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CHAPITRE XII

Les cerfs-volants électriques.

Théories de Franklin. — Expérience de Marly. — Le cerf-volant électrique de Romas. — Le cerf- volant de Franklin. — Les expériences de Nérac. — Cerfs-volants de Musschcnbrock, Gallitzin, Bertholon, Pilàtre de Rozier, Charles, etc. — Un enfant foudroyé. — Expériences de Colladon. — Le cerf- volant paragrêle.

L'année 1702 fut marquée, dans l'histoire des sciences, par une série de travaux remarquables sur l'électricité atmosphérique. A la suite de la publication en France des Lettres de Franklin à Pierre Collinson, traduites de l'anglais par le physicien Dalibard, sous l'inspiration de Buffon, lettres dans lesquelles le célèbre physicien américain émettait pour la première fois l'hypothèse de l'existence de l'électricité dans les nuages orageux et indiquait une expérience propre à démontrer son hypothèse, l'attention des savants français fut portée vers l'étude de l'électricité atmosphérique.

Voici quelle était l'expérience que Franklin conseillait sans l'avoir, chose curieuse, réalisée lui-même.

« Pour décider cette question, savoir si les nuages qui contiennent la foudre sont électrisés ou non, j'ai imaginé de proposer une expérience à tenter en un lieu convenable à cet effet. Sur le sommet d'une haute tour ou d'un clocher, placez une espèce de guérite assez grande pour contenir un homme et un tabouret électrique; du milieu du tabouret, élevez une verge de fer qui passe en se courbant hors de la porte, et de là se relève perpendiculairement à la hauteur de 20 ou 3o pieds, et qui se

termine en une pointe fort aiguë. Si le tabouret électrique est fort et sec, un homnne qui y sera placé, lorsque des nuages électrisés y passeront un peu bas, peut être électrisé et donner des étincelles, la verge de fer y attirant le feu du nuage (i). »

Cette théorie de Franklin avait été accueillie avec un mépris ironique par les physiciens anglais ; mais en France, on fut frappé de la vraisemblance de cette hypothèse, et immédiatement on chercha à réaliser Texpérience indiquée par Franklin.

Ce fut Dalibard qui, le premier, exécuta, le lo mai 1752, cette mémorable expérience, dans sa propriété de Marly. Peu de temps après, le physicien Delor, puis Buffon lui-même, répé" tèrent l'expérience avec succès, et bientôt ce fut une fureur dans l'Europe entière. Partout on rééditait l'expérience de Marly, et ce devint un passe-temps à la mode de jouer ainsi avec la foudre, jeu dangereux s'il en fût, et qui coûta la vie à un membre de l'Académie de Saint-Pétersbourg, Richmann, qui fut foudroyé dans son cabinet par une décharge partie de la barre qu'il observait de trop près. Malgré cet accident déplorable, le zèle des expérimentateurs ne se ralentit pas, et bientôt l'un d'eux, plus audacieux que les autres, trouvant insuffisantes les manifestations électriques que l'on obtenait avec une tige métallique de faible hauteur, conçut l'idée d'aller chercher dans les nuages eux-mêmes le fluide électrique, au moyen d'un cerf-volant. C'est au physicien français Romas, de Nérac, que revient l'honneur de cette invention.

Romas était alors juge au présidial de Nérac, et, très porté vers l'étude des phénomènes physiques, il avait été l'un des premiers à répéter l'expérience de Marly. Ayant observé que l'intensité des phénomènes électriques croissait avec la hauteur de la barre métallique, il projeta de porter la pointe métallique qui, selon les idées de l'époque, soutirait le fluide électrique, au sein même des nuages, en employant dans ce but un cerfvolant.

(i) Œuvres de Franklin, traduite par M. Barben-Dubourg, t. I, p. 63.

l88 APPLICATIONS DES CERFS- VOLANTS

C'est au mois de juillet 1702 qu'il forma ce projet, et, pour prendre date, il en informa TAcadémie de Bordeaux par une lettre écrite en termes suffisamment obscurs pour ne pas ébruiter son idée, mais néanmoins suffisamment clairs pour que la paternité de son invention ne puisse lui être refusée. Voici en effet le passage de sa lettre ayant trait à Texpérience du cerfvolant électrique.

« Je me réserve de mettre au jour la dernière (expérience), quoiqu'elle ne soit qu'un j'^ii d'enfant, lorsque je me serai assuré de sa réussite par l'expérience que je me propose d'en faire (i). »

Au mois d'août 1702, il communiqua en grand secret le projet de cette expérience à ses amis et collaborateurs, le chevalier de Vivens et les frères Dutilh. Mathieu Dutilh fut chargé de la construction de Tappareil, qui devait être lancé dans les prairies environnant le château de la Tuque ; mais, par suite de la négligence de Mathieu Dutilh, l'expérience n'eut lieu que l'année suivante, et ce retard enleva au physicien français l'honneur de réaliser le premier Texpérience du cerf-volant électrique.

En effet, au mois de septembre 1702, Franklin lança dans les airs le premier cerf- volant électrique. Nous avons vu que Franklin, en écrivant ses lettres à Collinson, décrivait l'expérience des barres métalliques sans Tavoir encore réalisée. Ne trouvant pas à Philadelphie, qu'il habitait, un endroit propice pour dresser une barre isolée, il songea, lui aussi, au cerfvolant. Voici, d'après son fils Guillaume Franklin, la relation de cette expérience.

« Il fit un cerf- volant en étendant sur deux bâtons croisés un morceau de soie qui pouvait mieux résister à la pluie que du papier. Il garnit d'une pointe de fer le bâton qui était verticalement posé. La corde était de chanvre, comme à l'ordinaire, et Franklin en noua le bout à un cordon de soie qu'il tenait dans

(i) Lettre du I3 juillet 1752 à TAcadémie de Bordeaux.

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