HISTORIQUE O
que, dans un grand nombre de pays, tels que l'Ecosse, TAUemagne, le Danemark, la Russie, etc., il porte le nom .de dragon (J)rache en allemand, Lytoutchi-zmei en russe, etc.), animal fabuleux de la mythologie orientale, nous devons observer d'autre part que le nom hongrois, Sârkâny, qui signifie hydre, semblerait, se rapporter plutôt à la mythologie grecque.
Dans d'autres pays, comme la France, l'Italie, l'Angleterre, etc., il est connu sous les noms de cerf-volant, cervolante, kite (milan), noms d'insecte ou d'oiseau, qui n'ont absolument rien d'oriental ou de grec.
Notons en passant qu'en Espagne le nom de cometa hecha de papel semble indiquer qu'on n'a jamais connu, dans ce pays, que le cerf- volant muni d'une queue.
Quelle que soit l'obscurité qui entoure l'invention et l'inventeur du cerf- volant, il est certain qu'il est connu depuis fort longtemps au moins des peuples orientaux, et cependant des siècles ont passé avant qu'aucun progrès soit réalisé, avant qu'aucune application vraiment sérieuse ait été faite de ce merveilleux appareil.
Ce n'est que depuis quelques années que l'attention des savants et des ingénieurs, ou tout au moins des chercheurs, semble se porter vers le cerf-volant, et déjà les applications sont aussi nombreuses que variées, et l'intérêt ne peut qu'augmenter à mesure qu'on connaîtra mieux cet instrument si longtemps délaissé, et qui pendant vingt-deux siècles n'a guère servi que de jouet aux enfants !
C'est d'abord de Romas en France, et Franklin en Amérique, qui se servent du cerf-volant pour étudier l'électricité atmosphérique et en tirer l'invention du paratonnerre, et déjà le monde savant étonné regarde d'un œil moins méprisant le oerf-volant, ce jouet d'enfant !
Nous trouvons un premier indice de ce revirement dans le second tome du Supplément à VEncyclopédie ou Dictionnaire des Sciences, des Arts et des Métiers, par une Société de gens de lettres, publié à Amsterdam en 1776. Ce vénérable ancêtre
du Larousse moderne s'exprime dans ces termes à Tarticle Cerf- Volant :
« On nomme ainsi une figure faite avec du papier et des « osiers, qui ne servait autrefois que de jouet aux enfants ; ils « y attachaient une ficelle, au moyen de laquelle ils Télevoient (( en l'air, lorsque le vent était assez fort pour cela. Mais les « physiciens modernes s'en sont servi pour tirer le feu élec- « trique des nuées, en sorte que ce jouet est devenu entre leurs « mains un instrument de physique ; et c'est pour cette raison « que nous en parlons ici. »
Cette excellente encyclopédie s'excuse, comme on le voit, encore un peu honteuse de parler de ce jouet d'enfant dans un si grave ouvrage. Cependant le grand mathématicien Euler avait déjà écrit (1756) cette phrase à retenir : « Le cerf-volant, « ce jouet d'enfant (toujours !) méprisé des savants, peut « cependant donner lieu aux réflexions les plus profondes. » Et il consacre de longues pages de calcul à faire une théorie du cerf-volant, sans parvenir à en élucider tous les points. Après lui, Marey-Monge s'occupe de la théorie des cerfs- volants, et avoue que cet intéressant appareil obéit à des conditions mystérieuses ! Ses calculs l'amènent à déclarer que la queue du cerf-volant est un organe indispensable, et pourtant les cerfsvolants japonais en sont totalement dépourvus, aussi bien que nombre d'appareils modernes dont nous aurons à parler.
La découverte des ballons donne un autre tour à l'attention des chercheurs, et le cerf-volant est encore oublié pendant de longues années. En 1827, CoUadon emploie le cerf- volant à des recherches sur l'électricité atmosphérique, et exécute en i844, près de Genève, une curieuse expérience sur laquelle nous reviendrons.
Enfin, une renaissance semble être arrivée pour le cerf-volant : dans tous les pays du monde, des chercheurs s'occupent de cet appareil et les applications surgissent de toutes parts : la météorologie, la photographie aérienne, la télégraphie sans fils, l'art militaire, etc., trouvent dans le cerf-volant un outil d'une