LES CEBFS-VOLANTS ORIENTAUX
Ce cerf-volani, on le voit, esl du type de nos ccrfs-volants plans avec queue, dont tl ne se distingue que par sa construction soignée et l'emploi judicieux de matériaux de choix.
Ce tjpede cerf-volant plan se retrouve dans un certain nombre d'appareils chinois ou japonais ; maïs les formes qu'ils affectent sont des plus nombreuses. Le suivant (fig. 86) est en quelque sorte un type de transition entre le cerf-volant plan et le cerfvolant à poches. Il figure tr^s exactement un oiseau aux ailes étendues. La carcasse, tout entière en bambou fendu, comprend une épine dorsale AB et une traverse en croîxCD.
Sur cet ensemble se fixe un bambou mince recourbé suivant EFGHIJFK et MCN et MDP, ces deux derniers formant les ailes de l'oiseau. Celles-ci sont ainsi rigides jusqu'à la ligne CD, tandis que la dernière Fio g, partie de l'aile esl flexible
et se creuse sous l'action du vent, de façon à présenter un commencement de poche, ce qui lui assure une certaine stabilité. Ce cerf-volant n'a pas de queue au sens qu'on donne à ce mot dans la pratique du cerf-volant ; mais il est facile de voir que la queue de l'oiseau (fig. 87) en lient lieu dans une certaine mesure, en sorte que, comme nous le disions, cet appareil est bien un type de transition.
Après les cerfs-volants plans, nous allons trouver maintenant les cerfs-volants dièdres. L'appareil de ce type le plus simple que nous connaissions, et en m^me temps le plus remarquable par sa simplicité même, est celui-ci : un bambou A13 (fig. 88) formant épine dorsale porte deux vergues flexibles CD et EF fixées sur AB en leur miheu ; sur celte carcasse est tendue la voilure en papier gambje, mince et solide: les attaches sont
formées d'une patte d'oie fixée en a et 6 et d'une cordelette de retenue Bd.
Sous l'action du vent, les vei^ues s'infléchissent en arrière et la voilure se creuse ; le cerf-volant présente ainsi l'aspect d'un dièdre, mais dont les deux faces latérales, au lieu d'être planes, sont des surfaces gauches.
Ce cerf-volant n'a pas de queue et toute sa stabilité, qui est li-ès grande, tient uniquement à la forme dièdre et au gauchissement des deux faces. 11 est certainement difficile d'imaginer une forme plus simple que celle-ci.
A ce type se rattache encore le suivant (fig. 8g), qui n'en dîflêre guère qu'en ce que les deux vergues sont réimies à leurs Oïtrémités C et D ; elles sont reliées en plus par une corde CED. Le cerf-volant de ce type que nous connaissons est muni
en outre d'une sorte de siEQet en bambou placé au-dessus, et qui, traversé par le vent, rend un son aigu et assez violent; c'est donc un cerf-volant à musique.
Ce type, un peu plus compliqué que le précédent, lui est supérieur comme stabilité au vent, probablement h cause de Tangle que forme la voilure, suivant la cordelette CED.
Dans les types suivants, qui sont les plus répandus en France et qui se trouvent chez tous les marcbands d'articles de Chine et du Japon et dans les bazars, apparaissent les jTOches.
Les cerfs-volants japonais à poches (fig, 90) sont constitués essentiellement par un corps plan ou bombé AB et par deux poches CD et EF, inclinées en arrière, ce qui les range dans
Çfo TiiËoniK I
le type dièdre. Nous les définirons donc : cerfs-volants dièdres à poches trouées.
Cette fois, nous trouvons là les véritables poches trouées, dont nous avons vu précédemment Timportance.
La carcasse de ces appareils est faite de minces baguettes de bambou fendu et disposées soit en croisillon, soit en forme de 8 ; les poches sont elles-mêmes constituées par ces mêmes baguettes qui entourent complètement le périmètre de la jK)che ; le papier qui les forme est collé sur ces baguettes^ mais laisse un trou libre à l'extrémité de la poche, pour la sortie de l'air.
Le corps de ces cerfs-volants, fait également de ce papier très solide et très léger dans la confection duquel excellent les industriels de l'Extrême-Orient, a généralement l'aspect d'oiseaux ou de personnages grotesques ; le papier des ailes, de couleur rouge, n'est pas tendu, mais, comme nous venons de le dire, forme poche où l'air s'engouffre et s'échappe par les orifices ménagés aux extrémités.
Ces cerfs-volants japonais, que l'on fait de toute taille depuis o"™,3o jusqu'à G™, 80, i mètre et plus, s'élèvent très facilement et, par une brise suffisante, ont une force ascensionnelle considérable qui leur permet d'enlever des objets d'un poids appréciable.
Ils offrent de plus cette particularité remarquable qu'en raison de la flexibilité de la membrane des poches, celles-ci s'inclinent d'autant plus en arrière que le vent est plus fort ; il en résulte une sorte de réglage automatique de la surface que l'appareil offre au vent, réglage qui leur assure, dans de certaines limites, la stabilité en hauteur malgré Faction des rafales.
Ce type de cerf-volant est certainement l'un des plus intéressants qui nous soient venus de l'Orient et l'un de ceux qui méritent le plus l'attention des expérimentateurs.
Un autre type très curieux de cerf- volant chinois est le dragon volant (Gg. 91), qui n'est autre qu'un cerf-volant multiple ou composé d'une série de petits cerfs-volants attelés en tandem ;
THEOBIE ET COXSTRCCTIOS DES CERFS-TOLAXTS
on sait que c'est le système préconisé par le capitaine Baden- Powell.
Le dragon se compose d'une série de disques de tailles décroissantes réunis entre eux par trois cordelettes ; chacun est traversé horizontalement par une petite baguette de bambou terminée à chaque extrémité par une plume qui semble agir à la façon d'un balancier. Le premier disque figure une tête grotesque de monstre, sur laquelle se fixe la corde de retenue.
Le dernier disque porte deux longues banderoles qui flottent librement au vent. Le lancer de ce cerf-volant bizarre est assez
Fl6. 91.
difficile ; mais, une fois dans Tair, son eflet est des plus étranges, car, sous l'action du vent, il ondule comme un serpent fantastique (i).
Ce dernier appareil est plutôt un objet de curiosité qu'un appareil d'expériences. Nous avons eu l'occasion d'en voir fonctionner un, il y a une vingtaine d'années, et c'est certainement l'un des plus curieux que nous ayons observés.
Les Chinois sont, paraît-il, d'une adresse merveilleuse pour les conduire et les diriger au milieu des obstacles qu'offrent les
(i) Voir La Nature, 1888, t. I, p. 44.
LES CERFS-VOLANTS ORIENTAUX gS
maisons, les perches, les banderoles dans les quartiers populeux de leurs grandes villes.
Un voyageur français, le marquis de Beauvoir, nous a décrit en quelques lignes l'aspect de la grande rue de Pékin, où grouille une foule bariolée, parmi laquelle les cerf-volantistes sont nombreux.
« Non seulement des myriades d'enfants vous tombent dans « les jambes en jouant aveuglément, mais les vieillards — ces « grands enfants en Chine — arrivent au beau milieu de la « confusion générale en tenant fièrement la ficelle d'un immense « cerf-volant qu'ils sont allés lancer sur les terrains vagues « proches des murailles. Car, vous le savez, si l'Espagne a la « castagnette et Naples les pifferari, la Chine a le cerf-volant, « qui est ici passé à l'état d'institution sérieuse ; et, je l'accorde, i< c'est assurément par là que se révèle le plus le génie artistique a des Fils du Ciel. Construire, dans des dimensions de six à « sept mètres d'envergure, un cerf-volant qui devient dragon « volant, aigle volant, mandarin volant, l'enluminer et lui donner « le geste et la vie, l'équilibrer si admirablement qu'il monte « avec calme, sans les mille soubresauts des nôtres, et se maince tienne comme une étoile, presque verticalement au-dessus de « la tête du dé videur de ficelle ; y adapter je ne sais combien « d'appareils éoliens, presque invisibles, qui imitent le chant <c de l'oiseau ou la voix de l'homme avec un tapage infernal, a l'amener à travers les perches et les banderoles dans les centres « les plus animés, lui envoyer à cheval sur le fil des postillons « étourdissants, grouper la foule, l'égayer de lazzi, voilà à quoi « ils excellent, et cela — point capital de leur statique — sans u mettre de queues à leurs cerfs-volants (i) ! »
Les Annamites emploient un genre de cerf-volant très intéressant, dont la description a été donnée dans La Nature par un capitaine d'artillerie de Toulouse qui l'avait observé au l'onkin.
(i) M" DE BfiAUTOiB, Voyage autour du monde, Pékin, p. 475.
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Ce curieux appareil (fig. ga) (i) est formé d'une épine dorsale en bambou fendu AB et de minces tiges de bambou fendu repliées de façon à suivre tout le contour ACEBFDA.DesficeUes C I a consolident cette car-
casse légère sur laquelle est tendue la voilure.
Une ficelle tendue de C en D assure au cerfvolant une courbure en arrière, indispensable à la stabilité. Cette courbure a une flèche de 5 à 10 centimètres. Par **"■ derrière, et en tête du
cerf-volant, se trouve en M une sorte de mirliton en bambou coupé aux extrémités à un nœud, de façon à être bouché aux deux bouts. Il a de 2 â 3 centimètres de long et une petite ouverture de 3 à 4 millimètres est pratiquée aux extrémités. C'est par ces orifices que le vent vient s'cngoufrer et produit un bruit strident s'enlendant fort loin. Comme beaucoup deses congénères chinois et japonais, c'est donc un cerf-volant à musique. Cette espèce de mirliton est fixé au cerf-volant par une petite lame de bamhiou qui le traverse et qui est fixée de même sur l'épine dorsale : ce petit support a environ 5 centimètres de longueur,
La bride se fixe aux points A et G, et est faite de deux brins de même longueur, de façon à se rabattre suivant AHG.
Cet appareil est très stable et ne nécessite que peu de veat pour voler en raison de sa grande légèreté et de sa bonne construction.
Les Annamites lancent souvent deux de ces cerfs-volants en
(i) La Nature, 1887, l. I, p. 69. ^
tandem, celui de tète étant un peu plus petit que le suivant. Ils sont d'ailleurs aussi passionnés pour ce sport que la plupart des peuples (l'Extrême-Orient, et les hommes aussi bien que les enfants s'y livrent avec ardeur, « H n'est pas rare, écrit le capi- "'1 taine P,.., de voir un gamin, monté sur le dos d'un buffle, « qui porte le cerf-volant attaché à Tune de ses cornes, se pré- « lasser pendant des heures au son du mirhton placé sur le « cerf-volanl, qui fait zou-zou. ><
On trouve en Corée un autre type de cerf-volant spécialement affecté aux combats de cerfs-volants dont nous parlerons plus loin. Les Coréens, en gens pratiques, abandonnent à leurs voisins de la Chine et du Japon les formes fantaisistes d'oiseaux, d'animaux, de monstres, dont nous avons vu quelques spécimens. Moins artistes que les autres peuples orientaux, ils se préoccupent moins de la beauté et de l'originalité des formes que des qualités de combat.
Le cerf-volant coréen (fig. gS) est rectangulaire et mesure environ o'°,8o sur o°',70 ; le cadre est en bambou léger ; la voilure tendue sur ce cadre est percée en son milieu d'un trou de o'",3o de diamètre.
C'est donc, on le voit, un cerf-volant à poche unique trouée. La corde est en pure soie, enduite de colle de poisson dans laquelle on a mélangé du verre ou de la porcelaine pulvérisés.
Les femmes, aussi passionnées que les hommes pour ce sport, mais à qui l'étiquette ne permet do sortir que le soir, enlèvent leurs cerfs-volants de la cour de leurs maisons, et il paraît que les connaisseurs distinguent, à la façon dont se comporte en l'air un cerf-volant, si c'est un homme ou une femme qui le manœuvre.
Les Coréens attribuent à leurs cerfs-volants une signification religieuse et lui font jouer en quelque sorte le rôle de bouc émissaire. Ils écrivent sur un cerf-volant le nom de leur enfant
n6 TUËOBIE ET CONSTRUCTION DES CERFS-VOLANTS
Cl la date de sa naissance, et, après l'avoir enlevé, coupent la ficelle et l'abandonnent, en souhaitant qu'il emporte au loin les malheurs de Tannée qui commence. Cette croyance est tellement ré[>anduc que jamais un Coréen ne louchera à un cerfvolant trouvé.
Autre particularité curieuse : la saison du cerf-volant est strictement limitée à la première moitié du premier mois de rannéc.
Nous citerons, en terminant cette rapide revue des cerfsvolants orientaux, le cerf-volant malais, qui n'a de malais el
F.O. gl,
d'oriental que le nom, puisqu'il est dû à un savant expérimentateur américain, M. J.-B. Millet, mais que son inventeur a construit à la suite de nombreux essais sur les cerfs-volants chinois et japonais sans queue et en s'inspiranl de ces modèles. Le cerf-volant malais se rapproche beaucoup, en eflét, du corfvolant dièdre que nous avons vu précédemment. Il se compose (fig. gi) d'une carcasse en, bambou formée d'une épine dorsale AB, légèrement arquée en arrière, et de deux vergues horizontales CD et EF, de même longueur que l'épine dorsale, et placées sur celle-ci à i/5 de la longueur totale à partir de chaque extrémité ; ces deux vergues sont arquées en arrière au
moyen de ficelles dont la longueur est égale aux 9/10 de celle des vergues. Une ficelle vernie ou un fil métallique réunit les six sommets de la charpente, mais le papier ou Tétoffe formant la voilure ne couvre que le rectangle central entre les baguettes transversales. Ce type de cerf- volant possède la même stabilité que le modèle chinois dont il dérive.
Partant du cerf- volant malais, M. Means, éditeur de VAeronautical Annual, a réuni de deux à six de ces appareils sur une épine dorsale commune, et a obtenu ainsi de bons résultats au point de vue de la stabilité, au moins pour deux ou trois appareils ; au delà, l'épine dorsale commune devient trop fragile et l'ensemble est moins avantageux.
M. William A. Eddy, un autre expérimentateur américain dont nous avons déjà parlé à propos des cerfs-volants de Hargrave et dont nous aurons encore à citer plusieurs fois les travaux, a modifié le cerf-volant malais et a donné son nom au type ainsi créé, qui ne diffère guère du cerf-volant malais qu'en ce que la voilure couvre la carcasse tout entière et en ce que la vergue supérieure est un peu remontée sur l'arête verticale.
La convexité est la même que dans le cerf-volant malais ; mais la voilure n'est pas tendue sur la carcasse, de manière à former un peu poche sous l'action du vent.
Lbcornu. — Les Cerfs- Volants.