LES REPRÉSENTATIONS
Aussitôt organisé, le cercle de l'Union artistique, afin de s'affermir dans la voie qu'il s'était tracée, a convié le public à des représentations qui ont eu pour but de mettre en relief certaines œuvres toutes personnelles, interprétées soit par des artistes, soit par des amateurs sociétaires.
Les invitations sont très-recherchées; une clause du règlement arrête qu'en dehors des sociétaires, seront seules admises leurs ]>arentes au premier degré. — Cette restriction donne un prix tout particulier à la faveur de faire parti* 4 de ce public d'élite, et telle ou telle femme, sœur ou fille de sociétaire, tient à voir maintenu sur la liste dessouscrip-
teurs son mari, son frère ou son père, afin de pouvoir assister à ces réunions.
Le sentiment de curiosité qui aiguillonne les femmes du monde, désireuses de passer le seuil défendu, a quelque chose de cet acre désir qui nous fait risquer quelque supplice mystérieux pour soulever les voiles des sérails orientaux.
Le programme de la première représentation donnée en avril 1862 annonçait une petite comédie en vers avec prologue de M. Ernest Gervais, intitulée : Un contre trois. M. Gênais, membre du <îercle, est Fauteur d'un bon volume de vers : Contes et poème. •
Les interprètes étaient mademoiselle Dubois, de la Comédie française; le marquis de Miramon, M. Élie Cabrol, M. le baron de Chaulin et M. Maurice Cottier, un nom cher aux artistes.
La Postérité d'un gendarme, bouffonnerie de M. Mario Uchard, obtint un tel succès de rire, qu'A la demande générale, elle figura encore sur le programme de 1863. Les interprètes de la première année étaient mademoiselle Dubois, M. Baignères, M. Cabrol, Henri Cartier, M. Gustave Boulanger, M. Buquet.
Madame de Cotera a obtenu au cercle un légitime succès à côté de Tamberlick.
En 1863, on reprit la Postnitf d'un gendarme, avec M. Maurice Cottier, puis une pièce inédite de M. Van Isaker, les Conseils de mon oncle. Enfin une idylle de Musset :
A quai passer la nuit quand on soupe en carême!
par les deux nièces de mesdames Brohan.
Quelque temps après, on eut l'idée de confier un libretlo à tous les compositeurs du cercle : chacun devait écrire un morceau tin» au sort. Le poème était d'Au^ustine Brohan; les compositeurs étaient : MM. Auber, dOsmond, le prince Poniatowski, Léo Deiibes, Costé, Oranger, Pillaultet J. Cohen.
Les représentations ont lieu dans la paierie d'exposition où on dresse un charmant petit thëfttre bien complet et d'un joli £oût. Toute salle s'honorerait de compter tant d'illustrations pour public.
Parfois, en très-petit comité et sur un autre théfttrc spécial, on fait jouer les Marionnettes; nous avons vu les acteurs reposer avec une touchante confraternité dans la môme boite; ce sont, pour la plupart,
des portraits sculptés par un artiste de mérite. Ce genre de distraction, si cher aux ateliers et qui nous fit passer, chez le peintre Gérôrae, le futur académicien, de si désopilantes soirées, est entravé par le manque d'acteurs. Lambert le paysagiste, Maurice Sand, notre pauvre ami Villevieille, mort si jeune, étaient des impresarii célèbres en ce genre; Félicien David écrivait parfois une ouverture, et Got, de la Comédie française, excellait à ee genre de re-. présentation; quant aux décors, ils étaient signés des plus beaux noms de la jeune génération.
Messieurs du Cercle artistique ont tort de délaisser ainsi les marionnettes, rien n'est plus sain pour l'esprit que ces délassements où le castigat ridendo n'a, dieu merci, rien à voir.
La vie publique du cercle, j'entends délie à laquelle l'association initie elle-même les étrangers, se passe dans la partie du local qui s'étend s» la rue de Choiseul. Sur la rue de Grammont sont les salles où se cache la vie privée, les arcanes qu'on doit désirer de connaître maintenant qukm se sait en face d'une foule intelligente, amie du progrès et ennemie déclarée des loisirs mélancoliques.
L'UNION ARTISTIQUK «B