CHAPITRE VII
Le cerf-volant considéré comme sport.
Utilité des sports. — Un sport à la portée de tout le monde. — Lancement et manœuvre. — Les concours de cerfs-volants en Amérique. — Le cerfvolant géant de Dudiey-Hill. — Les combats de cerfs- volants. — Les concours d*écouffes en Normandie. — Les ascensions à grande hauteur. — Le cerf- volant en automobile.
Nous assistons depuis quelques années à une véritable renaissance des exercices physiques et à l'épanouissement de tous les ^ ports. Ceux-ci ont leurs journaux spéciaux, leurs sociétés, leurs règlements, leurs comices, et il serait injuste de ne voir dans ce grand mouvement d'éducation physique qui emporte peu à peu tous les peuples, et la France en particulier, qu'un engouement passager, qu'une mode ou qu'un caprice. Une idée plus haute, un but plus noble que la satisfaction d'un goût momentané président au développement de la vie sportive, et qu'il s'agisse de la marche à pied, de la natation, de la bicyclette, de Tautomobile, du tir, de la gymnastique, tous les sports tendent à donner aux masses le goût de la vie au grand air, à développer les muscles des générations nouvelles et à lutter contre l'abru-
lOO APPLICATIONS DES CERFS-VOLANTS
tissement du cabaret : ils visent à faire des hommes confiants en eux-mêmes parce qu'ils seront habitués à ne compter que sur eux et que les mille accidents journaliers de la route les auront familiarisés avec l'imprévu de l'existence.
C'est à leurs habitudes sportives, habitudes qui ont pour résultat la régularité de la vie, l'endurcissement du corps, la santé générale et l'esprit de décision et d'à-propos que nos voisins les Anglais, si critiquables à d'autres points de vue, doivent cet admirable esprit d'endurance, de ténacité et d'entreprise, qui fait toute leur supériorité comme peuple industriel et commerçant, sous toutes les latitudes du globe. C'est donc une idée patriotique qui inspire chez nous les promoteurs de tous les sports et il est du devoir de chacun de contribuer au développement de ce goût en France.
Mais tous les sports ne sont pas à la portée de tout le monde : une bicyclette coûte encore un prix qui la rend inabordable à beaucoup; l'automobile n'est que pour les riches; la natation n'est possible que pour ceux qui habitent près de la mer ou d'un cours d'eau; la gymnastique nécessite un gymnase avec des appareils et, par là, est fort négligée dans les campagnes; la marche à pied est à la portée de tous, mais pour en faire un sport véritable, il faut pouvoir entreprendre des excursions de plusieurs jours, et cela en ferme l'accès à tous ceux qui n'ont que le jour dominical pour être libres de leur temps.
Mais il est un sport qui, réellement, s'offre à tous ceux, riches ou pauvres, enfants ou adultes, hommes ou femmes, qui désirent s'y livrer, et auquel nous ne craignons pas d'appliquer la formule célèbre : « l'essayer, c'est l'adopter », car il en est peu qui soient aussi attrayants, aussi passionnants. C'est le cerf- volant.
Oui, le cerf- volant est un sport admirable, dédaigné encore chez nous, parce que (voir les livres sérieux) c'est un jouet d'enfant, mais fort en faveur en Amérique, comme nous le verrons tout à l'heure. C'est un sport à la portée de tous, parce que, avec quelques sous, le premier venu peut se fabriquer son
LE CERF-VOLANT CONSIDERE COMME SPORT lOl
appareil, ce qui le lui rend plus précieux que le plus beau cerf-volant acheté chez le marchand.
Le cycliste ne peut se fabriquer lui-même sa bicyclette, ni le chasseur son fusil. Mais le cerf- volan liste construit lui-même sa propre machine; il la perfectionne, il l'étudié, la modifie en tenant compte de ce que lui apprend l'expérience et tout, chez lui, est captivé par le cerf-volant : le cerveau travaille à combiner un nouvel appareil; les mains, inhabiles d'abord, se prennent de goût pour le travail manuel, se font au maniement de quelques outils, se perfectionnent peu à peu. On taille le bois, on dresse les baguettes, on colle, on coupe la toile, on coud, et après une saison on est tout étonné de savoir se servir sans trop de gaucherie d'une scie, d'un rabot, dun pinceau, d'une aiguille; croyez- vous que tout cela ne soit rien?
Le goût se développe également chez l'amateur de ceif-volanl. Il n'y a pas que les Chinois ou les Japonais qui sachent faire œuvre d'art avec leurs appareils.
Nous connaissons des cerfs-voianls français qui, comme motifs de décoration, ne le cèdent en rien à leurs congénères de l'Extrême- Orient.
Regardezceltedanseusc(fig. gS), les cheveux dénoués sur les épaules, prête à s'élancer, légère comme l'hirondelle, pour faire des pointes sur les nuages et dites si cela ne vaut pas les monstres du Japon?
Ce cerf-volant artistique, qui ne
mesure pas moins de 2™, 25 de la
tète à la pointe des pieds, est
Fio, 95. — Cerf-ïol«ni fr.nçai., dô l'œuvre d'un amateur de Reimfe,
a",i3 as longueur.
et peut servir de modèle et de type k imiter, chacun suivant son goût et sa fantaisie.
lOa APPLICATIONS DES CERFS- VOLANTS
L'appareil construit, et tout le monde, en suivant les indications contenues dans la première partie, peut fabriquer du premier coup un cerf- volant qui marche, il s'agit de le lancer.
C'est là que commence l'exercice, le sport proprement dit, et quiconque n'a, de sa vie, lancé un cerf- volant de quelque importance, ne peut se faire une idée de l'exercice qu'on prend à se livrer à ce sport. Il faut l'avoir pratiqué pendant quelques heures pour se rendre compte par la fatigue des muscles, de la force qu'on dépense pour cela ; et le soir, à table, on donne, comme l'on dit, un sérieux coup de fourchette avant d'aller sur le traversin se reposer des fatigues de la séance. Nous avons connu des jeunes gens ayant recouvré l'appétit et le sommeil, et par conséquent la santé, après quelques journées de cerfvolant.
Pour lancer un cerf-volant, il faut choisir d'abord un espace bien découvert du côté où souffle le vent et assez étendu pour pouvoir dérouler au moins 4o ou 5o mètres de corde et avoir encore assez de champ pour manœuvrer. Si le terrain présente une certaine pente dans la bonne direction, c'est-à-dire s'il est plus élevé du côté par où le vent doit enlever le cerf- volant, il faut en profiter pour placer celui-ci au point le plus élevé. En général, un aide est nécessaire pour opérer le lancement. L'aide tient le cerf-volant couché de façon à ne donner aucune prise au vent, jusqu'à ce que le conducteur ayant déroulé la corde et tenant fortement le dévidoir, lui fasse le signal convenu pour dresser l'appareil peu à peu en soulevant la tête du côté du vent. Dès que le cerf- volant prend le vent, le conducteur tend la corde, làte si le cerf-volant rend bien, et dès qu'il juge le moment favorable crie : lâchez tout, à l'aide, qui doit réellement lâcher, mais non lancer. Si l'appareil est bien équilibré et si le vent est suffisant, le cerf-volant monte immédiatement sans qu'il soit nécessaire de courir contre le vent. 11 faut au contraire lui lâcher de la corde plus ou moins vite suivant qu'il en demande, et c'est là que l'éducation de l'amateur est à faire. Il doit étudier son cerf-volant, le considérer comme un être animé, — et il est