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LE CERF-VOLANT CONSIDÉRÉ COMME SPORT

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réellement animé sous le souffle du vent, — qui a ses fantaisies, ses caprices, qui tantôt demande à être mené doucement, tantôt à être brutalisé.

Monte-t-il rapidement sous l'effet d'une poussée favorable de vent? lâchez-lui de la corde tant qu'il en prendra, mais sans secousses, sans mollir.

Une saute de vent lui fait-il perdre l'équilibre, et se met-il à tourner sur lui-même comme un serpent courant après sa queue? rendez-lui vivement quelques mètres de corde pour mollir celle-ci : le point d'appui manquant soudain au cerfvolant, celui-ci, désorienté, cessera un instant de tourner ; profitez-en pour le mater en tendant la ficelle ; il y a tout à parier qu'il retrouvera son équilibre et repartira de plus belle.

S'abat-il lentement sans tourner? C'est que le vent ne le soutient plus assez ; ramenez-le alors vivement en repelotonnant la corde, et, au besoin, marchez, courez contre le vent.

Si le cerf-volant est instable, s'il oscille de droite et de gauche ou s'il se tient penché d'un côté, c'est que quelque chose ne va pas ; peut-être une bride a-t-elle glissé, ou bien la queue n'est pas assez lourde. Abattez-le alors sous le bras. Pour cela, donnez le dévidoir à tenir à votre aide ; passez la corde sous

votre bras, ou, s'il s'agit d'un grand appareil, engagez la corde sous la gorge d'une petite poulie (fig. 96) que vous tenez à la main et courez vers le cerf-volant qui se trouve ramené à terre. Vérifiez alors les brides, ^*®' 9^' lestez la queue, et faites

un nouveau lancer avec tout ce qu'il y a de corde de déroulée. Vous verrez alors le cerf-volant monter d'un trait à sa hauteur maxima.

Si vous n'avez pas d'aide pour ces manœuvres, amarrez soli-

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dément le peloton de corde à un piquet fiché en terre et faites vous-même ToiEce de l'aide. Votre appareil s'enlèvera tout seul neuf fois sur dix.

Enfin, le voilà en l'air, parfaitement stable, obéissant à la plus légère secousse donnée à la corde. Vous connaissez bien la manœuvre, vous êtes maître de votre instrument : vous savez par des tractions savantes ou d'habiles tours de main le faire monter ou descendre à volonté (et croyez bien que vous n'arriverez à ces résultats qu'après une longue pratique et un entraînement méthodique) ; vous êtes alors en forme pour concourir, et si vous avez su faire partager votre goût à vos voisins et amis, vous pouvez les défier en combat singulier.

Les concours de cerfs-volants ont acquis en Amérique une vogue immense: ils comprennent à la fois des concours et des combats. C'est à Boston principalement que ces exercices sont en faveur. Une Société pour propager le goût de ce sport et des éludes qui s'y rattachent s'est fondée dans cette ville sous les auspices de M. Octave Chanute, ancien président de la Société des ingénieurs civils américains, et du P"" W.-H. Pickering, de l'observatoire de Harward ; celte Société ouvre des concours et accorde des prix aux cerfs-volants donnant les meilleurs résultats aux trois points de vue suivants : stabilité dans les vitesses extrêmes du vent ; — force portante maxima avec des vents de plus de 24 kilomètres à l'heure ; — force portante maxima avec des vents de moins de 24 kilomètres à l'heure (6™, 66 par seconde).

Cet exemple a été suivi et de nombreuses Sociétés se sont formées en vue d'organiser des concours et des combats, dont les journaux américains nous apportent les comptes rendus.

En mai 1897, un concours de ce genre eut lieu^ à Genèse Valley Park (Étals-Unis), dans lequel une cinquantaine de cerfs-volants furent enlevés avec succès, malgré un vent violent qui mit un grand nombre de concurrents hors de combat. Le premier prix fut gagné par un amateur dont l'appareil s'éleva à 1 429 mètres. Le second prix fut obtenu par un homme dans la

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force de l'âge, dont le cerf-volant, en forme d'arc, avait i™,i7 de hauteur. Un prix fut encore attribué au plus beau cerfvolant, présenté par un petit garçon de 1 1 ans (Rochester Post Express).

En général, les concours ont pour but de récompenser les cerfs-volants les mieux faits, les mieux construits ou les plus originaux, ceux qui s'enlèvent le plus facilement, ceux qui atteignent les plus grandes hauteurs, ceux qui ont les plus grandes dimensions, etc.

On se figure difficilement jusqu'où vont les amateurs ainsi encouragés dans leur passion de faire grand. Pour en donner une idée, nous donnerons la description du grand cerf- volant de Dudley-Hill, qui détint à l'époque de son apparition le record de la dimension des cerfs-volants américains. Ce remarquable instrument, qui s'éleva pour la première fois dans les airs le 3i août 1892, a été construit par un spécialiste de Dudley (Massachusets) qui se faisait appeler l'Oncle Sam.

Ce cerf- volant monumental (fig. 97) mesure 22 pieds (6™, 60) de hauteur. La carcasse est formée par six montants en frêne fendus dans leur épaisseur sur une longueur d'environ i'",20 et boulonnés sur un moyeu de 1 5 centimètres d'épaisseur et de 20 centimètres de diamètre. Ces montants ont 63 millimètres sur 5o millimètres au moyeu et 25 millimètres sur 18 millimètres aux extrémités.

Tout cet ensemble mesure 6™, 60 de hauteur sur 4°*, 80 de largeur et pèse i5'^^,4oo. Le pourtour mesure 21 mètres! Les montants en bois sont reliés entre eux par des cordes, de façon à constituer un fond solide à la toile qui forme la voilure de cet immense cerf-volant. Ainsi faite, la carcasse figure une sorte de gigantesque toile d'araignée.

La voilure est un solide tissu de coton écru, renforcé aux six angles par un canevas épais et résistant. Il entre dans cette voilure 32 mètres carrés de toile. Une forte corde de chanvre de Manille de 6 millimètres de diamètre encadre la voilure, qui se fixe à la carcasse au moyen de porte-mousquetons attachés sur

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cette corde aux six sommets de l'hesagone et qui s'accrochent dans des anneaux fixés aux montanls. La toile pèse, à elle seule, environ 6 kilogrammes. La queue est faite de cette grosse loile d'emballage qui sert à envelopper les balles de coton ; elle mesure 3o mètres de longueur et pèse 5 kilogrammes. Elle a

3o centimètres de largeur et est faite de bouts cousus ensemble cl garnis de banderoles disposées de j en j pieds (i'",2o).

Le cerf-votanl est bridé par cinq cordages, partant ; deux des deux sommets supérieurs de la carcasse, deux des milieux des montants aboutissant à ces sommets, et un du centre de l'appareil ; tous ces cordages, ainsi que la corde de lancement, ont

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6 millimètres de diair.ètre ci résistent à plus de soo kilogrammes de traction.

Inutile de dire que le dévidoir d'un pareil engin est constitué par un fort treuil solidement retenu au sol, et manœuvré par deux hommes(i).

Le lancement se fait à la façon ordinaire: lorsque le cerfvolant, préalablement couché à plat, est ^- paré, deux ou trois

hommes le soulèvent du côté du vent, et dès que celui-ci a prise sur l'énorme surface du cerf -volant, il l'enlève aisément. On a constaté avec le dynamomètre des tractions de 80 et 120 kilogrammes ; c'est dire que l'appareil eût aisément enlevé un homme, même d'un poids respectable.

Dans les combats de cerfs- volants, on ne cherche pas à faire grand, mais au contraire k faire un appareil maniable, car il faut avoir acquis une grande dextérité pour manœuvrer son cerf-volant de façon à triompher de ses adversaires.

Voici comment se règlent en général ces sortes de combats, qui passionnent les amateurs en Amérique autant sinon plus que les corridas en Espagne ou les combats de coqs dans les pays du Nord.

Les juges du combat, après avoir choisi un emplacement favorable et bien découvert, tracent par terre au cordeau une ligne perpendiculaire au vent : sur cette ligne, ils disposent une série de carrés ou de cercles de i",5o de diamètre et distants les uns des autres de i mètre.

Chaque concurrent, assisté d'un aide pour le lancement, se place dans le cercle qui lui est assigné, et sans sortir de l'étroit

(i) La Nature. 1893. t. I. p, 36i.

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espace qui lui appartient, sous peine d'être exclu, il doit exécuter les manœuvres les plus difficiles pour triompher dans la lutte.

La queue de chaque cerf-volant est munie à son extrémité inférieure d'une ou plusieurs lames de canif bien affûtées, et le jeu consiste à attaquer le cerf-volant voisin et à couper sa ficelle avec cette espèce de faucille suspendue à la queue de son cerfvolant.

Or, pour réussir, il faut, toujours sans sortir du périmètre de i",5o accordé aux concurrents, arriver, par une série de manœuvres et de tours de main impossibles à décrire, à faire dévier son cerf-volant de façon à Tamener au-dessus et en avant de celui de l'adversaire, comme un faucon dominant sa proie ; choisissant le moment propice, il faut rendre la main brusquement à son cerf-volant pour le faire tomber, puis, dès que les lames de canif arrivent contre la corde de l'adversaire, relever brusquement son cerf-volant, dont l'arme redoutable tranche la ficelle de sa victime.

Croyez-vous qu'un pareil résultat ne nécessite pas de l'entraînement, de l'étude, du sang-froid, et un tel exercice n'est-îl pas un véritable sport ?

Ce genre de combats de cerfs-volants semble avoir été inspiré par les combats pratiqués depuis longtemps par les Coréens ; nous avons vu à propos des cerfs-volants coréens que ceux-ci sont guidés par une ficelle de soie pure enduite de colle de poisson mélangée de verre pilé. Les concurrents — et tous les Coréens sont des cerfs-volantistes enragés, à commencer par le roi lui-même, — s'efforcent de couper la corde de leurs adversaires avec cette ficelle perfide garnie d'éclats de verre, et l'habileté du joueur consiste à couper la corde adverse sans amener en même temps la rupture de la sienne.

En France, pour être moins répandus, les concours des cerfsvolants ne sont cependant pas rares sur les plages de nos côtes, si propices à ce genre de sport. Nous en avons vu et organisé quelquefois nous-mêmes, et jamais les amateurs n'ont manqué

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