CHAPITRE VI
Les cerfs-volants orientaux.
Cerfs-volants chinois et cerfs- volants japonais. — Cerf- volant annamite. = — Cerf- volant coréen. — Cerf- volant malais de Millet. — Cerf- volant Eddy.
L'origine des cerfs-volants, avons-nous dit au début de ce livre, est fort incertaine. Cependant, un fait est acquis, c'est qu'ils sont connus depuis la plus haute antiquité par le& peuples orientaux et, à l'heure actuelle, le sport du cerf-volant est plus que partout en honneur en Chine et au Japon.
Les cerfs-volants chinois et les cerfs-volants japonais sont de véritables jouets ; mais il serait téméraire d'ajouter des jouets d'enfants, car on les voit surtout entre les mains des grandes personnes. Il est vrai qu'il n'y a pas qu'en Chine qu'il en est ainsi.
Les cerfs-volants chinois et japonais affectent les formes les plus variées, les plus bizarres et sont ornés de figures grotesques ou curieuses. Certains sont de véritables œuvres d'art. Il semble vraiment qu'un caractère sacré soit donné par les orientaux à ces appareils fantastiques qu'on voit se balancer mollement à la brise en produisant des sons harmonieux ; beaucoup de ces cerfs-volants sont en effet des cerfs-volants à musique. En général, ils représentent des diîux, des oiseaux de proie, des dragons, etc.
« Il y a, dans ce Nagasaki, dit Pierre Loti dans Madame (( Chrysanthème, une heure à la fois joyeuse et mélancolique : « ...à ce moment là passe sur ce Japon rieur une impression « de sombre, d'étrange, d'antique, de sauvage, de je ne sais quoi
« d'indicible, qui est triste. Et la gaîté, alors, la seule gaîté « qvii reste, c'est cette peuplade d'enfants, de petits mouskos et « de petites mousmés, qui se répand comme un flot dans les « rues pleines d'ombre, sortant des ateliers et des écoles...
« Oh ! les amours de poupées impayables qui, à cette heure <( crépusculaire, gambadent, en robes très longues, soufflant « dans des trompettes de cristal ou courant à toutes jambes pour « lancer des cerfs-volants inouïs. . . Tout ce petit monde nippon, « baroque par naissance et appelé à le devenir encore plus en « prenant des années, débute dans la vie par des amusements « singuliers et des cris bizarres ; ses jouets sont un peu ma- « cabres et feraient peur aux enfants d'un autre pays; ses « cerfs-volants ont de gros yeux louches et des tournures de « vampires...
« Et chaque soir, dans les petites rues sombres, déborde « cette gaité franche, enfantine, mais fantasque à l'excès. — « On n'imagine pas tout ce qu'il y a en Tair, parfois, d'in- « croyables choses qui voltigent au vent(i)... »
Si l'on fait abstraction de la décoration bizarre ou grotesque de ces cerfs-volants pour ne s'attacher qu'à leur structure et à leurs formes générales, il est aisé de découvrir, au milieu de toutes ces apparences variées à l'infini, qu'ils procèdent de quelques types bien définis et que nous avons déjà étudiés au cours de ce travail. Mais il faut reconnaître que tous ces cerfs-volants sont admirablement construits, parfaitement équilibrés, avec des matériaux appropriés, et qu'ils constituent des volateurs de tout premier ordre.
La carcasse est presque toujours constituée par du bambou fendu en minces baguettes et bien dressé.
Dans les appareils de dimensions un peu grandes, ces baguettes de bambou fendu sont recouvertes d'une spirale de papier collé sur la baguette : telle était la carcasse d'un remarquable
(i) P. Loti, Madame Chrysanthème, xxxviii.
86 TnÉOtlIE ET COKSTHrCTION DES CEBFS-VOLAKTS
cerf-volant japonais présenté en 1887 à la Société française de navigation aérienne, à Paris, pr M. Brissonnel(i).
La carcasse était constituée par six bambous fendus en deux parties et enroulés d'une spirale de papier, dont trois verticaux et trois horizontaux, reliés ensemble par deux baguettes de bambou pareilles, disposées en croix de Saint-André ; le tout se rattachait au cadre carré. Il mesurait o", 96 de hauteur sur o", 65 de largeur. La voilure était faite de ce remarquable papier ganibie qui semble avoir été inventé tout exprès par les Chinois
pourleurscorfs-volants.Toutl'appareilnepesailque 20 grammes. Chose rare pour les cerfs-volants chinois et japonais, cet appareil était muni d'une queue terminée par un tampon pesant 100 grammes. 11 pouvait, par un vent ordinaire, enlever un poids en plomb de 200 grammes placé à la partie inférieure. Dans une expérience faite avec ce cerf-volantàNoisy-le-Grand, l'appareil s'enleva jusqu'au bout d'un rouleau de 35o mètres de corde et fut ramené par l'expérimentateur juste au-dessus de sa tête.
(i) L'Aironaale. 1887, p. 119.