CHAPITRE XIII
Autres applications des cerfs-volants.
Les cerfs-volants militaires. — Le cerf-volant signal. — Le cerf-volant chasseur. — Le cerf-volant sauveteur. — Le cerf- volant porte-amarre de C. Jobert. — Le cerf- volant remorqueur. — Le cerf -volant grimpeur. — Le cerf-volant fraudeur. — Le cerf-volant télégraphiste et télé| honiste. — Les cerfs- volants politiques.
Nous venons de passer en revue les applications les plus importantes des cerfs-volants, ces appareils merveilleux dont on peut tirer un si utile parti dans les circonstances les plus variées; mais nous sommes loin d'avoir épuisé la liste des applications qui en ont été faites, et celle, plus longue encore, que l'on pourrait en faire.
Pour ne pas allonger outre mesure cet ouvrage, nous passerons plus rapidement sur les différents modes d'emploi qui nous restent à étudier, ne voulant pas fatiguer le lecteur qui finirait, si nous n'y prenions garde, par prendre en grippe un instrument que nous cherchons à lui faire aimer et estimer à sa juste valeur.
C'est dans l'art de la guerre que Futilité pratique du cerfvolant semble s'être manifestée en premier lieu, et cet emploi du cerf-volant militaire se recommande au moins par sa haute antiquité, car c'est en l'an 206 avant notre ère qu'un général chinois dont le nom est venu jusqu'à nous, Han-Sin, s'en servit dans les circonstances suivantes, qui nous sont rapportées par un ouvrage intitulé Tching-Tchaï-tsa-Ki. Ce général « convint qu'il entrerait par le centre même de la ville qu'il assiégeait ;
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mais, comme il ignorait la distance qui séparait son camp du palais Wei-Yang-Kong, où il voulait pénétrer par un chemin souterrain, il fit construire un grand cerf-volant qu'il lança, par un vent favorable, dans la même direction. »
Le général Han-Sin eut donc le mérite d'imaginer la première application pratique du cerf-volant qui, d'après le texte même que nous venons de citer, devait être connu et d'un usage journalier en Chine.
Il nous faut franchir un intervalle de huit siècles pour trouver, d'après les historiens chinois, une seconde application du cerf-volant militaire. En l'an 5^9 après J.-C, dans la troisième année de la période de Thaï-Tsing du règne de l'empereur Won-Ti, de la dynastie des Liang, le général chinois Heou- King assiégeait la ville de King-Thaï. Étroitement bloqués par les troupes de Heou-King, les assiégés, ne pouvant communiquer au dehors par les moyens ordinaires, songèrent à employer .la voie des airs pour faire connaître leur position critique. Us construisirent alors un grand nombre de cerfs- volants en papier, y attachèrent des lettres pour demander du secours au dehors et les envoyèrent dans toutes les directions où le vent voulait bien souffler.
Le général Héou-King, étonné de voir les assiégés employer les loisirs qu'il leur imposait à ce jeu qui lui semblait enfantin, assembla ses officiers et les consulta à ce sujet. L'un d'eux, nommé Wang-Wei, qui probablement avait des intelligences dans la place, ou qui tout simplement avait saisi au vol un des messagers ailés, renseigna le général et lui dit que partout où ces cerfs- volants s'abattraient, ils donneraient des nouvelles des assiégés et feraient connaître leurs besoins.
N'est-il pas vraiment extraordinaire de voir, à i 35o ans de distance, les mêmes nécessités amener l'emploi de moyens analogues pour faire communiquer une ville assiégée avec le dehors, et les cerfs-volants du siège de King-Thaï ne sont-ils pas les ancêtres des ballons du siège de Paris? N'est-ce pas le cas de répéter le fameux adage : Rien de nouveau sou& le soleil !
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Dans les mémoires de lord Dandonald, on trouve relaté un procédé analogue qu'il employa pendant la guerre péninsulaire pour communiquer avec les Espagnols assiégés. Il fixait ses proclamations ou ses avis à la queue de grands cerfs- volants qui étaient enlevés lorsque le vent était favorable et, lorsqu'ils se trouvaient dans la position voulue pour tomber au milieu des Espagnols, on les faisait abattre.
En 1875, M. d'Esterno proposait l'emploi d'un cerf- volant de grandes dimensions pour enlever un observateur au-dessus d'un champ de bataille, afin de se rendre compte des mouvements de Tennemi lorsqu'on ne dispose pas d'un ballon captif. Cette idée parut peu pratique à cette époque ; nous avons vu qu'elle est parfaitement réalisable et c'est, en somme, l'idée qui a guidé dans ses recherches le capitaine Baden-Powell, dont nous avons vu précédemment les travaux et la réussite complète au point de vue de la possibilité des ascensions au moyen de cerfs- volants sur un champ de bataille.
Le cerf-volant photographique permet aussi d'obtenir des renseignements du plus haut intérêt en campagne, sans avoir besoin du matériel encombrant des ballons captifs. Un cliché obtenu à 3 ou 4oo mètres de hauteur peut en effet fournir des indications sur des armées distantes de 3o ou [\o kilomètres.
Il n'est donc pas téméraire de supposer qu'un jour les armées modernes seront munies de parcs de cerfs- volant s avec un matériel approprié, absolument comme il existe actuellement des parcs de ballons captifs militaires.
A un autre point de vue, les cerfs-volants militaires peuvent être utilement employés comme appareils de signaux. Au cours de l'année 1897, des expériences ont été faites aux Etats-Unis dans cet ordre d'idées. Le matériel se composait de trois cerfsvolants hexagonaux de i™,5o de diamètre. Le premier de ces appareils a un fond noir sur lequel se détache un carré blanc ; le second a un fond rouge et un carré blanc ; le troisième, un fond blanc avec un carré rouge.
Ces cerfs- volants se replient et sont transportés sur une bicy-
âOâ APPLICATIONS DES CERFS-VOLANTS
dette, avec une perche en bois d'hickory, en deux parties de 2™, 4 5 de longueur ; un cylindre en cuivre contenant des ficelles pour le cerf-volant et une petite lanterne de marine pourvue d'un verre lenticulaire complètent le matériel.
Les cerfs -volants ont sur les drapeaux Tavantage de pouvoir se manœuvrer de Tintérieur d'une forteresse sans exposer le soldat chargé des signaux ; de plus, ceux-ci sont visibles à de grandes distances.
Le lieutenant D. Wise, dont nous avons relaté les belles expériences d'ascension, a fait également des expériences de cerfs-volants militaires au moyen de lanternes de différentes couleurs suspendues à une perche de bambou de i^jÔo à 2 mètres de longueur, fixée horizontalement sous un tandem de cerfs-volants cellulaires. Au milieu, et de chaque côté de la perche, des poulies munies de cordes sans fin traînant jusqu'à terre permettent de hisser une lanterne blanche, une lanterne rouge et une lanterne verte, dans un ordre quelconque. Cet ensemble ayant atteint une hauteur de 5oo mètres, un homme peut figurer les signaux suivants : i® blanc, rouge, vert ; — i^ rouge, blanc, vert ; — 3** blanc, vert, rouge ; — 4** vert, blanc, rouge. Cela suffisait pour employer le code régulier des signaux et un message, ainsi envoyé pendant la nuit, fut parfaitement compris. L'expérience fut répétée dans le jour avec le même succès en employant des drapeaux au lieu de lanternes.
Pour des signaux à très longues distances, pendant la nuit, M. Wise employa aussi un bambou creux contenant des poudres colorées brûlant environ 5 minutes. Ces lumières étaient parfaitement visibles à plus de i5 milles de distance. Il y a donc là, on le voit, une application des plus sérieuses et des plus intéressantes pour l'art militaire.
Après avoir employé leurs cerfs-volants à la guerre, il était tout naturel que les Chinois songeassent à les utiliser pour la chasse, qui est, dit-on, l'image de la guerre. Le mcde d'emploi n'est évidemment pas le même, et il n'est pas question de correspondre avec le gibier ; mais il parait que certains cerfs-volants
AUTRES APPLICATIONS DES CERFS-VOLANTS 2o3
chinois à musique, construits spécialement dans ce but, font entendre un bruit strident qui effraye fort le gibier et le fait fuir éperdu. Une ligne de ces cerfs-volants rabatteurs s'avançant dans la campagne fait lever le gibier et le pousse en quelque sorte vers les chasseurs, qui le massacrent sans pitié !
Au Japon, les chasseurs consultent leur cerf-volant avant d'aller à la chasse aux faisans : ils ont remarqué que le faisan tenait mieux quand le vent soufflait dans une certaine direction, et, comme nous l'avons vu, ce sont les cerfs-volants qui leur servent de girouette.
S'il faut en croire Y Autorité du 21 octobre 1897, la chasse au cerf- volant aurait fait son apparition chez nous, en Seine-et- Oise, pour le perdreau. Voici le moyen employé : on lance un cerf- volant ayant la forme d'un oiseau de proie. Les perdreaux qui l'aperçoivent s'imaginent voir un de leurs cruels ennemis planant pour les surprendre; terrorisés par sa vue, les naïfs volatiles se cachent sous les touffes d'herbes ou au milieu de la luzerne des champs, où Ton peut les tuer les uns après les autres sans qu'ils songent à fuir. On a même réussi à en prendre à la main.
Si vous êtes chasseur, l'essai n'en coûte rien,... à moins que le cerf-volant ne soit rangé parmi les engins prohibés ! auquel cas l'essai pourrait vous coûter cher.
A côté de ces emplois sanguinaires, le cerf- volant a encore été employé à un but plus pacifique et plus humanitaire, et nous croyons que l'application dont nous allons parler maintenant mériterait d'être propagée ; nous, voulons parler du cerfvolant de sauvetage.
Plusieurs tentatives ont été faites dans ce but, et toujours avec un égal succès.
La Nature cite un appareil étudié par M Woodbridge Davis, en vue d'envoyer en mer une ligne de sauvetage sur un point déterminé. L'appareil (fig. i38) est un hexagone étoile, dont la carcasse se compose de trois baguettes de 2 mètres, AB, CD et EF, croisées en leur milieu.
APPLICATIONS DES CERFS-VOLANTS
FiG. i38. — Cerf- volant Woodbrldge Davis, pour sauvetages en mer.
Ce châssis est recouvert d'une toile huilée imperméable. La surface est d'environ 2 mètres carrés. Démonté et enroulé, l'appareil n'est pas plus encombrant qu'un aviron. 11 est muni
de deux lignes de direction enroulées sur deux bobines manœuvrées par un petit treuil à main, en même temps que la corde principale de retenue.
Celle-ci subit un effort de 69 ki logrammes lorsque le cerf-volant est incliné à 3o®. Les points d'attache sont en a, c, y, e, d et 6.
A l'aide des lignes de direction, il est possible d'obtenir des déviations de 67® 1/2 à droite ou à gauche, soit un angle total de i35® dans lequel on peut faire mouvoir le cerf- volant. Cette grande souplesse permet de le diriger vers le point à atteindre (i).
Dans une expérience faite à South Island, près de New- York, on envoya ainsi une ligne de sauvetage à un îlot qui n'était pas directement sous le vent. Lorsque la direction fut bien assurée, on réunit à la corde principale les deux cordes de direction, et les trois cordes furent fixées à une bouée qui remorquait ellemême la ligne de sauvetage. La bouée fut rapidement entraînée vers l'îlot distant de 1/2 mille et s'arrêta sur une roche tout près de l'endroit désigné d'avance, et cela malgré un rapide courant qui traversait le chenal et faisait dériver la ligne de sauvetage remorquée.
Cette expérience démontra que l'on eût atteint aussi facilement un navire désemparé ou que ce navire eût plus aisément encore envoyé à terre une ligne établissant une communication avec la côte.
(i) Voir La Nature, 1892, t. I, p. 98.
AUTRES APPLICATIONS DES CERFS-VOLANTS 2oS
L'agent d'une Société de sauvetage rapporte comme il suit une expérience qu'il eut l'occasion de faire et qui montre bien les services immenses qu'un cerf-volant peut rendre aux naufragés. S'étant trouvé surpris par un gros temps à bord d'un navire échoué sur des récifs près d'une côte, le remorqueur qui l'avait amené avec ses hommes pour opérer le sauvetage ne put accoster à cause de l'état de la mer et il dut, pendant plusieurs, jours, attendre à bord la fin du coup de vent. Il fit alors confectionner un cerf-volant par le charpentier, au moyen de baguettes de bois et d'un cercle de baril de salaison. La queue fut faite avec des fils de caret et la ligne avec une pièce de merlin lovée sur un morceau de bois de forme cylindrique. Vingt minutes suffirent à confectionner ce cerf- volant qui permit d'établir en quelques instants une communication avec la terre.
L'appareil étant lancé et ayant atteint une certaine hauteur, on fixa une pièce de bois sur la ligne et on fila celle-ci jusqu'à co que le flotteur soit parvenu sur la plage. Le cerf- volant fut alors amené à terre par les personnes présentes qui purent prendre les lettres que les naufragés avaient enfermées dans un sac imperméable fixé au dos du cerf- volant. Celui-ci fut relancé et rameni'»^ à bord. Mais on ne se borna pas à transmettre ainsi des lettres par ce procède : le septième jour en effet les pommes de terre allant manquer à l'équipage, un cerf-volant plus grand fut fabriqué qui remorqua à terre une petite embarcation. Dès qu'elle parvint à terre, on y plaça un sac de pommes de terre qui fut halé à bord en même temps que le cerf-volant.
Frappé des services que ce procédé si simple avait rendus dans cette occasion, l'agent de la Société de sauvetage confectionna un cerf- volant démontable qui fit désormais partie de ses engins.
On pourrait citer bien des cas où, dans de pareilles conditions, un cerf-volant eût permis de porter secours à un navire en détresse et de sauver bien des vies humaines. Malheureusement les marins négligent beaucoup trop cet appareil si utile et il
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serait à souhaiter que tout navire soit muni d'un cerf-volant bien armé comme engin de sauvetage (i).
Un habile mécanicien français, dont nous avons eu déjà Toccasion de citer le nom, M. C. Jobert, a étudié et construit un cerf-volant porte-amarre h cône, dont nous allons donner la description, car il peut servir de type à ce genre d'appareils que nous voudrions voir répandus sur les côtes dans tous les postes de sauvetage, et à bord de tous les navires.
Le cerf-volant porte-amarre de M. Jobert (fig. 189) se compose de deux parties : un plan sustenteur ABCD surmonté d'un cône tracteur EF.
La carcasse est faite d'un jonc fendu en deux parties, dont l'une forme le cercle du cône E et l'autre qui l'entoure et constitue les deux côtés AC et BD du plan sustenteur. Ce plan mesure une fois et demie le diamètre du cône; ce dernier est percé à sa partie inférieure d'un orifice circulaire ayant pour diamètre i/io de celui de la base.
Ce système est bridé en A et B et à l'extrémité E du diamètre vertical du cercle.
De A et B partent deux cordes terminées à un même anneau où s'attache l'amarre que l'on veut envoyer à terre ou vers un navire.
Ce cerf-volant se maintient très sûrement et voyage avec la vitesse du vent. Celui-ci, en s'engoufifrant dans le cône, fait vibrer fortement deux feuilles métalliques, montées à charnière sur une barrette transversale assujettie au cercle en fil d'acier qui borde le petit orifice; ces feuilles, ondulées, dépassent à l'extérieur et par leur poids tendent à tomber ; le vent les relève et leur fait rendre des sons qui s'entendent de loin et forment un appel suffisant.
Tout cet ensemble est aisément démontable et ne tient pas grand'place ; il est donc bien facile de le loger dans un coin
(i) D'après Le Yachl.
AUTRES applh:atio.\s DES CERFS- vouNTs aoy
d'un baleau ou d'un jmste de secours, de façon à l'avoir toujours prêt à êlre utilisé en cas de besoin.
Un autre expérimenlateiir américain, M. Gilbert T. Woglom, de New-York, passionné pour les cerfs- volants, dont il a tou-
jours en réserve 5o ou 60 de diniensions, de poids et de résistance appropriés à tous les vents, s'est occupé de cette question des cerfs-volants de sauvetage, et il a construit un appareil de ■ce genre que l'on peut replier, et qui, d'après ses expériences, porte en cas de tempête une ligne d'un navire à terre, ou inverzsement, beaucoup plus facilement que ne le ferait une fusée ou un projectile.
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D'ailleurs rutilisalion des cerfs-volants dans la marine n'est pas une nouveauté, quoique leur emploi soit loin d'être généralisé, et ces appareils sont parfois utilisés d'une façon vraiment extraordinaire.
En i85o, au cours d'une expédition du capitaine Auslîn à la recherche de Sir John Frank Un, plusieurs cerfs-volants faisaient partie du matériel de l'expédition, et ils furent employés à remorquer des traîneaux sur la banquise, concurremment avec ime petite voile fixée sur chaque traîneau. Ces cerfs-volants étaient carrés et sans queue, et l'un des côtés était abaissé et maintenu horizontal par un poids suspendu à des balancines.
Il serait très possible d'utiliser ainsi le cerf-volant comme appareil de traction pour traverser une grande plaine, un bras de mer, etc. Il nous souvient avoir ainsi, il y a une vingtaine d'années, envoyé un cerf-volant de la plage de Saint-Aubin-sur- Mer près Caen, dont la ficelle de retenue avait été fixée à son extrémité inférieure, à une forte pièce de bois qui fut abandonnée à la mer. Le vent soufflait assez violemment du Sud-Ouest, et le cerf-volant prit sa course, entraînant le flotteur dans la direction du Havre. Aussi longtemps qu'on put le suivre à l'aide d'une longue-vue, il se maintint parfaitement en l'air sans aucune tendance à s'abattre. Nul doute qu'après quelques heures de voyage il n'ait atterri aux environs du Havre.
Le Scientific American du 22 février 1890 nous apprend que le D*" David Thayer, de Boston, a pris un brevet pour un système de navigation aérienne basé sur ce procédé : une série de vastes cerfs-volants (fig. i4o) est attelée à de forts câbles portant une nacelle où s'embarquent les voyageurs, et l'extrémité de ces câbles est fixée sur un radeau flottant offrant la résistance nécessaire pour que les cerfs- volants puissent s'enlever au vent. Ceux-ci remorquent le radeau et entraînent la nacelle et ses voyageurs dans la direction du vent. Il serait possible d'utiliser ce procédé de navigation ; mais le radeau devrait être remplacé par les appareils stabilisateurs et les dériveurs de l'ingénieur français Hervé qui ont été mis à l'épreuve dans la
l'io. — N«»lgalion «érienne .iu mojen de cerr».. (SpUme du D' David Thajcr Lecorku. — Les Cerfs- Volants.
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I>ç .S^'V/i*/'T'^ Anintrîr»in rapporte encore une tentative du V^ W îlJiàiD LîLLy. d^ l'L nîver^ilé de Princeton, pour utiliser ain*i If cerf-voUnt pi>rte-a marre, dans une exploration aux environ-* d 'Albuquerque (^Nouveau Mexique), où s'élève à plus de 200 rn^rtre^ au-d^-^u? de^ plaines d'Alkali une mesa ou plateau de quartz, dont 1*-? bord-?, à peu près verticaux, sont inaccesîïible-» aux pl»js intrépides CTimpeurs de rochers. La tradition rapp^ifte ceiff-ndaut que ce plateau fut autrefois habité par une race de monta îmards. et des débris de poterie tombés de la rne»a confirment cette tradition.
Pour atteindre le sommet, le P*" Libbya songé au cerf- volant [Kjrte-amarre. et son expédition a pour but de lancer par-dessus la mesa, dans sa partie la moins large, une forte corde qui permettrait d'établir un va-et-vient entre la plaine et le sommet du rocher. Rien n'est plus logique, et le succès est certain. Il est curieux de signaler que ce procédé se trouve tout au long décrit dan» Tamusant roman du capitaine Mayne-Reid intitulé : les Grimpeurs de rochers.
Une curieuse application du même genre, bien qu'ayant un but tout différent, a été faite il y a déjà longtemps à Paris même, en 1870, et nous rougissons de le dire, par une bande de fraudeurs. Ces habiles industriels, voulant faire entrer de Teau-devie sans payer les droits, avaient imaginé de construire un grand cerf-volant qui, lancé pendant la nuit hors des fortifications, était ramené à l'intérieur du mur d'enceinte à l'aide d'une ficelle que des compères jetaient du haut du mur dans le fossé, et qui leur servait à ramener à eux Textrémité de la corde de retenue.
AUTRES APPLICATIONS DES CERFS-VOLANTS 211
Le cerf-volant portait des outres pleines d'eau-de-vie, qui passaient ainsi au-dessus de la tête des employés de l'octroi sans payer de droits.
Le cerf-volant contrebandier ! qui l'eût jamais pensé !
Hâtons-nous de détourner les yeux de cette application délictueuse, et voyons le cerf-volant employé à un but scientifique.
En 1878, les journaux américains annoncèrent qu'un M. Loomis, météorologiste américain, avait fait des expériences de télégraphie aérienne dans les montagnes de la Virginie Occidentale. Il employait pour cela deux cerfs-volants dont la corde était remplacée par un fil métallique, pour établir des communications télégraphiques sans fil. En lançant ses cerfsvolants, il a pu obtenir à l'aide des courants aériens déterminés par la présence de pointes de fer dont chaque cerf-volant est armé, des signaux s'étendant jusqu'à une distance de i6 kilomètres. Ces signaux auraient été transmis au moyen de l'appareil Morse.
Il est bien difficile de saisir nettement la portée de cette expé- .rience, et même la possibilité de sa réussite avec ces renseignements certainement incomplets et probablement erronés. Aussi n'en retiendrons-nous qu'une chose, c'est que dès l'année 1878, un savant américain songea à se servir de cerfs- volants pour des expériences de télégraphie sans fil. Mais à cette époque la question de la télégraphie sans fil n'était pas mûre ; aussi ce n'est que depuis les travaux de Hertz, de Branly, de Marconi, de Tesla, de Lodge, de Ducretet, etc., sur la transmission dans l'espace des ondes électriques, que la télégraphie sans fils conducteurs continus entre le poste transmetteur et le poste récepteur a pu être réalisée.
On sait que, dans ces expériences, il est nécessaire de disposer, pour l'émission et la réception des signaux, d'un conducteur métallique élevé au-dessus du sol à une grande hauteur, et la transmission est d'autant plus étendue et plus nette que les conducteurs sont élevés à une plus grande hauteur. Il était donc tout indiqué d'employer pour cela des cerfs -volants, absolu-
133 APPLICATIONS DES CERFS-VOLANTS
ment comme Romas y avait été logiquement conduit dans ses recherches sur l'électricité atmosphérique, par la nécessité d'élever des tiges métalliques à de grandes hauteurs pour obtenir des phénomènes de haute intensité.
On a donc, dès l'été de l'année 1897, appliqué les cerfsvolants à la télégraphie sans fil. C'est à Douvres que cette expérience a été faite pour la première fois, sous la direction de M. Pierre, chef du département des télégraphes de l'Adminiâtration générale des Postes. D'après les renseignements bien in complets qui nous sont parvenus, les cerfs-volants employés auraient été recouverts au moins sur une partie de leur surface par une feuille de cuivre mince, reliée au transmetteur et au récepteur par un long fil métallique aboutissant aux deux postes correspondants.
Il y a là certainement un champ d'expériences intéressantes à faire, qui nous montre une fois de plus quel secours peuvent apporter les cerfs- volants à toutes les branches de la science.
La téléphonie, elle aussi, a fait un emploi des plus curieux du cerf-volant. Un ingénieur anglais, le commandant R.G.O. Tupper, de la marine royale, a imaginé le cerf-volant téléphone, pour assurer la rapidité et la précision des communications entre les navires d'une même flotte.
L'expérience fut faite en 1897 à Portsmouth (Angleterre) entre les deux navires Daring et Dauntless. Un cerf-volant sans queue de i'",8o de hauteur sur o°',90 de largeur fut enlevé à bord du Daring, auquel il était retenu par un fil métallique. Un second fil partant du cerf- volant était amarré à bord du Dauntless. Sur chaque navire était un appareil téléphonique relié au conducteur métallique : l'eau de la mer servait naturellement de fil de retour. La communication entre les deux navires fut ainsi parfaitement établie et dura pendant plus de quatre heures sans aucune difficulté. L'expérience ne fut terminée et le cerf-volant ramené à bord que lorsqu'on eut démontré parfaitement le bon fonctionnement de la ligne téléphonique dont le cerf-volant était le soutien.
AUTRES APPLICATlOaNS DES CERFS- VOLANTS 3l3
Le gouvernement américain ayant eu connaissance de cette expérience s'empressa de la répéter, et l'essai fut si concluant que tous les navires de l'escadre de l'amiral Sampson furent munis de cerfs-volants téléphonistes.
Et puisque nous sommes en Amérique, citons pour terminer l'emploi inattendu qui fut fait du cerf-volant à New- York, au moment de la dernière élection présidentielle du mois de no^ Tembre 1900. Nous extrayons d'une lettre de M. A. Lynch adressée le 17 octobre 1900 au journal V Eclair ^ qui Ta publiée dans son numéro du 26 octobre, le passage suivant : « On (( voit partout des projections lumineuses, et on m'assure que « des sommes énormes sont dépensées de cette façon. Quelques <( agents ont poussé l'ingéniosité jusqu'à faire flotter à une hau- « teur extraordinaire des cerfs-volants qui portent des bana nières où sont inscrites des maximes du parti. La nuit on « fait des projections sur ces bannières, et ainsi on a l'air d'im- <( primer sur les nuées mêmes. »
Et voilà comment, dans le Nouveau Monde, le cerf-volant entre dans la politique et préside aux destinées du peuple !
Cette application politique du cerf-volant nous remet en mémoire une anecdote peu connue datant du début de la présidence du prince Louis Napoléon Bonaparte, plus tard Napoléon IIL
Lorsqu'il fut nommé Président de la République contre le général Cavaignac, il inaugura sa présidence par une revue de toutes les troupes de la garnison de Paris et de la Garde Nationale, placées sous les ordres du général Changarnier. Cette revue eut lieu le 24 décembre i848. Pour le défilé des troupes, le Président était placé à l'entrée de la Grande Avenue des Champs Elysées, faisant face aux Tuileries. C'est alors que se passa l'incident que nous trouvons relaté comme il suit dans V Illustration du 3o décembre i848 :
« Le défilé a été signalé par un incident assez curieux : pendant que M. Louis Napoléon Bonaparte occupait la place qu'il avait prise pour voir défiler les troupes, on a aperçu au-dessus de sa tête, à une assez grande hauteur, un cerf-volant qui avait
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la forme d'un aigle planant les ailes étendues. Le général Changarnier a donné Tordre à un de ses aides de camp d'aller couper la ficelle, et le cerf-volant est venu s'abattre à quelques pas de l'Élat-Major. »
Il parait même que, pour bien marquer l'indignation que lui causait cette innocente manifestation cerf-volantesque, le Président de la République en fit rechercher l'auteur et dresser procèsverbal. Nous n'avons pu savoir d'ailleurs quelle suite fut donnée au procès- verbal. Peut-être, par la suite, le délinquant fut-il nommé préfet !