais les intérieurs sont presque intacts, et tous les artistes devraient tenter de voir l'incomparable plafoad et les boiseries de la chambre à coucher, oonvertie en salle de billard. C'est là que la duchesse, bannie de la cour, humilia son constant ennemi, M. de Maorepas, qu'un remords du roi envoyait demander sa %rtc* et baiser la main de la duchesse; ce à quoi celle-ci répondit : « Cela ne coûte pas grand'chose, ft c'est sans conséquence. • Là enfin que mourut la

110 CSRCLBH PABI81ENS

maîtresse trop calomniée, car elle avait sauvé le roi en le contraignant, à force d'exhortations, à aller se mettre à la tête des armées.

La duchesse de Châteauroux alla rejoindre madame de Vintimille et sa sœur, madame de Mailly : c'était désormais le tour de madame de Lauraguais, qui savait à quoi s'en tenir sur la constance des rois. Le tour de madame de Flavacourt ne devait jamais venir.

IDÉE PRIMITIVE DU CERCLE — ORIGINE — MODIFICATIONS LE CERCLE RURAL — LES LÉGITIMISTES— M. BERRYER

En 1833, un agronome, M. de la Chauvinière, secondé par M. G. C. Chevalier, conçut le projet de fonder à Paris un comice central agricole, auquel se rattacheraient tous les comices de France; l'époque était à peine mûre pour cette idée; mais les événements politiques ayant fait des loisirs forcés à quel* ques-uns des grands propriétaires, le principe en fut accueilli avec faveur. Le comice compta bientôt parmi ses adhérents quelques-uns des plus beaux noms de l'aristocratie.

Lit CBRCLK AGRICOLE M]

On devait étudier les différentes questions agricoles, encourager les essais, l'acclimatation, perfectionner les moyens de rendement, expérimenter les machines, développer en un mot l'agriculture et la propager.

On créait une chaire agricole où les hommes spéciaux viendraient faire part du résultat de leurs expériences ou de leurs études; on votait des crédits pour fonder une bibliothèque.

Le Comice central agricole subit des chances diverses : il changea d'abord son nom contre celui & % Athfnre rural, qu'il perdit bientôt, prenant celui de Cercle rural, car la société voulait devenir un cercle; enfin, en 1835, il prit définitivement le nom de Cercle agricole, sans être pourtant encore un cercle effectif.

Le parti légitimiste s'habituait difficilement à ce qu'il ap|ielait la spoliation de la branche cadette; on s'était compté pendant deux années consécutives sans rien résoudre. Un instant l'énergie de la duchesse de Berri avait relevé le courage des défenseurs du roi; les conspirations contre le gouvernement de juillet venaient encore apporter chaque jour une chance de plus et raviver les illusions; il se forma un parti plein d'ardeur, auquel il ne manqua peut-

ltB CBRCLB8 FAR181BN8

être que l'audace et l'habitude dee conspirations. Les hommes d'action de ce parti regardèrent autour d'eux et virent un noyau d'hommes de leur nuance qui étaient parvenus à se réunir (sans arrière-pensée du reste) au profit de l'idée agricole ; ils résolurent d'exploiter au bénéfice de leurs espérances les forces qui se croyaient appelées au seul développement d'idées économiques.

Le complot de la rue des Prouvaires, l'échauffourée de la duchesse en Vendée, l'enquête contre MM. Walsh, deGenoude, Berryer, etc., prouvent jusqu'à l'évidence qu'il y avait eu entente parfaite, et sans qu'on se méprenne sur les tendances de ceux qui fondèrent le cercle quelque temps après, il est permis de croire qu'ils cherchaient à réunir les éléments épars qui pouvaient lutter contre un gouververnement aussi bien armé désormais que celui du roi Louis-Philippe.

La séance d'inauguration du nouveau cercle eut lieu le 29 mars 1835, sous la présidence de M. le dur de Montmorency. On vit ce jour-là, réunie dans les sillons, une société qui manquait un pou d'homogénéité, si ou considère son but (qui pouvait éventuellement devenir politique), mais qui caractérisait

LK CRRCLR AOB1COLK Mi

assez bien le mélange de l'idée économique et les tendances sociales.

On vit donc cùte à côte le maréchal de Grouchv, le baron Darriole, commandant la place de Paris, M. Delaville-le-Roux, agent de change, le comte de Sesmaisons, le comte Alexandre de la Rochefoucauld, le baron de Rothschild, le duc de Doudeauville, M. Desjobert, M. de Tracy, le comte de Crouy- Chanel, M. Bclla, M. Dailly M. Tronchon, M. de Behague, le marquis de la BouHonnaye, le baron de Varaigne, le marquis de Courtarvel, le vicomte de Caze, etc.

Dès qu'il fut bien établi que la réunion avait un élément vital ; qu'elle fonctionnait régulièrement et que de grands noms de l'aristocratie s'y mêlaient à d'honorables illustrations de la scioncc, de l'économie et de l'agriculture, les adhésions arrivèrent en foule.

Un enregistra parmi les membres nouveaux :

MM. de Fezensac, de Pontois, de Pontcarré, de Hrancas, de Bastard, de Portes, de Pomenm, d'Aligre, de Brezé, de Montigny, de Ciermont -Tonnerre, de la Briffe, de la Tour du Pin, de Chastellux, de Béthune, de la Uuiche, de Louvois, de Colbert, de Bezenval, de Coutades, de Chabrol, de la* Maris-

mas, de Malemont, de Maillé, de Cossé, de Montalembert , de Fitz-James, de Luxembourg, d'Harcourt . de Beaumont, de Turenne, de Caraman, de Tocqueville, de Mouchy, de Valençay, de Vaublanc, d'Auteuil, de la Bouillerie, de Montesquiou, de Crussol. de Mortemart, de Nieuwerkerke (le père), de Vogué, de Blacas, de Gramont, Beugnot, Daru, Demidoff, etc., etc.

Au milieu de tant de grands noms, de tant de familles illustres, se trouvaient mêlés (et ce fut une concession librement faite qui doit inspirer un haut re>pect pour le Cercle agricole, des hommes qui, d'une cliisse inférieure par la naissance, avaient conquis leur place à force d'honorabilité et d'intelligence : M. Delà marre, le banquier, que nous avons vu figurer au Jockey-Club; M. Boulard, ancien notaire; M. Presnel, architecte; M. Galle le graveur; M. Frai in le statuaire; M. Combes, ingénieur: M. Imbert, cultivateur

Jusque-là, quoiqu'on semble, par la citation des noms aristocratiques, bien loin de ridée qui avait présidé à la fondation, les tendances étaient bien réellement agricoles, et nous avons sous les yeux le titre ou diplôme délivré alors à chaque membre; il

LR CRRf'LK AORICOLtt l«5

est orné de vingt -deux sujets tirés de la vie rurale et sa teneur ne laisse aucuu doute sur l'intention des fondateurs.

Ce n'est vraiment qu'en 1830 que la soeiété devient de fait un cercle et qu'on s'y réunit { our y jouer, lire les journaux et converser. Le whi*t est désormais en permanence, et MM. de la Tour du Pin, Hope, le comte d'Armaillé, le vicomte de Verneaux, le comte de Chavagnac, le baron de Tourolle, le vicomte de liellozane, M. de Mérona, le baron Nivière en deviennent les partenaires assidus.

Mais le travail dont j'ai parlé plus haut se fait activement, la plupart des membres ont des es|>erances et des regrets communs, et l'élément légitimiste commence à agir ; c'est à ce moment surtout qu'on peut appliquer au Cercle agricole ce que j'ai dit du cercle de Y Union : « I^e ballottage du club fut la soupape par laquelle s'échappa la rancune du parti légitimiste; le vote d'admission, simple formalité, s'élevait i\ la hauteur d'une profession de foi et d'une déclaration de principes, et, réunis autour des urnes, ces patriciens se donnèrent le malin plaisir de refuser impitoyablement tout ce qui s* rattachait au nouveau parti. » M. Berryer apportait chaque dimanche sa houle blanche au scrutin, sûr de rallier un membre à son parti ; c'était, diaait-

il, une habitude nouvelle pour lui, car, à la Chambre, il ne mettait que des boules noires.

Le premier refus atteignit un légitimiste qui avait commis la faute de se laisser nommer pair de France par Louis-Philippe. Ce fut un scandale qui fit do bruit en ce temps-là; on vint au scrutin comme les académiciens viennent à l'Institut lorsqu'il s'agit d'évincer un candidat.

Avec un tel parti pris, on sent bien que le refus d'un membre devenait une chose sérieuse et significative; du reste, aujourd'hui encore, en raison de certaines tendances que je développerai, il est plus que rare qu'un candidat ajourné affronte une seconde fois le scrutin, tandis que dans d'autres cercles, il se représente quelques jours après, reste pour ainsi dire en permanence, et devient, de guerre lasse, le collègue de ceux qui ont voté contre lui; aux termes mêmes du règlement du Cercle agricole (et l'usage en cela va plus loin que le règlement) le droit de présentation nouvelle, après un ajournement, exige un stage d'une année.

Depuis l'origine du cercle, plus de onze cents noms ont figuré sur les listée, et parmi eux les hommes d'État le plus ardemment mêlés aux affaires sous la Restauration et pendant le règne de Charles X.

LB CBRCLB AOBICOLE Ifl

Les deux tiers au moins ont disparu. Il y aurait, en suivant la marche que nous avons adoptée jusqu'ici, bien des choses à, dire sur la plupart d'entre eux : quelques-uns portent des noms historiques et leur biographie est connue ; nous chercherons donc plutôt r anecdote curieuse et la particularité intéressante, en commençant par ceux qui sont morts.

Le maréchal comte de Grouchy, qu'on voit figurer sur la liste des premiers adhérents, est celui-là même dont le nom fut mêlé aux cruelles péripéties de la bataille de Waterloo ; son fils, le général, marquis de Grouchy, sénateur, qui, au retour des Hourbons, passa aux Ktats-Unis et rentra en France en 1819, ne fait pas partie du cercle.

M. de Sesmaisons Olivier) était le neveu de Hubert de Sesmaisons, nommé en LH20 député de la Seine- Inférieure, auquel on reprocha longtemps son attitude dans la séance du 23 octobre 1815, où Ton entendit des députés français demander l'accusation des ministres en dédommagement de la fuite d'un illustre condamne. M. Olivier de Sesmabons, trèsdévoué à la branche aînée, donna sa démission d'officier en 1830, pour ne pas servir Louis-Philippe; il se voua à l'agriculture, et, comme tel, fit partie du

cercle de la rue de Beaune ; il devint dès lors un de* hommes importants du parti légitimiste. Plusieurs fois député, il rentra dans la vie privée après le coup d'État.

Le prince de Crouy-Chanel, descendant, par André II, dit le Jérosoliniitain, d'une maison souveraine qui régnait sur la Hongrie au treizième siècle. Ses droits ont toujours été maintenus et souvent revendiqués. Un prince de Crouy, celui qui vit aujourd'hui, s'est fait publiciste, et a fondé un recueil intitulé le Capitule.

Le marquis de Courtarvel, député sous la Restauration, l'un des plus fermes soutiens des privilèges de l'aristocratie ; il croyait à la dîme, et on peut voir au Moniteur un fougueux discours qu'il prononça, en juillet 1820, pour combattre la loi du recrutement et le système des légionnaires vétérans; on y lit cette phrase singulière : « Prenez garde, messieurs. ces hommes-là s'accoutumeront à penser qu'ils ne doivent obéissance qu'à la loi. »

M. de Chastellux, député de l'Yonne sous la Restauration, ancien émigré, gentilhommede lachambre du roi et colonel des chasseurs de la Uôte-d'Or, après huit ans de service à Nuples.

LB CBRCLB AOUCOLB loO

M. le marquis de Faudois, l'un des fondateurs do la société des Animaux, dont il a été le président.

Le comte Chabrol de Crouzol, frère du Chabrol, préfet de Paris, qui adressait des proclamations aux Parisiens pendant que les alliés chargeaient les dragons Saint-Chamans. — de Chabrol de Chaméane, député de la Nièvre sous la Restauration, et de Chabrol de Tournoi, député du Puy-de-Dôme à la môme époque. M. de Crouzol administrait le département du Rhône, sous le régime des cours prévôtales, et il voulait a qu'on creusât jusqu'au centre de la terre pour y enfouir les exos des magistrats. »

Tronchon, cultivateur, fut nommé député de l'Oise sous la restauration ; il a laissé une grande réputation de libéralisme et de fermeté ; il fit partie de la première Assemblée législative.

Le comte Beugnot, auquel M. de Talleyrand, le 12 avril 1814. commanda, après l'entrée de Char les X, alors comte d'Artois, un mot à effet sur la situation. — « Le prince n'a donc rien dit? demanda le prince de Bénévent. Il faut qu'on puwse citer quelque chose ; vous, Beugnot, qui avez de l'esprit, allez dans mon cabinet, et fuites un mot. » — M. Beugnot entre-bàillait de temps en temps la porte et proposait ce qu'il avait trouvé; le diplo-

mate faisait la moue et secouait la tète. Enfin, après une heure de réflexion, le comte revint et, avec un geste à la Charles X, il s'écria : * Messieurs, il n'y a rien de changé en France, il n'y a qu'un Français de plus. » Un ultra-bavard écrivait en 1819, en parlant du comte Beugnot : « Impossible de calculer le nombre de places qu'il a occupées depuis trente ans ; il y a des gens qui loueraient la peste, si la peste donnait des pensions. »

M. de la Bouillerie, intendant de la liste civile de Charles X, qui, le 29 juillet, se trouvant à Saint- Cloud prte du roi, sans argent pour nourrir les troupes, demanda à M. de Saulty, receveur général de Seine-et-Oise, une avance de fonds pour Sa Majesté, et reçut cette réponse : « Je nai pas d'ordre du ministre des finances, ni de crédit ouvert avec la liste civile, mais si vous pillez ma caisse, je ne pourrai résister, et ce sera un cas de force majeure. » Trois heures après, on expédiait de Versailles un peloton de grenadiers à cheval avec un coucou pour emporter la caisse de M. de Saulty (1),

M. de Lagrené, le premier diplomate devant lequel s'ouvrirent les portes du céleste empire ; il

(1) Mémoires d'un bourgeois rie Pan*.

LB CBRCLB AOEICOLB ni

fut, à la suite de sa mission en Chine, nommé pair de France et i^rand officier de la I^égion d'honneur.

M. Guérin de Bonglainval, grand collectionneur, même à côté de M. Patureau, autre membre du cercle. M. de Bonglainval a laissé à un de ses amis un héritage de cinq millions et une galerie de tableaux conservée intacte jusqu'à ce jour par le légataire, et dans laquelle, parmi des tableaux de maîtres anciens, se trouvent deux des plus belles œuvre» modernes, le Zéphir, de Prud'hon, et V Odalisque, d'Ingres.

Le comte de Bélisle, un gentilhomme de lettixv qui a défini le vrai bonheur en sept mots que nous ne pouvons vous dire qu'a 1 oreille.

Le baron de Damas, l'ancien grand meninduduc de Bordeaux, qui eut la singulière destinée, élevé en Russie pendant l'émigration, de devenir lieutenant dans la garde impériale russe, et, comme tel, d'assister à Austerlitz; puis, colonel du régiment des grenadiers d'Astrakan, de se distinguer à la Moskowa; enfin, parvenu au grade de général- nny or, de mériter, sous les mure de Paris, le* félicitations de l'empereur Alexandre, qui lui donna son épée. M. de Damas, en France, ne reconnaissait d'autres maîtres que les Bourbons. Il quitta le service du

czar pour celui de Louis XVIII. En 1830, il suivit le roi Charles X en exil, se voua à l'éducation du jeune prince et renonça aux affaires publiques.

Les comtes de Stackelberg et de Fougières, deux noms inséparables au Cercle agricole. Ces deux diplomates y jouaient tous les soirs au billard comme on siège à un congrès, et la galerie du cercle a constaté qu'il s'écoulait souvent une demi-heure entre deux coups : chacun des de, x joueurs ne cherchait qu'à éloigner la bille de son adversaire et s'asseyait pour réfléchir plus à Taise.

Le général comte de Cotte, ancien aide de camp de l'empereur, un brave soldat mort en Italie. — Un jour le général faisait sa partie de piquet au Cercle impérial ; un colonel de ses amis, placé derrière lui et qui suivait son jeu, lui fit observer qu'il venait de jeter une carte à contre-temps. Le général se retourna et lui dit : « Colonel, rendez-vous immédiatement aux arrêts pour vingt-quatre heures. » Le comité du cercle pensa que c'était pousser un peu loin la discipline militaire, et crut que, dans un cercle dont beaucoup <le membres appartiennent à Tîirmée, il fallait se départir de cet esprit de hiérarchie et se considérer comme civils.

Le marquis d'Aligre, d'erotique et d'opulente mé-

LK CRRCLR AORICOLS V3

moire. Il y a là des anecdotes à remuer à pleines mains ; mais elles ont été bien déflorées en l'an de Éjrâce 1844.

Page 1