LE CERF-VOLANT CONSIDÉRÉ COMME SPORT IO
à répondre nombreux à l'appel qui leur était adressé. Mais c'est surtout en Normandie, dans les environs de Rouen, que certains concours sont le plus suivis et le plus réussis.
Les amateurs de cerfs-volants, à^écouffes, comme on dit dans le pays, y sont nombreux, et nous citerons notamment le concours du 2 octobre 1892, organisé sur les hauteurs de la cote Sainte-Catherine, près de Rouen. Certains appareils mesuraient jusqu'à 12 mètres de hauteur et nécessitaient deux ou trois liommes pour les manœuvrer. Nous voilà loin des 6™, 60 du cerf-volant géant de Dudley 1 Le vainqueur de ce tournoi atteignit 2 600 mètres d'altitude et ne dépassa pas cette hauteur uniquement parce que la corde n'était pas plus longue.
Ce n'est pas chose facile que d'envoyer des cerfs-volants à de pareilles hauteurs, et pour y parvenir il faut vaincre plusieurs difficultés, dont la première est le poids croissant de la corde : celle-ci doit être d'autant plus forte que l'on atteint de plus grandes hauteurs, car le poids de la corde qui s'ajoute à la traction du cerf-volant est loin d'être négligeable. Si on se sert d'un cerf-volant ordinaire de faibles dimensions, le poids de la ficelle ne tarde pas à équilibrer la force ascensionnelle maxima que peut fournir le cerf- volant et on a beau lâcher de la ficelle, on ne gagne plus rien en hauteur : la corde traîne à terre. Il faut alors employer un moyen détourné, qui consiste à soulager la ficelle par d'autres cerfs-volants.
Le physicien suisse Colladon est le premier, à notre connaissance, qui ait abordé cette question, au cours de recherches sur l'électricité atmosphérique dont nous reparlerons plus loin et qu'il fit en 1827. Il voulait atteindre de grandes hauteurs, a mais, « dit-il (i), pour éviter de construire un cerf- volant de gran- « deur extraordinaire, j'employai trois cerfs-volants attachés « successivement l'un au dos de l'autre.
« En efiet, si on donne à un cerf- volant plus de ficelle qu'il « n'en peut soulever, il s'éloigne bien, mais il ne monte plus
(i) La Nature, 1887, *• ^'» P- 97*
IIO APPLICATIONS DES CERFS-VOLANTS
« et la ficelle de trop traîne sur le sol. Mais attachez ce cerf- « volant à un autre, le second s'élèvera à son tour autant que le « premier, et vous doublerez la hauteur, de même pour un troi- « sième cerf-volant attaché au dos du second, qui triple alors « la hauteur, et j'atteignis ainsi près de 3oo mètres avec une « ficelle conductrice. »
C'est un procédé analogue qu'emploie M. William A. Eddy, de Bayonne (New-Jersey) : il attelle une série de cerfs-volants à la suite les uns des autres, mais reliés sur une ficelle commune : il lance d'abord un appareil de petite dimension ; quand cet appareil a enlevé toute la ficelle qu'il peut porter, un second cerf- volant est lancé avec une ficelle relativement courte qu'on lie à la ficelle principale et M. Eddy réunit ainsi à la suite les uns des autres jusqu'à dix cerfs-volants et plus.
Le 7 novembre iSgS, M. Eddy a atteint, avec neuf cerfsvolants, une altitude égale à i 700 mètres ; pour cette expérience, il commença dès 7 heures 3o du matin à enlever son premier cerf-volant ; la plus grande hauteur ne fut atteinte qu'à i5 heures (3 heures après midi) et il était 22 heures (10 heures du soir) quand le dernier des cerfs-volants revint à terre. La quantité de ficelle employée dans cette expérience dépassa 2 800 mètres. Un homme n'aurait pu résister à la traction de la corde, qui était enroulée sur un dévidoir solidement fixé au sol et manoeuvré au moyen d'une manivelle (i).
Nous verrons, en étudiant l'application des cerfs-volants à 1» météorologie, d'autres exemples de ces remarquables ascensions à grande hauteur, qui présentent à tant de points de vue un immense intérêt.
On peut objecter, au point de vue sportif, qu'on ne peut faire du cerf-volant que lorsque le vent est suffisant pour enlever un appareil, ce qui peut entraîner de longues périodes d'inaction. Mais lorsque le vent fait défaut, on y supplée très aisément et d'autres sports viennent alors prêter leur concours à celui qui
(i) L'Aéronaute, septembre 18^6.